‹ Courmayeur et Pré-St-Didier (val d'Aoste) leurs bains, leurs eaux & leurs environsChapitre 9 sur 29 · HISTORIQUE - PROPRIETES PHYSIQUES, CHIMIQUES ET MÉDICALES · texte numérisé non relu

HISTORIQUE - PROPRIETES PHYSIQUES, CHIMIQUES ET MÉDICALES

L'établissement de bains de La-Saxe est à 600 mètres du chef-lieu de Courmayeur, non pas au nord, comme dit Durandi dans sa Marca dlvrea, mais au nord-ouest. Il est placé au bas du rocher qui lui a donné son nom. L'établissement est à 1220 mètres au-dessus du niveau de la mer. La température moyenne des mois de la saison est de 10° 3 G. Mr Rotureau fait très-bien observer que le froid est un peu moins rigoureux à La-Saxe qu'à St-Gervais, situé un peu de l'autre côté et à gauche du Mont-Blanc. Cette différence se comprend aisément par l'orientation de la vallée ouverte au nord à St-Gervais, et exposée au midi à La- Saxe et à Courmayeur.

La-Saxe est dotée de deux sources, Tune très-ferrugineuse, dont l'analyse paraîtra incessamment, j'espère. Je ne veux pas m'en occuper pour le moment. Ce sera l'objet d'un mémoire séparée.

Historique.

Mollo (1728) dit que, prises en bains, elles guérissent les ulcères chroniques, les coliques, la lèpre, Téléphantiasis, le chancre (cancer?) et les fluxions des yeux (sic). Mollo les qualifia injustement de Saturnines, ce qui ne manqua pas de les discréditer auprès du vulgaire, et pendant longtemps on ne s'en servit que pour les bestiaux.

En 1747, Fantoni dit qu'on avait découvert depuis peu une source sulfureuse que les habitants appelaient La-Saxe. Vers 1818, on entreprit l'établissement de quelques baignoires sur l'emplacement actuel , à cause des bons effets qu'on en obtenait depuis longtemps. LeDr Vagneur, devenu propriétaire, fit construire le local actuel qui laisse cependant fort à désirer.

Propriétés physiques.

La source de La-Saxe proprement dite est sulfureuse. Pour arriver à son griffon il faut parcourir un souterrain de 40 mètres environ de longueur. L'eau sort directement du granit par un jet unique de 6 à 8 centimètres de diamètre ;

des canaux en bois l'amènent à la buvette qui sert en même temps de cabinet d'inhalation , grâce à l'évaporation facile de ses principes gazeux et volatils.

L'eau de la source sulfureuse est très-claire et ne forme aucun dépôt au moment où elle sort de la pierre ; mais elle ne tarde pas à laisser précipiter une sorte de poudre d'un gris-jaunâtre, composée de soufre et de barégine; ce mélange onctueux donne au toucher l'impression du savon mouillé.

La température de la galerie étant à 17° C , celle de l'eau sulfureuse, au griffon, est de 48* 4 G. Son odeur est sensiblement hépatique, mais moins que son goût ne le ferait supposer. Aucune bulle gazeuse ne s'en échappe, et cependant son eau, reçue dans un verre, est traversée par quelques perles trop-fines pour être de l'air atmosphérique (Rotureau).

Quoique légères, limpides et transparentes à leur point d'émergence, les eaux de La-Saxe flattent l'œil, mais non pas l'odorat et encore moins le goût. Elles exhalent, moins qu'elles ne laissent, un arrière-goût d'hydrogène sulfuré (œufs couvés, gâtés). Si l'on mange du pain ou du biscuit qu'on y aura trempé , vous verrez son goût nauséabond se prononcer davantage. L'eau de La-Saxe ne gèle jamais , même pendant les plus grands froids; on voit alors un brouillard assez épais qui s'élève au-dessus du ruisseau. Les eaux de La-Saxe rouissent le chanvre bien plus vite que l'eau comune.

Si les eaux de La-Saxe étaient plus chaudes et qu'on fût obligé de les laisser refroidir avant leur emploi, elles perdraient nécessairement de leurs propriétés. Cette eau ne se décomposant qu'à 85 degrés de chaleur, elle peut être

chauffée sans qu'elle perde rien de sa puissance virtuelle. Des expériences comparatives l'ont prouvé maintes fois.

Au bout d'un certain temps, son exposition à l'air la décompose; son odeur diminue et disparaît; sa saveur persiste quoiqu'à un moindre degré ; elle se trouble en prenant une coloration jaune-blanchâtre, qui prouve que la synthèse naturelle a cessé d'exister.

Bien bouchées, tenues couchées au frais, loin de l'action de la lumière, ces eaux ne subissent pas ou très-peu d'altération.

Propriétés chimiques ; Analyses.

(GlOANETTl)

Acide carbonique . .

Hydrogène sulfuré . .

Chlorure de sodium .

» de calcium .

» de magnésium

Carbonate de chaux .

Sulfate de chaux . .

cent, cubes 389,523 quantité indéterminée grammes 0, 2706 0, 0072 0, 0043 0, 4350 0, 0564

grammes 0, 7735

Gioanetti n'y a pas trouvé du fer.

Autre.

1000 parties d'eau contiennent:

Hydrogène sulfuré 0, 335

Acide carbonique petite quantité

Azote traces

Chlorure de calcium 0, 350

> de magnésium 0, 220

aii.'J'JÏÏ" : }"*•■«»"# ^m

lodure de sodium . . I „ m

Bromure de sodium . )

Carbonate de chaux . \

» de magnésium > .... 1 , 608

de fer . . )

Silices, traces . . . \

Matière organique. > # . . . 992, 687

Eau et perte . . . )

Mr Righini y a découvert du monosulfure de magnésium.

Autre

Quantité examinée 309.

Gaz solphydrique .... quantité indéterminée

Acide carbonique ...... 0, 21994

Chlorure de sodium 0, 09986

de magnésium 0,00160

de calcium 0, 00267

Sulfate de soude . . . quantité indéterminée

> de chaux 0, 02083

Silices traces

Carbonate de chaux 0, 16053

Matière organique traces

Les eaux de La-Saxe sont riches en glairine; sous l'influence de l'air, les hydrosulfates sont transformés en soushydrosulfites et en hydrogène sulfuré; ce gaz lui-même, lorsqu'il est libre, absorbe l'oxygène de l'air et donne naissance à de l'eau et du soufre ; de là vient que l'eau perd facilement sa saveur, qu'elle se trouble et qu'elle fait des précipités le long des canaux de parcours.

Propriétés médicales.

Les eaux de La-Saxe ont été vantées contre diverses affections des voies respiratoires , digestives et génito-urinaires (sans lésion organique), la pellagre, la gale, les dartres invétérées , les efflorescences cutanées , l'arthrite , la ^sciatique et les rhumatismes aigus , les douleurs consécutives aux blessures par armes à feu, etc. etc., la colique néphrétique, etc. etc.

Contre les maladies de la peau , les eaux de La-Saxe agissent comme médication spécifique en ce qu'elles modifient la nature même du principe herpétique et comme médication substitutive en ce qu'elles remplacent un état chronique, lent à guérir, par un état aigu artificiel dont la guérison est en général facile et rapide.

Donnés à la température de 35 à 40 degrés C, les bains produisent parfois une éruption plus ou moins étendue (poussée, psydracia thermalis) qui a servi de pierre de touche pour diagnostiquer des maladies douteuses, des maladies vénériennes invétérées. Il faut pour cela ne pas administrer ces eaux à une période trop rapprochée de celle où la maladie a été contractée.

Les bains de La-Saxe augmentent l'énergie vitale du système tégumentaire qui devient ainsi moins impressionnable aux influences atmosphériques. La durée des bains est en général d'une demi-heure à une heure. On les prend le matin, à jeun, ou aux bonnes heures de la journée, puis on se repose sur un bon lit pour favoriser la transpiration eu-

tanée si nécessaire à l'efficacité du traitement. ^Quant aux principes hygiéniques à observer, je renvoie à ce que j'ai dit pour Pré-St-Didier.

Les eaux sulfureuses de La-Saxe se prescrivent à la dose d'un demi-verre à quatre et même six verres. Elles sont , en général , bien acceptées par l'estomac , et il est assez rare que l'on soit obligé de les étendre, avec du lait ou des infusions aromatiques, émollientes ou béchiques. Les premières doses des eaux de La-Saxe augmentent l'appétit, mais une constipation qui nécessite quelquefois des^ prescriptions pharmaceutiques, ne tarde pas à apparaître. Si elle n'occasionne pas des accidents trop prononcés, il ne faut pas s'en inquiéter, car elle disparaît le plus souvent après les quatre ou cinq premiers jours.

Il est digne de remarque que ces eaux tendent à accroître l'embonpoint. Elles occasionnent de la toux dans les maladies chroniques des voies respiratoires , et rendent plus abondantes les sécrétions de la membrane muqueuse du larynx, de la trachée et des bronches ; mais, comme à Pierrefonds et à Weilbach, etc., ces effets ne se produisent qu'au début de la cure.

Le cabinet de la buvette sert aussi pour l'inhalation. Les résultats qu'on obtient de ce moyen de diététique respiratoire, M. Rotureau les attribue à un abaissement de la proportion normale d'oxygène dans l'air de la buvette et à la présence d'un certain volume de gaz acide, sulphydrique, de soufre en cristaux d'une ténuité extrême, et de quelques sels contenus dans l'eau minérale. Les malades éprouvent quelquefois dans cette salle une lourdeur de tête et souvent une céphalalgie intense , une sensation de chaleur dans la gorge, un goût sucré et amer, un chatouillement laryngien

provoquant la toux. Après quelques jours, l'expectoration devient plus facile et les crachats plus visqueux ; la toux disparait progressivement, et les mouvements respiratoires sont plus amples et moins précipités. Les battements de cœur et les pulsations artérielles diminuent dune manière notable.

La-Saxe qui est dépourvue d'ajutages de douches, devrait aussi songer à une machine pour la pulvérisation de l'eau dans un cabinet séparé.

Je crois n'avoir rien de mieux à faire que de laisser la parole à l'autorité éminente de M. Rotureau :

« L'action curative des eaux de La-Saxe s'exerce en « première ligne, sur les maladies des voies respiratoires, « sur les laryngites, les trachéites et les bronchites chro- « niques , si fréquentes avec le climat froid et variable du - voisinage du Mont-Blanc. Leur usage est très-utile encore ■ contre les pharyngites et les angines granuleuses, dont le « traitement est si difficile avec tous les autres moyens de la « matière médicale » .

Dans les affections du canal aérien, les eaux de La-Saxe agissent principalement quand elles sont employées à l'intérieur; dans les maladies granuleuses du commencement du tube digestif, c'est encore l'eau en boisson qui a la préférence. Mais il faut l'avaler lentement et par petites gorgées, afin quelle agisse comme un gargarisme et un modificateur des sécrétions des membranes muqueuses , sur les glandes desquelles elles semblent avoir une action élective.

L'eau de La-Saxe , en boisson et en inspiration , est vantée contre l'asthme nerveux, spasmodique; elle peut même améliorer celte maladie quand elle est sous la dépendance d'un catarrhe des bronches antérieurs, sans rupture

ni dilatation des bronches, sans état anatomique du poumon. L'altitude de Counnayeur, l'air pur et vif que respirent les emphysémateux expliquent suffisamment les cures merveilleuses que Ton a publiées à une époque où les services que la percussion et l'auscultation ont rendus à la médecine, n'étaient pas, ou étaient mal connus.

On emploie avec un très-grand avantage les eaux sulfureuses de La-Saxe dans les dyspepsies, les gastro-entéralgies, les douleurs rhumatismales, les maladies de l'utérus, évidemment liées à un herpétisme marqué, et dans plusieurs maladies de la peau caractérisées par des vésicules, des papules ou des pustules.

Comme toutes les eaux sulfureuses, elles sont utiles dans les empoisonnements saturnins, arsenicaux et mercuriels.

Enfin , peu d'eaux sulfureuses ou sulfurées sont mieux indiquées dans les affections des voies urinaires à l'état subaigu. Les malades doivent se baigner, mais ils doivent surtout prendre l'eau en boisson et à dose progressivement croissante ; s'ils vont trop vite, ils déterminent un état aigu, dont le moindre inconvénient est de forcer de suspendre la cure.

Pour que le traitement hydrosulfureux donne les meilleurs résultats, il faut que l'amélioration augmente de jour en jour, sans que l'économie éprouve une violente secousse.

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