‹ Courbet, souvenirs intimesChapitre 1 sur 16 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La plupart de ces articles ont paru dans la Revue réaliste.

Cette revue, quoique bonne personne, fit beaucoup parler d'elle. — Cela suffit pour la tuer.

Son plus grand tort était d'avoir un titre qui déplaisait, car d'être réaliste la pauvrette ne se souciait guère ; et si les puristes ne furent pas satisfaits, c'est que, dans le fantasque amour-propre qui nous porte à chercher des poux dans de la paille, rien n'égale le sublime plaisir de les y mettre, et de les y trouver.

Donc, les insultes plurent comme grêle sur la nouvelle venue, — qui n'avait pas de parapluie.

8 MJSTAVE COURBET

La critique, — qui l'eût cru! — fit donner jusqu'à sa réserve. Une noble émulation poussa en avant tous ces territoriaux de la saine littérature. — Aussi, quelle fête, mes amis ! Et quels coups d'étrivières ! — Mais, en revanche, de notre part quelle philosophie ! L'on prêtait l'échiné et l'on riait.

Nous buvions le fiel des Aristarque, et il nous semblait doux comme du lait. Nous fléchissions sous le poing des toréadors de feuilles de choux, et cela nous paraissait une caresse. Un jour même, certain journal nous appela vidangeurs. — Que nous restait-il à désirer? Notre tâche était remplie. Nous pouvions mourir.

Et c'est ce que nous avons fait, — cela soit dit sans plaisanter.

Personnellement, nous avons tiré une grande leçon de ces piaulements de la bourpoisie plumassière.

Grâce aux remontrances aimables de nos

maîtres, nous concevons maintenant cet idéal

qu'ils nous vantaient.

Nous racontions la vie d'un grand peintre, — d'un homme au caractère paradoxal, souvent étrange, toujours singulier. Dans la bonne foi de notre ignorance, nous avions cru qu'il était nécessaire de le représenter tel que nous l 'avions rencontré. Mais c'était la une erreur profonde.

Un style doux et terne, plat et fruste, exsangue et chlorotique, était indispensable pour portraire un artiste chaud et brillant, ardent et audacieux, vigoureux jusqu'à la pléthore, robuste quelquefois jusqu'à l'excès.

Le zézaiement timide d'une jeune pensionnaire était de règle dans un pareil sujet.

Cette intelligence tardive du grand art ne

put malheureusement pas nous être utile. Ce

modeste livre était déjà fait.

Le courage nous a manqué pour le recommencer.

Janvier 80.

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Gustave Courbet

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