UNE PROPHETIE DE M. DE MAISTRE
De quel éclat de rire le puissant et ironique Joseph de Maistre eût accueilli la prophétie suivante, si elle avait été signée de Voltaire?
a On a décidé qu'on bâtirait une ville nouvelle qui « serait le siège du gouvernement. On a choisi l'em- « placement le plus avantageux sur le bord d'un grand « fleuve ; on a arrêté que la ville s'appellerait Was- « hington ; la place de tous les édifices publics est « marquée ; on a mis la main à l'œuvre, et le plan de « la Cité-Reine circule déjà dans toute l'Europe. Es- « sentiellement, il n'y a rien là qui passe les bornes du « pouvoir humain. On peut bien bâtir une ville : néan- « moins, il y a trop de délibération, trop à^humanité « dans cette affaire, et Ton pourrait gager mille contre « un que la ville ne se bâtira pas, ou qu'elle ne s'appel- « lera pas Washington, ou que le congrès n'y rési- « dera pas. »
La ville s'est bâtie ; elle s'appelle Washington, et le congrès y réside ! De Maistre doit supporter impatiemment ce démenti dans sa tombe ; mais les événements sont d'une brutalité de très-mauvais goût, et quand ils donnent un soufflet, il faut le garder. Je ne cite pas ce fait pour me donner le plaisir d'être