MGR. HEISS
Mgr HEISS
Je braque aujourd'hui ma lorgnette sur l'épiscopat : c'est un archevêque qui tombe dans le champ de mes observations.
Ne craignez rien, âmes timorées qui n'avez pas appris votre symbole dans la Patrie, — peut-être uniquement parce qu'elle vous l'aurait enseigné mieux que certains barbouilleurs de journaux trop comme il faut, je ne suis pas pour attaquer Sa G-randeur.
Vous allez voir si je dis vrai.
Mgr Heiss n'est pas un inconnu pour mes lecteurs, car je me rappelle que Cyprien en a parlé quelquefois, et ses lecteurs sont les miens.
Mgr Heiss, archevêque de Milwaukee, s'est carrément prononcé contre le système monarchique. Ses paroles ont paru dans les colonnes de la Patrie deux fois déjà, et ces deux fois en faveur de la république comme forme de gouvernement, et du suffrage universel comme moyen de gouvernement.
Cela n'a pas été pardonné en certains quartiers, je le sais.
Imaginez-vous donc, un archevêque démocrate ! Où peut-on voir cela ailleurs qu'aux Etats-Unis ?
Mgr Heiss a le grand tort de croire qu'on peut
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Hre républicain et intelligent, honnête et républicain, républicain et chrétien : que ces deux éléments peuvent faire ensemble la meilleure des cuisines politiques.
On ne se gêne pas chez lui.
Ici c'est autre chose, et se sont demandé le pourquoi de cette odieuse aberration bien des gens heureusement plus catholiques que notre saint père le pape et destinés à sauver un jour la chrétienté quand la tiare y aura failli.
Sixte-Quint faisant relever la colonne Trajan ou la colonne d'Adrien, je ne sais plus, avait ordonné aa peuple le silence sous peine de mort. Fontana le rompit pour crier : " De l'eau aux cordes !" et sauver l'obélisque. Le pape lui pardonna.
Je crois que notre pape Léon XIII pardonnera de semblable manière à Mgr Heiss d'avoir signalé le danger des monarchies et les avantages des républiques.
Or, après tout, qu'est-ce que c'est que Mgr Heiss ?
C'est un Allemand.
Mais un Allemand sans préjugés, un Allemand supérieur, — chose moins rare qu'on ne pense. Et c'est un homme qui a habité le Bas-Canada pendant un an ou deux.
Je n'aurais pas de raison de vous le présenter, lecteurs, s'il ne se rapprochait pas de nous par certains cotés. Mgr Heiss est un ancien élève du collège de Joliette.
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Oui, de Joliette, où je connais tant de bons cœurs et de si belles femmes.
C'était dans l'été de 1868.
M. Heiss arrivait à Joliette pour étudier le français.
Beau, grand garçon, âgé de trente ans, fort, solidement charpenté, mais pas obèse, arrivé là pour apprendre, Heiss s'asseyait à côté de Marion sur les bancs de l'étude, c'était un écolier dans le vrai sens du mot. Il sortait des universités allemandes. Il y avait appris, outre sa langue, l'anglais, le latin, le grec, l'espagnol, il venait au Canada se familiariser avec le français.
Et, chose assez fréquente chez les Allemands, il y a réussi !
Il était bourré de classiques, il savait de tout et il étudiait toujours. Ses confrères ne savaient pas ce qu'il lisait, plongé dans d'affreux grimoires allemands.
C'était un bon et honnête garçon qu'estimait quiconque l'approchait. Il fumait bien un peu, il prenait bien un verre de vin, il aimait bien s'égarer avec un compagnon sous le " bois du grand vicaire"— c'est un terme local, — et il était le plus jovial des hommes instruits. Il avait été reçu médecin ou avocat en Allemagne ; il racontait volontiers ses aventures d'étudiant : il avait bu, après ses examens, à la façon germanique, des litres de bière dans sa botte.
Je crois même qu'il avait eu des duels.
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La grâce l'avait probablcinont touché à temps, et il venait à Joliette seporrectioiiner dans la pratique des vertus chrétiennes.
Toujours est-il qu'il a laissé les meilleurs souvenirs dans la communauté des clercs de Saint-Viateur, qu'aujourd'hui il gouverne un grand diocèse, qu'il a la foi républicaine sans croire trahir sa foi religieuse.
Enlin, c'est un des nôtres.
Pour bien des gens c'est encore une révélation qu'un évêque soit républicain, tant nous avons été habitués dans nos jeunes ans à redouter la république.
M. Heiss était un journaliste du temps qu'il habitait Joliette : il collaborait assidûment au True Witness.
C'était un musicien de talent.
L'harmonie doit régner dans son diocèse comme elle domine dans sa forte cervelle de Teuton.
Est-il disciple de "Wagner ?
Si je savais cela, je le livrerais aux discii^les de Grounod, et je lui ôterais toutes ses bonnes notes.
Depuis quelques auuées la presse s'applique à corriger la grammaire et le style de nos écrivains, et nos écrivains, qui ne veulent pas être en reste avec elle, se sont mis à signaler ses défauts. Une main lave l'autre. Pourquoi n'écrirais-je point un chapitre des travers de la presse, quitte à me faire peigner de la belle manière si j'écorche quelque journaliste ?
Je prends pour sujet les naissances, les mariages et les décès parmi nous, — non ces événements en eux-mêmes, mais la façon dont le journal nous les apprend ; je ne serai ni gTave comme le voudrait mon âge, ni badin comme le demanderait mon caractère ; je tâcherai d'être utile.
Nous allons faire la causette en famille.