ESPAGNE.
4. Dégoûté des grandeurs et du monde, Charles- Quint renonça au trône pour vivre dans la retraite, laissa ses États d'Allemagne à son frère Ferdinand, et mit, en 1555, son lils Philippe II, en possession du royaume d'Espagne, auquel étaient alors réunis ceux de ^saples et de Sicile, la Sardaigne, le duché de Milan, la Franche-Comté et les dix-sept provinces des Pays-Bas. Il ajouta à l'empire de son père le Portugal et diverses provinces de l'Amérique, et continua les guerres qu'il avait commencées tant contre l'Allemagne et l'Italie que contre la France. Celles-ci se terminèrent sur la fin de son règne par la paix de Yervins qu'il conclut avec Henri IV.
5. Les flottes do Philippe II remportèrent, dans la Méditerranée, la célèbre bataille de Lépante (1571), et leurs triomphes se prolongèrent même sous son successeur; mais la fureur des éléments les empêcha d'être aussi heureuses sur l'Océan, dans l'expédition entreprise contre l'Angleterre par la flotte nommée V Invincible Armada.
6. Philippe II mourut en 1598, dans la 72e année de son âge. Il n'y a point de prince dont on ait écrit plus de bien ni plus do mal. Les catholiques le peignent comme un second Salomon, les protestants et les philosophes, comme un Tibère. Son zèle contre les erreurs lui a mérité les honneurs de ce dernier portrait. Sans adopter tous les éloges que les Espagnols en ont faits, il faut convenir que Philippe, né avec un génie vif, élevé, vaste et pénétrant, avec une mémoire prodigieuse, une sagacité rare,
os.-édait, dans un degré éminent, l'art de gouverner es hommes. Il sut faire respecter la majesté royale dans le temps oii elle recevait ailleurs les plus sanglants outrages; il fit rendre aux lois et à la religion le respect qui leur est dû.
4. Comment Charles-Quint finit-il sa vie? Qui lui succéda ? Queli: états laissa-i-à Philippe, son fils ? Quel fut le caractère de coliw-ci ? — 5. Que tirent les flottes de Philippe II ? Que devint l'Invincible Armada ? — 6. Quel portrait a-t-on fait de Philippe II ?
266 HISTOIPtE MODERM.
7. Sous son règne Madrid devint la capitale de l'Espagne : Tolède avait eu jusque-là ce privilège. C'est du reste la plus belle époque delà littérature espagnole. Jj'sLVitem'dQ Don-Quichotte, l'immortel Cervantes, l'ut blessé à Lépante ; Lope de Véga, le plus grand poëte dramatique de son pays, était à bord de l'Armada. L'Espagne, dont les forces se disséminaient dans les deux mondes et dont les gigantesques entreprises tarissaient les ressources, loin de trouver dan» les métaux précieux qui l'inondaient une véritable abondance, perdait l'habitude du travail industriel et agricole, et penchait vers son déclin. L'atf ai bassement devint déjà sensible sous le successeur do Philippe II (1598).
8. Philippe III, prince sans énergie et peu appliqué, abandonna le gouvernement à son ministre, le duc de Lerme. Les Provinces-Unies révoltées obtinrent une trêve avantageuse de douze ans (1609). L'année suivante un décret d'expulsion chassa de l'Espagne plus de 200000 Maures. Cette perte aurait été peu tsensible pour la culture, le commerce et les arts, ei les immenses colonies de l'Amérique n'avaient continué de dépeupler la mère-patrie.
9. Philippe IV (1621), fils de Philippe III, se laissa gouverner, comme son père, par ses favoris. Il se trouva de nouveau en guerre avec toutes les puissances de l'Europe, et particulièrement avec la îrance: le traité des P^i'énées mit fin à ses démêlés avec celle-ci (1659). Ce prince continua la guerre contre les Flamands, qui s'étaient soulevés sous Philippe II, et vit sans s'émouvoir le Portugal secouer le joug d'Espagne (1660).
10. Charles II, son successeur, en 1665, eut pour antagoniste Louis XIV, dont les généraux firent éprouver de nombreux échecs aux possessions espagnoles des Pays-Bas et d'Italie. La paix de Hiswick
7. Quels I ersonnages distingués illustrèrent son règne ? Quel eflFet eurent sur l'Espagne les émigrations en Amérique ? — 8. Que sait-on de Philippe III ? — 9. Quel fut son successeur ? Quel pays perdit Philippe IV ? — 10. Contre qui son successeur Charles II, eut-il à lutter? Qui Charles II Eomuia-t-il pour son successeur ?
ESPAG>'E. 26T
mit fm aux hostilités; et ce prince, qui n'avait pas d'enfant, nomma (1700) pour héritier de ses États. Philippe, d"c d'Anjou, petit-fils de Louis XIV et do l'infante Marie-Thérèse, sœur de Charles II.
11. L'avènement de la maison de Bourbon au trône d'Espagne ne se fit pas sans contestation, et donna lieu à la guerre dite de Succession. Le nouveau souverain, qui prit le nom de Philippe Y, eut pour compétiteur l'archiduc Charles d'Autriche, qui, plus d'une fois, le mit à deux doigts de sa perte, et aurait occupé probablement le trône sans l'habileté du duc de Yendôme, et les secours de la France.
12.' En 1713, la Paix d'Utrecht vint ratiticr les pertes que l'Espagne avait éprouvées, tant en Italie que sur son sol même, pendant et depuis cette dernière époque. La Lombardie, le Piémont, le Modenais et le royaume de Xaples étaient occupés jjar les Inijinîriaux, et Gibraltar appartenait aux Anglais. Toutefois les Espagnols rachetèrent amplement ces défaite.^ par la prise de Ceuta, par celle des royaumes de tapies et de Sicile, oii Philippe plaça son fils don Carlos; par (a soumission de la Catalogne, qui ne suj)portait qu'imjiatiemmeht le joug, et par cinq ans de buccès dans le nord de l'Italie (1741-1746).
13. Philippe Y eut pour successeur Ferdinand Yi (1746), son fils. Ce prince accéda à la paix d'Aix-la- Chapelle. Il ne travailla qu'au bonheur de ses sujets, réforma l'administration de la justice et des finances, et fit fleurir les arts et les sciences.
14. L'infant don Carlos, grand-duc de Toscane, puis roideXapîes, prit, en 1759, sous le nom de Charles III, la place de son frère, mort sans postérité. Il voulut suivre la même marche que son grand-père ; mais il se vit cependant forcé, par suite du fameux traité dit F acte de famille, de prendre part à la guerre contre l'Angle+erre, qui se termina en 1762, et, en 1777, à la
11. Qui est-ce qui disputa le trône d'Espagne à Philippe V? Par qui Philippe V fut-il puissamment aidé ? — 12. Quel tut le résultat de la paix d'Utrecht pour l'Espagne? Comment racheta-t-eile se? dernières défaites? — lo. Que sait-on de Ferdinand VI ? — 14. Quel fut son succccîcur ? Quelle réputation laissa celui-ci ?
-^S ^ HISTOIRE MODERNZ.
cp.uso de rindé])eîidance américaine Charles laissa ofl mo'^rant (1788) la réputation d'un prince sévère Tuagnifique et habile, bien que les réformes tentée-^ sous soii re.^ne nient eu peu de suite et de succès.
15. Charles IV, son fils etson successeur, qui n'avait ni goût m capacité pour les affaires, s'abandonna lâchement aux conseils de don Manuel Godoï favori do Ja reine , qu'il gratifia plus tard du titre dé prince de ùi Faix. L'Espagne, sous ce déplorable ministère retomba dans la triste léthargie d'où Charles m avait essaye de la tirer.
10. Desdissensionssurvenuesdanslafaraillerovale fournirent à IS'apoIéon un prétexte pour intervenir en maître dans les affaires de la Péninsule. Le roi Charles IV etson fils Ferdinand YII VaysLut pris pour arbitre <le leurs difrei-ends, se rendirent auprès de lui à Bayonne ; là, Ferdinand fut contraint de restituer à son pe re la couronne que celui-ci lui avait cédée, et Charles
/lonol^ T^"®^ ^"^ ^^^'^"^ ^® l'empereur :N"apoléon (1808). Joseph Eonaparte fut aussitôt nommé roi d Lspagne.
17. iSTapoléon se félicitait du succès de ses ruse« et se croyait désormais le maître de la Péninsule ' Il avait compté sans le peuple espagnol. L'émeute du 2 mai 1808 vint le tirer hâtivement de son erreur Cette insurrection, dont l'exemple fut suivi par toute 1 Lspagne, acquit bientôt des forces incalculables par le desastre de Baylen, et, pendant cinq années, elle soutint victorieusement l'effort de la puissance de ^V poléon, L'Espagne apprit à l'Europe étonnée, que 1 on pouvait résister au vainqueur d'Austerlitz et de Wagram. Les colonies profitèrent de la lutte de leur mère-patrie avec :N'apoléon, pour se déclarer indépendantes.