XLVIII. — LE CHATEAU DE CHILLON
De nombreux paysages datent de la même époque, études d'arbres, vues de la Cascade d'Hauteville, du Lac Léman, de la Dent de Jaman et de la Dent du Midi. L'artiste se prit d'une particulière affection pour le Château de Chillon, dont il aimait dresser les plans robustes au-dessus de l'eau transparente. L'exemplaire reproduit ici a passé par l'ancienne collection Gérard, mais on en trouverait des variantes chez M^"-' Castagnary, M'"^ Descombat, M. Cusenier, ou à l'Hôtel de Ville d'Ornans.
Il reprit aussi l'ébauchoir. qu'il avait manié quelquefois, et modela un buste de la République Helvétique, de forme discutable mais d'un beau mouvement. Sur le socle se lit l'inscription : «. Helvetia. Hommage à l'Hospitalité. Tour de Peilz. Mai 1875». En acceptant cette œuvre au nom de ses compatriotes, le syndic exprima sa reconnaissance avec une touchante dignité : « Nous apprécions — dit-il — le sentiment, pour nous doux et agréable, qui a dicté votre démarche, à savoir que sur les
rives du Léman vous avez joui de la paix... Vous avez vécu tranquille sous le drapeau de la liberté qui vous a inspiré. Merci donc pour ce témoignage de votre affection pour nous... Nous conserverons avec soin ce monument, qui dira à la postérité : Un illustre exilé a trouvé ici le repos ».
Entre autres répliques de l'Helvetia, on connaît celle qui précède l'entrée de la terrasse de Meudon.
En juin 1877, l'artiste put un moment espérer qu'il reprendrait bientôt sa place parmi ses confrères. Il avait envoyé à Paris la notice des tableaux qu'il désirait voir figurer à l'Exposition Universelle l'année suivante, et, cette fois, il avait eu enfin raison de ses adversaires. « Monsieur — avait dit Henner à l'un d'eux — parmi les hommes qui sont des peintres, il n'y a et il ne peut y avoir qu'une opinion. Si dix seulement devaient figurer à l'Exposition, M. Courbet serait l'un des dix f n
Mais cette réparation arrivait trop tard. Au cours de ces années d'épreuves, la santé de l'artiste s'était altérée de plus en plus, u J'ai le cerveau tellement fatigué, écrivait-il à cette époque, que pour répondre à une lettre c'est un effort énorme. » L'hydropisie, dont il souffrait depuis longtemps, fit tout à coup de terribles progrès. Au milieu de ses tortures physiques, il apprit qu'une vente judiciaire de ses tableaux, faite dans des conditions déplorables, à la fin de novembre 1877, avait produit les résultats les plus insignifiants. Ce fut une des dernières nouvelles que le peintre reçut de France.