GRECS ET TURCS
1. L'erapire grec ne se releva pas da désastre delà quatrième croisade. Les Paléologues, rentrés à Constantinople avec le secours des Génois (1264), achevèrent la ruine de l'Orient chrétien en se consumant dans des querelles théologiques ridicules, et en repoussant toute réconciliation sincère avec Home. Ce fut l'agonie d'un despotisme misérable. De l'autre côté du Bosphore se fortifiaient, au contraire, les conquérants sauvages qui devaient détruire et remplacer l'empire grec.
2. Les Turcs, sortis des contrées voisines de la mer Caspienne, parurent aussitôt que les Mongols, sous la conduite de Gengis-Khan et de ses fils, eurent renversé l'empire des sultans Seldjoncides (1258). Le fondateur de leur puissance et de la dynastie des Osmanlis fut Osman ou Othman (1299), d'où ils tirent leur surnom d'Ottomans. Othman conquit sur les Grecs une grande partie de l'Asie Mineure. Orkhan, son fils et son successeur, prit Xicomédie et Xicée et rendit son règne remarquable par la création de la célèbre milice des Janissaires.
3. Quand Jean Paléologue vit les Turcs s'approcher de l'Europe, il comprit toute l'étendue du danger qui le menaçait. l\ envoya son fils Manuel à Eome conjurer le pape de prêcher une croisade en sa faveur, et lui déclarer qu'il abjurait le schisme, promesse renouve'ée sans cesse et toujours trahie. Le succes- Beurd'Orkan, Amurath 1er (1360), s"emparad'Ancyre etd'Andrinople, où il établit le siège de sa domination, soumit l'Arménie, envahit la Macédoine et ne fut arrêté dans ses progrès que par le courage des Ser-
1. Que devint l'empire grec après son rétablissement par Michel Paléologue?— 2. Quel.e est l'origine des Turcs ? Par quelle institutution se distingua Orkhan ?-3. A qui Jean Paléologue eut-il recours contre les Turcs ? Quels paya subjugua Amurath 1er? 0\ mourut-il ?
viens. Yainquenr dans trente-sept batailles, Amurath périt à la journée de Cassova, après avoir défait l'armée des rois de Servie, de Bosnie et de Bulgarie (1389). Les Grecs ne possédaient plus que Constantinople, Thessalonique et quelques îles, avec une partie do la Morée.
4. Bajazet 1er, successeur d' Amurath 1er (1389), subjugua, en moins de deux années, toutes les principautés musulmanes de l'Asie Mineure, et conquit la Thessalie, la ^lacédoine, la Thrace et la Bulgarie et campa cinq ans devant Constantinople. Il battit les croisés à Xicopolis (1396). Manuel il, fils de Jean, vint en Occident sans aucun succès, mendiant de cour en cour des soldats et de l'argent, pendant que Bajazet étalait à Brousse toutes les magnificences de l'Orient. Le courage d'un illustre capitaine français, Boucicaut, ancien compagnon d'armes de Du Guesclin sauva encore Constantinople de la barbarie musulmane.
5. Un second conquérant mongol, un autre Gengis-Khan, portait, depuis 1370, ses armes et ses ravages dans la plus grande partie de l'Asie. Tamerlan (Timour-Lenc ou le boiteux), chef d'une tribu de Tartares, après avoir pris la couronne royale à Samarcande, marchant de conquêtes en conquêtes, mit à ses pieds tous les pays situés à l'est de la mer Caspienne, parcourut l'Hindoustan qu'il dévasta, enleva la Syrie au sultan d'Egypte, réduisit en cendres Damas et Bagdad et fit élever sur les ruines de cette dernière, une pyramide de quatre vingt-dix mille têtes humaines. De là il se rendit en Asie Mineure où la Providence le destinait à humilier l'orgueilleux Bajazet.
6. Tamerlan s'avança avec huit cent mille barbares contre Bajazet qui n'avait que cent vingt mille hommes à lui oopo-er. La bataille se livra près d'Ancyre (1402). Les Turcs se laissèrent envelopper par
4. Quel fut le successeur d' Amurath Tor? Quels pays subjugua Bajazet 1er? Qui est-ce qui sauva alors Constantinople de la bar*^ barie musulmane ? — 5. Qu'était Tamerlan, et quelles conquêtes lit-il î —6. Que devint Bajazet ?
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les grandes ailes de Tarmée des Mongols, et, malgré la bravoure des janissaires, qui sefirent tuer jusqu'au dernier, Bajazet tomba ent:e les mains de Taraerlan. Le chef des Mongols était si sûr de sa victoire, qu'il s'amusait a jouer aux échecs, lorsqu'on lui annonça la présence du sultan, sou prisonnier. Il le traita avec égard et le fit marcher à la suite de son armée comme un de ses plus glorieux trophées.
7. L'invasion des Mongols, qui menaçaient de tout engloutir, s'arrêta en 1405, lorsqu'elle eut perdu son chef. Un des descendants de Tamerlan fonda dans l'Inde, au commencement du siècie suivant, l'empire du' Grand Mongol, qui a subsisté jusqu'à nos jours. Constantinoj)le, sauvée un moment par la victoire d'Ancjre, se vit bien autrement menacée sous Manuel II, auquel les Ottomans enlevèrent la Morée.
8. Amurath II, petit-fils de Bajazet (1421), dut lever le siège de Constantinople pour aller combattre sur les bords du Danube, oii se préparait un armement contre lui. Vainqueur en .Servie, il échoua devant Belgrade. Le Hongrois Jean Hunyade, l'Albanais Scanderberg, opposèrent à ses armes une valeur indomptable et des exploits fabuleux. Ce fut en vain que le concile de Florence, en 1440, prononça la réunion des deux Eglises, du consentement de l'empereur Jean Paléologue. Il était trop tard. Les vaisseaux de Gènes et de Yenise protégeaient seuls les murailles de Byzance, lorsque la flotte et l'artillerie formidable de Mahomet II en vinrent à bout après deux mois de siège. Constantin XII Dracosès, le dernier empereur grec, se fit tuer héroïquement sur la bièche (1453).
Il sétait écoulé 2206 ans, depuis la fondation de Eome par Romulus, 1124 depuis que Constantin avait transféié le siège de l'empire à Bvzance. Le dernier vestige de la puissance romaine avait disparu. Mais
7. QueUe victoire sauva, pour un moment, Constantinople ? Sous quel empereur grec les Ûtt'imans s'emparèrent-ils de la Morée ? — 8. (^u'est-c»qui empêcha Amurath II de prendre Constantinople ? Fut-il plua heureux contre Hunyade et Scanderberg .' Par qui Constantinople fut-elle prise ? Quel fut le dernier empereur grec ?
le fanatisme et la barbarie des Turcs, non contents d« peser sur les plus beaux pays du monde ancien, menaceront longtemps encore de leurs redoutables invasions l'Europe orientale et les rivages de la Méditer* ranée.
SECTION YII.
^£tats Scandinaves et États Slaves.
1. Les Etats du nord de l'Europe et ceux de l'est, peuplés de Scandinaves et de Slaves, entrés les der; niers dans le sein de l'Eglise, restèrent le plus souvent en dehors des événements du moyen-âge. Ainsi, le Danemark, la Suède et la ]^orwége, n'ont qu'une histoire locale, et ne sont guère connus avant Ttinion de Calmar (139T).
2. Etats Scandinaves. — Marguerite, surnommée la Sémiramis du Nord, fille de Waldemar III, roi de Danemark, devint régente de Nowége à la mort du roi Haquin qu'elle avait épousé, pendant que son fils était proclamé en Danemark, et placé sous sa tutelle. Enfin les Suédois chez 'esquels la royauté était encore élective, mécontents d'Albert de Mecklembourg qu'ils avaient choisi, offrirent la couronne à Marguerite. Celle-ci vainquit son rival, et le força d'abdiquer. Maîtresse alors des trois royaumes du jSTord, elle convoqua, en 1397, à Calmar, la diète célèbre qui les réunit en une fédération perpétuelle. Chaque pays devait garder ses lois particulières.
3. Ayant perdu son fils, Marguerite proposa à sa place son petit-neveu, Eric le Poméranien, et le fit reconnaître comme roi du Nord. Toutefois l'union des trois monarchies ne dura pas plns^ de cinquante ans. En 1440, les Danois déposèrent Eric et le rem-
— 2. Que sait-on de Marguerite, surnommée la S'^miramis du Nord ? Qu'était-ce que la diète de Calmar ? —3. Quel fut le successeur de Marguerite ? Combien de temps dura l'union des trois monarchies? Qui succéda à Éric '' Qu'arriva-t-il à la mort de Christophe ? Qui fut élu roi de N'or'^ége et de Danemark ?
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placèrent pnr son nevea, Christophe le Bavarois. A la mort de celui-ci. la rupture de Tunion fut consommée par l'élection de Charles Canutson en Suède, et celle de Christian 1er en Xorwége et en Danemark (1448).
4. JÉtats Slaves. — Leplus célèbre des États Slaves au mojen-âge, était la Pologne. Un roi, nommé Piast, y commença vers 842, la dynastie qui porte son nom, et dont le roi le plus célèbre fut Boîeslas Chrobry (992). Casimir III. le Grand, prince conquérant et législateur, fut le dernier représentant de la race de Piast, qui occupait le trône depuis 528 ans. La fille de Louis de Hongrie, son successeur, transporta la couronne dans la maison des Jageliôns (1386), en épousant le prince de Lithuanie. (Je fut à la suite de ce mariage qne les Lithuaniens, encore païens, embrassèrent le Christianisme, et que la Pologne acquit plus d'importance par l'extension de son territoire et par ses conquêtes sur les peuples environnants.
5. Les ennemis les plus redoutables de la Pologne étaient les chevaliers de l'ordre Teutonique, qui, après la ruine de la Terre-Sainte, étaient venus s'établir en Pruvse. Wladislas Y les vainquit, et Casimir TV leur imposa le traité de Thorn (14G6)'. Wladislas YI était à la bataille de Yarna (1444) où il périt glorieusement en combattant les Turcs. Toutefois, l'insubordination anarchique des nobles et les conditions qu'ils imposaient à leurs rois électifs, sous le nom dcPacta conuenta, devaient être pour- la Pologne une cause fatale d'affaiblissement.
6. Après l'invasion d'Attila, une'des tribus slaves fixées sur les bords du Eoss s'unit aux Alains et prit le nom de Possolans. Ces barbares fondèrent Kiew et Kovogorod vers le Yle siècle, et reçurent le nom de Husses. En 862 parurent des chefs Yaiègues, dont un
4. Quel était le plu* célèbre des État? S'aves au moven-âge ? Que sait-on de Ci^imir III, le Grand? Q'ielle dynastie succéda à celle de Piast ?— 5. Quels étaient les ennemis les plus redoutables de la Pologn«# Par qui les chevaliers Teutoniques furent- Is vaincus ? —6. Quels furent les premiers barbares qui fondèrent des villes en Russie ? Quel fut le premier prince russe qui embrassa le christianisme ?
seul, Eurick. fonda un état durable: i! régnait à Xovogorod ; sa postérité s'étendit rapidement sur une partie de la Russie méridionale et sur !a Galicie, s'établit à Kiew, fit trembler Constantinople et s'éleva à un très-haut point de prospérité sous Vladimir-le- Grand (980), lequel embrassa le christianisme, qu'il reçut de l'Église grecque déjà séparée de l'Ëglise latine par le schisme.
7. Après la conversion de Yladimir, les Russes vécurent en paix avec l'empire de Constantinople. Moscou fut fondée, Kovogorod devint florissante par son commerce; mais rinva;sion des Mongols anéantit bientôt tous cesérléments de civilisation (1221). Ces barbares inondèrent la Russie avec les fils de G-engis- Khan ; la liorde d'or fondée par les Khans du Kaptschak, sut s'y maintenir pendant plus de deux siècles. Les faibles ducs de Moscovie, opprimés par les Tartares, assujettis au tribut, sortirent enfin de leur abaissement, lorsque les divisions de la horde d'or eurent afi'aibli la domination étrangère et permis à IwanlII (1464) d'affranchir sa patrie d'un joug aussi dur qu'humiliant.
8. Résumé de l'Histoire du Motex-Age. — Le moyen-âge est l'enfantement des nations modernes sorties de la dissolution de l'empire romain et de l'invasion des barbares. L'Eglise a fait jaillir la lumière du chaos, en maintenant, de toutes ses forces, la loi morale, la paix et la justice, en veillant assidûment sur le dépôt de la science antique remise entre ses mains. Charlemagne commença l'éducation politique des peuples réunissons son sceptre. De Clovis à Char'em;igne, de Ch:.rlemagne A saint Louis et à Jeanne d'Arc, le progrès est immense. Les farouches Normands, une fois convertis, deviennent les plus fervents promoteurs de la civilisation, tandis que ;es Turcs, restés musulmans, n'ont jamais su qu'opprimer, corrompre et détruire.
7. Que firent les Russes après la converj^ion de Vladimir? — 8. Quelle a été l'action de l'Église dans le moyen-âge ?
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9. On doit au moyen-âgo les croisades, la chevalerie, les ordres religieux et militaires, la libwté des communes, raôranchiisement des serfs, les parlementa et les universités. Il a vu naître la royauté chrétienne, la grande Charte d'Angleterre, le$ Etats-généraux de France, les Cortès d'Espagne, les républiques italiennes et la Conlédération helvétique. Le pays qui a le mieux couservé les institutions de cette époque, qu'il ne faut pas cependant trop vivement regretter, est la libre Angleterre.
10. Le moyen-âge a produit la Divine Comédie, \a Somme de saint Thomas, V Imitation de Jésus-Christ, les cathédrales romanes et gothiques, la renaissance des arts en Italie; il a inventé la boussole, la poudre à canon, l'imprimerie. Aussi, ma!gi"éde cruels désordres et des calamités de tout genre, peut-on affirmer qu'il a préparé les grandeurs de la civilisation moderne.