‹ Coups de plume sincèresChapitre 51 sur 53 · L HOMME DE BIEN. :.S · texte numérisé non relu

L HOMME DE BIEN. :.S

sentiment de mélancolie tout à fait remarquables : il y a là une imagination et un caractère, ou plutôt, une nature.

Le poëme du Vieux Paysan parut en 1840, précédé de cette demi-page où se reflète une si douce lumière : « Au moment de jeter à tous les vents du ciel ce nouveau parfum que j'ai voulu prendre aux fleurs, aux arômes des solitudes, j'aime à me rappeler cette famille des âmes dont la providence a entouré ces pauvres poètes, — une voix qui chante et une âme qui souff're, — un cantique et des larmes. Hélas ! les poètes ont toujours été cela. Ils chantent parce que Dieu le veut, et ils pleurent parce que les hommes les y contraignent; ils ne se reposeront que quand cette harmonie qui est en eux sera dans la société qu'ils aimeraient tant si elle voulait être plus heureuse. Et, pour arriver là, elle n'a qu'à obéir avec plus d'intelligence à la voix d'amour en laquelle sont, au fond, toute la science et toute la vie. Vivre delà vie de l'âme, c'est s'épandre tout à la fois en intelligence et en amour; c'est mettre une parole dans les larmes : le poète, lui, y met un chant. Passer de la vie du cœur à la vie de l'âme, c'est passer de la compassion à la sympathie, et voilà le progrès appelé avec de si grands désirs par la petite famille un moment rassemblée à la Thébaide des Grèves. »

On trouve dans le Vieux Paysan toutes les qualités poétiques de la Morvonnais, avec une pensée philosophique de plus. Le Vieux Paysan est le tableau de l'antagonisme du riche et du pauvre : redoutable problème que le poète a résolu par l'amour, et que la civilisation

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résoudi'a par la liberté. Mais la liberté n'est peut-être que le pseudonyme politique de l'amour.

Les Larmes de Madeleine sont la plus vaste composition poétique du solitaire de l'Arguenon; mais c'est une composition hybride où se mêlent les voix de la solitude et les voix du monde, et il est évident que notre poëte entend mieux les unes que les autres. Il l'avoue, du reste, fort gracieusen)ent lui-même dans sa préface. Il se plaît à reconnaître qu'il comprend beaucoup moins bien ce qu'on se dit à l'oreille dans un salon que ce que la brise dit aux landes, et ce que la lame murmure aux grèves. — Les Larmes de Madeleine sont le livre le plus imparfaitement marqué aux armes du noble poëte.

Hippolyte de la Morvonuais est un lakiste breton. Toutefois, cette poésie rêveuse, il faut bien le dire, n'échappe pas au défaut particulier aux solitaires ; elle tombe dans les redites sans s'en apercevoir.

C'est pourquoi il serait à souhaiter que, des trois volumes, une main amie et sévère en composât un seul, où serait toute l'âine d'Hippolyte de la Morvonnais. A ce volume, il faudrait joindre la vie du poëte : la vie serait une leçon, la poésie un charme. Ce serait donc un volume digne de vivre.

Adieu, cœur angélique, âme intègre et douce î Dans ces temps troublés, tu apparais comme un juste, et ce serait une grande faute d'oublier que, dans ce siècle égoïste et froid, tu as prouvé par ton exemple qu'une des meilleures manières d'être utile, c'est de se faire aimer !

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