‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 22 sur 77 · EP · texte numérisé non relu

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“ river à sa fin”. Telle.est dans l'Enéide l'aventure de Cacus racuntée par Evandre, celle de Nisus et d’Euryale. Ces morceaux pourraient être détachés, que l’Enéide ne serait pas moins un poême. Lorsque les Episodes sont amenés par les circonstances, qu’ils sont courts à proporticn que leur matière est éloignée du sujet, qu’ils offrent des objets différents de ceux qui les précèdent et qui les suivent, et qu’ils ont

le ton: général de l’ouvrage, ils contribuent merveil-

leusement à délasser le lecteur.

90, Intérêt de Paction. Îl v a deux. manières d’intéresser ; l’une qui tient à la nature de l’action, des circonstances, des personnes, des temps, et des lieux ; l’autre qui dépend de la nature des obstacles à surmonter. La première nous émeut, . c’est le touchant ; la seconde excite notre curiosité, et c’est. le piquant.

Le touchant renferme plusieurs sortes d’intérêt. L'intérêt de nälion : Un Romain s'intéresse à l’entréprise d'Enée, parce qu’il est Romain. L'intérêt de religion : un Chrétien s'intéresse. à l’entreprise de Godefroi, qui veut déjivrer le tombeau du Sauveur. L'iutérêt de la nature ou de l'humanité : tout homme s'intéresse aux malheurs d’un homme qui essuie tous

les maux que l'humanité peut éprouver, et qui né-

anmoins les surmonte par sa patience et sa prudence.

Cés trois sortes d'intérêt doivent se réunir dans l’ac- \

tion du poême épique. L’Iliade et l'Odyssée les

réunissaient pour les Grecs, de même que l’Enéide pour les Romains. Aujourd’hui nous ne.trouvons |

+ 7 DANSE dre LÉLÉ PE LETTRE

dans ces poBmies que l’intéiét dé l'huinanité, qui vit autant qué le géñre huiiaïn, et qui assure à un poéme Pi ttite sel

L'intérêt de l’hurnanité se partage en plusieurs branchés, dont chacune est Pobjet principal de quelque genre de poésie.

L'Epopéé, qui propose des objets héroïques et merveilleux, attire les homimes par la curiosilé, et les soutient par Padmiration.

La Trogéiiie, qui intéresse par l’atrecité des événeéments, nous appelle par le sentiment de la compassion, et nous retient par celui de la erreur.

La Comédie, qui nous plait par la singularité et la bizarrerie des entréprises où dés mœurs, nous réjouit en nous faisant rire.

La Poésie pastorale nous cheré par sa douceur et sa simplicité, et par l’idée de repos qui l’accompagne. hé mr Mais comme l’Epepée est là mère et'la source de” tous ces genres, elle doiten reñfermier tous les intérêts. Quand elle’a étonné le lecteur par la colère de Junon, qui fait déchaîner les vents ; par la puissance de Neptune, qui calme les flots; elle l’attendrit et le trouble par les horreurs d’une ville saccagée, par Pamour Fe d’une Princesse qui meurt désespérée. Quelquefois même, müis rarement, elle peint un Thersite, ou un pilote jeté par dépit daris la mer, et qui, revenant sur , les flots, voit l'onde salée. Enfin, quand le pète en V trouve l’ogcasion, il décrit un paysage ; il peint le repos de la vie champêtres les festins rustiques du bon

. des ciseaux. | Pour Ve Pot.

| comique, on berger, ne fut Loir qu'une pe. + du pour être Poète épique, il faut. les avoir toutes, et dans un degré. éminent... Le. Poète . épique : est ke] peintre de tout Punivers ; Le piquant, ou la seconde manière. Kerr d est colle qui vient des obstacles, lorsque le. héros. trouve. . | une forte opposition à ses desecins,. Les. «obstacles. | présentés s appellent nœuds, et la manière dent on.les force : 8 appelle dénouement. Une action sans.nœud, | ent presque. toujours sans intérêt ; ;.parce..que c’est la. di ficulté qui irrite tes parsions, à qui met,en. œuvre les grandes | vertus, Ainsi taute .&cton.. poétique. doit : avoir un nœud,

tree dans un poème. nœud pr D

Ed à ne

| a subordonnés, Le nœud principal doit être d NL MTS les autres seront multipliés selon le besoin. «a, |! Si | la vraisemblance. | Le men principal de l'Enéideest f lac fre de Junon qui .s’oppose à. l'établissement . * dE iée el en Htalie. | Les eus subordonrés. sont. les. ë efiéts "ds rs colère g'estzune, iempête.qui rejette. k Enée loin d de PTtalie : si des. l’amour. d’une. Pringpsse : , | qui veut. polenir € $ Héros à Carthore :, £'est.: la. valeur: F

| d’un Prince < qui s 8 oppose à l'établissement de.ce.héros, F Ces trois nœuds. sont subordonnés à,un.. nœud. supéri- : \ eur. qu es embase, de manière qu'ils fpntpluèt, :

LT d'un mêyne pœud, que: rois, nos | :

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COURS ABRÉGÉ DE BELLES LETTRES. 69 à-dire paraître sans art, sans apprêt, et comme né de VPaction. 2°. Il doit se faire par quelque événement imprévu, et non par un simple changement de volonté. Enfin, il doit être accompagné de succès et de joe, et du triomphe du héros. C’est une grande vertu que l’on donne à admirer : si elle échouait, elle serait plus digne de pitié que d’admiration. Aussi Achille, dans l’Iliade, triomphe d’Agamemnon et d’Hector: Ulysse, dans l'Odyssée, triomphe de ses malheurs et de ses ennemis: Enée, dans l’Enéide, est vainqueur de Turnus.

39, Merveilleux de l’action. Le merveilleux est le caractère propre de l’Epopée ; c’est ce qui distingue l’action Epique des histoires, et des sujets dramatiques, quoiqu’héroïques. Le merveilleux consiste à d‘ voiler les ressorts surnaturels d’un grand événement, et à mêler l’action des Dieux à celle des hommes, con: formément aux idées religieuses de ceux à qui l’on raconte. Telle est la conduite d’Homère et de Virgile, et de ceux qui ont entrepris d'écrire en ce genre. Ce système n’a rien que de noble, et il est digne de ceux à qui on l’attribue. Est-il un objet plus grand, plus convenable à un génie presque divin, que de peindr2,: dans un long ouvrage, un enchaînement et une subordination de causes, de montrer l’homme, et tout l’univers qui se remue, sous la main de l’Etre Suprême ? Qu’on se moque, tant qu’on voudra, de la superstition payenne, des Dieux d’Homère et de Virgiie : cela ne réfute point leur système d’Epopée. Quoiqu'il ne soit, dans os origine, que le fruit d’une

superstition absurde qui atteste l’égarement des hommes, il n’en est pas moins vrai de dire que, du fond de cette Théologie ridicule, se présente à notre esprit cette grande et utile vérité, savoir; l’unité d’un Etre Suprême, maître et arbitre des Dieux et des hommes, qui règle par sa volonté les destinées des ur: et des autres,

Or les Dieux, dans l’action du poêine épique, peuvent agir de trois manières différentes ; ou séparément et indépendamment du héros ; c’est-à-dire en maîtres souverains qui règlent eatr’eux le sort des hommes ; cette manière est la plus brillante : c’est ainsi que Junon, Eole, Jupiter, agissent dans le premier livre de V’Enéide : ou conjointement avec le héros sous une forme humaine, en sorte qu’ils ne laissent apercevoir ‘qui ils sont qu’au moment où ils disparaissent: cette ‘manière a moins de dignité, et c’est celle de Vénuset de Cupidon dans le même livre : ou enfin par songes, visions nocturnes ……. quoique toujours sous une figure connue. Cette dernière manière est l: moins noble, paree qu’on est presque maître de prendre pour réverie ce qui est l’oracle du Ciel. ÆEnée a souvent de ces avis de la part de son père.

Au reste, comme les Dieux doivent toujours fire la fonction de cause première, et les hommes celle de cause seconde, ils ne doivent paraître que de..loin en

loin dans les grandes entreprises, lorsque” sans eux, .

faute de lumière et de force, le héros ne pourrait arriver au but où ils veulent qu’il arrive :

Nec Deus intersit, nisi dignus vindice nodus Tnciderit. Ho. art, poet.

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esprit e Su- 8, qui res.

peument aîtres mes ; e Jure de s une evoir cette nus et

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Alors toute l’industrie du poète deit se réduire à tirer le voile qui ceuvre les machines qui fent jouer la na-

ture, et à représenter la conduite du Dieu telle qu’elle doit être par rappert aux choses humaines.

SECTION TROISIÈME

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