‹ Courrières et La BouleChapitre 25 sur 30 · GE) A · texte numérisé non relu

GE) A

» Les dépositions des témoins de 404 mètres qui ont ressenti des secousses venant, soit de la trinque, soit du troussage, cadrent d’ailleurs avec cette marche de l'explosion.

» Le courant a dû s’éteindre alors faute d’aliment ; il a brisé, par un dernier effort, une des portes d’aérage et, tout chargé de poussières, il s’est engouffré dans le puits de retour d’air où il a produit, en arrivant à la surface, un fort ralentissement du ventilateur, d’une part, et, d'autre part, le soulèvement des clapets du puits.

» Revenons maintenant au point de départ de l'explosion et suivons le courant explosif descendu par la voie n°5.

» Ayant projeté à droite et à gauche la toile et la porte cernant l’aérage de chaque côté du pied de la voie et ayant brülé les ouvriers qui se trouvaient à proximité, notamment les coupeurs-voies Lecocq et Bouchez et le boute-feu Comiant, il descendit contre l’aérage par la voie n° 6, puis par les fronts des tailles n° 8 et n° 9 de la costresse et de la vallée.

» Il revint vers le Couchant à la fois par la vallée et par la costresse, et pénétra successivement dans les voies montantes n° 9 et 8, formant en retour des inflammations de poussières traduites par des cokifications ; une semblable inflammation secondaire eut aussi pour centre le front de la costresse; une autre se fit en retour, dans la vallée même, vers le Levant.

» La vitesse de propagation du courant enflammé depuis la taille no 5 jusqu’à la costresse paraît n'avoir pas été foudroyante : en effet, tandis que, sur le parcours ascensionnel du courant, les ouvriers rencontrés ont été frappés sur place, les coupeurs-voies du chantier inférieur n’ont pasété retrouvés à leur poste de travail; leurs cadavres ont été relevés à des distances allant jusque 40 mètres des points où ces ouvriers devaient-se trouver lors de l’explosion.

» Il paraît résulter des faits que le courant contenait en ce moment des matières explosives en excès et que l'explosion ne fut, pour cette cause, que partielle.

» Les certificats des médecins constatent d’ailleurs l'asphyxie des corps retrouvés dans la costresse, près du bouveau; nous rappellerons ici que le courant soulevait sur son passage des quantités énormes de poussières : outre celles qui ont été retrouvées cokifiées ou non, sur les boisages, l’asphyxie à laquelle ont succombé bon nombre de victimes a été, pour plusieurs d’entr'elles, pour beaucoup peut-être, déterminée par la poussière de charbon.

» Le courant atteignit le tournant du bouveau et se divisa en deux

Es y

branches, l'une se dirigeant vers le puits, l'autre courant vers le Couchant de Toute-Bonne.

» Cette dernière rejoignit, peut-être au pied du plan incliné no Couchant, le courant descendu du dessus, puis, ne rencontrant d'autre résistance dans la costresse Couchant qu’une porte régulatrice qu’elle fit disparaître, elle occasionna peu de dégâts jusqu’au cayat n° 14 et au bouveau de recoupe vers Sorcière.

» Il y eut, vers cet endroit, des explosions qui produisirent des éboulements considérables.

» Les trois portes du pied du cayat n° 14, furent arrachées; une stoupure construite dans ce cayat, un peu plus haut, fut éparpillée; le bouveau de Sorcière fut bouleversé, pour ainsi dire, dans toute sa. longueur.

» Ilest bon de faire remarquer que-l'inclinaison des bancs étant faible, le bouveau Midi horizontal vers Sorcière reste assez longtemps à peu de distance du mur de Toute-Bonne ; or, il y a à 14 mètres en amont pendage de la costresse proprement dite, une ancienne costresse bis ou voie parallèle à la première, ayant servi de retour d’air à la taille chassante poussée au Couchant vers le point où l’on devait faire le montage de communication d’aérage (c’est la voie no 15 qui fut ce montage).

» Cette voie fut découverte par les premiers éboulements dn bouveau de recoupe et put y déverser une certaine quantité de grisou.

» Le courant parcourut donc le bouveau Midi vers Sorcière, mais il dut conserver peu de violence à son entrée dans cette couche.

» Une partie du chantier Levant fut épargnée, sauf que les premières portes furent arrachées et projetées vers le Levant.

» Il est remarquable que ce chantier, le seul qui contint notamment du grisou en assez grande quañtité, fut presque le seul épargné.

» L'inflammation pénétra aussi dans le troussage Levant, mais ses traces ne persistent que sur une quarantaine de mètres.

» Les ouvriers de ce chantier purent fuir; mais arrivés à peu de distance du bouveau, ils furent surpris par l’asphyxie et succombèrent sans que leur passage eut été barré par des éboulements infranchissables. Quelques-uns de ces ouvriers furent néanmoins brûlés, mais leurs brûlures furent reçues près du bouveau, peutêtre au retour des flammes du Couchant.

» La flamme parcourut le chantier Couchant en entier et y laissa des traces nombreuses et complexes de son passage.

» Nous avons dit qu’une branche du courant explosif s'était dirigée

RC ve

vers le puits. Une explosion (peut-être deux) eut lieu dans le bouveau Midi : de là l’éboulement du dit bou veau et celui de l’accrochage et la projection dans le puits du taqueur Urbain. L'explosion emporta aussi les trois portes de la communication avec le puits d’aérage, et projeta violemment le taqueur Blocq ainsi que son chariot.

» La flamme remonta à une assez grande hauteur dans le puits d'extraction, puisque le taqueur de 404% mètres la vit passer et repasser.

» Le refoulement vers le puits des chariots du bouveau Nord se produisit peut-être en ce moment par l'effet de la succion violente produite par la flamme remontant dans le puits : le courant enflammé aurait ensuite franchi le bouveau Nord et atteint Plate-Veine.

» L’itinéraire suivant paraît mieux se concilier avec les faits observés.

» La flamme n'aurait d'ahord pas dépassé le puits, mais, pendant qu'elle s'élevait d’une part dans celui-ci, elle aurait d’autre part, après avoir franchi, en brisant tout sur son passage, la communication avec le puits d’aérage, remonté dans ce dernier puits.

» À 20 mètres de hauteur environ, rencontrant la communication avec la couche Plate-Veine, communication stoupée et contenant sans doute du grisou, elle se serait engouffrée dans cette communication dont la stoupure a été emportée et où des croûtes de coke ont été trouvées dans le sens du retour, c’est-à-dire dans le sens où on les rencontre le plus souvent.

» De là, le courant aurait atteint la costresse de Plate-Veine en descendant par la voie n° 1; en débouchant vis-à-vis du faux troussage, il aurait contribué à interrompre l’aéragé de cette partie du chantier.

» Les portes du pied de la voie n° 1 sont, il est vrai, renseignées comme projetées en montant; mais, outre que ce sens de projection n’est pas bien certain, les portes qui s'ouvrent en descendant peuvent avoir été ouvertes dans ce sens par le premier choc et avoir été brisées par le choc en retour.

» C’est quand le courant aurait passé dans la voie no { que les ouvriers du deuxième recoupage auraient senti le premier choc d’air, venu avec l’aérage, disent certains d’entre eux ; la première explosion entendue par eux pourrait être celle du bouveau Midi ou du puits; c'est aussi cette explosion qui aurait été entendue par le taqueur de 404 mètres.

» Quoiqu'ilen soit, arrivé dans la costresse Levant de Plate-Veine,

PAPOPE

le courant explosif remonta partiellement vers les fronts ; les ouvriers avaient commencé à fuir avec le porion qui venait précisément de faire sauter une mine; ils furent arrêtés dans leur fuite et abattus par l'explosion ; un chariot fut culbuté sur trois d’entre eux.

» Le courant revint alors sur lui-même chargé de poussières et déposa de nombreuses croûtes de coke sur les boisages.

» Arrivé dans la costresse, il retourna vers le Couchant; en passant vis-à-vis du bouveau Nord, il reflua dans ce bouveau et jeta dans le puits les chariots de l’accrochage, ainsi que les ouvriers Legat et Cuisinier.

» Dans la costresse Couchant de Plate-Veine, il put recevoir un contingent de grisou descendu par le cayat no 2; une explosion se produisit peut-être en cet endroit, provoquant le contre courant retournant vers le puits et dans lequel a été pris le soigneur de chevaux Félix Dufrasne (n° 6), lequel a déclaré avoir été projeté vers le bouveau (ce serait le deuxième coup entendu par le taqueur de 404 mètres); le courant vers le Couchant n’en fut que plus accéléré au Couchant du cayat n° 2; aussi, sa vitesse paraît-elle avoir été très grande, déjà avant d'arriver au bouveau de Catelinotte.

» Il importe de rappeler ici que la trinque de Plate-Veine a été obstruée par les explosions montant du point de départ; cette obstruction, si elle s’est produite avant que l'explosion n'ait accompli son trajet par le bas, a pu jouer un rôle d’une certaine importance en refoulant vers le niveau de 495 mètres l’aérage du Couchant de Plate-Veine, et les gaz qui se dégageaient sans cesse de ce chantier ou qui emplissaient les vides des remblais.

» On a utilisé pour le sauvetage le retour d’air de Catelinotte, débouchant directement dans le puits; cet appel de Catelinotte était très puissant et l’on a eu même quelque difficulté, après qu’on eût débarrassé la trinque de Plate-Veine, à vaincre cet appel pour rétablir l’aérage ascensionnel.

» Dès le début de l'explosion, cet appel a pu exercer son influence et attirer vers Catelinotte, par la costresse de Plate-Veine, des quantés anormales de grisou.

>» Au Couchant du bouveau de recoupe de Catelinotte, le plus gros de l'explosion s'étant porté vers ce bouveau, le courant a diminué de violence : il a projeté vers le haut les portes du pied du cayat n° 13 de Plate-Veine, sans produire de ravages à une bien grande hauteur dans cette voie.

» Les ouvriers, occupés en haut de ce cayat, auront été prévenus

paf l'explosion du cayat n° 2. Ils se seront rassemblés pour fuir par la voie d'accès du chantier qui est le cayat n° 13, tout comme ont fait d’ailleurs les ouvriers du deuxième recoupage Levant qui s'étaient rassemblés près du cayat n° 2; mais, moins heureux que ces derniers, ils auront été surpris en cet endroit par le « stoupion de mauvaisetés » ou par la bouffée de gaz brûlés et de poussières, montant par la voie n° 13.

» C’est là qu'ils ont succombé tous, à l'exception de deux, qui, après être descendus comme les autres, ainsi que leurs lampes retrouvées à la tête du cayat n° 13 le prouvent, auront préfére aller se garer plus haut; ils ont eu le même sort que les autres : les gaz asphyxiants ont dû d’ailleurs envahir ce chantier à la fois par le haut et par le bas.

» Au cayat n° 22, l'explosion a produit, au niveau du premier recoupage, un assez fort éboulement au-dessus duquel il n’y a plus guère de dégâts ; la flamme s'est toutefois étendue jusque dans les maintenages (gradins), ainsi que le témoignent les cokifications y retrouvées.

» Au Couchant du cayat n° 22, les portes de la costresse et de la vallée ont encore été arrachées et projetées au Couchant, mais l’explosion a été impuissante à détruire une deuxième porte située à 45 mètres plus loin et qui a été simplement refoulée vers le Couchant.

.» Au-delà et plus haut, il n’y a plus, dans Plate-Veine Couchant, aucune trace d’explosion ; aussi, les ouvriers occupés dans ces voies n'ont-ils pas péri sur place; plusieurs d’entre eux ont accompli des trajets de fuite assez longs : les deux coupeurs-voies du premier recoupage Couchant (n° 51 et 52) sont venus mourir dans la costresse après avoir descendu peut-être la voie n° 26.

» Si l'explosion ne s’est propagée au Couchant du bouveau de Catelinotte qu'avec une énergie relativement faible, elle s’est au contraire lancée dans ce bouveau avec une violence inouïe ; indépendamment des éboulements notables que l’on constate dans ce bouveau, les débris de la rame de chariots qui se trouvaient au pied du bouveau montant, dans l’état où nous les avons décrits précédemment, sont un témoignage irrécusable de cette violence.

» Le courant s’est replié vers Catelinotte, en formant des éboulements à tous les coudes,

» C’est dans cette couche Catelinotte que les traces du passage du courant enflammé permettent le plus facilement de suivre la marche de celui-ci. |

nd

» La couche Catelinotte passe pour très peu grisouteuse ; mais elle est très poussiéreuse et les nombreuses croûtes de coke déposées sur les boisages témoignent du rôle considérable joué par les poussières dans cette partie de la catastrophe. ,

» En haut du cayat inférieur, où des arêtes de poussières bien caractérisées indiquent le repassage d’un courant de retour non enflammé, l'explosion s’est dirigé au Couchant, produisant de forts éboulements et a ainsi atteint la taille chassante de la voie montante n° 4 du premier recoupage.

» Les tailles de la couche Catelinotte, exploitée presque partout « en grand corps », c'est-à-dire en enlevant les deux laies et le banc intercalé, formaient, à cause de la grande ouverture de la veine, des excavations considérables, bien que les*remblais suivissent à une distance convenable. La taille chassante ci-dessus formait un vide plus grand encore, à cause d’une nouvelle voie montante en renlevage.

» Les poussières soulevées dans cette excavation par le courant explosif se sont enflammées et y ont formé, ainsi que dans les voies aboutissantes, un brasier intense dont les traces se manifestent par des cokifications extrêmement abondantes tapissant toutes les parois et formant, au ciel de l’excavation, des sortes de stalactites de coke brillant.

» Le courant principal est remonté soit par la ruellette, soit par la voie n° 4, soit par les deux côtés en même temps, et a parcouru le deuxième recoupage Couchant, descendant dans les anciennes voies montantes en remplissage, rebroussant au fond de ces culs-de-sac dont il remontait en tapissant de croûtes de coke les faces des boisages tournées vers l’aval-pendage.

» C’est, d’ailleurs, le phénomène qui s’est produit dans presque toutes les voies montantes en remblayage débouchant, à leur partie supérieure, à une voie parvenue par le courant d’explosion.

» Du recoupage, l'explosion s'est successivement élevée dans la taille no 1 Couchant, dans la taille du cayat et dans la taille no 1 Levant.

» Dans ces trois tailles, le phénomène constaté est le même et indique qu’à l'arrivée du courant initial les poussières charbonneuses y ont formé, en s’allumant, un centre d’explosion poussiéreux qui a redescendu les voies en recouvrant les boisages de cokifications nombreuses.

» Le courant s’est propagé, dans le deuxième recoupage, du Cou- -

Au." VER

chant au Levant ; arrivé à la taille chassante, il a rebroussé et ce courant de retour est marqué là aussi par d’abondantes cokifications.

» Une portion du courant enflammé doit aussi avoir atteint le deuxième recoupage Levant.par la voie n° 1 Levant servant ordinairement d'entrée d'air; mais cette voie, fermée par un éboulement, n'a pu être entièrement visitée par nous; l'interprétation des cokifications relevées dans la vallée Levant n’a d’ailleurs que peu d’importance.

» Au-dessus du deuxième recoupage Levant, le courant s’est encore élevé dans les voies montantes n°° 2 et 3, mais la flamme s’est arrêtée au pied des tailles, sans même pénétrer dans ces dernières. Les deux chargeuses, occupées en haut de ces voies, ont été surprises à leur travail et tuées sur place.

» La partie supérieure de la voie n° 2, un peu en dessous de la taille, est le point le plus élevé atteint par la flamme de ce côté; la taille est intacte, ainsi que la voie de retour d’air général du chantier qui se trouve dans le prolongement de cette voie montante.

» Au tournant de cette voie de retour d’air et de la voie horizontale, ancienne costresse de l'étage de 434 mètres, il y avait un éboulement ; c'est le dernier effort de l'explosion : toute la voie de retour d’air qui y fait suite est complètement intacte jusqu'au puits.

» Il s’y trouve seulement, surtout dans la partie rapprochée du chantier, des arêtes de poussières bien caractérisées qui indiquent que des poussières abondantes, échappées à la combustion ou soulevées seulement au-delà du point atteint par la flamme, ont été emportées par le courant d’air et se sont appliquées sur la génératrice des bois qui faisait face au courant.

» Peut-être même ces arêtes de poussières sont-elles antérieures à l'accident et sont-elles dues au courant d’air normal. »

Page 1