‹ Coups d'oeil et coups de plumeChapitre 43 sur 44 · PATRIOTE · texte numérisé non relu

PATRIOTE

SOUVENIR d'enfance

Je venais d'être porté à l'ordre du jour. Le vieux maître d'école me fit signe du doigt de l'aller trouver à sa place. J'ignorais pourquoi. Je montai, grave, soucieux, les deux degrés de l'estrade où s'appuyaient sa chaise empaillée et son pupitre branlant. L'émotion me suffoquait. Je craignais d'être grondé. Mais non. Nous venions de donner notre leçon d'anglais, et il faut croire que j'avais bien prononcé dog, cat, bird, ou quelque autre mot aussi difficile, car le bonhomme, déposant le morceau de sucre d'érable c[u'il grugeait, dit aux élèves surpris de cette cérémonie inaccoutumée : " Voilà l'homme qui apprend bien l'anglais !" Le vieux savait l'anglais comme je sais le grec. Le plus ébahi des élèves, ce fut moi. Cependant je ne tardai pas à reprendre mes sens, je devins radieux, et il me semble que je regagnai mon siège d'un pas un peu insolent.

Mais l'après-midi, pendant la leçon de géographie, je me sentis malade. J'avais le regard voilé, mes tempes battaient, mes joues brûlaient, ma gorge était sèche, comme remplie dépoussière. Le maître vit ma figure rouge et me fit reconduire à la maison par un grand.

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