‹ Coups de clairon; chants et poèmes héroïquesChapitre 47 sur 69 · UNE BRETONNE · texte numérisé non relu

UNE BRETONNE

Quand l'heure du combat sonnait, Avant d'entrer dans la mêlée Le Héros breton se signait, Imité par sa rude armée ; La Foi, toujours, fut son soutien ; Nous lui devons son Épopée, Car on peut-être bon chrétien Et n'en brandir que mieux l'épée !

LES BRETONS

O vous que Du Guesclin n'implorait qu'à genoux, S'il nous faut pour la France, aussi, faire campagne, O Notre-Dame-de-Bretagne, Veillez sur nous!

UN DINANNAIS

Quand Bertrand Du Guesclin, miné par la souffrance, S'endormit, plein de gloire, à Chateauneuf-Randon, On transporta son corps à Saint-Denis en France, Mais son cœur s'en revint au cher pays breton!

Ce cœur, qui ne connut ni l'orgueil ni la haine, S'en revint tout saignant, tout pantelant encor, Au pays dinannais où la douce Tiphaine, Pour la première fois, le fit battre plus fort;

Dans sa châsse de plomb, dans son urne de pierre, Il fut à toi, dès lors, antique Saint-Sauveur, Et tes enfants pieux, aux saints jours de prière, Peuvent l'interroger, encore, avec ferveur...

Car ce cœur n'est pas mort, si j'en crois la légende, — Le cœur des preux, comme leur âme, est immortel - Il dort, lorsque la France est respectée et grande, Il dort, silencieux, à l'ombre de l'Autel...

Mais, sitôt qu'un malheur menace la Patrie,

Que chantent les clairons, que battent les tambours,

Que les canons brutaux commencent leur tuerie,

Le vieux cœur se réveille et bat à grands coups souFds;

Rythmant la Joie ou bien la Tristesse de l'heure, Scandant les Te deum ou les De Profundis, Il bat, le triste cœur, il souffre, et saigne, et pleure Tout le sang, tous les pleurs déjà versés, jadis!

Et le bruit monte, monte, emplit la basilique, S'éteint, reprend, selon la victoire ou le deuil, A croire, par instants, que la pauvre relique Va briser les parois de son double cercueil !

Les Sceptiques ont dit : « Ce bruit, ce grand prodige, C'est le heurt d'un marteau sur une enclume, au loin ! » Soit!... mais le forgeron c'est Du Guesclin, vous dis-je, Et l'enclume est son cœur et le marteau son poing !

C'est toi, Bertrand, c'est toi ! Toi qui, la nuit, te lèves, Afin de marteler sur ton cœur fort et doux Et de tes poings carrés, tes poings d'acier, des glaives Pour le jour où la France'aura besoin de nous !

Réponds! qu'à la chaleur de ton cœur — ô merveille ! — La pierre soit brisée et le plomb soit fondu ! Réponds ! N'est-il pas vrai, Bertrand, que ton cœur veille Et qu'ils ne sont pas fous ceux qui l'ont entendu ?

C'est ta fête aujourd'hui ! Vois, ton église est pleine, Dinan t'écoute : Parle ! Est-ce toi, vraiment toi — Quand la Bretagne et quand la France sont en peine — Cœur de Guesclin, qui bats ? et qui pleures ?..

UNE VOIX, sortant du cénotaphe :

— C'est moi !

LES BRETONS, à voix basse :

Du cénotaphe où gît le rêve

De notre glorieux Passé Une voix, tout à coup, s'élève :

La voix du Héros trépassé...

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