SOI
Lorsque l’hydropisie eut envahi les jambes et le ventre, sa figure pâle et maigre, où l’onne voyait que ses grands yeux, eut un spasme suprême.
Il rendit Je dernier soupir.
Alors, le père Courbet se mit à pleurer.
La veille, il était arrivé apportant à Gustave deux cadeaux dont le peintre, souriant douloureusement, l’avait remercié : c’était une lanterne sourde pour descendre â la cave, et un piège à souris pour détruire les parasites de l’atelier...
Le décès constaté il fallut commander l’enterrement.
On vint, le lendemain, prendre mesure du cadavre...
Le père, qui avait trouvé dans l’appartement une sacoche pleine d’or, avait, pendant la nuit, refusé de se coucher dans un lit; il
était sourd, et il n’aurait pu entendre venir les voleurs.
Il s’était, tout habillé, étendu sur un canapé, — sur le ventre, — sur la sacoche...
L’eutrepreneur des pompes funèbres l’interrogeait.
— Nous ferons un convoi de première classe et nous aurons un cercueil de plomb.
— De plomb ! dit le père. Cela sera bien cher !
Et, oubliant un instant le lieu où il se trouvait, la cérémonie que l’on préparait, et la personne que l’on enterrait, le paj’san économe demanda :
— Ne pourrait-on pas le faire en zinc!...
Ce fut là une distraction.
SOUVENIRS INTIMES
Courbet fut enterré comme il le méritait.
La société aujourd’hui ressemble au père Courbet : elle voudrait ensevelir le peintre dans du zinc; mais un jour, croyons-le, elle ne lui marchandera pas le plomb...
Quant aux habitants d’Ornans, — ces gueux ! — qui ont renversé le Pêcheur auocChavots, ils sont déshonorés aux yeux de l’histoire, s’ils n’élèvent pas, sur la place même de l’œuvre, la statue de Courbet.