‹ Courmayeur et Pré-St-Didier (val d'Aoste) leurs bains, leurs eaux & leurs environsChapitre 8 sur 29 · SCORBUT · texte numérisé non relu

SCORBUT

Guérison observée par M. Ruffinelli.

Dassano de Yillafranca di Piemonte, ex-capucin , 55 ans; tempérament lymphatique. Il arrive à Courmayeur, en juillet, épuisé de forces; pouls faible et lent; anéantissement des fonctions du système musculaire; diminution prononcée

de l'ouïe et de la vue; incapacité à la moindre fatigue; perte de l'appétit; gencives saignantes toutes les fois qu'i mange chaud. Peau parsemée de taches livides. La cachexie scorbutique date de 2 ans ; elle fut produite par le chagrin d'avoir une mère atteinte d'aliénation mentale depuis 8 ans et par l'observation scrupuleuse d un régime austère.

Quelque temps avant d'entreprendre le voyage de Courmayeur, l'abbé Dassano eut une hématurie qui dura deux mois, avec fièvre continue. M. Ruffinelli lui conseilla les bains de Pré-St-Didier dont l'usage serait secondé par un régime analeptique, réparateur. Dans 20 jours, le malade prit 24 bains; l'appétit augmentait chaque jour et les forces aussi; les digestions se faisaient assez bien, la vue et l'ouïe retournaient à leur état primitif, le malade faisait de petites promenades et prenait tous les matins quelques verres d'eau de La-Marguerite. Vers la mi-août, un mois après son arrivée, l'abbé Dassano put partir de Pré-St-Didier presque entièrement rétabli.

L'inflammation, suite nécessaire des fractures des os, se propage parfois aux muscles et aux tendons qui avoisinent l'os fracturé, et sous son influence, les organes engorgés et durcis ne peuvent plus qu'imparfaitement remplir leurs fonctions; souvent, et surtout dans les fractures comminutives, l'inflammation s'entretient dans les os eux-mêmes, ou bien s'étant propagée dans une articulation voisine, les surfaces synoviales deviennent adhérentes et Tankylose a lieu. Ces accidents sont aussi déterminés par les entorses et les luxations.

Dans ces cas , lorsque la période d'acuité des accidents a disparu , les bains de Pré-St-Didier sont couronnés de beaux résultats.

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Maladies qu'il serait dangereux de traiter par les bains de Pré-St-Didier.

Ce qui généralement nuit le plus aux sources thermales, c'est qu'on a trop étendu leur pouvoir, sans indiquer les circonstances particulières qui favorisent ou contrarient leur action.

En signalant les propriétés très-remarquables des bains de Pré-St-Didier, je suis loin d'en faire une panacée universelle, d'y mettre une absurde étiquette d'infaillibilité.

Le simple exposé des cas où nos bains peuvent convenir a déjà pu faire prévoir quelles sont les maladies dans lesquelles ils sont formellement contre-indiqués.

Les eaux de Pré-St-Didier guérissent plusieurs maladies, elles en soulagent un grand nombre, elles sont impuissantes contre certaines affections, elles doivent être employées avec précaution par certains tempéraments; ce sont les

personnes pléthoriques, les sujets menacés d'hémoptysie, de congestions sanguines, à la tête surtout, et qu'cm nomme des apoplectiques ambulants.

Chez les sujets à constitution nerveuse, éminemment irritables, il faut bien souvent tâter le malade et la maladie.

On devra s'abstenir de nos bains dans les phlogoses aiguës, dans les cas où les phlegmasies croniques ont grande tendance à reprendre de l'acuité, ceux où les viscères sont atteints de désorganisations graves dont les progrès sont activés par tout ce qui accélère la circulation intérieure.

Rappelons-nous que, dune manière presque absolue, il faut interdire l'usage de nos bains, sous quelque forme que ce soit, quand il y a de la fièvre, soit qu'elle tienne à un état d'acuité encore trop prononcé, soit qu'elle présente le caractère hectique.

Il y aurait danger à recourir à nos bains dans les anévrismes du cœur et des gros vaisseaux, dans les grossesses avancées.

Utiles seulement dans les hémorragies passives, alors que les parois des vaisseaux ont perdu leur contractilité, ils ont nui dans les hémorragies des femmes hystériques qu'accompagne ordinairement un état d'éréthysme.

Nos bains nuisent dans les diverses formes de la syphilis; ils ont donné de beaux résultats dans divers cas de cachexie mercurielle avec ou sans phénomènes nerveux consécutifs.

Si le rhumatisme n'est pas chronique, s'il n'est pas une affection unique, franche, sans fièvre, sans complication de goutte ni de principe vénérien , les bains de Pré-St-Didier sont nuisibles. Il en est de même lorsqu'il y a homopathie irritativo-phlogistique lente dans quelque appareil ou organe, indépendante de cette première affection.

Les hydropisies de la poitrine et du ventre s'en trouveraient mal. Dans cette proscription je dois excepter les œdèmes froids des extrémités inférieures.

A propos de phlogoses chroniques, j'en excepte celles qui sont produites et soutenues par le vice scrofuleux. Dans ces cas, nos bains, agissant directement contre ce dernier, réussissent fort souvent.

Enfin, et toujours pour rester dans le vrai, je dirai que les bains de Pré-St-Didier nuisent dans la plupart des cas d'hypochondrie , d'épilepsie, de suppurations internes, de phthisie arrivée à la 2e ou 3e période.

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Courmayeur, Souvenirs historiques;

Climat; Sol; Habitants; Hotels; Promenades

aux environs.

Courmayeur (Auri fodinœ des auteurs de cartes romaines, Curia major de Gasalis et autres, Cuna major de Derossi, In curte majori, chartes du moyen- âge), est la commune la plus septentrionale de l'arrondissement d'Aoste. Il est placé sur la rive gauche de la Doire ; celle-ci est formée au-dessus des bains de La-Saxe par la réunion des torrents de F Allée-Blanche et de Ferret ; la Doire va ensuite se réunir à Pré-St-Didier au torrent de La-Thuile. Courmayeur confine , du côté de F Allée-Blanche , avec la Tarentaise , et , du côté du col Ferret, avec le Valais. îl est à 1218 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Je ne veux pas approfondir ici la question d'étymologie. Le nom de Curia major n'indique pas, pour la plupart des auteurs, que Courmayeur ait été un lieu d'assises du

temps des Romains. Au moyen-âge on appelait Curm majores les localités où se tenaient les assemblées des notables (Voir la note D bis). Les mines d'or {Auri fodinœ) étaient dans le val Ferret. La progression des glaciers en aurait rendu l'abord inaccessible, puis introuvable. Ce qu'on appelle le Labyrinthe n'est qu'une galerie de mine; elle descend vers le nord sous un angle de 38°. On extrayait de là une galène argentifère à petits grains dans une gangue de spath calcaire. L'exploitation des mines et la métallurgie qui s'y rattache, étaient en pleine activité du temps des Salasses et des Romains qui avaient construit des usines à Cogne, à Comboë, à Pré-St-Didier, à Issogne, à Fénis et à Courmayeur (1).

On a trouvé à Courmayeur, sur divers points , des médailles en bronze, à l'effigie de Jules-César et d'Auguste, et des époques suivantes de l'empire. Près de Courmayeur, au dire de Casalis, eurent lieu les luttes obstinées des Salasses contre les conquérants Romains dont parle Strabon (lib. iv). Je donne cette opinion pour ce qu'elle peut valoir, sans la défendre.

Au moyen-âge, Courmayeur fut inféodé à quelques familles nobles qui ne portaient d'autre nom que celui de De Curia, De Turre, Les De La Cour en Courmayeur. ïl passa ensuite en propriété des chanoines de St-Bernard de Mont-Joux, et plus tard à la famille Sarriod Passerin d'Entrèves.

La peste de 1630, qui enleva au pays près de 80,000 personnes, fit aussi de grands ravages à Courmayeur (Voir la note D bis).

(1) V. Monsignor Délia Chiesa, Corona Reale di Savoia — Del Ducato d'Aosta, cap. 3.

La tour qu'on voit derrière le temple protestant ne date pas même de 4217. Par celte inscription on a voulu donner le change à ceux qui ignorent qu'on n'employait pas alors de chiffres arabes.

Le sol de Courmayeur fournit assez aux habitants; les produits consistent en blé, seigle, avoine, pommes de terre, etc.; les produits de la froma'gerie sont abondants et d'excellente qualité; leur vente constitue une des principales richesses du pays. La jeunesse émigré en France pour s'y livrer au colportage, au broiement des couleurs, etc. Elle y a réalisé de belles fortunes.

Beaucoup d'affabilité, une grande simplicité de mœurs, des habitudes paisibles, un sang pur et beau caractérisent la population de Courmayeur. Les guides de Courmayeur rivalisent 'avec avantage avec leurs confrères de Chamonix en politesse, dévouement et discrétion.

Les hôtels de Courmayeur se distinguent par les prévenances des maîtres , la propreté, la régularité dans le service, une cuisine excellente et des prix modérés. Si les hôtels de Courmayeur ne sont pas l'asile des chevaliers d'industrie, en revanche ils ont une réputation sérieuse depuis longtemps parmi les médecins et les malades. Le genre de vie y est simple sans négligence, élégant sans morgue.

Si Courmayeur avait besoin de noms illustres pour maintenir sa réputation, je dirais qu'en 1789 la princesse Carignan y vint avec son auguste fils; que Charles-Albert, en 1829, y séjourna deux mois avec ses deux fils; qu'en 1850, Victor-Emmanuel II y vint avec la reine et toute la I dynastie, et, en 1859, le duc d'Aoste avec le prince de Piémont.

Du chef-lieu de Courmayeur on ne voit pas le Mont- Blanc. Il faut, pour cela, se diriger vers le village d'Entré-

ves, ou mieux, entreprendre une excursion facile et sans dangers sur le Mont-Ghctif ou celui de La-Saxe.

L'exposition méridionale de Courmayeur lui donne un climat plus doux qu'à Chamonix; il est cependant un peu moins tempéré que celui de Pré-St-Didier. Pendant Tété, on y remarque des jours assez chauds que vient rafraîchir, le soir, une brise légère; les orages y sont inconnus ou peu violents; le mois de septembre y est encore beau, et nous ne saurions assez blâmer la précipitation des baigneurs (ils sont un peu comme les moutons qui se suivent machinalement) qui s'enfuient tantôt par routine , tantôt à l'occasion de la moindre pluie qui vient passagèrement rafraîchir l'atmosphère et s'accompagne d une légère couche de neige sur les sommités.

Une multitude de plantes curieuses peuplent les ravins, es prairies et les montagnes de Courmayeur. Je suis tenté de dire poétiquement avec quelqu'un que la main de Flore a couvert ce pays des semences de toutes les fleurs dont elle compose son élégante corbeille.

La minéralogie de Courmayeur est riche et variée (Voir la note D bis). Si le val d'Aoste est un des plus beaux fleurons de l'ancienne couronne de Sardaigne, Courmayeur est sans contredit le plus beau pays du val d'Aoste.

Quelqu'un l'a très-bien fait observer ; les sources d'eaux minérales sont presque toutes situées dans des contrées remarquables par le nombre et le genre de leurs grâces champêtres. Courmayeur présente tout ce qui séduit les âmes rêveuses, tout ce qui plaît aux hommes d'imagination, et charme même les simples curieux. Points de vue variés et pittoresques, vais ombreux, paysages de la plus pure nature alpine , villages nombreux , assis gracieusement, nature douce, variée, expressive, majestueuse,

capricieuse, âpre, sauvage, tout charme, séduit et semble dire: « Restez!.... »

Infortunes qui aspirez si vivement à la santé, voluptueux viveurs, épuisés par le culte orgiaque du plaisir et de la bonne chère , vieillards sur qui la main du temps s'appesantit chaque jour; enfants rachitiques étiolés à l'ombre malsaine des villes; jeunes filles, fleurs fanées à côté du flambeau de la civilisation; vous, hommes de la pensée, remueurs d'idées , esprits inquiets qui désirez reprendre force et santé; vous, dames délicates, frêles et nerveuses, natures toutes de feu, d'exquise sensibilité, de malaise physique et moral, énervées, ennuyées, en proie à un sentimentalisme morbide, indéfinissable.... Venez à Courmayeur... Ici, on parle de ses ennemis avec moins d'amertume, de la chose publique avec plus de sang-froid, de la fortune avec plus d'indifférence. Venez et restez... Plus tard, un jour, éloignés de Courmayeur, vous direz ce que Rousseau a pu dire du temps qu'il passa dans la vallée de Montmorency et aux Charmettes ' « Moments si doux et tant re- « grettés, ah! recommencez pour moi votre aimable cours; « coulez plus longtemps dans mon souvenir , s'il est pos- « sible, que vous ne fites réellement dans votre fugitive « succession » (Voir la note D).

Argentier

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La-Saxe.

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