‹ Courrières et La BouleChapitre 27 sur 30 · MOULES · texte numérisé non relu

MOULES

» Les fronts de taille dégageaient donc du grisou à l’abatage; en outre, des « coupes » ou sources de gaz se faisaient jour ça et là dans les terrains encaissants.

» Mais, d'autre part, ce chantier était balayé par nn courant d'air assez actif pour ne laisser que rarement déceler à la flamme des lampes le gaz dangereux.

» Nous avons, dans le procès-verbal, fait ressortir ce qui, dans les dépositions des témoins, peut renseigner à ce sujet.

» Si nous consultons ces dépositions, nous ne trouvons rien qui autorise à croire que, dans la partie du chantier qui nous occupe, il se trouvât assez de grisou pour déterminer un allongement de la flamme des lampes; les accumulations de gaz observées ça et là se trouvaient en d'autres endroits de la mine.

» Les constatations personnelles des auteurs du procès-verbal sont d'accord avec ces dépositions. M. Jacquet, qui avait dans son service l'inspection de ce charbonnage, n'avait vu, le 19 février 1887, aucune trace de grisou dans le troussage de Toute-Bonne, et, dans une visite faite par lui à la fin de l’année 1886, dans les tailles de la même couche, il n’avait pas non plus constaté la présence de gaz inflammables.

» Nous avons rapporté au procès-verbal les résultats des expériences faites par nous à la lampe Pieler (1). La quantité de grisou décelé par cet appareil atteignait au plus 1 ‘2 % dans les tailles du deuxième récoupage de Toute-Bonne.

» Les tailles de ce recoupage se trouvaient alors, avons-nous dit, a peu près dans les conditions où devaient se trouver, au moment de l'accident, celles du premier recoupage.

» Nous avons dit aussi que c’est lors de notre visite faite dans la nuit du 16 au 17 juillet que nous avions trouvé le plus de grisou, et

(1) Pour compléter nos investigations quant à la teneur en grisou de l’air de la mine, nous avons grisoumétré les principaux chantiers au moyen d'un appareil nouveau alors et qui n’avait pas encore été employé en Belgique : la lampe Pieler.

Nous avons fait ces constatations d’abord au poste de jour le 15 juin 1887, ensuite au poste de nuit le 16 juillet.

Nous avions fait en sorte que les conditions de travail et d’aérage fussent sensiblement les mêmes qu'au jour de l’accident.

Les résultats de ces investigations étaient consignés in extenso dans le Procèsverbal, v

1} nous suffira de rapporter ici qu'au deuxième recoupage de Toute-Bonne, dans des tailles situées d’une façon analogue à celle d’où le coup de feu de ces mines était parti, la proportion de grisou constatée a été de 1 à 1 {/; %.

que cela pouvait être causé par certaines obstructions de ruellettes ; mais nous avons fait remarquer que la taille n° 5 avait pu se trouver dans des conditions analogues par suite d’un rétrécissement de la ruellette conduisant à la taille no 4, si, ce qui n’est pas certain, le soufflement de mur que nous avons constaté le 19 mars, et qui occasionnait le rétrécissement, était bien antérieur à l'accident.

>» Ilest peut-être bon de dire ici, pour empêcher qu’on ne se fasse de ce rétrécissement une idée exagérée, que nous avons pu, le 19 mars, malgré le soufflement du mur, parcourir le développement entier des fronts de taille et des ruellettes (1).

» En prenant donc l'hypothèse la plus défavorable, nous nous trouvons, dans la région de la taille n° 5, en présence d’un air contenant au plus 1 { % de grisou.

..» Un tel mélange n’est pas explosible par lui-même; aussi paraît-il, à première vue, difficile d'expliquer la déflagration initiale.

» M. le Directeur des travaux, cherchant à se rendre compte de la cause de la catastrophe et de l’énormité de ses ravages, suppose que l’éboulement de Catelinotte à 303 mètres a pu se produire avant l'explosion de grisou, et que l’obstruction d’aérage, qui a été la conséquence de cet éboulement, a produit ses effets sur l'atmosphère de Toute-Bonne, entre le moment où le porion a mis le feu à la mine de la voie n° 5 et celui où cette mine a éclaté. Il se passe, entre l’allu-mage et l'explosion de la mine, un certain intervalle de temps pendant lequel, vu l'interruption de l’aérage, le grisou aurait pu s’accumuler dans les travaux.

» Cette supposition est radicalement démentie par les faits constatés après l'accident; les éboulements du bouveau de 303 mètres entre Catelinotte et le puits indiquent bien que l'explosion a passé par là. . » Elle serait venue par le puits d’aérage, dit M. le Directeur. Cela est impossible, les hourds légers, placés dans le puits d’aérage vers le niveau de 404 mètres, sont restés intacts. De plus, les boisages de l'écurie, située entre Catelinotte et Bouleau, sont poussés vers le Nord et tout indique à l'évidence que, loin d’être venue du puits d’aérage, l'explosion est allée s'y éteindre.

» Il faut ajouter à ces résultats de constatations qu'aucun ouvrier présent dans les travaux n’a remarqué ni interruption, ni ralentissement d’aérage, même immédiatement avant la catastrophe.

» M. le Directeur, dans une deuxième hypothèse, suppose qu'une

(1) On se rappellera que l'ouverture de la couche n'est que de 035 environ: le rétrécissement n'avait donc pas été bien considérable, |

sorte de « croquage », par suite d’un affaissement faible mais général du toit de la couche, ou provoqué par toute autre cause, s’est produit au moment de la mise à feu de la mine et a rempli instantanément de grisou le chantier, ainsi, dit-il, que cela s’est déjà produit plusieurs fois dans la couche Sorcière.

» M. le Directeur croit cette supposition d'autant plus vraisemblable que la coupure de Toute-Bonne se trouvait alors dans le voisinage d'une faille, qui n’a été atteinte qu'après l'accident, mais qui s’annonçait dès lors par un changement d’allure très prononcé.

» Nous ne pouvons non plus nous rallier à cette manière de voir. De tels envahissements subits de grisou n’ont jamais eu lieu dans Toute-Bonne ; aucun dégagement anormal ne s'est même manifesté le long de la faille dont il est parlé.

» Rien n'indique que ce phénomène'se soit produit . . . . .

» La taille n° 5 avait, d'après une méthode suivie à ce charbonnage, une disposition telle que la partie gauche de la taille, c'est-à-dire le parel, n’était ventilée que par une ruellette de dimensions très restreintes, impraticable, tandis que la grande partie du volume d'air montait par la voie même.

» Nous sommes d'avis que cette méthode, en usage avec quelques variantes, dans tous les charbonnages du Flénu, est loin d’être irréprochable sous le rapport de la sécurité. . . . . se

» Cette méthode n’est cependant pas sans se justifier ini une certaine mesure; on a en vue, en ne relevant ainsi qu'un groupe de quatre tailles séparées par un « bourre » peu important, d'éviter les grandes longueurs de ruellettes et, par conséquent, les causes d'obstruction du courant d'air du chantier (1). On n'arriverait au même résultat qu'en augmentant le nombre de tailles en activité à la fois, c’est-à-dire en multipliant les fronts d’abatage, d’où un dégagement plus considérable de grisou sur un même courant.

» D'ailleurs, le passage de l’air par la ruellette était bien réel; nous en avons eu la preuve lors de notre visite du 7 mars: L'air y circulait, très faiblement il est vrai, mais il y a lieu de noter que ce jour-là, l’aérage de tout le chantier était presque nul, et que la toile, qui était placée entre la voie et la ruellette, n'avait pas encore été rétablie.

» Il faut observer cependant que si, d’une part, il n’y avait de ce côté que 2 mètres de front à balayer, d'autre part, il se trouvait, le long de la ruellette, un ferme de 45 mètres susceptible aussi de dégager du grisou, surtout dans les derniers mètres mis à découvert.

Rte s (1) Se rappeler de nouveau qu'il s’agit ici d’une éôuéhe de trés faible ouverture,

no

» Il pouvait donc y avoir, dans cet angle, un peu plus de gaz qu'ailleurs. Mais la disposition particulière de la taille nous autoriset-elle à transformer un air chargé de 1 % de grisou en un mélange grisouteux explosible ?

» Nous n'invoquons pas à ce sujet la visite préalable qu'avait dû faire le porion boute-feu. On a vu, par les dépositions des témoins, dans lesquelles il faut faire la part, pour le plus grand nombre, de la crainte de se compromettre, et, pour quelques-uns, d’exagérations voulues, que le boute-feu Comiant avait toute la compétence nécessaire, mais que sa prudence n'était pas toujours à l'abri de tout reproche. On peut donc supposer qu'il n’a pas, avant d'autoriser le chargement comme avant de mettre le feu à la mine, exploré les environs de celle-ci avec tout le soin désirable.

» Mais, si nous recourons à d’autres moyens d'appréciation, nous trouvons qu'aucun ouvrier ayant travaillé dans cette taille n’a constaté la présence du grisou dans l’angle du parel ; il n’y avait de grisou en cet endroit, disent-ils, que lorsqu'on pénétrait irrégulièrement dans la veine et que l’on créait à front de celle-ci des excavations; aussi, le porion leur recommandait-il de ne pas travailler de cette façon.

» Ce danger d'accumulation du grisou dans les excavations du ferme est inhérent au travail par tailles montantes; il n’est donc pas spécial au cas dont il s’agit.

» Au moment de l'accident il n’y avait au parel ni sur tout le front de taille aucune excavation de ce genre.

» Toutes réserves faites sur la valeur des dires des témoins, il est impossible de majorer dans de fortes proportions, pour le parel, la teneur en grisou de l'atmosphère de cette région, et nous croyons tenir largement compte de la disposition spéciale des lieux en attribuant à l'atmosphère du parel, au lieu de 1 % 7, une teneur en grisou de2à 21% %, peut-être 3 %, si nous prenons en considération la supposition de M. le Directeur qu'un ouvrier, retrouvé mort au pied du cayat n° {, avait pu maladroitement tenir ouvertes les portes de ce cayat au moment même où Comiant mettait le feu à la mine.

» Outre les dires des témoins, l'état des lieux, après l'accident, conduit, comme nous le verrons bientôt, plus sûrement à la même conclusion.

» On sait qu'un mélange d'air et de grisou, dans les proportions de 2 à 2 2 % et même 3 %, est encore loin d’être explosible par luimême; les lampes ne peuvent même encore déceler avec certitude

d'aussi petites quantités de gaz. La difficulté, que nous signalions plus haut, de trouver à l’accident une explication plausible subsiste donc encore. |

» Mais il y a un autre facteur à introduire, un facteur important dont l'influence a été beaucoup étudiée et beaucoup reconnue dans ces dernières années : c'est la poussière de charbon.

» C’est elle qui nous donnera l'explication à la fois de la possibilité de l'accident et de l'aspect particulier des lieux après celui-ci.

» On se rappelle que les faces des boisages, des pierres, etc., tournées vers la mine, étaient couvertes de croûtes épaisses de poussières carbonisées.

» Pour ce qui concerne spécialement le bois du parel, c’est au pied seulement qu'il était incrusté de coke; 1l y avait aussi du coke disséminé sur le mur de la couche. : |

» Ces cokifications indiquent avec certitude une combustion notable de poussières, et cela, non par des inflammations en retour, mais par le fait de l'explosion initiale elle-même.

» On a vu dans les paragraphes précédents que les cokifications abondantes ne peuvent se concilier avec une grande vitesse d’explo- Sion ; c'est ce qui, dans le parcours d’un courant, est en grande partie cause de ce que les croûtes de coke sont presque toujours déposées en retour, et aussi de ce qu'elles se rencontrent peu dans les grandes voies presque rectilignes, où le courant de retour peut lui-même atteindre une grande rapidité.

» Nous ne croyons pas devoir revenir ici sur les considérations que nous avons développées et que nous avons appuyées de nombreux exemples et d'extraits tirés des auteurs qui se sont le plus occupés de la question.

» On a peine à se figurer d’ailleurs qu’une explosion, dans laquelle ün gaz joue le rôle d'agent explosible, se traduise sur place et directement par une projection abondante de poussières carbonisées sur tous les objets voisins.

» Les quelques exemples que nous avons cités d’autres accidents montrent, en eflet, que de semblables faits n'ont pas été constatés, du moins d'une façon aussi prononcée, à la suite d'explosions de grisou proprement dites.

» Ces exemples sont peu nombreux sans doute, vu que les coups de grisou n'ont pas toujours été observés de si près et que, souvent, l'orientation des croûtes de coke, poussières, etc., n’a pas été constatée ni décrite. Mais les expériences, remarquables et toutes récentes de la

Commission prussienne du grisou viennent suppléer à cette insuffisance et concluent dans le même sens. On a vu, par les extraits que nous avons donnés, combien M. Hilt se prononce catégoriquement à ce sujet : « Dès que la proportion de grisou augmente, dit-il, dès » qu’elle dépasse 8 %, dit-il ailleurs, la formation de coke diminue » ou cesse complètement. »

» Aussi croyons-nous pouvoir, sinon avec une certitude absolue, du moins avec de fortes présomptions d’être dans le vrai, conclure, tant de l’aspect des lieux que des constatations que nous avons faites et des dépositions des témoins, que la proportion de grisou existant au parel de la taille n° 5, lorsque Comiant a mis le feu à la mine, ne pouvait guère dépasser 2 à 2 {4 %, tout au plus 8 %.

» Examinons quel était en ce moment l’état des abords de la mine :

» Précisément au pied du banc de voie se trouvait l'endroit où s’'accumulaient, au poste jour, les charbons abattus dans la taille, charbons qui venaient d’être enlevés quand on commençait le minage. Après l'évacuation des produits, le sol restait jonché d’une couche‘de charbon menu et sec, et c'est au ras de ce sol que l’on tirait les fortes mines que l'on sait.

» Nous pouvons dire de visu que le tirage de fortes mines a pour effet de soulever dans la voie un nuage de poussière intense.

» Ce n’est pas ici le lieu de traiter à fond la question des poussières. Cette étude sortirait du cadre qui nous est assigné. Il nous suffira de dire d'une manière générale que, si l’on peut à la rigueur contester encore qu'une atmosphère soit rendue explosible, dans toute l’acception du mot, par la présence des poussières seules, il n’est plus douteux que cette atmosphère poussiéreuse soit réellement explosible quand, avec les poussières, il s’y trouve un mélange de 1 à 3 % de grisou.

» La flamme d’une lampe ne suffirait peut-être pas pour faire déflagrer un pareil mélange, mais il en est autrement de la flamme forte et violente comme celle produite par une mine faisant canon, ou même par une mine fortement chargée, car plusieurs auteurs, M. Abel entre autres, assimilent l’une à l’autre ces deux sortes de mines. (Blown-out or overloaded Shot.)

» Or, n’était-ce pas le cas précisément à la tête de la voie n° 5?

» Une mine chargée d’un kilog. d’explosifs, dynamite et poudre noire, est tirée plongeante au pied du banc de voie. La mine n’a pas fait canon, il est vrai, et elle a bien « jeté ses terres », mais la partie de la charge, composée de poudre noire, peut avoir débourré d’abord

et avoir soulevé les poussières, très combastibles, jonchant le sol ; ces poussières, lancées dans un mélange d’air et de grisou dans les proportions de 12à2% % de ce dernier gaz et traversées par les flammes de la mine, se sont allumées; la charge de dynamite éclatant aussi en ce moment aura, en ébranlant l'air de la mine, parfait le mélange intime des poussières et de l’atmosphère, et le tout se sera terminé par une véritable explosion.

» L’hypothèse du débourrage de la charge de poudre n’est pas même indispensable; sans faire canon, une charge de poudre lance assez de flammes pour soulever les poussières et les allumer ; dans le cas dont il s’agit surtout, la dynamite, explosionnant plus vivement que la poudre, a pu favoriser la sortie des flammes de cette dernière hors du trou. |

» M. l'Ingénieur en chef E. De Jaer nous a suggéré une autre explication du mode d’inflammation du mélange explosif, quel qu'il fût, qui se trouvait à front de la voie no 5. Le feu aurait été communiqué à ce mélange non pas par la poudre noire, mais par la dynamite ellemême, dont certaines cartouches, n’explosionnant que d’une façon incomplète, auraient lancé à travers la roche disloquée par l’action même de la mine des flammes ou des fragments enflammés dans le mélange explosible. |

» Cette supposition sur la manière de se comporter de la mine est en concordance avec les dépositions que nous avons recueillies sur la déflagration incomplète de certaines charges de dynamite (1).

» Quoi qu’il en soit de ces modes d’inflammation, qu'il est difficile d'exposer autrement qu'à l’état d’hypethèses, le point de départ de la catastrophe, tel qu’il résulte de nos investigations, peut se résumer en ceci:

» Une atmosphère grisouteuse dans la proportion de 2 à 2 { %, peut-être 3 % de grisou, dans ou à proximité de laquelle est tirée une très forte mine plongeant vers un sol couvert de poussières charbonneuses.

» Les poussières, soulevées par l’ébranlement de l’air,se mélangent à l'atmosphère, et celle-ci, rendue de la sorte explosive, s'allume par les flammes mêmes de la mine.

» Cette explication de l'accident nous paraît être la seule qui se concilie avec les dépositions des témoins, nos constatations person-

(1) Il est superflu de faire remarquer ici combien était peu rationel cet emploi simultané de dynamite et de poudre, cette dernière servant de détonateur !

Ce

nelles sur l'atmosphère de la mine et l’état caractéristique des lieux après l’accident.

» Nous croyons devoir, en terminant ce paragraphe, rappeler une autre cause de danger provoquée par le tirage des mines. Cette cause a été signalée par MM. Hall et Clark.

» L'explosion d’une mine, notamment d’une mine débourrant ou faisant canon, aurait pour effet de créer un vide partiel qui ferait sortir du ferme avoisinant des quantités plus ou moins grandes de grisou.

» MM. Hall et Clark ont démontré, par des expériences, la deuxième partie de leur assertion, c'est-à-dire l'appel du grisou du sein de la couche par suite d'un vide ou d’une dépression vive, mais ils n’en ont pas pu démontrer directement la première, c’est-à-dire la formation d’un vide par l'explosion d'une mine.

» La manière de voir de MM. Hall et Clark est rejetée par d’autres auteurs. Nous ne pouvons cependant nous empêcher d'y voir une cause sérieuse de danger.

» Il n’est pas douteux, selon nous, que les vibrations de l’air produites par l'explosion d’une mine fortement chargée n'aient pour effet d'appeler une certaine quantité de grisou hors d’une couche qui contient ce gaz. Ces vibrations forment, en effet, une série de pressions et de dépressions qui ne se neutralisent en aucune façon au point de vue que nous examinons, puisque les phénomènes sont non pas simultanés, mais successifs; les pressions ne peuvent évidemment avoir pour conséquence de refouler dans le ferme le grisou qui en est sorti sous l'influence des dépressions.

» Il en résulte, d’une manière générale, que l'atmosphère d’une mine, dans un chantier où l'emploi des explosifs est pratiqué sur une vaste échelle, peut, par suite des ébranlements successifs de l’aérage, être plus chargée de grisou pendant le minage qu'en pleine période d'abatage.

» Au point de vue de l’inflammation d’une atmosphère grisouteuse par la mine même qui a appelé le grisou, on peut objecter que l'appel ne pouvant avoir lieu qu'après l'explosion de la mine, puisque le premier effet de celle-ci est, au contraire, de créer une pression, la flamme de la mine aura disparu quand l’atmosphère grisouteuse se sera formée.

» Mais, si cette objection est fondée pour une mine qui explosionne instantanément, comme ce serait le cas d’une mine chargée à la dynamite et amorcée au moyen d’une forte capsule, il peut n’en être

pas de même pour une mine à charge hétérogène, comme celles de Toute-Bonne, dont la charge peut partir irrégulièrement et agir, dans certains cas, comme le feraient deux mines tirées successivement à très peu d'intervalle l'une de l’autre, puisque des cartouches peuvent, après une première explosion, continuer à brûler et peut-être déflagrer à leur tour.

» Si l’on tient compte de cette cause possible de danger, l’accident s'explique plus aisément encore, et la moindre quantité de grisou appelée du ferme aurait transformé la proportion de 2 1/2 % de grisou, que nous croyons avoir existé avant l'allumage à front de la voie n° 5, en une proportion de 3 à 4 %, ce qui forme, avec les poussières, un mélange éminemment détonant de l'avis même des auteurs les plus anti-poussiéristes.

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