‹ Cours abrégé de belles lettres à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 33 sur 77 · ENTHOUSIASME LYRIQUE · texte numérisé non relu

ENTHOUSIASME LYRIQUE

L’enthousiasme, ou fureur poétique, est ainsi nommé, parce que l’ame, qui en est remplie, est toute éntière à l’objet qui le lui inspire. Ce n’est autre chose qu’un sæntiment plus ou moins vif, produit par une idée vive. Ce sentiment n’a pas proprement le not d'enthousiasme quand il est naturel,c’est-à-dire, quaud ilexiste dans un homme par là réalité ménie da son état ; mais seulement quand il se trouve dé à tiste, Poète, Peintre, Musicien, et qu’il est? sa imagination échaufée artificiellement par ‘lei objets qu’elle se représente dans la composition.

Com’xe les objets qui représentent les idées sont plus où moins yrands, beaux,bons, importants, intéressauts ; qu’ils sont petits, difformes, mauvais plus ou moins ;. ils peuvent produire dés sentiments diférentélièt « ;

pèces et de degrés, et par conséquent différeñtt gortes d’eñthousiasme. Cheque Artiste, s’il a vértaile-

. nent droit à ce nom, a le sien, et dans chaque rujet.

Celui du poète Lyrique est tantôt sublime, tantôt doux et paisible ; tantôt il tient le milieu entre le su

lime etle doux. Le Sublime, en GÉtéral

‘est tout

ce qui nous élève au dessus de ce que nous étions, et qui song en même temps cette élévation.

Dyena eux sortes, le sublime des images, et le sublime des sentiments.

Les images sont sublimes, quand elles élèvent notre esprit au dessus de toutes les idées de grandeur qu’il pouvait avoir, Les senfiments sont sublimes, quand ils semblent placer l’homme au dessus de la condition humaine, et dans un état de tranquillité et de constance qui le rend pleinement maître de luimême. Îlsent tout ce qui affecte les ames ordinaires, mais il n'en est pas ému. Aussi ne trouve-t-on dans le sublime des sentiments ni passions, ni emportements, ni images fortes, ni expressions hardies. Horace, dans son ode j'ustum ac tenacem propositi virum, nous fournit un bel exemple de ces deux espèces de sublime. L'univers, dit-il, s’écroulerait eur la tête du juste, son aîlie serait tranquille dans le temps même de la chute: gi fractus éllabatur orbis, impavidum ferent ruinæ. L'idée de cette tranquillité comparée avec le fracas du monde entier qui se brise, est une

image sublime; et la tranquillité du juste au milieu.

de ce fracas estun sentiment sublime. Mais pour que le iment soit vraiment sublime, il faut qu’il soit fohdé eur une vraie vertu, sang quoi il ne serait que férocité, ou stupidité. %

Ï1 faut bien distinguer entre le sublime du senti-

ment et la iuacité du sentiment Le sentiment peut

être d’une vivacité extrême, sans être sublime. La colère, qui va jusqu’à la fureur, est dans le plus haut

de LS ais en - nn dé f- : :

ons, et ration.

, et le

nt nondeur limes, de la ité et e luidinaie-t-on

degré de vivacité ; et cependant elle n’est pas sublime. Au contraire, le sentiment, qui est sublime, est sans vivacité : il consiste moins dans le mouvement que dans le repos, Régulus s’en retourne paisiblement à Carthage pour y souffrir les plus cruels supplices, qu’il sait qu’on lui prépare : ce sentiment est sublime, sans être vif. Le Poite Horace, ode 5e, Jiv. 3e, se représente la tranquillité de Régulus dans cette affreuse situation : ce spectacle le frappe, l’emporte, il fait une ode magnifique: son sentiment est vif, mais il n’est point sublime. Cette espèce de sublime ne se trouve point dans l’Ode, parce qu’il tient ordinairement à quelque action, et que dans l’Ode il n’y a pas d'action. Le Drame est le genre de poésie qui nous en offie un plus grand nombre d'exemples, Cette distinction supposée, voici la génération du sublime Lyrique. Un grand objet frappe le Poète : gon imagination s’élève et s'allume : elle produit des sentiments vifs, qui agissent à leur tour sur l’imagination, ef augmentent son feu. De là la hardiesse des d uts, les écarts, les digressions : de là les plus grands efforts pour exprimer l’état de l’ame: de là les termes riches, forts, hardis, les figures extraordinaires, les tours singuliers. C’est alors que les Prophètes voient les collines du monde qui s’abaissent sous. les pas du Dieu Elernel ; que la mer fuit ; que les montagnes tressaillent. C’est alors qu'Homère voit le signe de téle que Jupiter fait à Thélis, et le mouvement du front immortel qui fait balancer l'univers. Voilà le sublime qui appartient à FEU, le sublime des images,

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<elui qui produit le sentiment vif, et que le sentiment if reproduit et augmente aussi à son tour.

L’enthousiasme doux est celui qu’on éprouve, quand on travaille sur des sujets gracieux, délicats, et qui ne produisent-que des sentiments paisibles. Dans 4e sublime, ce'sont des transports, des élans, deséclats, des'traits. Danse doux, ce sont des jeux, des ris “olâtres, uns molle paresse, une indolence vù l’ame n’a d'action que ce qu’il lui en faut pour sentir. Du mélange de ces deux genres résulte une troisième espèce d’enthousiasme qui, comme nous l'avons déjà iadiqué, tient le milieu entre le sublime:et le doux. 1| est aisé de s’en former une idée : c’est.celui qui produit æe qu’on appelle le style soutenu, c’est-à-dire la continuité des pensées relevées, des expressions fortes, æiches, des sons harmonieux, des tours serrés, hardis, -des figures brillantes, d’une verve toujours pleine ; cedui enfin d’où résulte une force mêlée de grâce. Le Anorceau suivant d’une Ode sur la création, par Racime fils, va nous offrir un modèle du sublime des images.

L’Eternel va sortir d’un éternel silence:

1! veut créer le monde : il Pa voulu toujours. Tce

Rien ne commence en lui ; hors de lui tout commen- Et le temps et les jours.

‘Les cieux ne sont encor qu’une masse imparfaite; La terre un sombre amas de principes confus.

‘Que la lumière soit : il l’a dit ; elle est faite ;

Et le chaos n’est plus.

© jour, premier des jours, où naquit la lumière,

Brillant écoulement de la Divinité,

Ruisseau pur, qui répand sur la nature entière La vie et la”beauté !

Quel spectacle pompeux! Quelle magnificence!

Quand les eaux tout à coup s’élevant dans les airs,

Forment, én s’étendant, comme une voûte immense Dont les cieux sont couverts.

Tu parais, à soleil : ta gloire incomparablo

Efface le flambeau qui préside à la nuit.

D’étoiles devant toi quelle armée innombrable Se dissipe et s’enfuit.!

Tandis qu’enfants des eaux, les poissons en silence

Vont partageffentr’eux les fleuves et les mers; [lance

Enfant des eaux comme eux, l’oiseau chante, et.s’é- Dans l’empire des-airs.

O terre, enfante aussi ta famille admirable’;

Rampez, marchez, courez, animaux, sur son sein ::

D'un ouvrier habile autant qu’inépuisable Remplissez le dessein.

Que son chef-d'œuvre enfin se hâte de paraître.

Oui, Seigneur, il est temps d’accomplir ton projet.

Pourquoi délibérer? ‘Lunivers veut un maître, Ta grandeur un sujet.

Tu pétris une boue, et tu soufles sur elle:

L'homme en sort ; sur son front ta main grave tes traits. Puisse, hélas ! sur ce front une image si belle Ne s’altérer jamais !

Voici un exemple du sentiment vif : c’est l’enthougiasme d’un guerrier sur le renouvellement de la guerre.

Qu’entends-je? Du clairon c’est le bruit qui m’appel-

Le printemps va rouvrir la scène des combats: [le;

La discorde eu fureur traîue encore après elle Bellone et le Trépas.

Je vois de toutes parts, dans leur pompe homicide,

Etinceler le glaive et flotter les drapeaux :

Mars apprête son casque, et Pallas son Egide, Etla mort ses flambeaux.

Guerriers, réveillez-vous aux cris dla victoire ? rest Aux armes, compagnons ; il faut tenter le sort. [re, pré 11 n’est que deux sentiers dans les champs de la gloi- Voi

Le triomphe oula mort.

Les deux strophes suivantes d’une Ode sur le retour du printemps sont un excellent modèle de l’enthousiasme doux et gracieux.

Nos bois reprennent leurs feuillages :

Après les noirs frimas le printemps a son tour ; 1 Et le soleil plus pur, dissipant les nuages,

Sans obstacle répand le jour.

Couronnons-nous de fleurs nouvelles ; Nous en verrons bientôt l’éclat s’évanouir :

traits.

nthouguerre.

’appels: [le; nicide,

le,

ire } rt. [re, » la gioi-

à retour thousi-

Profitons du printemps qui passera comme elles ; Il faut nous hâter d’en jouirs

SECTION SECONDE

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