‹ Coups d'oeil et coups de plume [microforme]Chapitre 57 sur 69 · À OTTAWA · texte numérisé non relu

À OTTAWA

temps de perdu … et quelquefois des cheveux malades.

À l'Institut, c’est autre chose. Notre fête à un Caractère national, Ils étaient neuf, les fondateurs de la fête, il Y à quinze ans. Cette année, nous Sommes cent trente. Je vous Parlais du flot qui Monte : me croyez vous ?

Si nous étions plus nombreux, c’est que nous avons Prévost à notre tête : il opt cette année Je Président de l’Institut. En sa Personne la nationa-

lité s’accuse, s'affirme, nous Sourons lui prêter Mainforte,

ho

Comme elle est amusante, cette fête!

On mange, mais pas silencieusement, tout le monde parle ; on boit, mais en trinquant, et au son du piano et des chansons ; on danse sur des airs canadiens ; on discourt,—sur la note nationale ; on joue au billard, et l’on fait bien des fausses queues. L'’aube parait... mais il ne faut pas rappeler cela à nos femmes !

Quel plaisir, dans Ottawa, cette nécropole, où le tramway repose le dimanche, où la police arrête l'enfant qui joue à la balle ou au cerceau le jour du Seigneur, où les voitures de place sont remisées pendant le sabbat, dans cette ville anglaise où l’on dépense plus d’empois que de froment, quel plaisir de faire tache et de rire à la bonne franquette, c’est” à-dire de tenir tout une nuit les échos anglais en éveil !

Si nous nous en sommes donné... sous Prévost !

Sous Prévost qui est toujours le premier au plaisir comme le premier au travail.

Au travail surtout.

Prévost est à la tête d’une des plus importantes clientèles de la capitale qu’il a acquise en six ans, . Il a fait son cours classique au collège de Montréal, et suivi ses cours de médécine au collège Victoria. Admis à la profession, il est allé compléter

ses études à Dublin, à Londres, surtout à Paris, sous des professeurs qui ne sont pas des mazettes croyez-m'en. Il arrivait à Ottawa en 1877, après avoir exercé pendant quelques mois à Saint-Jérôme. Au bout d’un an, il était le président de la société médico-chirurgicale d'Ottawa. Quelle enjambée ! surtout si l’on songe qu’il était le seul membre français de cette association. Le mérite s’imposait. La loi de l'Ontario est sévère, on n’y devient plus médecin qu'avec une licence du collége des médecins et chirurgiens ; les médecius étrangers n’y sont plus reçus à exercer que s'ils ont pris une licence du collége provincial; Prévost prend la sienne, et le voici gradué en 1881.

Le voici également médecin de l’hôpital, du collège Saint-Joseph, de la maison mère des sœur grises, du couvent de la rue Rideau, et de plusieurs autres institutions de charité: maternités, asiles, refuges.

Les patients abondent, le jour est tout employé, la soirée largement entamée ; Prévost étudie encore, à deux heures du matin, les cas en voie, ou il prépare des articles pour les journaux de médecine. C'est ainsi qu’il écrit: “ De l'alcool dans le traitement de la pneumonie” C’est ainsi qu'il prépare la conférence qu'il lira devant l'assemblée des médecins du Dominion à Toronto. Il est là le seul médecin français; pièce pathologique en mains, il disserte sur la tumeur cancéreuse des os du crâne, il est applaudi à outrance. Le Medical Record et l'Union médicale publient ce travail. C'est

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ainsi qu'il écrit cet article sur le croup et la diphthérie, dont les conclusions sont adoptées par la Revue de thérapeutique, de Paris, qui les publie avec éloges. C'est ainsi qu’il trouve le temps de collaborer à l’Union médicale, d'écrire ces lettres Aux deux Wilfrid, dans lesquelles, sous couleur d'enseigner

à ses deux élèves à surmonter les difficultés des commencements de la pratique, il donne des conseils dont les vieux médecins pourraient profiter comme les jeunes. ,

La plupart de ces travaux sont écrits en anglais, langue que Prévost manie comme sa langue maternelle.

Outre que sa vaste clientèle est là pour attester ses succès professionnels, le public a confiance en

Prévost, parce qu'on sait qu'il étudie sans cesse,

observe toujours et consigne régulièrement le résultat de ses observations. $Ses tiroirs regorgent de manuscrits qui sont l’histoire, jour par jour, de toutes les maladies sérieuses qu'il traite.

Mon histoire y est, celle d’une pleurésie qui a failli m'emporter.

Prévost adore sa profession ; il ne lui reproche que ceci: qu’elle lui prend tout son temps et ne lui permet pas d'étudier ses auteurs comme il le voudrait.

Il ne faut pas croire que c’est la reconnaissance seule pour un médecin qui m'a sauvé la vie, ou mon amitié pour un homme de cœur rempli d’esprit, qui me dicte cet article : ces deux sentiments y sont pour beaucoup sans doute, mais il y a au-

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