DEFINITION DES BEAUX ARTS
Les beaux Arts sont une imitation de la belle nature représentée à l'esprit dans l'enthousiasme.
Nous disons 10. que les arts sont une émüitation de la nature. Par nature on entend non seulement tout ce qui est, mais encore tout ce qui peut être, tout ce que nous concevons aisément comme possible. La nature renferme donc tous les plans dés ouvrages réguliers, tous les dessins, tous les ornements qui peuvent nous plaire. |" Le génie qui travaille pour plaire, ne pouvant créer la nature, ni sortir des bornes qu’elle lui prescrit, essaierait-il de la détruire? Il n’en résulterait qu’un chaos affreux, que l’on regarderait à juste titre comme l’expression de la folie. Il se trouve par conséquent réduit à la suivre et à la copier. Quelle est donc la fonction des arts? C’est de recueillir tous les traits épars dans la nature, et de les réunir dans des objets auxquels ils ne sont pas naturels. C’est ainsi que le ciseau du Statuaire montre un héros dans un bloc de marbre. Le Peintre, par ses couleurs, fait sortir de la toile tous les objets visibles. Le Musicien, par ses sons artificiels, fait gronder l’orage, tandis que tout est dans le calme. Le Poète, par son invention et par l’harmonie de ses vers, remplit notre esprit d’images feintes, et notre cœur de sentiments factices souvent plus charmants que s’ils étaient vrais et naturels.
D'où il faut conclure que les arts, dans ce qui est proprement art, ne sont que des imitations et des ressemblances qui ne sont point la nature, mais qui pa-
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COURS ABRÉGÉ DE BÈLLES LETTTÉS. 11
raissent l’être ; et qu’ainsi la matière des beaux Arts n’est pas le vrai qui est, mais le vrai qui peut être, ou le vraisemblable.
Îl est cependant permis à l’art de bâtir sur la vérité ; mais il n’y a. proprement d’art que dans ce qui est feint, inventé, copié, imité d’après la nature. Par exemple, que César ait eu un démêlé avec Pompée ; ce n’est point Poésie, c’est Histoire. Mais qu’un Poète invente des discours, des motifs, des intrigues, le tout d’après les idées que l’historien nous donne des caractères et de la fortune de César et de Pompée, voilà ce qu’on appelle Poésie, parce que cela seul est l'ouvrage de l’art et du génie. C’est ainsi que le combat des Horaces et des Curiaces, d'Histoire se change en Poëme dans la main de Corneille, et le triomphe de Mardochée, sous la plume de Raeine.
20. Nous ajoutons que les arts sont une imitation de la belle nature. Le but des arts étant de charmer, et la nature n’offrant nulle part des beautés parfaites, Artiste ne doit pas la copier servilement ; mais, après avoir choisi les traits épars çà et là, il doit les présenter avec toute la perfection dont ils sont susceptibles. Quand Zeuxis voulut peindre une beauté parfaite, il ne fit pas le portrait de quelque beauté particulière dont sa peinture fut l’histoire ; mais il rassembla tous les traits séparés de plusieurs beautés existantes. Il se forma dans l’esprit une idée factice qui résultât de tous ces traits réunis. Il y ajouta tout ce que son génie pouvait lui faire concevoir de parfait en ce genre;
‘et eette idée devint le modèle de son tableau qui ne
représentait aucune personne dans le vrai, mais qui pouvait en représenter une, et qui était vraisemblable dans sa totalité. Voilà la route que doivent suivre tous les. Artistes, et c’est la pratique des grands maîtres N sans exception. | À
30, Enfin nous disons que les arts sont une imitation de la belle nature représentée à Pesprit dans l’en-) thousiasme. L’enthousiasme est une vive représentation de l’objet dans Pesprit, et une émotion de cœur proportionnée à cet objet. Le principe qui le produit est le génie, fruit précieux d’une justesse d’esprit exquise, d’une imagination féconde, d’un feu noble qui | s'allume aisément à la vue des objets. Entraîné par [|| une émotion si puissante, l’Artiste en ce moment ou- [l blie son état ; il sort, pour ainsi dire, de lui-même ; | | et, se mettant au milieu des choses qu’il veut repré- |
senter, alors il peint la nature dans ce qu’elle a de plus . brillant et de plus pompeux. Par exemple, sil veut | peindre une bataille, il se transporte au milieu de la | mêlée ; il entend le fracas des armes, les cris des
mourants ; il voit la fureur des combattants, lecarnage, @ le sang qui ruissèle de toutes parts ; il excite lui-mème son imagination, jusqu’à ce qu’il se sente ému, saisi, effrayé : il chante alors, il dépeint ; c’est un Dieu qui l’inspire :
Est Deus in nobis ; agitante calescimus ipso. ose ses... ..... bella, horrida bella,
Et Tiberim multo spumantem sanguine cerno.
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Heureuse ivresse qui peut seule former les vrais Poètes,
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COURS. ABRÉGÉ DE BELLES. LETT Fa
Fe Musiciens et les Peintres, en. un mot A les Artistes ! M D'où ilfaut conclure quil y a différentes sortes d'enthousiasme, selon qu’il se trouve. dans la nature des objets-simples, tendres, touchants, nobles et sublimes. C’est aux amateurs de l’art à se les partager chacun suivant leur genre. L’enthousiasme est donc un sentiment qui appartient proprement aux Artistes. C’est ainsi qu’on le nomme, quand il est l’effet d’une imagination échauffée par la composition.