‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 56 sur 69 · F.-R.-E. CAMPEAU · texte numérisé non relu

F.-R.-E. CAMPEAU

Je ne suis pas un admirateur des titres et des décorations.

Les titres, il n’y a même pas à se baisser pour les ramasser : il suffit de se donner la peine de naître. Tout prince a ses titres, qui lui viennent de ses pères. Tout prince est décoré, jeune ou vieux, pour cela seul qu'il est prince, excepté peut-être en Italie, où les princes foisonnent comme lapins en. garenne. Il n’a pas encore grandi assez pour mordre sa nourrice qu'il est colonel d'un régiment, quelquefois. feld-maréchal et grand amiral ; vous exposez le plus gros des cochons ou le plus puissant des étalons, vite on vous fait chevalier d’un ordre quelconque. Regarde-t-on à votre mérite personnel ?

Au Canada même, où il y a si peu de décorations et de titres, que de mazettes ont des rubans et des

croix !

Mais où je commence à croire aux titres et aux ji décorations, c’est quand ils sont la récompense h d’une vie utile, grandement employée. Faire une Jo

distinction pour un savant, pour un soldat, pour (A

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un philanthrope, un missionnaire, un explorateur, pour qui a des services, du talent fécond, du génie, — soit! Hors de là, trompe-l’œil! encouragement de la plus sotte des vanités! plus souvent encore spéculation bilatérale !

Bilatérale est bien le mot: le prince spécule sur la vanité ou les écus du titulaire, le titulaire sur la badauderie de ses concitoyens.

Ces réserves faites, je m'empresse de reconnaître que l’ordre du Saïnt-Sépulcre me paraît dans les conditions d'exception voulues. Il y a bien quelque chose qui cloche selon moi dans l’énonciation des conditions requises pour obtenir la croix, mais en somme il n’y a qu’à s’incliner devant un ordre de chevalerie qui exige : 10 profession et pratique de la religion catholique jointes à une conduite honorable et irrépréhensible; 30 importance de mérites personnels acquis par des services rendus à la religion, surtout en Terre-Sainte.

Ce que je ne comprends pas, c’est la section 2:

noblesse de naissance, ou au moins position sociale

telle qu’on puisse vivre more nobilium ; et encore moins, que cette cond'tion passe avant celle des services rendus à la religion.

Vivre à la manière des nobles, est-ce donc si bien vivre, quand il y a tant de guenilles princières et de nobles haïllons qui s’étalent au soleil de certains pays civilisés, où les lazzaroni et les gitanos possèdent plus de baïoques et de maïravédis que les principicules et les hidalgos ?

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Il n’est donc pas nécessaire d’être fort riche, il suffit de vivre à la manière des nobles.

À la rigueur, celui qui emprunterait et ne paierait jamais ses dettes, pourvu qu’il eût la particule ou la grenouillère… !

Je laisse ce point de côté.

Tout ce qui importe à nos yeux, c'est qu'il fau: tenir une conduite honorable et irrépréhensible et rendre des services à la religion.

J'aime de cet ordre qu'il ne se prodigue pas. Dans le pays le plus catholique du monde, où les mœurs sont si exceptionnellement pures, et où tant de services sont rendus à la religion, — il n'y a en-

core qu’une dizaine de décorés, bien que l’ordre soit ancien.

À Ottawa, l’ordre compte Mgr Duhamel et M.F.

R. E. Campeau.

C’est de M. Campeau que je veux parler aujourd’hui, et de la cérémonie de son investiture,

M. Campeau est fonctionnaire public.

Si on demande pourquoi il a été appelé à cette dignité, je dirai simplement :

Parce qu’il professe et pratique la religion catho-

lique et que sa conduite est honorable et irrépréhensible :

Parce qu'il a d'importants mérites personnels acquis par des services rendus à la religion, à la charité, à la nationalité française.

C’est un dévoué.

Un homme qui depuis des années et des années a sacrifié temps et argent, quêté, essuyé des rebuffades, organisé l'assistance publique, prodigué sa personne et sa bourse, monté des concerts et des représentations dramatiques, présidé des ventes de charité, au profit de quoi? — De la société Saint- Vincent de Paulg, de l’orphelinat Saint-Joseph, de la société Saint-Jean-Baptiste, de l’Institut canadien, de la société de secours mutuels des Francocanadiens fondée par lui ;

Un homme qui s’est fait élire commissaire des écoles catholiques afin de restaurer leurs finances, et qui y a réussi ;

Un homme qui ne tire jamais en arrière, dont le dévouement est une institution sur laquelle peuvent toujours compter charité, religion, nationalité.

Toutes les ressources utilisées par tous les dévouements à toutes les causes tecommandables.

Pas des plus brillants ces titres, selon l’étroite comprenette du monde, mais bons, seuls solides : de l'or pur au lieu de ruolz, de strass, de similor ; du diamant, non du cristal de roche.

La collation de l’ordre fut l’occasion d’une fort agréable soirée. Il y avait bien chez M. Campeau de soixante-quinze à quatre-vingts amis, empressés de lui témoigner le plaisir que leur causait l’honneur tombé sur lui. La magistrature, la dpéuta-

de dé os - rem

en em te

tion, la municipalité, les lettres, les sciences, les arts, le service civil, le commerce, la presse avait là de brillants représentants.

La cérémonie fut courte, si l’on peut appeler cérémonie la présentation du diplôme. Le R. P. Pallier, O.M.I, avait été chargé de la chose en l’absence de Mgr Duhamel. M. Lusignan lui remit la lettre de M. Huguet-Latour, le délégué au Canada du patriarche latin de Jérusalem, qui priait ce religieux de le représenter dans cette circonstance, puis le diplôme sur parchemin portant le grand sceau de l’ordre et signé par le grand-maitre Vincent Bracco. Remarques bien tournées du R. P. Pallier, réponse émue de M. Campeau, applaudissements des invités, poignées de mains et félicitations au nouveau chevalier, ce fut toute la première partie de la soirée.

La seconde se décompose ainsi: chant et musique, souper, santés et discours, entrain et gaîté.… et longue séance.

À quand remonte la fondation de l’ordre ?

À Grodefroi de Bouillon, à Beaudoin, à Lusignan ?

Il y en a qui la portent au 8e siècle. Disons qu'il est vieux, même très vieux, et ne fixons aucune date.

L'ordre a périclité. Les papes, depuis Alexandre IT jusqu’à Benoît XIV, l'ont protégé, Pie IX l’a étendu.

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Une notice que j'ai sous les yeux dit :

‘ Cet ordre n'avait jadis que le seul grade de chevalier. Mais N.S,. P. le pape Pie IX l’a enrichi de nouveaux statuts en l’augmentant de deux autres grades, tellement qu'il comprend aujourd’hui trois classes distinctes : Les chevaliers de 1ère classe ou grand’croix auxquels seuls est accordé l’usage de la plaque d'argent ornée des insignes de l’ordre. Ils portent ces insignes, c’est-à-dire la croix de Godefroi de Bouillon, suspendue à une grande bande de soie noire moirée et miseen écharpe de l’épaule droite au flanc gauche. Les chevaliers de seconde classe ou commandeurs portent la croix suspendue en sautoir par un ruban de moindre dimension ; les simples chevaliers la portent en format plus petit et suspendue à la boutonnière, comme les chevaliers des autres ordres.

“ L’uniforme est cominun aux trois classes, quant à la forme et à la couleur: drap blanc avec cuirasse, collet, parements noirs, plus où moins ornés selon le grade d’un chacun comme on le voit dans les modèles.

“ Le premier grade ou la grande croix ne peut être conféré qu'aux personnages de premier rang, aux princes tant ecclésiastiques que séculiers, aux ministres, ambassadeurs, évêques, généraux d’armée et à tous ceux qui se trouveraient déjà hono-

‘rés d’une pareille décoration dans un autre ordre.”

Ce même jour, 25 mai 1883, l'honorable P. J. O. Chauveau était élu président de la Société royale du Canada.

De sorte que la semaine a été bonne pour les Canadiens-français.

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Chacun connaît la virile race des Prévost, qui a illustré dans le district de Terrebonne les rofessions de notaire, d'avocat et de médecin. (C’est tout feu, ces gens-là, et tout patriotisme. On ne forligne pas chez eux. Ménésippe remettant son mandat de député parce qu'il ne trouve pas la Chambre assez honnête : Wilfrid défendant Riel de sa chaude parole, et brandissant à la face de la députation, à l'appui de ses dires, un poing que l’on eût dit importé du Colisée, —ces types sont inoubliables, Combien de fois j'ai admiré dans cette famille la chaleur du sentiment et l’éloquence qu'elle engendre! Rien de convenu, pas de pastiche, tout plein de naturel, de la franchise même brutale, et de la parole véhémente, vraie, coulant à déborder. On est mâle, on le reste.

Coyteux est bien de la lignée, allez !

Mais ce que j'admire surtout dans cette famille puissante, c’est l'esprit de solidarité, c'est le dévouement de l’un pour l’autre, c’est le prêt de l'épaule à la roue du parent. En anglais, cela se dit clannishness ; en français, c’est de la fraternité.

La force est là.

Transporté de la famille à la nation, ce sentiment conquiert le monde.

Excellente franc-maçonnerie, je vous le jure !

Coyteux est le fils aîné du Dr Jules Prévost, de Saint-Jérôme, un vrai médecin, non seulement par la science, mais par l'humanité, Gallien doublé du Bon Samaritain. Un médecin de campagne qui

LES CANADIENS-FRANÇAIS reçoit et lit toutes les Publications Spéciales du Jour ; qui Porte à ses malades Pauvres, avec des Médicaments, des vivres et des douceurs : qui se tient au Courant des découvertes et des Progrès de la science et Pratique en même temps la charité :

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