‹ Courrières et La BouleChapitre 30 sur 30 · SP ES · texte numérisé non relu

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mesure de l’avancement de celle-ci et avant qu’on eût la moindre idée du parcours de l’explosion, ce qui exclut tout parti pris même involontaire, on verra que des faits assez nombreux donnent une orientation des arêtes de poussières conforme à celle des croûtes de coke. |

Déjà dans un extrait de notre rapport de 1887 reproduit dans la deuxième partie (chap. IV, C), nous avons indiqué certaines voies où cette orientation est incontestable (1).

Nous signalons en outre, le troussage de Plate- Veine où des projections et des déversements sont constatés d'accord avec l'orientation inverse des arêtes de poussières; il en est de même en haut du cayat n°2, dans le deuxième recoupage Couchant et dans le cayat n° 13 de cette même couche; et, dans la couche Sorcière, où il règne à la vérité bien des incertitudes sur le sens de lexplosion initiale, nous voyons, dans le chantier Couchant, les arêtes de poussières alterner avec les croûtes de coke et ortentées de même.

D'autre part, il en est autrement dans quelques voies; à la partie supérieure du cayat n° 14 de Toute-Bonne, par exemple, et en un point vers le deuxième recoupage de cette couche.

D’autre part aussi, nous ne songeons nullement à contester les constatations faites à Courrières.

Mais ne se pourrait-il pas qu’il y eût simplement, dans certains cas du moins, une différence d'interprétation ?

Nous avons vu qu’à La Boule, dans des voies qui n’ont éprouvé que le contre-coup de l’explosion, l’arête de poussières se trouvait sur le côté des bois faisant face au courant, pour la raison qu'en ces endroits il n’y avait guère eu de courant de retour.

(1) Nous signalions notamment, rappelons-le, les costresses de T'oute-Bonne et de Plate-Veine Couchant, le plan incliné de Catelinotte, le 2e et le 3e recoupage de Plate-Veine Levant, et quelques voies de l'étage de 404 mètres.

Ne pourrait-on expliquer d’une façon analogue l'orientation observée à Courrières?

Quoi qu'il en soit, et en attendant que ces faits, en apparence contradictoires, aient reçu une explication satisfaisante, il importe d’être très circonspect sur l'interprétation à donner à ces traces-témoins des preuves de l'explosion : Pour des causes que la complexité des phénomènes qui se passent dans une explosion étendue dans un grand réseau de galeries ne permet pas aisément de déterminer, ces traces peuvent figurer en sens inverse de ce qui se passerait en cas normal et peuvent induire en erreur.

Les expériences pourront peut-être jeter quelque clarté sur ce point; cependant, quelle que soit l'échelle à laquelle on pourra les faire, soit à Frameries (où nous avons mis la main à l’œuvre pour approprier le Siège d'expériences à ce genre de recherches), soit à Liévin ou ailleurs, ces galeries seront encore, pour la longueur,incomparablement plus réduites que les travaux miniers eux-mêmes, et par conséquent il peut être aventureux de déclarer que toutes ces questions peuvent recevoir aisément une solution définitive.

L’étude et l’observation attentive des théâtres des aceidents seront peut-être les seuls modes susceptibles de jeter des lumières nouvelles sur la manière de se comporter d’une explosion minière. Souhaitons que les moyens de compléter de cette façon nos connaissances sur la question nous manquent encore pendant longtemps.

10° Rappelons aussi un fait d'observation constante, noté encore à Dinas par MM. Atkinson et Lewis : c'est l’absence des effets violents à l’origine d’une explosion. Il a aussi été signalé à Reden (voir la note précitée).

C’est le contraire qui a eu lieu à Courrières et c'est avec quelques autres faits, ce qui laisse tant d’incertitudes sur le mode de production de l’explosion,

PS

Nous avons suffisamment traité cette question ; nous n'y reviendrons pas.

11° On a pu voir, dans le chapitre VI de notre deuxième partie, que nous avons éprouvé quelque embarras pour expliquer comme quoi la mine tirée dans la voie n° 5 de Toute-Bonne avait pu, sans avoir fait canon, provoquer la catastrophe.

C’est qu’il semblait alors admis, et Les travaux de la Commission prussienne du grisou tendaient à cette conclusion, qu’une explosion de poussières ne pouvait être produite que par une mine débourrant ou faisant canon.

Si nous avions alors été plus documenté, cet embarras n'aurait pas existé.

Nombre d'accidents de ce genre ont, en effet, été produits par des mines ayant travaillé. Les divers coups de feu relatés par les frères Atkinson dans leur livre : £xplosions in coal mines, étaient dans ce cas. Il en est de même de celui tout récent de Dinees, et de bien d’autres survenus dans divers pays.

Mais en dehors de tous ces faits instructifs à divers points de vue, notamment pour la recherche des causes et de la propagation des explosions minières, la leçon effrayante qui se dégage de maintes catastrophes, notamment des deux que nous avons considérées, c’est que toujours, dans une mine poussiéreuse (et combien faut-il qu’elle soit humide pour ne pas être poussiéreuse sur d'assez grandes parties !), on est sous le coup, dès que l’on fait emploi d’explosifs (à moins que ceux-C1 ne soient réellement de süreté vis-à-vis des poussières), d'une catastrophe dont rien ne permet de prévoir la limitation de l'étendue si les travaux sont euxmêmes très étendus,

Et c’est là ce qui rend le danger des poussières si formidable à n0S yeux. 4

La présence du grisou se constate, et Pa peut de que, si les agents de la mine sont compétents et prudents, on pourrait presque se croire à l’abri du danger du grisou.

Mais il n’en est pas de même du danger des poussières qui est presque toujours insoupçonné et auquel d’ailleurs, comme on l’a encore remarqué à propos des deux accidents récents que nous avons déjà cités, celui de Dinees, en Angleterre, et celui de Ghlin, en Belgique, les porions et les ouvriers (sans compter nombre d'ingénieurs) ne croient pas. à

Et maintenant comment conjurer ce danger? C’est là une grosse question, et il est encore, à l’heure actuelle, difficile d’y donner une réponse satisfaisante.

La recherche de cette réponse sortirait d’ailleurs du cadre de la présente notice.

Nous avons jadis, en 1890, consacré un travail spécial, déjà cité plus haut, sur les moyens employés pour combattre le danger des poussières charbonneuses dans les mines.

Ces « moyens » se sont plus ou moins généralisés dans divers pays et ont été de plus en plus prescrits par voie de réglementation.

Il ne semble pas cependant qu’on soit, depuis cette époque déjà lointaine, entré dans des voies bien nouvelles.

L’arrosage a toujours été le moyen préconisé ou prescrit.

L’arrosage systématique et complet, au moyen d’une canalisation étendue dans tous les travaux, a été appliqué, surtout en Allemagne.

Il a donné de bons résultats, mais on a vu, par l’accident de Reden, que ce résultat n’est complet que si l’arrosage est incessamment poursuivi.

Nous n’entrerons pas, si intéressant que ce soit, dans la

discussion des objections que l’on présente contre l’arrosage : désagrégation des terrains et, par conséquent, dangers plus grands d’éboulements, conséquences hygiéniques de l’humidité de la mine, notamment au point de vue de l’ankylostomanie, etc., etc.

Ce qui est certain, c’est la difficulté d'arriver à une solution réellement efficace et pratique.

Le problème est double...

Il s’agirait d’abord d'empêcher l’inflammation première.

Il s'agirait ensuite de rechercher les moyens de limiter cette inflammation, si celle ci était une fois produite.

La recherche des solutions à donner à l’une et l’autre des parties de ce problème comporte entre autres choses diverses expériences méthodiques qui seront entreprises au siège d'Expériences de Frameries aussitôt que celui-ci aura reçu le complément d'installations nécessaires.

En outre donc de ce que cet objet n’est pas celui de la notice actuelle, il serait prématuré de le traiter à fond.

Rappelons toutefois que le Règlement belge de 1895 sur l'emploi des explosifs ne s’est occupé que de la première partie du problème, et encore d’une façon fort vague, en recommandant par l’article 13, 4°, de ne mettre le feu aux mines « qu'après s'être assuré que, dans les environs de la mine, 1l n'existe pas de poussières sèches, ténues et inflam: mables en suspension dans l’atmosphère ou déposées sur le sol, sur le boisage ou sur les parois, et que l’explosion de la mine pourrait mettre en mouvement ».

Cette prescription paraît peu observée, mais ce qui est, à notre avis, plus efficace, toujours en n’envisageant que l'inflammation initiale, c’est ou la suppression des explosifs (ce qui est le mieux quand c’est possible, mais c’est loin malheureusement de l’être toujours) ou l’emploi d’explosifs non susceptibles, sous des charges déterminées et compatibles avec les exigences de la pratique, d’enflammer soit

le grisou, soit les poussières charbonneuses, avec ou sans mélange de grisou.

Bien que les règlements belges n ‘aient pas encore été complétés dans le sens de l’interdiction, dans des cas déterminés, des explosifs ne répondant pas à ce desideratum, et que l’emploi exclusif des explosifs antigrisouteux n’est imposé que lors des dérogations, nos exploitants de mines, soucieux de leur responsabilité, ont, depuis les Expériences de Frameries, écarté de plus en plus l’emploi des autres explosifs, même là où aucune obligation n’existait, et nous n’hésitons pas à attribuer à cette circonstance, — le danger, tant du grisou que des poussières, étant ainsi écarté dans une large mesure, — les progrès considérables accomplis dans les mines de Belgique, sous le rapport de la réduction du nombre d'accidents dus aux explosions sou-

terraines.

Bruxelles, mai 1908.

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