DU DÉBUT DE L’ODE
Le début de l’Ode est la manière dont elle doit commencer. Îl est hardi, parce que; quand le poète saisit sa lyre, on le suppose fortement frappé des ob: jets qu’il se représente. Son sentiment éclate, part comme un torrent qui rompt sa digue. Ainsi il n’est guères possible que J’Ode monte plus haut que son début. Son étendue par là même doit être nécessaire: ment bornée ; car, comme dit Cicéron, le feu de l’âme s'éteint promptement: animorum incendia celeriter restinguuntu# Si le poète a du goût, il doit s’arrêter précisément à l’endroit où il commence à descendre. Voici le début d’une Ode sur la navigation.
Quel orgueilleux transport t’anime, O mortel! Qu’oses-tu tenter ?
Arrête ; reconnais l’abîme Où tu vas te précipiter.
Quoi! Tu veux franchir les limites Qu’à tes pas Neptune a prescrites, Et sur un frêle bois lutter contre ses coups? Vois s’opposer à ton passage Les vagues qui sur le rivage Tracent à chaque instant les traits de leur courroux.
SECTION TROISIÈME