L'AIGLE NOIR DE DU GUESCLIN(I
Pocsic récitée par l'auteur à Dinan, le 20 juillet TQ02, lors de l'inauguration du Monument de Fremiet.
Au Maître-Statuaire Frêmiet .
1 1 1 Du Guesclin portait pour blason : D'argent à l'Aigle de sable éployé, becqué et armé de gueules, à la bandede gueules brochant sur ie tout.
Guesclin! dans ce jour d'allégresse Nous t'élevons sur le pavois Et ton Pays natal t'adresse Son salut par mon humble voix ;
Frémiet, notre Michel-Ange, Vient de te camper aujourd'hui A la tête de la Phalange Des preux ressuscites par lui!
Serrant ton destrier rapide Dans les étaux de tes genoux
Et cambrant ton torse, solide
Comme un gros pommier de chez nous
Par-dessus ton haubert de mailles, Sur ta cotte et sur ton écu Eployant l'Aigle des batailles De ton blason jamais vaincu,
— L'Aigle noir que tes adversaires N'apercevaient qu'en frémissant, L'Aigle noir aux terribles serres, Au bec rouge encore de sang —
Le front lauré, l'œil plein du Rêve Réalisé presque autrefois, Et tenant en ta main le Glaive, Pieusement, comme une Croix;
Dans un nimbe d'apothéose, A travers les chemins d'Arvor Rosés par la bruyère rose Et dorés par les genêts d'or;
Aux mugissements de la Foule Dont le long vivat triomphal S'en vient, avec un bruit de houle, Mourir aux pieds de ton cheval ;
Tu semblés — tant l'Œuvre du Maître Est d'un réalisme étonnant — Rentrer vivant, ô rude Ancêtre! — Dans ton vieux pays de Dinan !...
... On s'attend à ce qu'apparaisse,
Dans un cortège en beaux atours,
Tiphaine-la-Devineresse,
Ta « Douce » aux grands yeux de velours;
Ici-même, sur quelque estrade,
On cherche aussi Lancastre et Knoll,
Et Caverley, ton camarade
Quand vous combattiez l'Espagnol;
A côté d'Olivier, ton frère, Près de toi l'on s'attend à voir Jean du Bois portant ta bannière Où plane encore l'Aigle noir ;
Et l'on cherche tes capitaines Et tes soldats : Kerlanhouët, Rohan, Le Bègue de Yillaines, Mauny, Tinténiac, Lescouët;
Les Barons à côté des Rustres :
Les Bûcherons de Fougeray Auprès des Chevaliers illustres Du Combat des Trente et d'Auray ;
Tous tes vaillants compagnons d'armes, Rudes Loups du hallier breton, Cœurs de granit fondus en larmes Au soir de Châteauneuf-Randon !...
... Car on t'aimait, Bertrand, pour ta laideur si belle, Ton front si fier, tes yeux si droits, ton cœur si fort, Et pour ton dévouement si breton, si fidèle, Sur lequel on pouvait compter jusqu'à la mort !
Tous les cœurs te suivaient quand tu faisais Campagne. Captif, au Prince Noir tu dis, avec raison : « 11 n'est pas une femme en France, une en Bretagne, « Qui ne voudrait filer le lin pour ma rançon ! »
Et l'on t'aime toujours comme au temps de ta Gloire, Plus, peut-être : nos yeux éblouis, aveuglés, T'apercevant grandi, sur le seuil de l'Histoire, De toute la grandeur des Siècles écoulés !
Mais le Peuple breton t'aime plus que nul autre : Sans doute que de toi chacun de nous descend Et qu'un peu de ton Ame est passée en la nôtre Et qu'un peu de ton Sang coule dans notre sang !
Aussi, vienne le jour où — par maie fortune — Pour sauver la Patrie il nous faille lutter, Tu renaîtras, par nous, cent mille fois pour une Puisque chaque Breton brûle de t'imiter...
Cependant qu'au logis, tout comme leurs Aïeules, Les Bretonnes sauront encor, près des berceaux, — — Pour solder du Pays la Rançon, toutes seules, Filer la quenouillette et tourner les fuseaux !
. Mais souhaitons plutôt que le grand Jour se lève | e la Fraternité des Peuples, qu'autrefois ous prêcha Celui qui — tout comme toi ton Glaive — orta, jusqu'au sommet du Calvaire, sa Croix :
Que jamais plus le sang, que jamais plus les larmes Ne coulent sur les pas du Conquérant vainqueur, Et que ton Aigle noir s'envole de tes Armes, L'Aigle noir — ô Guesdin ! — qui nous voile ton cœur
Qu'il se perde au Zénith ou dans le Néant tombe L'Aigle noir au bec rouge, aux deux serres d'acier... Et qu'il soit remplacé par la blanche Colombe Tenant, dans son bec ruse, un rameau d'olivier!
Dinan, le 20 Juillet 190.2.)
En chantant I...
A mon ancien Régiment, le 41* de Ligne, à Rennes.