XXXIV. — LE CHASSEUR D'EAU
Les Salons de 1857 et 1861 suffiraient à représenter Courbet comme peintre de chasses. A cette dernière exposition, il avait, outre le Combat de Cerfs, un Cerf a l'Eau, un Renard dans la Neige, et enfin un Piqueur et son Cheval. Cette dernière toile, il est vrai, fut jugée ridicule et (( digne des plus mauvais jours du peintre u. L'artiste s'efforça bien de la retoucher dans la suite, mais sous son nouveau titre, le Cheval dérobé, elle semble être encore un bien mauvais tableau.
Courbet allait cependant bientôt recueillir, avec une nouvelle composition de la même série, les applaudissements les plus unanimes qu'il lui ait été donné de soulever au cours de sa longue carrière. Au Salon de 1866, sa fameuse Remise des Chevreuils ne provoqua que des éloges. Tous ceux qu'avaient effrayés jusque-là la forte personnalité et le talent un peu brutal du peintre se récrièrent d'admiration devant cette œuvre aimable jusqu'à
rinsignifiance. Les nombreux chevreuils que Courbet peignit sur ce modèle, u aussi agréables que ceux de la Remise », dit-il dans une lettre inédite de la bibliothèque Doucet (13 février 1870), ont toujours trouvé un public. Un Cerf aux ÉCOUTES de cette qualité, peint en 1859, a été donné au Louvre. Quant à LA REMISE, elle fut vendue 15.000 francs par l'artiste, passa par les collections Lepel-Cointet, Laurent- Richard et Sécrétan et fut acquise enfin 76.000 francs par une société d'amateurs, qui l'a offerte aussi au Louvre. Tant de reproductions de toutes natures et de tous formats l'ont vulgarisée que l'on ne nous en voudra pas de ne pas la publier ici une fois de plus.
Il faut réserver aussi une mention à l'Hallali du Cerf, du musée de Besançon qui fit sensation, de toute autre manière, il est vrai, à l'exposition de 1867 et au Salon de 1869. Chacun s'accorde à en trouver l'exécution u chimérique » et fort audessus des prétentions.
Dans la dernière période de sa vie, alors que son énorme corpulence et ses infirmités croissantes lui rendaient déjà difficiles les grandes marches et les exercices violents, Courbet ne renonçait pas à ses sujets favoris. Un des derniers parmi ses beaux tableaux de chasse, peint en 1873, nous montre, dans un de ces paysages de neige qu'il avait tant affectionnés, un Chasseur d'Eau à l'affût des sarcelles et des canards sauvages (Collection Duretj.