LA JEUNESSE
Courbet (Jean-Désiré-Gustave) naquit à Ornans, petite ville de la Franche-Comté, du Doubs, le 10 juin 1819. Son père et sa mère appartenaient à la bourgeoisie du lieu. Ils étaient aisés, même riches, puisque le père faisait partie des électeurs censitaires, sous le règne de Louis-Philippe. Ils possédaient au village de Flagey, près d'Ornans, un domaine assez étendu.
Les Francs-Comtois, surtout ceux qui se trouvent à l'entrée du Jura, tels que les habitants d'Ornans qu'on peut déjà presque appeler des montagnards, ont une structure robuste. Ils sont généralement de haute stature et larges d'épaules. On ne saurait manquer de remarquer leur conformation particulière en venant parmi eux. Courbet tenait de son père la marque physique de la province. Il était robuste, de haute stature et large d'épaules. Comme trait personnel ses grands yeux, doux et veloutés, apparaissaient proéminents
sur son visage. Il avait de fort belles mains très blanches, dont il était fier et prenait grand soin.
Tel qu'il se présentait dans sa jeunesse, on peut le dire un des beaux hommes de son temps. On était naturellement amené à le remarquer et à le tenir pour un homme de race. En dehors de ce qu'on appellera la race, en pensant surtout à la filiation aristocratique, on pourra trouver des types, en chaque lieu et en chaque catégorie sociale, de ce qui constitue la race. Et Courbet était essentiellement avec son type Franc- Comtois et sa beauté personnelle un homme ayant de la race.
Certains hommes reliés physiquement et moralement à leur pays d'origine s'y montrent avec persistance attachés. Tel était Courbet. Quand il sera parvenu à la renommée, qu'il pensera à se glorifier, il prendra de sa petite ville son titre : le maître d'Ornans. Il laissera, en parlant, apercevoir J'accent particulier à la Franche-Comté et se plaira, en certaines circonstances, à le faire sentir dans toute sa force. L'affection qu'il porte à son pays d'origine, explique pourquoi se produisant comme peintre, il se mettra d'abord à représenter les bourgeois de sa ville natale, les paysans de sa campagne, avec les sites rustiques des alentours.
Courbet, arrivé à l'âge où les parents font donner de l'instruction à leurs enfants, fut placé comme externe au petit séminaire d'Ornans, une institution
diocésaine dirigée par des ecclésiastiques. Il ne devint point un bon élève. Il ne laissa voir que de l'éloignement pour les études classiques. Par contre, ses intimes propensions se révélant déjà, il montra du goût pour le dessin. Le petit séminaire avait un maître de dessin Beau, et Courbet, assidu et appliqué auprès de lui, poussa sa pratique du dessin aussi avant que son âge le permettait.
Ses parents l'envoyèrent achever ses études au collège royal de Besançon, l'établissement d'instruction le plus en vue de la région. Il ne s'y montra pas meilleur élève qu'au petit séminaire. La répulsion qu'il avait une première fois éprouvée pour la discipline scolaire et les études classiques ne fît que croître. Mais en même temps le goût du dessin, qui lui était venu au petit séminaire, alla se développant. Il avait au collège, comme professeur de dessin, Flajoulot, fidèle au style de David et il a fait alors sous sa direction, des dessins de forme très précise. Cependant loin de pouvoir s'accoutumer au régime de l'internat qu'on lui imposait, il finit par le prendre en telle aversion, exprimée en plaintes si amères, que ses parents durent le sortir de l'intérieur du collège, pour le tenir externe dans une maison particulière.
Courbet, à demeure en ville, trouvait son professeur de dessin du collège, Flajoulot, à la tête de l'école de dessin établie et maintenue par la munici-
palité. Cette école joignait aux cours de dessin et de peinture des cours d'architecture, de modelage et d'art industriel. Elle prenait ainsi une véritable importance et groupait les jeunes gens de la région, attirés vers l'art et les professions s'y rattachant. Courbet, en étroite relation avec Flajoulot, alla travailler à l'Ecole, où il s'appliqua avec assiduité, à dessiner. Il attaque aussi la peinture, et peint de petits tableaux, restés forcément de simples œuvres d'essai, sans caractère propre.
Il eut à ce moment pour ami, Edouard Baille, de Besançon, qui après avoir commencé ses études de peintre à l'école de la ville, alla les poursuivre à Paris, fut élève de Picot, exposa à plusieurs Salons, puis revint s'établir à Besançon, pour y peindre les célébrités du lieu et des tableaux religieux destinés aux églises. Alors que Courbet et Baille n'étaient encore que des jeunes gens liés par l'amitié. Baille dessina un intéressant portrait de Courbet, que nous reproduisons au frontispice de ce volume.
Courbet se lia aussi avec Max Buchon, de Salins, débutant comme poète. Cette liaison amena Courbet, qui s'essayait par surcroit à la lithographie, à illustrer de quatre petites lithographies, un volume de poésies publiées par Max Buchon à Besançon, en 1839. Ce sont là les toutes premières productions qu'il ait présentées au public.
Courbet a terminé à Besançon ce qu'on appelle les