L HOMME DE BIEN
M. Bi'izeux, — toute proportion gardée, du reste, — me fait l'effet de Virgile passant des Eglogues et des Georgiques à V Enéide. Dans ces sortes de transformations le poëte est plus grand et Fœuvre moins parfaite.
Cela dit sur l'auteur de Marie, je ne crois pas (ju'aucun poëte de la pléiade bretonne mérite mieux que la Morvonnais d'être placé immédiatement après Brizeux. Certes, ils ne se ressemblent pas. L'un est sobre, contenu ; l'antre abondant et presque toujours sans point d'arrêt. Brizeux trace autour de sa muse un cercle d'or et lui dit : Tu n'irns pas plus loin ; la Morvonnais laisse aller sa muse où elle veut. SpirHtus fiât ubi vuU. Brizeux a un art exquis et la Morvonnais manque d'art. L'un est plus artiste, l'autre est plus homme, et même on peut dire que l'auteur de la Thébdide des Grèves n'est poëte qu'à force d'être homme.
C'est par la Thébaïde des Grèves que débute Hippolyte de la Morvonnais, et ce recueil est bien l'image de sa vie : un bonheur doux, intime, profond d'abord; puis une éternelle douleur. Car la Morvonnais, qui avait trouvé le bonheur dans le mariage, perdit bientôt la compagne de sa vie et ne s'en consola jamais : il resta toujours, comme il disait, une âme veuve. Chose triste ! ce sont les hommes auxquels il faudrait le moins pour être heureux, les cœurs simples, sans ambition, sans cupidité, qui sont le plus fatalement voués au malheur. Les ambitieux et les cupides ont de quoi se distraire, quand ils sont frappés; les âmes aimantes et pures, au contraire, s'absorbent dans leurs angoisses: douloureux privilège de la vertu !
Il y a dans la Tkébaïde un souffle poétique et un