PR TRES
De n
bouche ouverte, haletant, le cœur battant ; il veut voir se détacher sur l’estrade la forme aimée de son garcon dans ses habits de fête, il lui tarde de l'entendre proclamer.
Le pauvre homme !
L'enfant a paressé toute la grasse année, il a fait l’école buissonnière, il ne sait rien ; —il a seulement dépensé, volé —oui volé à son père qui fumait pour ne pas manger, à sa mère qui usait ses yeux à coudre, à ses sœurs qui seront sans dot, à ses frères qui travaillaient duret rude dans les guérêts, dans la grange, à l'écurie, sur la route, pour masquer son absence et prendre sa place à l'ouvrage, pendant que lui, le sans-cœur, il buvait leurs sueurs,—il a volé, dis-je, deux cents piastres qui auraient, mieux appliqu $es, entretenu l’aisance au foyer, fait la mère et les cœurs riantes, le père et les frères satisfaits.
Le paresseux! Il n’a remporté aucun prix.
J'ai dit le sans-cœur,—je retire le mot. L'enfant ne songe pas, ne réfléchit pas, ignore la portée de ses actes, méconnait inconsciemment la valeur des sacrifices qu’il coûte.
L'enfant n’a eu ni prix, ni accessit, ni couronne, ni mention honorable.
Rien! comme s'il n'existait pas, comme s’il n'avait pas un père qui s'est tué à travailler à son intention, une famille qui a renoncé à toutes les aises pour faire de lui un homme !
Ces pensées, il me semble, ne vous assiégent