‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 43 sur 69 · PÉTITION HUBERTUS · texte numérisé non relu

PÉTITION HUBERTUS

Personne de ceux qui éiaient journalistes il y a vingt ans n’a pu oublier une figure particulièrement remarquable que nous voyions tous les jours au parlement de Québec, dans la galerie de la presse, dans la rue, dans les ministères, partout. Une figure affairée, “ pleine de cominissions,” toujours souriante, et qui voyait tout. Rien n'échapsait à ce diable de Hubertus. Il était le correspondant, le reporter du Globe, et jamais plus fin limier n’a surpris plus de secrets. Il faisait la terreur des administrations ; rien de sacré pour ce sapeur. Quand il entrait dans un bureau public, les employés cachaient lew1s écritures dans les tiroirs ou sous le papier buvard. C’est que d’un coup d'œil il voyait tout. Sur un mot, sur un signe, pardessus l'épaule, sans avoir l’air de se douter de rien, mon homme saisissait toute upe situation ou flairait un scandale dont aussitôt la nouvelle arrivait au Globe, et qui devenait par le fait un événement. Des employés étaient soupçonnés d’indiscrétion qui avaient à peine desserré les dents : Hubertus leur avait dit bonjour et posé la plus banale des questions; de la réponse, de l'attitude, de l'adresse d'une lettre, de la présence d’un étranger, —étant au courant des choses générales, —il devinait les

En

BERTUS

certaine : Quiconque causait était pompé.

Le plus grand tireur de vers du nez, le vrai génie du reportage, ce garçon:-]à !

Sir John, dont il éventait les mèches au profit de George Brown, l'avait surnommé le ministre de l'extérieur : et le n trouvé, car ce que Hubertu tardait pas à l’ap-

Publicité du Globe.

e celui qui connaissait e chose à taire, C'était

rétion, mais bien pour ne pas run indice, car l'indice était vite saisi, suivi, exploité. Un grain de métal] brillant à la lumière trahissait la mine, Ah ! l’endiablé chercheur!

Que de fois, alors que j'étais secrétaire particulier de Ministre, sa Présence comme Son inépuisable code de questions m'a imposé une réserve qui de- Venait pénible en se prolongeant ! Que de fois je me suis mordu la langue, craignant d'avoir trop parlé ! Si Hubertne eût appartenu à quelque autre 8Toupe politique, il m'eût forcé au silence absolu. Allez done vons risquer en tête-à-tête avec ces détectives du Monde parlementaire et gouvernemental, qui a’ont Pas plus de conscience qu'un ventre

affamé n’a d'oreilles, et qui pour vous tirer un renseignement oublient que vous avez un emploi à conserver autant qu’une âme à sauver !

Pourquoi, va dire le lecteur, nous parler de Hubertus ?

D'abord, répondrai-je, c’est parce que cela me plaît et que le lecteur paie pour me lire C’est ensuite que le parlement a été saisi par Hubertus d’une réclamation qui a toutes les apparences d’être bien fondée en fait et en droit.

Aujourd'hui malade, fatigué de vingt ans de fin espionnage politique, fonctionnaire public faiblement rétribué, il demande au parlement une chose non pas inouie mais inaccoutumée: une clavse qui le protège dans un bail que deux compagnies de chemins de fer entendent passer, celle de l'Ontario et Québec louant sa voie à celle du Pacifique canadien.

C’est Hubertus qui a créé une ligne de chemin de fer entre Ottawa et Toronto. Il en a eu l’idée; il a obtenu ia charte, fait faire l'exploration, formé Ja compagnie qui devait construire le chemin. Le tout a passé en d’autres mains. C’est maintenant le Pacifique qui bénéficie de son travail.

Il a déjà été reconnu que Hubertus avait droit à $3,000 de compensation, dont il a touché un tiers. Reste la balance, et Hubertus qui n’est pas millionnaire entend se la faire servir. 11 pétitionrs e: avec raison ; il demande que le parlement, appelé

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