‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 5 sur 50 · IV. — L'HOMME A LA PIPE · texte numérisé non relu

IV. — L'HOMME A LA PIPE

L'année suivante, en 1847, nouveau désastre. Trois tableaux présentés au Salon sont refusés par le jury.

L'artiste est atterré. II a beau mépriser ses juges, leur décision est pour lui grosse de conséquences : (( pour se faire connaître , il faut exposer, et, malheureusement, il n'y a que cette exposition-là. Les années passées, lorsque j'avais moins ma manière à moi, que je faisais encore un peu comme eux, ils me recevaient ; mais aujourd'hui que je suis moi, il ne faut plus que je l'espère. )>

Courbet n'était pas seul à protester. C'est à la suite de ce même Salon que Delacroix, Decamps, Dupré, Rousseau, Daumier, etc,, se réunissaient chez Barye pour tenter de fonder un Salon indépendant.

Mais la révolution de 1848 permit de constituer le jury sur de nouvelles bases et les trois tableaux qu'on venait de refuser à Courbet purent paraître dans les expositions suivantes. La réputation du peintre ne perdit rien à ce long stage. Remarqué dès 1848 par Champfleury et Prosper Haussard, l'artiste fut encouragé dès lors par un petit groupe d'admirateurs qui virent en lui u un grand peintre ».

Parmi les toiles refusées en 1847 se trouvait un petit chef-d'œuvre, l'Homme a la Pipe, qui reparut

au Salon de 1850-51. Mais à ce dernier Salon, Courbet envoya des œuvres bien autrement importantes et hardies. La critique avait trop à faire avec l'Enterrement pour s'arrêter longtemps devant l'Homme a la Pipe. Ce fut pourtant, pour quelquesuns des juges qui partirent en guerre contre le goût et les théories de Courbet, l'occasion de rendre justice à son u faire magistral ».

Ce portrait est un admirable morceau de peinture, dit Louis Peisse. 11 est traité, ajoute Delécluze, avec un rare talent, une suavité et une largeur de pinceau remarquables. Vignon dit enfin : c'est un diamant de modelé, de finesse et d'exécution...

11 paraît que L'HOMME A LA PiPE faillit être acquis à l'exposition par le prince président. Mais les pourparlers n'aboutirent pas. Courbet écrivit en effet à Bruyas, qui acheta sa toile en mai 1854 : a Je suis enchanté que vous ayez mon portrait. 11 a enfin échappé aux barbares. C'est miraculeux, car, dans un temps bien difficile, j'ai eu le courage de le refuser à Napoléon pour la somme de deux mille francs; plus tard au général russe Gortschakoff... »

L'amateur Bruyas, dont nous aurons l'occasion de reparler, a prêté l'Homme a la Pipe à diverses expositions particulières de Courbet. 11 l'a légué, avec sa collection, au Musée de Montpellier.

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