LE CHÊNE ET LE ROSEAU
Lafontaine mettait au rang de ses meilieures fables colle du Chêne et du Roseau. Avant de la rapporter, voyons quelles seraient les idées que la nature nous présenterait sur ce sujct.
Dès qu’on nous annonce le Chêne et le Roseau, nous sommes frappés par le contraste du grand avec le petit, du fort avec le faible. Voilà une première idée qui nous est donnée par le seul titre du sujet, Nous serions choqués, si, dans le récit du Poète, elle se trouvait renversée, de manière qu’on accordât la force et la-grandeur au Roseau, et la petitesse avec la faiblesse au Chêne : nous ne manquerions pas de réclamer les droits de la nature, et de dire qu’elle n’est pas rendue, qu’elle n’est pas imitée. L'auteur est donc lié par le seul titre.
Si on suppose que ces deux plantes se parlent ; la supposition une fois accordée, on sent que le Chêne doit parler avec hauteur et avec confiance, le Roseau avec modestie et simplicité : c’est encore la nature qui le demande, Cependant, comme il arrive presque toujours que ceux qui prennent le ton haut sont des sots, et que les sens modestes ont raison, on me serait
pas surpris ni fâché de voir l’orgueil du Chêne abattu, M
FABLES
et la modestie du Roseau conservée. Mais cette idée est enveloppée dans lescirconstances d’un événement qu’on ne conçoit pas encore. Voyons comment l’auur la développera.
Le Chéne un jour dit au Roseau:
Vous avez bien sujet d’accuser la nature.
Le discours est direct. Le Chène ne dit point au Roseau : qu’il avait bien sujet d’accuser la nature; mais, vous avez... Cette manière est beaucoup plus vive ; on croit entendre les acteurs mêmes: le discours est ce qu’on appelle dramatique. Ce second vers d’ailleurs contient la proposition du sujet, et marque quél sera le ton de tout le discours. Le Chêne montre déjà du sentiment et de la compassion ; mais de cette compassion orgueilleuse, par laquelle on fait sentir au malheureux les avantages qu’on a sur lui.
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Cette idée que le Chène donne de la faiblesse du Roseau est bien vive et bien humiliante pour le Reseau ; élle tient de l’insulte : le plus petit des oiseaux est pour vous un poids qui vous incommode!.
Le moindre vent, qui d'aventure Fait rider la face de l’eau, Vous oblige à baisser la tête.
C’est la même pensée que celle du Roïtelet, maïs présentée sous une autre image. Le Chêne ne raisonne que par des exemples ; c’est la manière de raisonner la plus sensible, parce qu’elle frappe l’imagination en
mêm un pe face.
oblig semb
pitié bien