‹ Coups de plume indépendantsChapitre 13 sur 15 · M. JULES CLARETIE · texte numérisé non relu

M. JULES CLARETIE

Avant d'aborder l'examen de la pièce, disons quelques mots de l'auteur. M. J. Glaretie est bien le plus abondant producteur de notre époque. Il suffit dans les journaux à la tâche de quatre ou cinq rédacteurs. La chronique de Paris à V Indépendance belge^ le feuilleton dramatique de la Presse, la critique littéraire à V Illustration, divers travaux dans plusieurs autres feuilles n'épuisent point sa veine intarissable. Malgré ce labeur de chaque jour, qui serait écrasant pour tout autre, il trouve encore le temps d'écrire des livres en quantité et de grandes pièces de théâtre. Il n'a pas trente-cinq ans, et déjà les titres seuls des ouvrages qu'il a publiés chez les divers éditeurs de Paris rempliraient plusieurs colonnes de notre Revue. Cet infatigable enfant de Limoges a pondu, je crois, plus de volumes que ses compatriotes n'ont bâti de maisons. S'il vit, ce que je lui souhaite, les soixante-dix ou quatre-vingts ans que la nature accorde aux grands travailleurs, il nous faudra demander à Dieu une seconde existence pour avoir le temps de le lire. Aucun genre ne lui est étranger, aucune besogne ne le rebute. Biographies d'écrivains et d'hommes célèbres, romans de mœurs et romans d'aventures, critique d'art, critique littéraire et dramatique, histoire

de la Révolution, histoire contemporaine, impressions de voyage, il a tout abordé avec assurance. « Toujours prêt », telle semble être sa devise.

« A quelque moment que vous le preniez, nous disait familièrement un de ses amis, il a toujours mangé l'avoine. »

On peut le mettre à n'importe quel travail, il s'en tire à son honneur. Ce qui sort de sa plume estcoulant, léger, correct, parfois même distingué.

Esprit net et décidé, il est constamment à l'affût de la direction où souffle le vent de la faveur publique ; il y tourne son aile et moud son grain en conscience.

A-t-il donc à lui seul l'outil universel? Non certes, et l'exubérance de son talent, sa laboriosite féconde, ont leurs limites aussi et leur écueil. Gardons-nous d'être injustes pour un esprit si vigoureux et ne décourageons pas une ardeur de travail qui appelle l'estime ; mais devant cette avalanche continue, on ne peut s'empêcher de se dire tout bas les vers du poète :

Qui des deux est stérilité, Ou Tantique sobriété Qui n'écrit que ce qu'elle pense Ou la moderne intempérance Qui croit penser dès qu'elle écrit

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