‹ Courbet; 48 planches hors-texte accompagnées de 48 notices rédigéesChapitre 6 sur 50 · V. — L'HOMME A LA CEINTURE DE CUIR · texte numérisé non relu

V. — L'HOMME A LA CEINTURE DE CUIR

Au Salon de 1849, par une heureuse innovation due à Charles Blanc, alors directeur des Beaux- Arts, l'Institut céda la place à un jury élu par les exposants eux-mêmes. Ce fut l'occasion d'une revanche pour les artistes indépendants et notamment pour Courbet, qui eut sept toiles reçues sur sept envois.

Il avait là des paysages, le curieux portrait du «philosophe» Trapadoux, un des prototypes du Colline de Mûrger (collection H. Rouart), L' Après- Dîner A Ornans, dont nous reparlerons, et l'admirable portrait de Courbet lui-même, connu sous le nom de l'Homme a la Ceinture de cuir, qui fut exposé d'abord sous le titre bizarre de Portrait DE L'Auteur, étude des Vénitiens.

Dans cette dernière toile, datée de 1844 (?), il ne s'est pas représenté, comme il l'a fait d'ordinaire, sous ses airs de bon vivant, à la vanité joviale et

épanouie. Nous avons ici un Courbet élégant et distingué, d'une autorité tranquille, noble et grave comme un Christ de Ribera. Mais c'est un Courbet assez authentique, que nous retrouvons aussi parfois dans les descriptions écrites des contemporains. « Il était mince, grand, souple — dit Burty — portant de longs cheveux noirs et aussi une barbe noire et soyeuse. On ne le rencontrait qu'escorté d'amis, comme on raconte que sortaient de leurs ateliers les maîtres italiens. Ses longs yeux langoureux, son nez droit, son front bas et d'un relief superbe, ses lèvres saillantes, moqueuses aux commissures comme les yeux l'étaient aux angles, ses joues lisses et bombées lui donnaient la plus étroite ressemblance avec ces profils de rois assyriens qui terminent des corps de bœufs. Son accent traînard et mélodieux... ajoutait un charme paysannesque à sa parole ou très caressante ou très fine. »

C'est seulement en 1881, quelques années après la mort de l'artiste, que l'Etat acquit — pour 29,000 francs — cette belle toile. Elle a traversé le Luxembourg pour trouver ensuite au Louvre un asile définitif. Quoiqu'elle ait beaucoup noirci, elle compte parmi les plus beaux portraits d'artistes qui remplissent le Salon Denon.

Courbet a la Ceinture de cuir

tlUSÉE DU LOUVRE

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