‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 3 sur 50 · L — COURBET AU CHIEN NOIR · texte numérisé non relu

L — COURBET AU CHIEN NOIR

Courbet est un des sujets favoris de Courbet. On le lui a assez souvent reproché, oubliant peut-être qu'un artiste trouve difficilement un modèle aussi commode et mieux connu que lui-même.

Mais, ajoutait-on, le peintre qui a enlaidi à plaisir tant de ses contemporains ne manquait pas de se mettre « en frais de délicatesse en faveur de sa propre figure » (Edm. About 1857). Ici encore, l'artiste n'est pas sans excuse, s'il en faut pour les chefs-d'œuvre que nous a valus cette complaisance un peu exclusive. Tous ceux qui l'ont connu dans sa jeunesse s'accordent en effet à dire qu'il était fort beau.

(( Il avait la taille haute — dit Jules Breton — la poitrine large, la face ferme en ses plans simples, légèrement bronzée et éclairée par deux magnifiques yeux de taureau. Sa chevelure était luxuriante, et sa barbe ondulée et bien semée laissait voir toute la grâce d'une bouche fine, qui relevait volontiers ses coins ironiques et teintés d'ombre; ...tout cela avec une apparence de rusticité qui lui donnait l'air d'un pâtre chaldéen. Tel Courbet. Sa marche ondulait dans ce balancement satisfait des beaux campagnards, la tête toujours un peu penchée vers le sol comme

pour des recherches intéressant le flair; car il avait plus de tempérament que d'intelligence, plus de sensualité que de sentiment poétique. » (La Peinture, p. 181.)

C'est un portrait de l'artiste par lui-même, le COURBET AU Chien noir, peint en 1842, qui lui valut la première consécration officielle. Courbet, alors âgé de 23 ans, s'était représenté dans un paysage de sa province, à l'entrée de la grotte de Plaisir-Fontaine, en compagnie d'un bel épagneul, cadeau d'un de ses amis et qui faisait, dit-il dans une de ses lettres, l'admiration de chacun.

Le portrait fut admis par le jury du Salon de 1844, et malgré l'échec d'une autre toile, ce fut l'occasion d'une grande joie pour l'artiste, qui travaillait depuis quatre ans à Paris, sans maître, à sa guise, à la grande inquiétude des siens. (( Je suis enfin reçu à l'Exposition — leur écrivit-il aussitôt — ce qui me fait le plus grand plaisir. Ce n'est pas le tableau que j'aurais le plus désiré qu'il fût reçu ; mais c'est égal, c'est tout ce que je demande, car le tableau qu'ils m'ont refusé n'était pas fini... Ils m'ont fait l'honneur de me donner une fort belle place à l'Exposition; ce qui me dédommage. » Et il explique ailleurs que si son tableau eut été plus grand, il aurait certainement obtenu une médaille : u c'eut été un début magnifique î »

Le Courbet au Chien noir, qui a figuré à la Centennale en 1900, est récemment entré au Petit Palais par un don de M"e Juliette Courbet.

IL — LE CUITARRERO

L'année suivante, en 1845, Courbet, qui possédait déjà une grande puissance de travail et une remarquable facilité, présenta cinq toiles au Salon. Le jury retint seulement une petite composition, LE CUITARRERO, exécutée en une quinzaine de jours, qui a passé, il y a quelques années, de la collection Faure dans la galerie Bernheim jeune, où elle a été récemment vendue.

L'artiste, avec son optimisme habituel, se consola vite de son échec et s'empressa d'apprendre à sa famille qu'un banquier et un marchand lui faisaient des offres pour le Cuitarrero. Mais tandis qu'il balançait encore à demander 500 francs de sa toile, les acheteurs s'étaient déjà éclipsés.

On reconnaîtra sans peine les traits de Courbet sous l'accoutrement romantique de son personnage. L'œuvre est très typique des hésitations de l'artiste à ses débuts.

Une seule chose était alors certaine pour lui : c'est qu'il ne se mettrait pas à l'école des peintres officiels. Il ne trouvait plus rien à leur demander après quelques séances de modèle

chez le baron de Steuben, quelques entretiens avec Auguste Hesse. Il trouvait plus de profit à copier les vieux maîtres, comme Rembrandt, Franz Hais, Van Dyck, Velasquez, ou des modernes plus ou moins hardis, comme Céricault, Delacroix et même Schnetz ou Robert-Fleury, qui lui servaient de guides avant qu'il eût trouvé lui-même sa propre voie.

Le romantisme d'assez mauvais aloi qui inspire cette composition se retrouverait dans un grand nombre d' œuvres du peintre, pendant cette première période. A ce même Salon, avec un portrait de sa sceur Juliette, baptisée, <( pour rire », la Baronne de M..., il avait envoyé notamment un RÊVE de jeune fille, dont on s'imagine facilement le sentimentalisme de commande. Peu auparavant, en 1841, il s'était peint lui-même la tête entre les mains, dans une toile intitulée le DÉSESPOIR. Citons encore, parmi les titres romantiques, des RUINES LE LONG D'UN LAC (1839), un MOINE DANS UN CLOÎTRE (1840), L'HOMME DÉLIVRÉ

DE L'AMOUR PAR LA MORT, une ODALISQUE inspirée de Victor Hugo, une Lelia empruntée à George Sand, et une Nuit de Walpurgis (1841) tirée du Faust de Goethe. On connaît enfin les Amants DANS LA Campagne, sentiments du jeune âge, dont deux exemplaires appartiennent à nos collections publiques. L'un d'eux est au Musée de Lyon, l'autre au Petit Palais de la Ville de Paris, où il a été donné par M^e Juliette Courbet.

Page 1