‹ Coups d'oeil et coups de plumeChapitre 39 sur 44 · LA PRESSE POLI-ÇIQUE · texte numérisé non relu

LA PRESSE POLI-ÇIQUE

nés, argent. On est l'athlète dont les convulsions réjouissent le cœur de nos romains ; on se bat, sous les yeux des badauds de l'amphithéâtre, à qui encore le spectacle ne coûte rien, pour la gloire et le profit de quelques douzaines d'habiles ; les naïfs font l'affaire des fins. Les niais, c'est-à-dire nous, les sincères, ayant usé leurs forces vives, leur jeunesse, leur santé, — aigris, desséchés, désillusionnés, pauvres à grabat, endettés, sans espoir de surnager, pourrissent dans l'obscurité, heureux quand ils peuvent apporter au logis l'os que suceront les petits. Et un jour ils ils meurent, jeunes, sous l'œil indifférent de leurs exploiteurs qui ne manquent pas de dire, en manière d'éloge funèbre : " Cet homme avait un certain talent." Ave, gazetta, pourriruri te salutant.

"Laisse donc là ce journalisme à pointes, hérissé, barbelé, cette greffe à gracchias qui arrache à l'agneau sa toison et à l'homme sa réputation. Yous êtes, tes confrères et toi, des oiseaux de marais, des putrivores ; vous ne vous repaissez que de scannales et de choses véreuses, malsaines, puantes ; c'est votre joie de mettre la main sur une infamie.

" Et, ce qui est bien plus grave, mon cher, c'est votre tort de vous créer des ennemis. Il y en aura qui seront de bonne pâte et ne demanderont qu'à faire la paix. Mais il y en aura de fécoces qui n'oublieront rien, ne pardonneront rien, vous poursuivront, vous harcèleront jusqu'à extinction de chaleur animale. Il y a malbêtes partout, surtout dans la politique.

324 COUPS D'CEfti ET COUPS DE PLUME

" Votre damnée presse politique ne rend justice ù aucun adversaire. J'en suis sorti, Dieu merci, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, sans avoir varié d'un iota dans mes opinions, encore moins dans mes principes, je suis rentré dans le calme et le serein; j'ai atteint ce degré d'équité auquel je puis sans faiblesse et sans compromission, dire de mes anciens adversaires tout le bien que je pense d'eux que tu penses d'eux, que pensent d'eux, dans le for intérieur, an fond de la conscience, les hommes les moins intéressés à les détruire."

A PROPOS d'enseignes 325

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