TA PRESSE POLITIQUE
“ J'ai dépassé l’âge des haïnes, surtout des haines stériles allumées pour le compte d'autrui. S'il y a ramollissement, c’est chez elles. Je ne me bats plus pour des gens qui ne me tiennent que par des côtés de convention. Je tiens à mes principes, je défends mes opinions, mais quant aux hommes, merci ! àmoins qu'ils ne soient de mes amis. Parce que René, Jean, Jacques et moi nous sommes chanté pouilles—et pas pour notre plus grande gloire, —parce que nous nous sommes houspillés sans merci; parce que nous avons gaspillé le temps que l’étude aurait dû prendre et dépensé nos années les plus actives en polémiques sans résultat, —faudra-t-il que, tout en nous estimant, nous ne puissions que dire du mal les uns des autres ? Un homme a du mérite, sinon en ceci, au moins en cela, —eh bien je le dis.
‘ Après ?
‘“ Nous sommes fous de nous déchirer pour des ombres. Chaque parcelle de réputation que nous enlevons aux nôtres avec nos ongles de journalistes, qui sont plutôt des griffes, avec nos plumes qui sont trop souvent des crocs de fauves ou des crochets de chiffonniers, c'est autant de force perdue pour notre race, c'est un retard à son empire inéluctable sur le continent d'Amérique. Les Américains vont recevoir de la France la statue de la Liberté éclairant le monde, et aucun peuple n’est aussi digne qu'eux d'accepter un cadeau plus sublime d’une nation plus généreuse ; nous, ici, dans notre modeste sphère, si nous pouvions apporter
notre pierre au monument de la fraternité! C’est une ambition chrétienne, va! Nous jouissons déjà de la liberté politique et de la liberté de conscience, comme de l'égalité devant la loi: il ne nous manque que de préparer le règne de l'amour fraternel pour réaliser le rêve de la France révolutionnaire.
“ Je sais bien que c’est là le hic, le point difficile entre tous. On permet que son voisin soit aussi libre que soi, on souffre que la loi le traite comme soi, mais quant à l’aimer c’est autre chose. Et pourtant ce doit être possible puisque Jésus l’ordonne.
“ Vous autres les journalistes politiques, vous êtes les bêtes desomme des partis. Vous êtes jeunes et vaillants, vous avez du talent et de l'avenir, mais de fausses notions de ce qu'est la vie: vous courez vous faire enharnacher et monter par des écuyers politiques qui ne valent certes pas toujours ceux du cirque. Vous fournissez une carrière brillante, mais toujours improductive, et quant vous êtes fourbus, morfondus, rendus, on vous laisse crever, et plus tard s’il entend parlez de vous le jockey dit : “ Oui, c'était une bonne bête!”
“ Bête est bien le mot.
“ Le journalisme politique n’a de sens, au point de vue des affaires, que si on le fait à son compte : le faire à gages, c’est passer avec la misère un bail emphythéotique.
“ Mon cher, que j'ai hâte dete voir enfin sortir de cette arène dont le sable brille mais brûle, fascine mais aveugle! On y perd temps, science, pei-
LA PRESSE POLITIQUE 328 nes, argent. On est l’athlète dont les convulsions réjouissent le Cœur de nos TOMains ; on se bat, sous les yeux des badauds de l'amphithéatre à qui en- Core le spectacle ne coûte rien, Pour la gloire et le profit de quelques douzaines d’habiles : leg naïfs font l'affaire des fins. Les niais, C'est-à-dire nous, les sincères, ayant usé leurs forces vives, leur jeu- Lesse, leur santé, —aigris, desséchés, désillusionnés,
Suivront, vous harcèleront Jusqu'à extinction de Chaleur animale, I] Y a malbêtes Partout, surtont dans Ja politique. f
“ Votre damnée presse politique ne rend justice à aucun adversaire. J’en suis sorti, Dieu merci, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, s& avoir varié d’un iota dans mes opinions, encois moins dans mes principes, je suis rentré dans le calme et le serein; j'ai atteint ce degré d'équité auquel je puis sans faiblesse et sans compromission, dire de mes anciens adversaires tout le bien que je pense d’eux que tu penses d'eux, que pensent d’eux, dans le for intérieur, an fond de la conscience, les hommes les moins intéressés à les détruire.”
PE te A mu,
À PROPOS D'ENSEIGNES 825 1h