III. — Etat des lieux après la catastrophe
Il serait peu utile ici de donner in extenso, tel que nous l’avons exposé dans notre procès-verbal, l'état des lieux de toute la mine. Il s'agissait alors de retrouver le point de départ de la catastrophe ct d’en reconstituer les phases principales, ce qui n’est plus à faire.
Nous nous contenterons de donner un aperçu général de l’état des lieux dans les trois couches : Catelinotte, Plate-Veine et Sorcière.
Nous insisterons de plus près sur Toute-Bonne, couche où l’explosion a eu son point de départ.
Le plan ci-annexé (fig. 7), que nous avons fait aussi complet que le comportait l'échelle à laquelle il est dressé, permettra d’ailleurs de se rendre un compte exact de la situation.
Les traces du passage du courant explosif sont de deux espèces : les effets mécaniques et les effets calorifiques.
A la première catégorie appartiennent les éboulements, les bris de portes d’aérage, les projections et destructions des vases de transport, les poussées et les renversements de boisages, ainsi que les blessures et meurtrissures constatées sur les victimes.
Les effets de la seconde espèce sont notamment les brûlures des victimes, les carbonisations de certaines pièces de boisage, des toiles, des foins des stoupures, etc., et plus souvent encore l'odeur laissée pat ces carbonisations, et aisément perceptible, même lorsque la vue ne permet pas de reconnaître avec certitude la trace du feu.
Il y a enfin les cokifications ou croûtes de coke formées de poussières partiellement carbonisées et collées aux boisages ou aux aspérités des roches.
Ce dernier caractère est d'autant plus important que non seulement il révèle avec certitude le passage de la flamme, mais il indique aussi la direction de celle-ci.
Un autre témoin important du passage du courant explosif, sinon de la flamme, et qui donne des indications analogues à celles des croûtes de coke, bien qu'il tienne plutôt des effets mécaniques que des eftets calorifiques, est l’arête de poussières.
Voici textuellement, extrait de notre rapport du 30 juillet 1887, comment nous décrivions ces dépôts particuliers :
« En un grand nombre de points de la mine, nous avons constaté, dans nos visites faites après la catastrophe, que la poussière était répartie sur les boisages de la manière suivante : sur une face, une
EN
couche assez mince mais à peu près uniforme; sur la face opposée, au contraire, le bois était à nu, sauf que sur la génératrice du milieu était déposée une bande étroite de poussière épaisse, formant, dans les cas les plus caracté-
Fic. 8 risés, une véritable arête à section triangulaire. (Voir
fig. 8 ci-contre.)
» C’est dans la couche Catelinotte que nous avons, pour la première fois, remarqué cette disposition particulière, qui y était très accentuée.
» Nous avons donné le nom d’aréte de poussières à la bande étroite déposée le long de la génératrice du milieu, désignation que nous lui conserverons dans tout le présent travail. »
Cette forme de dépôt de poussières n’est pas absolument caractéristique d’une explosion; elle indique simplement le passage d’un courant d’air rapide et fortement chargé de poussières.
C’est ce qui a lieu lors d’une explosion; mais, dans certaines galeries étroites de retour d'air de charbonnages très poussiéreux, on trouve des dépôts du même genre, la cause étant d’ailleurs la même. Nous avons constaté que, dans ce cas, l’arête de poussières fait toujours face à l’arrivée du courant chargé de poussières. Ces constatations sont rapportées plus loin, au chapitre IV, C.
Les dépôts de poussières constatés à La Boule avaient parfois subi un commencement de carbonisation, ce qui se constatait par la pression du doigt. Ces dépôts, à demi carbonisés, formaient la transition entre les arêtes de poussières proprement dites et les croûtes de coke.
Dans notre description, nous parlerons des puits et nous décrirons l'état des bouveaux qui y aboutissent, puis nous nous transporterons au Nord de la couche Catelinotte, et nous décrirons successivement l’état des diverses couches. (Voir le plan, fig. 7.)
Puits d'extraction, Accrochages. —- Bouveaux Nord et Sud à 495 mètres. — Dans le puits d'extraction, jusque vers le niveau de. 495 mètres, il y avait peu de dégâts.
A l’accrochage de 404 mètres, les paliers étaient partiellement détruits; les plaques voisines du puits avaient été soulevées et déplacées.
A 495 mètres, le guidonnage était détruit sur une hauteur de 5 mètres. La tonne (maçonnerie) du puits était ébranlée ; un gros bloc de maçonnerie s'était détaché des parois Midi et Est.
Dans le puits même, aucune trace visible du passage des flammes, ni croûtes de coke, ni amas caractéristiques de poussières.