CHAPITRE DEUXIEME
CLASSE PREMIÈRE
Des principes chymiques, Vaffinité^ V attraction^ ïc calorique^ Vélectricité et la lumière ; des moyens employés pour rompre V adhésion ; des différentes lois chymiques.
Leçon Quatrième.
Des principes chymiques, Vattraction, V affinité, Sçc, comme étant les principaux agents de tous les changements chymiques qui s^opèrent, à leur aide, dans toutes les substaiiccs soumises à leur infuence.
L*attraction est ce principe naturel par lequel les corps physiques en masse sont portés à se rapprocher les uns des autres, et à devenir en contact, sans aucun changement ni aucune altération quelconque dans leurs particules constituantes ou intégrantes ; c'est-à-dire, qu'elle consiste d'un simple rapprochement spontané entre des corps physiques inaltérés, tel que celui de la neige vers les forêts et les montagnes, celui de deux gouttes de liquide, comme le vif-argent, &c. &c.
Mais comme cette attraction a lieu de préférence entre certains corps, on est forcé de reconnaître la loi de la force centripète et la loi de la force centrifuge ; c'est-àdire, cette force par laquelle certains corps physiques sont portés vers im centre commun, et tendent à y demeurer ensemble, ou, à s'en écarter, pour aller s'unir à d'autres objets naturels qui en sont éloignés, et ce, souvent même indépendemment de leur gravité spécifique ; comme pour la force centripète, la propension qu'a la terre, ainsi qu'une goutte de liquide, à prendre et à conserver une forme globuleuse qui résulte de l'attraction mutuelle qu'ont entr'elles ses difterentes parties constituantes, qui tendent à se rencontrer vers le centre ; et, pour la force centrifuge, la répulsion de deux corps également raturés du fluide électrique, &c.
Outre cette attraction que l'on peut appeler collective» ou reconnaît et distingue encore l'existence et l'exertion
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tîe deux espèces d'attractions chymiques ; sçavoir, l'attraction de cohésion ou d'agrégation et l'attraction de composition.
L'attraction collective est ainsi appelée parce qu'elle est celle en vertu de laquelle les corps physiques sont portés à se rapprocher en masse ; et cette tendance en eux, à s'unir collectivement, constitue l'attraction proprement dite, mais qui appartient plutôt à la physique qu'à la chymie, et dont nous ne fesons mention ici que pour établir un moyen de comparaison entr'elle et l'attraction de cohésion et de composition.
L'attraetion de cohésion ou d'agrégation est celle qui opère un rapprochement et un assemblage entre des particules similaires, pour en former un tout, et constituer ainsi un agrégé dont le volume est augmenté, et chacune de ces particules similaires dont la réunion forme un agrégé, porte le non» de particules intégrantes.
L'attraction de composition est celle qui s'exerce entre des particules dissimilaires, c'est-à-dire qu'elle est le principe chymique par lequel les particules constituantes de certaines substances matérielles, d'une nature différente, sont portées, lorsqu'elles deviennent en contact, à se combiner chymiquement, et à former un autre seul et même corps d'une nature et d'une consistence nouvelle. Cette attraction est celle par laquelle s'opèrent toutes les compositions et les décompositions chymiques ; et pour qu'elle ait lieu, il faut qu'au moins une des substances mises en contact soit liquide.
L'attraction de composition diffère de l'attraction de cohésion en ce qu'elle agit sur des particules dissemblables, et donne des composés hétérogènes, et bien différents de chacune des matières qui les constituent ; tandis que l'attraction de cohésion ou d'agrégation exerce sa force sur des particules semblables, qu'elles soient simples ou composées, et produit des corps d'une nature homogène; c'est-à-dire, que c'est le pouvoir de l'attraction de cohésion qui unit entr'elles les particules similaires d'une substance homogène, et c'est celui de l'attraction de composition qui unit et constitue ensemble les particules dissimilaires d'un corps composé, c'est-à-dire, formé de différens ingrédiens d'une nature hétérogène, de manière que l'attraction de composition est le synonyme de l'affinité chymique, nom par lequel nous la désijrnerons dans la suite.
Comme l'attraction, l*affinité est un mot générique qui sert à plusieurs vues dans la pratique des arts et des sciences, et dans le cours des affaires de la vie; mais nous nous bornerons ici à Vajfinité chymique qui, d'après ses effets, admet encore une subdivision de plusieurs espèces, telles que 1°. Yqffinité simple proprement dite; 2". V affinité élective simplx ; 3°. VaJJinité élective complexe; 4°. V affinité intermède; 5°. Vqffinité réciproque; 6°, V affinité quiescente ; 7 " . Y affinité divellente.
lo. Uaffinité simple est celle par l'action de laquelle les particules constituantes d'un corps composé sont unies chimiquement, sans occasionner la séparation ou la décomposition d'aucune autre substance quelconque ; comme le démontre l'union d'un alkali avec un acide, ou celle de la perlasse avec l'huile, formant du savon ; ou celle de l*ammoniaque avec de l'huile d'olive, formant le Uniment Tolatil des médecins, &c. &c.
2o. U'affinité élective simple est celle eu vertu de laqu'elle les particules constituantes d'un corps composé, nouvellement formé, sont unies chymiquement à l'exclusi<Mi d'une ou de plusieurs autres substances qui se trouvent déplacées de leur état d'union préalable ; comme on le voit en jettant un peu d'acide sulphurique sur du carbonate de chaux {blanc d'Espagne) d'où résulte la formation du sulphate de chaux (plâtre de Paris) à l'exclusion de l'acide carbonique qui s'échappe de la chaux et s'envole en forme de gaz, l'acide sulphurique ayant une plus grande affinité pour la chaux que n'en a le carbonique. Comme on le voit encore datis la mixtion des ingrédiens d'une prise de soda, lesquels consistent de 20 grs. de carbonate de soude, et d'autant d'acide tartarique ou citrique qui, ayant une plus grande affinité pour la soude que n'en a l'acide carbonique, il se combine par l'affinité électii'e, avec la soude dont s'échappe l'acide carbonique,qui s'envole en forme de gaz, et produit une effervescence considérable.
Si â une dissolution d'un métal dans un acide, on ajoute une solution alkaline, l'acide de préférence, se combine chymiquement avec l'alkali en solution, ayant une plus grande affinité pour celui-ci que pour le métal, qui, à raison de sa pesanteur spécifique, tombe au fond du liquide, et forme un précipité.
C'est ainsi qu'en plongeant une lame de couteau dans une dissolution de cuivre par l'acide nitrique, celui-ci «bandonne le cuivre pour le coubiner avec le fer de la
lam«, pour lequel il a une plus grande affinité que pour le cuivre qu'il tenait en solution, et qu'il laisse reparaître, dans son état naturel, sur la lame qui s'en couvre d'une fine pellicule.
3o. \J affinité élective complexe ou double exerce son influence entre les particules constituantes de deux corps au moins, composés, chacun d'une base alkaline ou métallique et d'uu acide, et mis en contact, par un mélange convenable, pour en opérer la décomposition, l'échange de leurs bases respectives, et la formation de nouveaux composés, possédant une nature et des propriétés physiques et autres, bien différentes de celles qui les caractérisaient, lorsqu'ils étaient dans leur état d'union préalable ; comme on le voit dant le procédé suivant, qui consiste d'une solution de perlasse (sub-carbonate de potasse) à laquelle on ajoute une solution de coupe-rose (suîphate de fer;) il y a échange de bases et la formation du suîphate de potasse et de carbonate (ou rouille) de fer qui, à raison de sa pesanteur spécifique, tombe au fond du liquide en forme de précipité. C'est un procédé simple auquel un médecin chymiste peut souvent avoir recours avec avantage dans la pratique de sa profession, le suîphate de potasse étant un apéritif doux, et le carbonate de fer un excellent tonique, qu'on ne saurait, autrement, se procurer dans un état d'auÀsi grande pureté.
On voit encore un exemple de l'affinité élective double dans la fameuse opération du miraculum chemicum, qui consiste à mêler une solution de carbonate de potasse avec du muriate de chaux qui produit la conversion instantanée de deux liquides diaphanes en une matière pierreuse solide, y ayant un échange de bases, et la formation du muriate de potasse et de carbonate de chaux.
4o. Uqffinité intermède est celle par laquelle deux substances, qui paraissent n'avoir pas d'affinité sensible entr'elles, sont disposées à s'unir chymiquement par l'intermède ou l'intervention d'une troisième; ainsi, un alkali est l'intermède d'une union chymique entre l'huile et l'eau ; l'addition du jaune d'œuf à la térébenthine la rend soluble dans l'eau, &c. &c., d'où vient la théorie du savon, de la lessive, du lavage, des creusages, &.«. &c.
60. Uqffinité réciproque est celle au moyen de laquelle deux substances sont également disposées à se rapprocher et à se combiner chymiquement ensemble; comme on le voit dans l'union d'un alkali avec un acide.
6o. U affinité quiesante et div^Uente sont celles qui se manifestent dans l'exemple de l'affinité complexe; car en examinant les phénomènes qui ont lieu dans ce procédé double, on reconnaît qu'il y a, en action, deux forces opposées ; celle qui tend à tenir unies, deux à deux, les substances qui y sont soumises, et à les faire demeurer en repos, et que pour cette raison, on appelle quiescente ; 2o. celle qui tend à les désunir, ou à faire qu'elles se combinent chymiquement dans un ordre différent, et qu'on nomme divellente, d'où il suit que la décomposition d'un corps ne saurait avoir lieu qu'autant que l'affinité quiescente est vaincue par la divellente.
Leçon Cinquième.
Des différents moyens employés pour rompre V adhésion ou V affinité gui existe entre les particules des corps physiques.
La loi des affinités, dont nous venons de parler, tend sans cesse à rapprocher les particules des corps, et à les maintenir dans leur état d'union. Les efforts du chymiste se bornent presque toujours à vaincre cette force attractive ; et les moyens qu'il emploie se Feduisent, lo. à diviser les corps par des opérations mécaniques ; 2o. à les diviser, ou à éloigner les particules, l'une de l'autre, par le secours des dissolvants ; 3o. à présenter aux divers ingrédients de ces mêmes corps, des substances qui ont plus d'affinité pour eux qu'ils n'en ont eux-mêmes entr'eux.
lo. Les différentes opérations auxquelles le chyraiste a recours, pour déterminer la nature des corps, en altèrent la forme, le tissu, les propriétés, physiques ou autres, et en changent même quelquefois la constitution. Tous ces changements sont ou mécaniques ou chymiques; mais les opérations mécaniques, dontnous parlons en cemoment,ne dénaturent pas les substances; elles n'en changent, en général, que la forme et le volume, quelquefois aussi la couleur; ces opérations se font au moyen du marteau, du ciseau, du pilon, &;c.
Ces opérations préliminaires préparent et disposent à de nouvelles, qui désunissent les ingrédients des corps, et en changent la nature et les propriétés ; et ces opérations nouvelles ou secondaires, qu'on peut encore appeler chymiques, constituent essentiellement l'analyse dont nous avons déjà donné la définition.
2o. On appelle dissolvant, ou raenstrue, (menstruum) le liquide dans lequel disparaissent les particules solubles d'un solide; de sorte que la dissolution est la division et la disparition d'une substance solide dans un liquide, mais sans aucune altération dans la nature et les propriétés de celle que l'on dissout.
L'agent de la dissolution paraît suivre quelques lois constantes que nous ne ferons que mentionner ici.
A. L'agent de la dissolution ne paraît pas différer de celui des affinités ; et dans tous les cas, la dissolution est plus ou moins abondante et facile, selon l'affinité des particules intégrantes du dissolvant avec celles de la substance à dissoudre.
Il s'en suit, de ce principe, que pour faciliter la dissolution, il faut triturer et diviser le corps que l'on veut dissoudre ; par ce moyen on lui fait présenter plus de surface, et on diminue, entr'elles, l'affinité des particules intégrantes.
B. La dissolution est d'autant plus prompte, que les particules intégrantes de la substance à dissoudre présentent plus de surface à l'action du dissolvant. C'est sur ce principe qu'est fondé l'usage de bioyer, de triturer et de diviser les substances que l'on veut dissoudre.
C. La dissolution d'un corps, dans un liquide, produit toujours du froid. On tire avantage de ce phénomène pour procurer des froids artificiels bien supérieurs aux plus rigoureux de nos climats, et au moyen desquels, on peut, même dans les plus grandes chaleurs de l'été, faire congeler la plupart des substances liquides. C'est au moyen du froid artificiel que les confiseurs font en été ce qu'on appelle la crêrae à la glace [ice-cream] en se servant de glace et de sel commun de table {muriate de soiide) dans uu vaisseau dans lequel ils introduisent, et tiennent continuellement en agitation, celui qui contient le liquide qu'ils veulent congeler. Le sel et la glace en passant d'un > état plus dense à un état moindre et de fluidité, absorbent rapidement la portion additionnelle du calorique qui leur est nécessaire, pour cette transition, et en particulier du liquide soumis à la congelîation, jusqu'à ce qu'il y ait une égalité de température, après quoi le fluide ainsi congelé absorbe lui-même le calorique des autres substances ambiantes ; de sorte que, finalement, le sel, la glace et la première substance prennent tous également l'état de liquidité. De la même manière, la solution du muriat«
d'ammoniaque, (sel ammoniaque) produit un froid artificiel encore plus considérable.
Les principaux dissolvants, employés dans nos opérations, sont l'eau, l'aîcohol (esprit de vin) et la chaleur (caîorique.) Les substances soumises à l'un ou à l'autre de ces dissolvants, présentent des phénomènes analogues ; elles se divisent, se raréfient et finissent par disparaître à la vue; le métal le plus réfractaire se fond, se dissipe en vapeur, et passe à l'état de gaz, si un plus haut degré de calorique ou de chaleur lui est appliqué. Ce dernier état forme une dissolution complète de la substance métallique dans le calorique.
Pour opérer une plus prompte, plus abondante et plus parfaite dissolution, on fait souvent concourir l'opération raréfiante du calorique avec la force dissolvante de l'eau ou de l'alcohol; comme une solution de sel dans l'eau chaude, de gomme dans l'alcohol bouillant, &c.
3o. Comme l'affinité particulière des divers corps physiques n'est pas la même chez tous, les particules constituantes peuvent être plus ou moins aisément déplacées par la présence et l'action élective d'autres substances, et c'est là-dessus qu'est fondée l'action de tous les réactifs que le chymiste emploie dans ses analyses. Quelquefois il déplace certains ingrédiens qu'il peut alors examiner plus exactement par là-même qu'il les a déplacés et isolés des autres. Souvent le ré- agent employé se combine chymiqueraentavec quelques ingrédiens du corps que l'on analyse, et il en résulte un composé nouveau dont les caractères et les propriétés indiquent la nature et la substance qui s'est ainsi combinée, attendu que les combinaisons des principaux ré-agents avec les diverses bases sont connues. Il arrive encore très souvent que le ré-agent employé se décompose lui-même, ce qui complique les phénomènes et les produits, mais nous jugeons toujours, par leur nature, des constituans du corps que l'on analyse.
Ainsi, il ne faut pas considérer l'affinité comme étant la seule cause qui préside à la composition et à la décomposition des corps; au contraire, par l'affinité d'une substance quelconque, il faut n'entendre que la force chymique qu'elle exerce dans une circonstance donnée. C'est ainsi que le rapport entre les corps en masse, que la cohésion, la division et la séparation des particules, la température, l'élasticité, l'efflorescence, la liquidité, l'état aëriformc ou
gazeux et la raréfaction des substances, influent consrdé» rableraent sur tous les phénomènes chymiques ; ces agents modifiant beaucoup et s'opposant toujours plus ou moins à la force coercitive de l'affinité, qui tend sans cesse à retenir les substances dans leur état de composition préalable.
Leçon Sixième.
Des différentes lois chymiques.
L'affinité cbymique ayant été reconnue constante et invariable dans ses effets, Fourcroy a établi dix lois qui offrent très exactement l'ensemble de tous les phénomènes chymiques, et que l'on peut considérer comme les axiomes fondamentaux de la chymie.
] '. — Uaffnilé n'a lieu qu'entre les substa7ices de nature différente ou hétérogène.
Ce premier principe est général et invariable. En effet, si l'on mêle deux substances de nature similaire, il en résulte un agrégé d'un volume plus grand, sans aucun changement dans la nature de leurs particules intégrantes; mais, au contraire, lorsque l'on met en contact deux substances de nature différente, telles qu'un acide avec un alkali, ils se combinent chymiquement, et forment ensemble une seule et même substance d'une nature bien différente de celle qu'avaient, dans leur état de séparation, les ingrédiens dont cette nouvelle production est constituée.
Cet exemple familier nous fournit encore un point saillant de distinction entre l'attraction et l'affinité chymique proprement dite, qu'on ne saurait trop faire sentir, parce qu'elle paraît avoir entièrement échappé à la considération des chymistes; c'est-à-dire, que l'attraction est ce principe par lequel les corps physiques sont portés à se rapprocher, et même à cohérer ensemble, sans aucun changement dans la nature de leurs constituants, et l'affinité chymique est ce principe par lequel les particules des corps mis en contact se combinent chymiquement ensemble, produisant, dans leur disposition, leur couleur et leur nature, un changement plus ou moins considérable.
2°. — L^ affinité n'a lieu qu'entre les particules extrêmes des substances.
L'affinité ne peut parvenir à faire combiner les substances, qu'au moyen de la réduction de leurs particules à un degré de finesse extrême, et que par la mise en contact des unes avec les autres, quelquefois même en un état aëriforme. Tels sont les procédés auxquels on a recours pour opérer la combinaison du mercure avec l'acide oxymuriatique, du souffre avec l'alcohol, &c. &c. Cependant, il est bon de remarquer ici que la proposition de cette loi semble offrir quelques exceptions ; car on connaît des substances capables de se combiner ensemble, à l'état solide, pour prendre la forme liquide ; tel est le mélange du muriate d'ammoniaque avec la chaux, qui laisse dégager du gaz ammoniacal ; tel est encore le mélange de la glace avec le muriate de chaux, &c. &c.
3°, — L'affinité peut avoir lieu entre plusieurs substances.
L'alliage du bismuth avec le plomb, du cuivre avec l'étahi, et généralement tous les métaux prouvent la vérité de cette loi.
Les combinaisons des acides avec les diverses bases alkalines, peuvent encore servir d'exemple.
N. B. — Quand un corps est formé de deux substances> on l'appelle composé binaire ; quand il l'est de trois, composé ternaire, de quatre, composé quaternaire, &c.
4 " . — Pour que deux substances se combinent chimiquement ^ il faut que l'une au moins soit liquide ou Jluids.
Un grand nombre d'observations démontrent très exactement que deux substances solides ne sauraient entrer en combinaison parfaite l'une avec l'autre, à moins que l'une ne soit fluide, et plus la fluidité est parfaite, mieux et plus promptement l'effet s'opère. C'est ainsi que le sucre qui ne peut s'unir à la glace, fond facilement dans l'eau ; que l'acide sulphurique, étendu ou délégué d'eau, dissout le fer avec beaucoup d'énergie, tandis que l'opération set longue et incomplète, lorsque ce liquide est concentré ; que la potasse et la soude et la silice ne sauraient se combiner, pour former le verre, que par l'action du calorique qui liquéfie une de ces substances, &c. &c.
5*. — Lorsque Vaffinité a lieu entre plusieurs substances^ leur température change dans l'instant de leur union.
La température des corps qui se combinent peut être <le deux manières; lo. si le composé, pour sa formation nouvelle, a besoin de calorique, il y aura production de
îroid, comme il arrive quand on dissout du muriate d*aramoniaquc ou de soude dans l'eau, ou dans le mélange d'une certaine quantité de glace avec une partie d'eau, &c. &c., c'est-à-dire qu'il y a, de toutes parts, une absorbtion de cette portion de calorique qui est nécessaire pour dilater, liquéfier et dissoudre ces substances, ce qui fait descendre considérablement le thermomètre et produit une sensation de froid. 2o. Au contraire, dans le cas opposé, il y a dégagement de calorique ; c'est ainsi qu'en mêlant quatre parties d'acide sulphurique concentré avec une d'eau, il y a une émission considérable de calorique et production de chaleur.
L'extinction de la chaux vive nous prouve encore la vérité de ce fait, &c. &c.
6°. — Deux ou plusieurs substances qui se sont unies par affinité entr'elles, forment un composé de nature et de propriétés bien différentes de celles qui les caractérisent dans leur état de séparation^ la saveur^ la coideur, la Jbrme, Vodeur, le goût, r activité, la consistance, Src, n'étant plus les mêmes,
La connaissance de cette loi importante, et très remarquable en chymie, est infiniment précieuse au médecin pharmacien; car, très souvent, de l'union chjmique de deux substaneeg innocentes, il résulte un composé acti^ vénéneux et dangereux à la vie; comme aussi la combinaison de quelques substances inertes, ou insipides, donne des produits spécifiques et capables de produire des effets très opposés à la nature préalable des matières constituantes ; comme pour la saveur et l'activité, l'acide oxymuriatique et la potasse qui, administrés séparément avec précaution, ne sauraient être préjudiciables à l'économie animale, mais dont la combinaison chymique donne une substance d'une saveur très caustique, et qui est un poison violent ! Comme, pour la couleur, l'acide gallique et le sulphate de fer, qui sont ou transparents ou peu colorés, mais dont la combinaison produit l'encre ordinaire.
La couleur des substances dépend de l'arrangement et de la disposition particulière de leurs particules constituantes, et bien que, généralement parlant, l'introduction du calorique entr 'elles affaiblisse leur affinité de composition, cependant, comme cette composition dépend quelquefois de la présence et de l'opération du calorique chymique, qui est nécessaire à son existence, lorsque certaines substances en sont privées, l'affinité de composition est affaiblie, et leur couleur et leur nature sont par là-même changées
ïit modifiées. C'est pour cela que l'encre qui a été exposée au froid est en partie décomposée, et assume une couleuf plus blanche, tandis que le contraire a lieu lorsqu'elle est tenue à la chaleur.
Lorsque, par accident, l'on répand de l'encre sur lés hardes ou sur le plancher, comme après l'acide gallique, l*acide oxalique a plus d'affinité pour le fer que n'en a aucun autre acide, il se combine plus ou moins avec le fer, et change et efface peu à peu la couleur de l'encre. Ainsi, l'application souvent renouvellée de l'acide oxalique efface peu-à-peu les taches d'encre sur le linge ou ailleurs; et comme l'oseille commune des champs et des jardins (exalis acetosella et rumex acetosellaj en contient beaucoup, en les frottant souvent avec du jus des feuilles de cette plante on produit insensiblement le même effet, (f )
Comme, pour l'odeur, l'acide murialique et le carbonate d'anwnoniaque, qui sont deux substances très pénétrantes, et de la dernière desquelles, pour cette raison» on se sert très souvent pour stimuler les nerfs olfactoires des personnes évanouies, mais dont la combinaison donne naissance à un composé qui n'a aucune odeur marquée; ou, au contraire, le souffre et la potasse, qui n'ont presque
(f) [Wencre indélébile (dite de la Chine) se fait de la manière suivante : dissoudre trois onces (poids d'apothicaire) de nitrate d'argent dans deux onces d'eau de pluie ou de neige à la mesure, dans laquelle on ajoute un petit peu de gomme arabique, brasser le tout et le laisser reposer trois ou quatre jours, après lesquels elle est prête à être mise en usage.
Le linge que l'on veut marquer, doit être préalablement humecté avec une faible solution de gomme arabique ou île carbonate de soude, que l'on fait sécher en repa&sant et glaçant le linge avec un fer chaud à repasser, après quoi l'on peut faire les marques désirées. CepeDdant, cette encre ne peut être considérée comme indélébile d'une manière absolue, car le pernitrate de mercure, en solution, efface et fait disparaître toute la couleur de l'encre indélébile.)
pas d'odeur, mais dont le mélange, aa moj'cn d'un peu d'humidité, forme une substance d'une puantem insupportable, &c. &c. (t)
7". — ha force de V affinité se mesure par le degré de résisfence on de dijjiailté que Von a à zaùicre pour déplacer et séparer les particules des composants.
Il y a des substances dont on sépare, avec facilité, les particules constituantes, lesquelles s'unissent avec grande activité, lorsqu'elles sont dans un état libre; d'autres, au contraire, se répugnent et se combinent avec lenteur, mais ont entr'elles un attachement et une ténacité extrême. — Ainsi, en séparant les particules constituantes des corps, on doit considérer le degré d'affinité qui les tient unies chymiquement ensemble, et non l'énergie arec laquelle elles se combinent; comme on le voit dans les exemples suivants : l'acide nitrique qui se combine très aisément avec le niercure, l'abandonne avec une extrême facilité ; tandis que l'acide muriatique, au contraire, qui s'y unit lentement, et avec peine, y adhère avec une grande ténacité.
8°. — Il y a entre tous les corps physiques un degré à^ affinité bien différent.
On peut aisément concevoir que, si tous les corps physiques possédaient, entr'eux, le même degré d'affinité,
{X) Mon ami, le Dr. Robinson, de St. Vincent de Paule, ra'a raconté un cas où un médecin administrait à la fois du carbonate de soude et du tartre émétiquc, d'où il devait en résulter le tartrate de potasse et de soude, substance cathartique qu'on appelle Sel de Rochelle.
Le savant professeur Gallup, m. d, avait coutume de nous relater, dans le cours de ses leçons intéressantes, le cas d'un médecin qui, voulant établir un écoulement à la jambe d'un malade, mais n'iyant que trop peu de potasse et d'acide sulphurique pour pouvoir le faire avec chacune de ces substances séparément, trouva l'expédient de mêler les deux ensemble, afin d'en obtenir une quantité suffisante de caustique dont l'application pourrait répondre âses vues ; mais le résultat inattendu de ce mélange étant un sulphate de potasse, qui n'est qu'un doux apéritif, il l'avftit déjà laissé longtemps sur la jambe du patient, lorsqu'à sa grande surprise, il observa que sa nouvelle composition li^TS arait seulement pas rougi la peau !
il n'y aurait, dans la nature, aucune combinaison, aucun changement ; il n'y aurait ni composition, ni décomposition; il n'y aurait que des corps simples. Mais l'affinité et l'adhérence, qui unissent ensemble les particules des corps, ne sont pas les mêmes pour tous ; elles dépendent de certains choix et de certaines préférences entr'elles. C'est ainsi qu'il est des substances qu'on ne peut unir qu'à l'aide de moyens longs et pénibles, et qu'un grand nombre de corps ne peuvent être combinés directement par aucun moyen de l'art; ce qui se manifeste bien particulièrement à l'égard du fer et du mercure, de l'huile et de l'eau, &c. &c.
C'est principalement par le concours simultané des différentes alïïnités que, à l'aide des divers moyens mentionnés dans la leçon précédente, l'on peut former diiférents corps avec les mêmes matières.
9". — U affinité est en raison inverse de la saturation des corps les uns par les autres.
Cette loi, plus abstraite et plus compliquée que les précédentes, renferme deux faits que l'on rencontre dans toutes les combinaisons chymiques. C'est pourquoi, il faut d'abord savoir, lo. que tous les corps, en se combinant ensemble, admettent des proportions exactes plus ou moins considérables de constituants et propres à chacun d'eux, proportions au-delà desquelles ils ne peuvent plus en prendre. Cette faculté constitue l'opération que l'on appelle saturation. Saiurer un corps, c'est en faciliter la combinaison avec un autre, de manière à en satisfaire entièrement l'affinité, c'est-à-dire, que c'est effectuer entr'eux une union chymique sans que l'un domine sur l'autre. 2o. Il faut encore savoir que les premières particules d'un corps qui s'unissent à celles d'un antre, pour opérer la saturation, y adhèrent plus fortement que les secondes, celles-ci plus que les troisièmes, et , ainsi de suite ; et que plus on approche du point de saturation, plus l'affinité est faible. Ainsi, si l'on verse de l'acide sulphurique sur du mercure, on obtient, à l'aide du calorique, de l'acide sulphureux et du sulphate de mercure; l'acide est en partie décomposé, son oxygène se combine avec le mercure et en forme un oxyde, qui ensuite se dissout dans le reste de l'acide et forme un sulphate. 11 résulte de ce fait que les dernières particules d'oxygène tiennent plus fortement au soufre que les premières, puisque celles-ci ont abandonné cette base dès le commencement de l'opération ; de
manière que les premières particules de composition préalable deviennent les dernières de combinaison actuelle; d'où vient l'évidence que les premières qui s'unissent à un corps, y tiennent plus fortement que les dernières, que plus on approche du point de saturation, moins elles sont combinées, et qu'on éprouve de grandes difficultés à séparer les dernières particules d'un composé. 3o. Il faut savoir encore que les particules constituantes des corps s'unissent toujours en proportions exactes et définies; c'est-à-dire que, dans la composition d'un corps, il entre tant de particules d'une substance, tant d'une autre, sans qu'il soit au pouvoir de l'art de disposer le composé à en prendre ni plus ni moins; elles s'unissent dans une proportion numérique, ce qui a donné naissance à la fameuse théorie atomique qui est reconnue, à présent, par tous les chymistes modernes, et dont on trouve des exemples dans les oxydes de fer, &c. L'oxyde noir (la limaille et les particules) de fer, qui s'échappent de l'enclume des forgerons, consiste de 100 parties de fer et de 28 d'oxygène par le poids ; et l'oxyde rouge (la rouille commune) de fer consiste aussi de 100 parties de fer et de 43 d'oxygène. Ces proportions, qui en exemplifient une infinité d'autres, sont fixes et invariables, et on ne saurait inventer aucun moyen pour faire unir l'oxygène avec le fer en quantité différente.
Cette loi, de proportions exactes et définies, s'applique à tous les métaux, tous les acides, tous les sels, &c. &c. D'où naît l'importance de la bien connaître, pour en faire l'application dans la pratique des arts ; car ces proportions une fois connues pour être toujours exactes et définies, l'artiste scientifique, le teinturier, par exemple, peut faire, avec économie, le mélange de ses ingrédiens ecdoit se borner à la quantité que les principes chymiques et la pratique lui ont démontré être nécessaire et suffisante, sachant, surtout, que la nature a prescrit à tous ces composés, des limites qu'il ne saurait contrôler.
Cependant, 4o. il faut remarquer encore que les liqueurs fortes, dont l'alcohol est la base, paraissent faire une exception à la loi de proportion, ainsi qu'à la loi sixième; car, par exemple, l'alcohol, le rhum, le brandy, le genièvre, &c. &c. se mêlent avec l'eau dans toutes les proportions, sans occasionner aucun changement essentiel, soit dans leurs propriétés, soit dans leurs qualités sensibles, la force et le goût seulement étant réduits par la
présence et l'insipidité de l'eau, dans un degré proportionné à la quantité qu'on y ajoute.
D'après ce principe, l'addition d'un peu d'eau dans ces différentes liqueurs et dans le vin, avant d'en faire usage, comme boissons, est une excellente pratiqua, parce qu'elle en rend l'action plus régulière et moins stimulante, plus douce et moins difFusible ; pratique que le médecin Surtout ne saurait négliger, dans les cas de maladie accompagnée ou suivie d'une lenteur d'action et d'une grande faiblesse de nerfs, sans risquer beaucoup là vie du malade, en les stimulant au-delà de leur force, ce qui cause nécessairement un épuisement subséquent, proportionné au degré de stimulation intérieure, et, souvent même, une extinction totale et irrévocable de leur fonction !
Dans l'exception apparente dont il s'agit, ce n'est peutêtre qu'un simple mélange ; mais il ne faut pas confondre le mélange avec le composé, non plus que l'amas avec \agrégé.
Le mélange présente toujours, dans sa consistance, la réunion de certaines substances hétérogènes, sans aucun changement essentiel dans leur nature, leurs diverses propriétés demeurant les mêmes ; somme on le voit dans le pain, dans lequel on reconnaît le goût du sel, du fécule ou farine, &c. et encore dans la poudre à tirer, et généralement dans toutes les poudres pharmaceutiques, &c.
Le composé offre toujours, dans sa composition, un produit de particules hétérogènes et très différentes de chacune des matières qui le constituent, et résulte du changement essentiel qu'opère l'affinité chymique entre les particules de substances dissemblables ; comme le démontrent tous les acides, tous les oxydes, tous lessels,lâ:c.
L^amas est une collection de particules intégrantes qui n'ont aucune union entr'elles, et qui sont toujours mobiles et indépendantes les unes des autres ; comme nous le présente un tas de pierres, de grains, de bois, de sable, de chaux, de cendre, &c. &c.
L'agrégé est un corps homogène qui résulte de l'attraction d'agrégation qui agit entre les particules des substances semblables, simples ou composées, et les faitcohérer ensemble, comme on le voit dans le chloritCy le granité^ le quartz^ et la plupart des minéraux i)icrreux.
10°. — Il \/ à entre les corps qui ne peuvent se rlécomposer à' abord, une affinité prédisposatite qui détermine la décomposition.
Cette affinité entre des substances qui sont inhabiles à se combiner immécHatement ensemble, mais qui acquièrent cette propriété par la présence d'une quatrième substance, et qui fait naître des décompositions qui ne sauraient avoir Heu sans l'addition de cette nouvelle substance, qu'on appelle intermède, parce qu'elle donne lieu à l'exercice de l'affinité intermède qui s'exerce au moyeu de l'intervention d'une autre substance.
Cette affinité, qui semble se rapprocher de l'affinité élective double, en diffère en ce que l'on emploie comme agent simple, une substance d'une composition double, telle que l'eau qui est composée d'oxygène et d'hydrogène, et que les résultats, auxquels cette affinité intermède donne lieu, ne sont pas des composés binaires, c'est-àdire, formés de deux substances élémentaires ; par exemple, l'eau et le fer ne se combinent pas aisément par aucun moyen de l'art; mais, si l'on y ajoute de l'acide sulphurique, celui-ci dispose le fer à décomposer l'eau, le métal s'empare de l'oxygène devenu libre par la décomposition, il s'oxyde et se dissout ensuite dans l'acide avec lequel il forme un sulphate de fer, et il y a, pendant cette opération chymique, un dégagement d'hydrogène, l'autre gaz constituant de l'eau.
Voila pour les diverses affinités reconnues en chymie, et les lois qui en dépendent, et que j'ai cru devoir traiter un peu au long, parce qu'étant les principes fondamentaux de cette science, elles renferment l'explication de toutes ses opérations, ce qui en rend la connaissance facile et très utile dans la pratique de tous les arts, et même indispensable dans celle de quelques-uns, mais surtout dans celle de la médecine, dont le succès, dans maintes circonstances différentes, dépend entièrement d'en bien savoir faire l'application.
Leçon Septième.
Du calorique et de ses effets.
Par calorique (du mot latin calor) on entend le nom que les auteurs de la nouvelle nomenclature chymique ont
donné à la substance qui cause l'effet, et produit sur nos sens, la sensation qu'on appelle chaleur', c'est-à-dire, considéré relativement, le calorique, par son intromission, est une cause opérative et la chaleur en est l'effet subséquent.
Les propriétés principales du calorique sont celles d'être très subtile, très rare et très élastique ; de pénétrer tous les corps physiques, d'écarter leurs particules et de les modifier de manière à fondre les solides et à raréfier les liquides au point même de les convertir en fluides aëriformes.
Le calorique en s'insinuant entre les particules des corps, est un obstacle à l'attraction de cohésion entr'elles, parce qu'au moyen de son action répulsive, il les dilate, augmente leur ressort, et fait qu'elles assument un volume plus considérable. C'est ainsi que du fer chauffé au rouge, augmente sensiblement dans toutes ses dimensions, surtout en longueur. Mais le mercure est, de tous les corps physiques, celui qui se dilate davantage par l'action du calorique, et c'est cette propriété et sa facile condensation, qui fait qu'on l'emploie, concurremment avec l'alcohol, pour l'usage des ihervwmètrcst dont la destination est, comme tout le monde le sait, de mesurer et d'indiquer l'abaissement ou l'augmentation des degrés de la chaleur que, dans ce cas, on appelle ordinairement température.
Les différents degrés d'expansion et de contraction, auxquelles les diverses substances sont sujettes, est un gr^nd inconvénient dans plusieurs occasions, surtout dans l'usage des instruments de musique et de ceux pour marquer le temps, telles que les montres, pendules, horloges, piano-forté, &c. car ^es différents métaux, en particulier, étant susceptibles de différents degrés d'expansion, par la chaleur, et de contraction, par le froid, il s'en suit quo les instruments qui en sont construits sont sujets à être dérangés et souvent discords, lorsqu'il y a quelque changement un peu considérable de température dans l'atmosphère ; d'où il suit que, pour les -piano-forte^ par exemple, il est important de choisir ceux qui sont construits d'un seul métal, et de les tenir toujours à une température égale. D'après ces principes, l'on voit pour quelle raison, les montres et horloges vont plus vite, étant exposées au froid qu'à la chaleur, parce que, dans le premier cas, ces instruments souffrent contraction ; ce (lui eu rend les
ftiouveraents plus lâches, et que, dans le second, ils sont dilatés par la chaleur, ce qui en gène le cours. Cependant, lorsque le froid est excessif, l'huile qu'on y met^ pour les lubréfier, se congèle tout- à-fait, et y produit une obstruction qui peut les faire arrêter.
L'expansion ou dilatation, cause quelquefois de grands ravages dans les cheminées, lorsque, par négligence, la suie s'y accumule et y prend feu spontanément, ce qui en oc 'sionne la séparation, et la fracture des pierres y prod it des crevasses souvent considérables, et met toujours les bâtisses en grand danger d'être brûlées. La prudence et l'économie veulent donc que l'on fasse nétoyer souvent les cheminées, pour obvier à ces accidents.
Dans le cas de feu dans les cheminées, comme la combustion résulte de la combinaison chyraique entre l'oxygène de l'air atmosphérique et les substances combustibles, qui consistent principalement de carbone dans la suie, il s'ensuit que lorsque ce gaz est fourni en abondance à la suie par un courant d'air à la faveur d'un grand vent, leur combinaison est prompte et la combustion rapide. Il est donc très important, dans de pareilles circonstances, d'empêcher, ou au moins de diminuer, le courant d'air dans les cheminées pour y modérer la combustion, ce qui peut s'effectuer en les bouchant immédiatement par le bas avec des boisures ou autre chose ; pratique qui modérera de suite la violence du feu qui ne saurait alors causer de grands ravages. L'adoption de cette pratique, simple et facile à tout le monde, peut être d'une grande utilité, en prévenant les funestes effets de cet élément destructeur, le feu, qui cause la ruine et souvent la mort de tant de personnes qui en sont les innocentes victimes !
Les différentes modifications que subissent les corps physiques, par l'action du calorique, ont lieu dans plusieurs circonstances, d'après des principes invariables. C'est ainsi qu'il y a toujours une émission de calorique, chaque fois que des substances passent de l'état de liquidité à celui de solidité, et de l'état de gaz à celui de liquidité ; tandis qu'à raison d'une absorbtion de calorique, il se produit, au contraire, du froid (qui est un être négatif) toutes les fois que les substances passent de l'état de solidité à celui de liquidité, de l'état de liquidité à celui de vapeur, et de ce dernier à celui de gaz.
Tous les corps physiques contiennent une certaine quantité de calorique entre leurs particules, mais ce principe
y existe dans plusieurs états diiFérents; de sorte que, n'ayant pas une manière d'être uniforme dans les différentes substances qu'il occupe, pour être plus systématique on le divise en deux espèces distinctes et principales ; savoir :
A. — lo. Le calorique latent ou combiné;
B. — 2o. Le calorique libre ou sensible, qu'on subdivise encore chacun en deux autres espèces différentes, selon l'état apparent dans lequel il existe et se manifeste, comme on le verra bientôt.
A. — lo. Le calorique latent, qui n'est pas appréciable au thermomètre, est celui qui, par sa puissance attractive, sert à modifier les substances, à changer leurs vertus et leurs propriétés respectives. Le calorique latent se subdivise en deux espèces différentes ; savoir, lo. le calorique chymique proprement dit; 2o. le calorique spécifique.
lo. Par calorique chymique, on entend celui qui est nécessaire à l'existence et au maintien, dans leur état naturel, de certaines substances, telles que les fluides et tous les liquides, qui en admettent une quantité plus considérable que les solides, en combinaison avec les autres principes qui les composent.
2o. On appelle calorique spécifique, la quantité variable que contiennent respectivement des substances quelconques, de même poids, élevées à la même température, et cette quantité ne pouvant être mesurée par le tJiermomètre, (f) on a recours, pour son appréciation, à un morceau de glace qu'une substance chauffée, à un degré déterminé, est susceptible de fondre. L'instrument qui sert à l'expérience s'appelle calorimètre.
Le calorique spécifique est aussi appelle calorique de capacité, parce qu'il désigne la quantité relative de calorique que différentes substances de môme poids et de même température peuvent contenir faiblement dans leurs pores, sans égard à aucun degré de combinaison chymique ; ce qui le distingue du calorique chymique, qu^on
(f) Le thermomètre et le calorimètre sont des instruments qui indiquent les degrés relatifs du calorique par l'expansion des solides et des liquides. Les degrés de l'expansion sont déterminés par référence à une échelle convenable qui les indique.— Thermomètre viçnt de deux mots grecs, thermos, chaleur, et de vietron, mesure ; et calorimètre vient de calor^ calorique et de meiron.
appelle aussi calorique fixe ou combiné, parce qu'il existe dans une combinaison chymique exacte avec les autres j3rincipes constituants des substances, comme celui qui est ombiné avec la base du gaz, &c. &c.
B. — 2o. Le calorique libre, qu'on appelle aussi de température, est celui qui affecte le thermomètre et qui est ]>erceptible à nos sens, produisant sur eux la sensation qu'on appelle chaleur. C'est celui qui dilate les corps, mais qui n'est retenu dans aucune combinaison chymique, résidant faiblement entre les particules des différentes substances, de sorte qu'on en opère le dégagement avec facilité.
Le calorique, en devenant libre, est radié, du corps d'où il se détache, dans toutes les directions, et cherche toujours à établir un degré d'é^quilibrité entre les différentes substances, non qu'il se distribue également dans tous les corps, mais il s'y répartit d'après ses degrés d'affinité avec eux, et d'après leur capacité à le retenir ; d'où il suit que les substances ambiantes en prennent et retiennent une quantité plus ou moins considérable ; et c'est dans son mouvement d'une de celles-ci à une autre, qui en possède une moindre quantité, qu'il devient sensible à nos sens.
Le calorique devient libre au moyen de la décomposition, ou de la composition nouvelle, ou de l'arrangement nouveau et différent qui a lieu entre les diverses substances. C'est ainsi, qu'à l'aide de la combustion, d'où résulte la décomposition chymique du bois, &c. &c. le calorique s'en dégage et se répand dans tout l'appartement où elle s'opère, jusqu'à ce que la température en soift devenue partout égale. C'est ainsi qu'en versant de l'eau sur l'acide sulphurique concentié, il s'en dégage une quantité de calorique proportionnée à la dose d'acide sur laquelle on agit.
Mais le calorique n'existe pas en proportion égale dans les substances où il est réparti; celles-ci en admettent des quantités différentes qui dépendent de l'éloignement de leurs particules, de leur volume, et de leur puissance attractive pour cet agent. C'est cette propriété qu'on appelle capacité des substances pour le calorique; et elle varie et est modifiée à l'infini, non seulement d'après certaines élections, mais encore d'après la transparence, la c«aleur, le tissu, l'opacité, la densité, la nature animale ou végétale et les différents états respectifs des substances
clans lesquelles le calorique fait sa déraeure ; et c'est d'après cette propriété que, dans le langage de la chymie, on désigne les corps physiques par les noms de bons et de mauvais conducteurs du calorique, lorsque celui-ci devient libre.
Les corps qui absorbent le plus facilement le calorique, ont le moins de capacité pour le. retenir, et en sont les meilleurs conducteurs ; et cette capacité des corps à retenir le calorique dépend de son affinité pour, et de son union plus ou moins parfaite avec leurs particules constituantes.(f )
Les métaux et les minéraux conduisent plus aisément le calorique devenu libre que les végétaux, et ceux-ci plus facilement que les substances animales ; et c'e&t sur ce principe, bien constaté, qu'est fondé l'usage des vêtements de toile, en été, pour nous préserver de la chaleur excessive de cette saison. C'est encore sur ce même principe, qu'est fondé la préférence que nous fesons de nous servir, en hiver, d'habillements de poils, de laine, de soie, &c. qui possédant une capacité retentive et moins conductrice du calorique, sont plus propres à nous préserver des rigueurs du froid. C'est pour cette raison encore que la pierre étant un meilleur conducteur du caflorique que la
(f ) Cette affinité des corps pour le calorique, me paraît être en raison du degré d'intimité de l'union de leurs particules constituantes et de leur densité, c'est-à-dire que la forée collective d'attraction et d'affinité pour ce principe est plus faible à proportion qu'elles sont plus éloignées les unes des autres, et, paroonséquent, qu'elles sont unies plus faiblement et que les corps sont moins compactes, et, qu'en raison contraire, cette même force est plus considérable à proportion que les particules sont plus rapprochées dans leur combinaison, et que les corps sont plus compactes, d'où il suit que les corps fragiles, tels que le verre, &c., sont de mauvais conducteurs du calorique, parce que, bien qu'ils soient souvent assez compactes, l'union de leurs particules constituantes est faible, ce qui fait que la senle introduction de ce principe entr'elles, en opère, si elle est soudaine, une désunion qui est généralement suivie d'une fracture. D'après cette observation, l'on voit la nécessité de n'introduire dans les vaisseaux de substances fragiles, telles que le verre, &c. rien de chaud qne bien graduellement, pour donner aux paiticules le temps de se dilater sans fracas.
t4Sj
brique, une maison de pierre, cateris paribus^ eu égard à la densité, &c. est plutôt réchaulïêe, en été, et refroidie en hiver, qu'une maison de brique ou de bois ; et pour cette raison, des glacières de bois sont meilleures que celles de pierres. C'est encore sur ce principe qu'est fondé la pratique de couvrir, en été, la glace des glacières avec de Ja paille, parce que cette substance est un mauvais conducteur du calorique qui, dans ce cas, passe plus diflicilemeut de l'air atmosphérique contingent à la glace qui, pour cette raison, se conserve plus long-temps dans cet éiaX.iXX) Les mêmes substances conduisent plus aisément le calorique, û elles sont d'une couleur sombre et foncée, et ont une surface rude, que si elles l'ont polie et brillante, et sont d'une couleur pâle et légère ; et c'est pour cette raison que du liquide dans un vaisseau rude et noir, réchauffe plutôt, lorsqu'il est exposé au feu, comme aussi pour les mêmes raisons, il refroidit plus aisément qu'un autre, lorsqu'il en est relire ; et que les circonstances étant précisément inverses, le contraire a lieu ; ç'e&t-à-dire que dans ^un vaisseau blanc, brillant et poli, du liquide prend beaucoup plus de temps à se réchauffer, étant au feu, comme aussi à se refroidir, lorsqu'il en est retiré. C'est encore pour ces mêmes raisons, que pour s'habiller chymiqueraent, nos vêtements, en hiver, doivent être de couleur blanche ou en approchant ; et, pour l'été, de couleur noire, lorsque nous sommes à l'ombre, et blanche, lorsque nous sommes exposés à l'ardeur du soleil. Le célèbre Franklin ajact exposé sur la neige des morceaux d'étoffe de même tissu, mais de différentes couleurs, s'apperçut, quelques heures après, que le rouge était enfoncé dans la neige, tandis que le blanc n'avait encore souffert aucune dépression sensible ; ce qui prouve, lo. que les substances ambiantes possèdent le pouvoir d'absorber le calorique devenu libre ; 2o. que le degré de ce pouvoir dépend beaucoup de la couleur, le noir ou la couleur approchante, absorbant plus facilement les rayons caloriques ( qui dans le cas présent firent fondre la neige sous l'étoffe rouge) et le blanc les réfléchissant vers la source de leur émanation. (§)
{XX) Pour les raisons mentionnées plus haut, lor^qu'en été on apporte dans la maison un morceau déglace, pour le conserver plus long-temps, on doit l'envelopper de préférence dans de la flanelle blanche.
Les couleurs ont un effet bien remarquable sur différents animaux; le noir, par exemple, répugne le caméléon qui l'évite toujours Boigneusement ; l'écarlate irrite le coq-d'inde, la vipère, le buffle, le taureau ; le jaune attire le perchoir, le blanc les abeilles; et ceux qui portent des chapeaux noirs, durant l'été, ont toujours un plus grand nombre de mouches importunes autour d'eux que ceux qui portent des chapeaux blancs. La couleur noire attire aussi et retient plus que toutes les autres, non seulement les rayons calorifiques provenant de la combustion et du soleil, &c. mais encore les odeurs et les gaz méphitiques, raisons pour lesquelles elle communique plus aisément la putréfaction et l'iufeetion aux substances qui la portent.
Le calorique libre, qu'on appelle aussi thermométrique, a plusieurs degrés différents dont le premier commence à zéro, et le dernier finit à 84, terme de l'ébullition de l'eau dans l'échelle du thermomètre de Réaumur. Dans le thermomètre de Fahrenheit, le premier degré commence à zéro et finit à 212, son échelle étant beaucoup plus multipliée dans la division de ses degrés. Le degré de calorique au-dessus du point d'ébullition, et au moyen duquel on opère la cuisson de la porcelaine et la fonte des métaux réfractaires, n'est pas mesurable par les thermomètres, à
{§) C'est pour les raisons de leur couleur blanche et de leur qualité peu dense et peu compacte que les gens du val de Montpellier, dans l'état de Vermont, ont tiré un grand avantage de l'abri simple d'une couverte saupoudrée partout de neige, parce que, à cause de ses propriétés physiques, ces subtances sont de mauvais conducteurs du calorique que, dans le cas en question, elles réfléchissaient vers la source de son émanation, le corps des personnes qu'elles couvriaent. Ce fait dont les gens du val de Montpellier ont si bien su tiier parti à leur avantage, dans une circonstance critique, est donc fondé en principe autant qu'il l'est par l'expérience, et il n'est pas inconnu à nos voyageurs du nord, qui se trouvent souvent dans une situation semblable à celle que mentionne le militaire dont parle l'extrait de M. Bibaud, publié dans son Observateur du 26 Févr. 1831, lequel recommande l'usage de la neige par-dessus une simple couverte comme un substitut pour plus de couvertures en hiver ; mais cette pratique ne peut être adoptée que lorsque la température de l'atmosphère où nous sommes, est beaucoup au-dessous de celle du corps.
cause du peu d'étendue de leurs échelles ; pour|révaluer, on a knagiiié un instrument qu'on appelle pyiomètre, qui vient de deux mots grecs, pur^ feu, et de melron, mesure.
Outre les moyens déjà mentionnés avant, on détermine et augmente l'action du calorique, lo. par le contact des substances chaudes ; 2o. par le secours des verres ardents qui rapprochent et concentrent les rayons calorifiques ; 30. par la friction ou le frottement des choses solides ; 4o. par la compression.
Au moyen des verres convergents, il se développe une certaine quantité de calorique capable d'enflammer les combustibles, et de fondre les métaux les plus réfractaires ; et par la friction rapide de deux pierres, de deux métaux, ou d'une pierre avec un métal, tels que le silex avec l'acier, ou de deux morceaux de bois, il se dégage une quantité assez considérable de calorique pour enflammer une mèche d'amidon, des étoupes et autres combustibles de cette nature. Ce battement, cette friction, ou ce frottement cause le rapprochement intime des particules intégrantes des substances comprimées et occasionne la disparition des pores qui logeaient le calorique latent qui devient libre, lequel, en s'échappant, produit l'ignition des coHibustibles secs mis en contact; ce que nos cultivateurs et autres opèrent, tous les jouis, en ce qu'on appelle battre du feu pour allumer la pipe. Je dis des combustibles secs, parce que l'humidité absorbe le calorique au point d'empêcher l'ignition. Dans cette opération familière, on exprinae le calorique des substances, pour ainsi-dire, comme on exprime l'eau d'une éponge. Mais le calorique qui peut être produit par la friction ou par la compression n'est pas tout fourni par les substances elles-mêmes, parce qu'à mesure que le calorique latent se dégage et devient libre, l'air atmosphérique agit sur les substances combustibles, les calcine, les enflamme, et donne lui-même du calorique en se combinant chymiquement avec elles dans le procédé de la combustion.
La formation, et en général tout procédé chymique qui change la composition et la nature des substances, surtout lorsqu'elles passent de l'état fluide à l'état solide, peut en dégager et rendre libre le calorique latent, parce que le nouveau composé peut en demander et en absorber ou refuser d'en admettre, en combinaison, une plus ou moins grande quantité; ce qui fait que les opérations chymiques produisent tantôt du chaud et ta)ntôt du froid.
Avant de terminer nos observations sur le calorique Vitite, nous devons considérer ici deux phénomènes chymiques qui paraissent être des anomalies aux principes qui lui sont propres. L'eau, dans sa congellation, en fournit un, et la brique, dans son exposition à un degré intense de calorique, fournit l'autre.
Le dégagement du calorique de l'eau qui en cause la congellation, en produit une dilation considérable, parce que, le calorique, en s'en échappant avec rapidité pour établir son équilibre, en écarte beaucoup les particules qui gèlent ainsi éloignées les unes des autres; ce qui augmente le volume, surtout à l'endroit de son exite, d'oiî vient la rupture et la fracture des vaisseaux fragiles dans lesquels l'eau gèle.
Ceci peut être dû aussi à un'nouvel arrangement chymique entre les particules de l'eau dans un état de congellation.
Les manufacturiers d'ardoise, après en avoir scié la pierre en quarrés, en opèrent la division en feuillets par l'introduction, entre leurs interstices, de l'eau qu'ils font geler, et c'est d'après ce principe, qu'à la suite d'une forte gelée, l'expansion, par la congellation soudaine des plantes, opère la division des arbres et des chênes les plus durs, avec une force incalculable, et souvent avec un bruit effrayant.
L'eau de l'océan, des grands lacs et des sources profondes ne gèlent pas, en hiver, parce que le calorique qui s'en échappe résiste toujours à l'opération de l'air froid qui est continuellement présenté à leur surface, ce qui fait perdre la température à une certaine portion de l'eau qui, devenant plus dense et plus pesante, tombe en bas, tandis que celle du fond, étant plus chaude et moins dense monte et forme à sa place une nouvelle surface dont le calorique se dégage constamment et se répand dans l'atmosphère ambiant. De là vient que, pendant le cours de ce procédé, l'air est toujours plus chaud dans leurs environs. Le même procédé à lieu dans nos rivières, jusqu'à ce que le calorique ifllérieur devenant pour un temps presque épuisé, la surface de l'eau se congèle dans un état solide, ce qui en empêche alors lout-à-fait l'exite. L'air est donc plus tempéré sur leurs bords avant qu'elles soient gelées, comme aussi il est plus froid, lorsqu'au printemps, la glace absorbe tout le calorique ambiant pour se dissoudre et redevenir liquide. L'air est aussi plus frais sur h'S rivages
durant le cours dti soleil d'un beau jour d'été, parce que Je calorique de l'atmosphère ambiant est plus ou moins employé à la conversion de l'eau en vapeur qui servent ensuite à la formation des nuées, lesquelles, lorsque par le passage d'un vent froid, elle se condensent, causent tôt ou lard de la pluie.
Les vapeurs que l'on voit se dégager de la mer, des grands lacs, des sources profondes et de nos rivières avant qu'elles soient gelées, consistent de l'échappe du calorique cherchant son équilibre et amenant avec lui toujours une certaine quantité d'eau dans un état de vapeurs qui, se condensant dans l'air, y deviennent visibles et produisent le phénomène qu'on aperçoit. C'est d'après ce même principe que les vapeurs de l'eau chaude, que les diverses matières volatiles dont est composée la fumée des cheminées, et que l'exhalaison des poumons qui a lieu dans l'acte de la respiration, deviennent plus visibles dans l'air atmosphérique, à proportion qu'il est plus froid.
La brique, comme l'éponge, est une substance poreuse qui absorbe abondamment l'humidité qui, par sa présence, la dilate beaucoup. De sorte que, en exposant la brique à un degré intense du calorique, son humidité est totalement évaporée, et le calorique étant insuffisant pour remplir les lacunes qu'elle laisse entre ses particules, elle se condense, et le volume en est ainsi diminué. Mais cette expansion de l'eau, lorsqu'elle passe de l'état liquide à celui de congellation, et ce retrait ou cette condensation de la brique, lorsqu'elle est exposée à un degré intense du calorique, sont des faits qui ont lieu d'après des principes qui ne deviennent pas de ceux de cet agent.
Mais revêtions à sa suhdivision.
lo. — Le calorique animal est celui qui résulte principalement de l'union chymique qui a lieu, dans le procédé de la respiration, entre l'oxygène de l'air atmosphérique et le carbone et l'hydrogène qui se trouvent dégagés dans le sang venant des veines, et qui circulent dans les poumons ; et c'est de cette union intime enlre ce gaz et le carbone, la décarbonisation du sang véneux, &c., que résultent encore la formation de l'eau qui s'exhale des poumons, en consistcnce de vapeur.
Mais l'oxygène de l'air atmosphérique que nous respirons, et que les poumons absorbent, pour ensuite le transmettre à la circulation, ne se combine pas avec l'hydrogène et le carbonne seulement dans les poumons ; mais, de ceuxci il passe encore avec le sang dans les auricules (oreillettes) et les ventricules du cœur, et de celui-ci dans toutes les artères qui le distribuent dans toutes les parties du système animal ; mais l'oxygène de l'air, dis-je, circulant ainsi dans et avec le sang qui lui sert de véhicule, continue, par toute la circulation, sa combinaison chymique avec l'hydrogène et le carbone qui s'y trouvent libres ; d'où résulte un dégagement continuel et général du calorique animal, qui circule et se manifeste dans toutes les parties du corps, plus ou moins, selon que la respiration et la combinaison chymique sont plus ou moins parfaites.
La température du sang varie considérablement chez les animaux. Chez quelques quadrupèdes, elle est beaucoup plus élevée que chez l'homme. Chez le mouton, elle est de 102(FAHRENHEiT,)mais elle est plus élevée chez les oiseaux que chez tout autre animal. Chez le canard, elle est à 167o ; et chez l'homme à environ 98o. L'on dit que la température du sang est plus élevée à proportion qu'il est plus près du cœur, et c'est une opinion généralement reçue que le sang des artères est plus chaud d'un degré que celui desNeines. Les maladies accompagnées d'excitation sont capables d'élever beaucoup la température du sang. Dans le paroxisme de la fièvre tremblante, la température se réduit, et dans les fièvres ardentes, elle s'élève jusquà 102 degrés. Mais bien que l'homme ait sa température naturellement moins élevée que beaucoup d'autres animaux, il a pourtant plus que tout autre le pouvoir de la maintenir plus égale, soit qu'il soit exposé à un grand degré de froid ou de chaleur.
Cependant, contraire à l'opinion généralement reçue, je crois que le calorique animal ne procède pas uniquement de l'union chymique de l'oxygène avec l'hydrogène, formant de l'eau ; ni de l'union encore de l'oxygène avec le carbone du sang des veines, formant de l'acide carbonique que nous expirons ensuite avec l'eau formée aussi dans les poumons ; mais il peut résulter encore, en partie, de l'assimilalion des aliments que nous prenons, c'est-à-dire de leur conversion en notre propre substance, comme il le peut aussi des différentes sécrétions animales, pendant le cours desquelles la chymie agit, et contribue toujours
l>eaucoup dan-» Ifs cbtui^enienls qui s'opèrent, surtout lorsque des liquides clairs deviennent plus df nsea, ou sont convertis en solides ; ce qui doit nécessairement occasionner dans les divers organes, un dégagement plus ou moins considérable du calorique qui, en cherchant à établir son équilibre, est absorbé piir les parties adjacentes, et finalement se manifeste à l'extérieur, avec celui qui se forme dans la circulation.
De ces difFérens moyens naturellement prculuctifs du calorique animal, résulte la caloricité, ou cette puissance ialiérente à tous les êtres vivants, de persister toujours dans le même degré de chaleur, sous les tenjpératures les plus variables, propriété en vertu de laquelle le corps humain, chaud de SO à 32 degrés, conserve la même température sous le climat glncé des régions polaires, comme au milieu de l'atmosphère embrasé de la zone torride.
Si la nature de ce petit ouvrage et le temps me le permettaient, je pourrais produire ici une longue série d'argaments, pour prouver, à l'évidence, la solidité de la base sur laquelle est fondée cette doctrine philosophique et raisonnable; et dans une entreprise de cette nature, qui pourrait contribuer beaucoup au plus grand développement de certains principes de la physiologie, comme aussi à en rendre l'application plus facile, plus utile et plus certaine, dans nos recherches sur la pathologie des maladies et dans la pratique de la médecine, on pourrait recevoir un grand secours de la lecture de l'ouvrage du feu Dr. Frs. Blanchet ( Ecr. &c. en son vivant demeurant à Québec: ) production canadienne qui n'a jamais reçu la considération qu'elle mérite.
2^. Le calorique végétal est celui qui est propre aux végétaux et résulte de procédés qui s'opèrent en eux, à peu de chose près, semblables à ceux qui ont lieu pendant la vie, dans le système animal; ces êtres de la création possédant, cojnrae les animaux, un degré évident d'utie certaine vitalité, le pouvoir inhérent d'absorber et d'assimiler ce qui leur convient.
Application. — Outre le grand avantage que l'on reçoit de l'action du calorique, en pharmacie, pour les macérations, les digastions et les décoctions de certaines substances; pour la distillation etrébullitiondequelque(.-iu<res, et pour la crystallisation des différents sels, &c. &c., la connaissance des piùncipes relatifs à cet agent pent être. d'une grande utilité dans «on application à la pratique de
la médecine. Sa nature subtile et pénétrante; son pouvoir d'écarter les particules des substances et de les dilater ; le changement plus ou moins considérable qu'il opère en elles : sa puissance à les disposer à la décomposition et à la composition nouvelle; les diverses et nombreuses modi6cations qu'elles subissent par son action répulsive et autre ; le dégagement de ce principe qui se manifeste chaque fois qu'elles passent de l'état de liquidité à celui de solidité, et de l'état de gaz à celui de liquidité, et de l'état de liquidité à celui de vapeur et de gai ; sa faculté de pouvoir être radié d'un corps à un autre ; sa tendance continuelle à établir son équilibre entre les substances, à s'unir à elles à proportion de leur capacité respective à l'absorber et à le retenir; toutes ces choses relatives, dis-je, sont autant de faits importants dont le médecin chymiste peut faire usage et se servir avec grand avantage dans le traitement des dilFérentes maladies, surtout de celles qui sont accompagnées d'un degré plus ou moins considérable d'inflammation.
Dans les inflammations, à raison de la violence et de l'accéléraiion de la circulation, il y a toujours une augmentation de calorique sensible, qui cause un certain degré d'irritation, et une dilatation dans les parties affectées, où il s'accumule, qui contribue beaucoup à la réplétion, à l'effusion, à l'obduration et à l'augmentation du volume qui se manifestent ensemble à nos sens. Or des substances liquides, d'une température au-dessous de celle des parties malades, appliquées froides à leur surface, en absorbent le calorique accumulé, dont elles réduisent l'opération morbifique, modèrent l'action des vaisseaux, et diminuent ainsi peu-à-peu le procédé morbide de l'inflammation; et c'est ce qui se pratique tous les jours dans l'usage de ce qu'on appelle fomentations, remèdes liquides qu'on applique sur les parties enflammées.
Les fomentations chaudes et émollienles, dont on se sert le plus généralement, amollissent les parties, les affaiblissent, occasionnent l'ouverlure de leurs pores, dont elles facilitent l'exite du contenu et en absorbent la portion du calorique qui leur est nécessaire pour opérer leur évaporatioc, qui est beaucoup accélérée par un certain courant d'air atiaosphcrique.
Les cataplasmes agissent, à peu de chose près, sur le même principe, avec cette différence, cependant, qu'étant appliqués dans un état beaucoup p\a* chaud, par hl
grande dilatation et par !e graud ramollissement qu'ils causent dans les parties afi'eclées, ils en modèrent l'action, diminuent la vitalité et facilitent la décomposition, qu'on appelle suppuration connue vulgairement, par le nom commun d'aboutissement.
Les fomentations froides, par l'absorblion qu'elles fout du calorique, opèrent, dans les parties auxquelles elles sont appliquées, une contraction plus ou moins considérable, diminuent le calibre de leurs vaisseaux, amoindrissent le volume de leur contenu, causent une révulsion de leurs fluides qui s'évaporent peu-à-peu, réduisent l'infiammation, et remettent ainsi les parties au pouvoir de reprendre leurs fonctions naturelles, et de les continuer d'une manière parfaite et régulière.
Mais, en faisant usage de ces fomentatiotis, qui sont généralement préférables aux chaudes, il faut ne pas les appliquer trop froides, surtout si les parties sont lui blés, et ont éprouvé, peu auparavant, une grande^transpiration ; car sous l'influence de ces conditions, les parties malades sont encore beaucoup plus irritables, la contraction qui s'y opère est trop soudaine, et l'application du froid leur est un stimulant, et un irritant qulles induit en une i iaction, accompagnée souvent d'une augmentation considérable des symptômes de la maladie, surtout si le froid n'est pas continué assez lung-temps, pour épuiser, par la continuation d« son action stimulante, l'action nerveuse des parties ; d'où nait l'importance de faire usage des fomentations froides d'une manière graduelle et proportionelle, et de les continuer toujours quelque temps, si l'on ne veut pas se rendre coupable d'aggraver la maladie, de la remlre souvant même incurable, de curable qu'elle était, et d'r.bréger par là les jours du malade, par la réaction toujours dangereuse à la quelle sa discontinuation inconsidérée ne manque jamais de donner lieu.
Voilà pour la considération particulière du calorique dans le traitement topique des inflammations locales ; mais pour ce qui est de son application générale dans les maladies intérieures, elle. est aussi considérable qu'avantageuse.
Pour n'avoir recours qu'à un seul fait entre un grand nombre d'autres également bien fondés, j'observerai seulement que la transpiration est une sécrétion qui, comme plusieurs autres, est en grande parties due à l'influence' du calorique et à une action ch3'mique intérieure sur les fluides, lesquelles sont beaucoup augmentées par l'admi- 7*
Mi8(ration intérieure de certains ingrédicns chaudt, qui, ayant une grande affinité pour le caloriqne et autres prin-^ cipes élémentaires, accélèrent le procédé de cette sécrétion salutaire, en augmentent la quantité et en faciliteiit l'exudation à la surface, ou, en s'évaporant, elle en absorbe encore le calorique, et y produit une sensation de fraîcheur.
Le célèbre Franklin a éprouvé sur lui-même que, lorsque le corps est en sueur, il est moins chaud que les substances ambiantes, et il observe que la transpiration libre détermine toujours quelque degré de froid. '
Le grand nonibre de travailleurs dans les pays chauds, dans les verreries, dans les fonderies, Sec. &c. n'en supportent les chaleurs brûlantes qu'en transpirant beaucoup ; et la quantité copieuse de liquides qu'ils boivent fournit encore matière à cette transpiration, dont l'éraporation est augmentée par un courant, ou l'agitation de l'air ; d'où vient l'usage des éventails, des ventilateurs, &c. qui sont destinés à mettre en mouvemens l'air chaud, et à lui donner la vertu de rafraîchir, en facilitant et favorisant l'évaporalion de la transpiration.
L'air chaud et sec est le plus propre à la respiration et à former un courant d'air rafraîchissant, parce qu'il est le plus propre aussi à raréfîpr et à absorber l'humidité; et l'air humide, est le moins convenable, parce qu'il est imprégné et déjà saturé de substances hétérogènes, ce qui se fuit sentir par la pesanteur qu'il cause dans les poumons, laquelle est généralement bien sensibl •, surtout dans ceux des personnes faibles. De là l'importance de renouveller souvent l'a'r, pour rafraîchir nos appartements, et pour les purifier de l'abondance d'air fixe ou impur qui s'y accumule, surtout pendant la nuit; coutume salutaire dont le savant Franklin recommandait la pratique, au moins tous les matins, ayant soin d'exposer à un courant de nouvel a ir,lo lit et toutcequi a servi au coucher pendant la nuit.
L'explication de ces principes est d'un grand avantage dans la pratique de la médecine. On voit presque toutes les fièvres se terminer par une transpiration abondante, qui exporte avec elle la matière morbifique au-dehors, et rtmcnc le corps à la température ordinaire; et c'est pour cette raison que le médecin chymiste, en cherchant à modérer l'excès du calorique dans ses malades, ménage toujours, d;ins l'air, les dispositions les plus favorables à ses Ywes thérapeutiques.
Leçon Huitième.
De l" électricité et de ses propriétés.
L'électricité est ce principe inhérent des substances qui en attire d'autres plus légères ou de condition difi'érenle. Le magnétisme et le principe galvanique en sont des monirïcations ; avec cette différence, cependant, que l'électricité proprement dite convient à un grand nombre de diôerentes substaHces ; au lieu que le magnétisme ne se rapporte qu'au fer et à l'aimant, et que le galvanisme ne se manifeste qu'au mojen de certains métaux, susceptibles de diô'érents degrés d'oxydation, et humectés avec un acide niinéral.
L'électricité, jusqu'à ces années dernières, était considérée comme appartenant à la physique exclusivement ; mais comme par son action, ou au moyen de ses modifications, on a pu faire plusieurs nouvelles découvertes importantes, la chymie la réclame comme un de sa principes dont il est nécessaire de traiter en son lieu.
L'électricité est reconnue en positive et négative, termes relatifs qui expriment une plus grande et une moins grande quantité de ce fluiile. Quelques-uns, suivant la vieille nomenclature, préfèrent la distinguer en électricité vitreuse et résineuse.
L'électricité réside plus ou moins dans presque toutes les substances, mais principalement dans l'air atmosphérique, surtout quand il est pur et bien sec.
Les substances électrisées au même degré, se repoussent les unes les autres ; et celles qui font électrisées les unes plusy les autres moins^ s'attirent et se rapprochent.
Au moyen des frictions sur le verre ou sur la cire, &r. avec un amalgame sec et chaud, ou un mouchoir de soie, ou accumule le fluide électrique dans des vases ou sur la surface ; et on appelle excitation électrique, le pouvoir répulsif et attractif ainsi mis en mouvement par la friction. Lorsque la friction est considérable, et que l'air est bien sec et que les ustensiles sont chauds, des étincelles, et même un courant de fluide électrique se laisse appercevoir, comme une flamme de feu, et passe de la substance électrique d'une substance électrisée à celles qui ne le sont pas. Ce passage du fluide électrique d'une substance à une autre, se fait au moyen de ce qu'on appelle conducteur. Or, il y a des corps qui sont bons conducteurs et d'autres
qui ne le sont pas. L'eau et tous les métaux sont de bons conducteurs ainsiq ne de bons collecteurs du fluideélectrique, et ils le sont encore mieux lorsqu'ils sont exposés en pointe», principe qui nous guide dans la construction et l'usage des paratonnères, qui sont destinés à attirer et collecter le fluide électrique qui s'accumule dans les nuées pour ensuite le conduire dans la terre ; mais le verre, la cire, la soie, la plume, le buis bien sec, &c. &c. ne le sont pas.
Toutes les fois qu'une grande quantité du fluide électrique accumulé passe, au moyen des frictions ou simplement par attraction, d'une substance à une autre, comme d'une nuée à une autre, il y a toujours un certain bruit et un dégagement considérable de calorique, tous deux proportionnés à la quantité du fluide électrique en mouvement ; ce qui met en jeu les affinités chymiques et dispose les diverses substances exposées à leur influence à la décomposition et à la composition nouvelle; d'où vient l'observation que, lorsqu'il tonne, les viandes et même les œufs exposés à la chaleur des poules couveuses, sont bien plus faciles à se gâter, c'est-à-dire à se décomposer chymiqnement. Car il paraît que l'électricité contribue beaucoup à exciter, et à mettre en opération, les différentes affinités chymiques. Le chevalier Humphrey Davy a démontré que les substances qui sont incapables d'union chimique, sont conformément dans la même condition électrique, et les acides, en général, ne se combinent si aisément avec les alkalis et les oxydes njétalliques, que parce qu'ils sont dans des conditions électriques opposées ; c'est-à-dire que les acides sont naturellement dans un état d'électricité négative, et les alkalis et les oxydes dans un état délectricité positive ; de sorte qu'ils peuvent s'unir chymiquement, par l'influence électrique, indépendamment de toute autre.
On excite et accumule la modification de l'électricité appellée galvanisme au moyen de quelques plaques de métaux de différentes oxydabilités, arrangées dans une caisse, nommée auge galvanique, d'une manière alternative, et humectées avec un acide minéral délayé. Les métaux les plus oxydables possèdent l'électricité positive, et, les moins oxydables, la négative.
Plus ces plaques de ilifférents métaux sont nombreuses, plus grande et plus forte est la quantité d'électricité excitée; et dans son passage à la substance placée entre ce» deux pôles, elle est accompagnée du plus grand degré
(le calorique connu à l'homme; calorique qui produit en un instant la décomposition des substances les plus intimement unies, et la fonte subite des métaux les plus réfractai r es.
Le Chevalier Humplirey Davy ayant fait multiplier plus que tout autre homme avant lui, la force d'électricité et de calorique que peut fournir cet arrangement métallique, en a pris avantage, et a effectué la décomposition, que personne n'avait encore pu opérex', de plusieurs substances, comme les alkalis, les terres alkalines, &c. &c. que Von considérait coronae simples et indécomposables. Le savant professeur Hare, des Etats, s'est aussi rendu célèbre par les nombreuses expériences chymiques qu'il a faites au moyen puissant de la batterie galvanique ; et la lumière qui les accompagne est si belle et si brillante, que l'œil est absolument incapable de la supporter plus longtemps que durant le court espace de quelques secondes, comme j'en ai été souvent témoin oculaire aux belles expériences que nous faisait l'habile professeiir S. F. Dana, dans le " Darmouth médical collège*' à Hanovre, état de Newhamshire.
L'électricité est très diffusible et a une grande affinité pour les fibres des muscles et pour le fluide vivifiant des nerfs, auxquels elle est un stimulant puissant et utile; d'où vient que dans des temps beaux et secs^ les esprits animaux sont toujours excités en une action plus forte, plus vive, plus prompte et plus vigoureuse; tandis que dans des temps humides et pluvieux, l'eau et les vapeurs absorbent l'électricité de l'air et des nerfs qui sont privés de la quantité qui leur con\nent ; ce qui fuit que nous sommes alors moins actifs, plus sombres et quelquefois même mélancoliques. Mais, dans des circonstances pareilles, surtout lorsqu'il tonne, la connaissance des mauvais conducteurs peut être mise en pratique avec avantage. La soie est un mauvais conducteur, et dans le cas où l'iiumidité de l'air ambiant absorberait l'électricité intérieure du système humain, une robe ou une chemise de cette étoffe l'empocherait de s'échapper; et dans le cas où l'air serait chargé d'électricité courante, comme quand il tonne, ce même vêtement en arrêterait le cours et mettrait le corps hors du danger de son opération. Etre situé sur la cire, sur le verre, sur un lit de plume ou de duvtt, étendu sur le plancher sec, sur une clôture sèche, &c. &c. est encore un préservatif; mais dès qu'une
de ces chosec est devenue humide, elle ne saurait empêcher le cours électrique de se décharger sur nous.
On voit d'après ces exposés, qu'il est utile de connaître le principe électrique, et ce, d'autant plus qu'étant un stimulant difFusible dont on peut gouverner l'action à volonté, on peut s'en servir, avec avantage, dans maintes occasions différentes.. Mais modifiée telle qu'elle l'esl par l'acide, dans la batterie galvanique, l'électricité est infiniment préférable dans son application à quelques maladies. Son opération communiquée, par petits chocs, avx parties faibles, leur est très utile. Parlant de l'estomac en particulier,: quelques chocs galvaniques, dirigés dans la région de sa situation, quelques minutes après le repas, le met en état de digérer plus facilement et plus profitableraent ; pratique salutaire, à laquelle on peut avoir recours, de la manière indiquée dans ma thèse d'inauguration au degré de Docteur en médecine, surtout lorsque cet important organe est trop faible pour pouvoir bien faire ses fonctions sans l'aide de quelques mojens étrangers. (|) M. Dutrochet explique le procédé de la nutrition et des fonctions organiques au moyen de l'infîuence du fluide électrique sur les divers organes. Le Dr. Brown a fort recommandé l'usage de l'électricité dans un grand nombre de maladies ; mais je le crois plus exagéré que fondé» et l'expérience vient à l'appui de cette opinion. • - .
Mon ami, l'habile R. Nelson, Ecr. M. D. de Montréal, m'observait dernièrement qu'il croit qu'en hiver, le fluide électrique influe beaucoup sur les divers organes dont les fonctions se trouvent ainsi augmentées au point d'y établir un degré plus ou moins considérable d'inflammation, et celte idée me paraît juste, parce qu'en hiver, lorsque l'air est pur et sec, l'électricité est, par rapport aux corps vivants, toujours à l'état posit\f\ stimulant qui, par la continuation de son action sur les organes, leur devient un irritant productif de diverses maladies inflammatoires que l'on observe souvent en hiver.
L'électricité ou le galvanisme animal, fait maintenant beaucoup de bruit en Europe, et l'on raconte que, lorsque le système en est saturé, l'on peut pratiquer les opérations les plus douloureuses sans causer aucun inconvénient au malade. Mais, comme celle de tout autre remède nouveau, il pourrait sc/aire que la réputation qu'on lui donne fût un
X Voyez le No. 7me. du Journal Médical de Québec
peu outrée. M. Delenze en fait pourtant un grand casj et élève jusqu'aux nuëes M. Mesmer qu'il regarde comme l'auteur de sa découverte d'une manière particulière. — Mais, je regarde comme plus amusant qu'utile, l'ouvrage de M. Deleuze sur les effets merveilleux du magnétisme animal, que je conçois être, en grande partie, ceux d'une forte imagination du malade.
Leçon Neuvième.
De la Lumière.
La lumière, prise dans un sens collectif, désigne l'union des différens rayons qui procèdent des corps lumineux, et causent, sur nos sens optiques, la sensation qu'on appelle vision ; c'est-à-dire que la lumière est une substance particulière qui rend perceptibles à nos yeux la forme et la proportion des objets, et qui dans ses parties séparables, donne les différentes couleurs et de l'éclat à toutes les productions de la nature et de l'art.
La lumière appartient plus particulièrement à cette partie de la physique qu'on appelle o/7^/9'?/e/ mais, comme elle inffue Ijeaucoup sur la décomposition d'un grand nombre de substances, la chymie est aussi obligée de la prendre sous sa considération.
Les physiciens ne sont pas d'accord sur les sources de la lumière ; le plus grand nombre pense qu'elle émane du soleil et des étoiles fixes; quelques uns la croient répandue dans l'espace. Cependant elle se manifeste avec le calorique dans un grand nombre de décompositions et de compositions nouvelles, comme dans la combustion d'une foule de substances, dans la décomposition des alkalis, dans la combinaison de l'oxygène avec les métaux, dans l'ignition de la majeure partie des corps naturels, &c. &c.
On peut considérer toutes les substances de la nature comme autant des prismes naturels qui décomposent, ou plutôt divisent la lumière. Lorsqu'elle est réfléchie toute entière de leur surface, et sous aucun changement dans ses rayons, on éprouve la sensation du blanc ; lorsqu'elle est en partie réfléchie et en partie absorbée, il en résulte les diverses colorations; lorsque l'absorbtion de tous ses rayons est complète, la production du noir absolu a lieu ;
de notie que U bl*nc est Ia réunion de toutes les GOuleiir."», et le noir en est l'absence. Plusieurs corps acquièrent la propriété de luire lorsqu'ils sont exposés, pendant un certain temps, à l'influence d'une lumière vire. Les corps à travers lesquels la lumière passe facilement sont appelles diapJmyies ou transparents ; et ceux, au contraire, qui l'arrêtent à leur surface, sont nommés corps opaques.
La lëfrangibilité des corps coïncide parfaitement avec leur composition chymique ; de sorte que si la puissance réfringente trouvée est en rapport avec les principes constituants obtenus par l'analyse de la substance, l'exactitude des résultats de l'opération ne peut être douteuse ; et l'on sait que le célèbre Newton a observé, il y a plus d'un siècle, que la lumière traverse, avait lieu en raison de leur densité et de leur combustibilité, et qu'il avait prédit, sur cette observation que l'eau devait contenir un principe inflammable que Ton a découvert depuis être le gaz hydrogène, qui en fait partie, et qui est en effet très inflammable. La lumière blanche ou solaire est composée de huit rayons primitifs oa colorés que l'on met en évidence par le moyen du prisme, et qui se présentent dans l'ordre suivant ; savoir, le rouge, Vorangé, le Jaune^ le vert^ le bleu, le Vindigo, le pojirpre, le violet. Quelques physiciens sont portés à croire que le rouge, le jaune et le bleu sont des couleurs simples ou primitives, dont les modifications produisent la formatiou des autres rayons, c'esl-àdire que le vert résulte du jaune et du bleu ; l'orangé, du rouge et du jaune ; et l'indigo, du bleuet et du violet; et ces trois couleurs, le rouge, le bleu et le javine, étant celles dont la combinaison et les proportions forment toutes les nuances dont les arts sont enrichis, les tenturicrs n'en connaissent pas d'autres primitives.
La réflexion des rayons colorés de la lumière, dépend non de la nature, mais de l'arrangement chymique des particules constituantes des corps, comme on le voit par la production des diiférentes couleurs, au moyen du mélange de quelques ingrédiens colorés bien faiblement, et quelquefois même tout-à-fait limpides ; d'où l'on peut tirer la conséquence, qui coule de source, que les différentes couleurs ne sont pas inhérentes à la matière, mais dépendent de l'arrangement des particules constituantes des corp^, gcuvernés par les différents degrés de l'affinité chymique. L'artiste chymiste, par l'application variée
des principes de raffijiité chymique, produit et change les couleurs à volonté.
Il est donc nécessaire que les artistes connaissent les affinités cliymiques au moyen desquelles ils peuvent, dans l'occasion, combiner différents ingrédiens avec lesquels ils puissent former diverses couleurs. Par exemple, préparez les solutions suivantes ûq la manière ci-dessus enseignée, et vous obstiendrez toutes Les dî£Eirentes coulears décomposablee.
No. 1 ^ . Dissolvez de l'acétate de plomb dans la proportion d'une partie à 50 d'eau au poids.
No. â ® . Du sxtb-carbonate de potasse dans la proportion d'une partie à 4 d'eau au poids.
No. 3^ . Da permariate { perchloride ) de mercure, dans la proportion d'une partie à 30 d'eau au poids.
No. 4 ® . Du sulfate de fer, dans la proportion d'une f)«rtie è. 6 d'eau au poids.
No. 5 ®^ D« l'acide sulphurique, dans la proportion d'une partie à 18 d'eau au poids.
No. 6 ° . De l'acétate de cuivre, dans la propoi^iou d'une partie à 100 d'eau au poids.
No. 7 ^ . Une forte solution d'ammoniaqtie.
No. 8 °. De la teinture de chou rouge.
No. 5 ° . De la teinture de noix de galie.
No. 10 ® . Du prussiate de potasse.
No. 11°. Du nitrate de mercure cora posé dans la proportion d'une partie de mercure à 4 d'acide nitrique auquel on ajoute deux fois autant d'eau. Ainsi, «n mêlant ces différents liquides on obtient,
1 ® • Le rouge, en mêlant une partie de No. 5 ^ . avec une partie de No. 8 ® .
2 o . L'orangé, en mêlant quatre parties de No. 3 ® . avec une partie de No. 2 ® . et l'on rend cet orangé limpide en y ajoutant une partie de No. 5 ° .
8 ®. Le jaune, en mêlant quatre parties de No. 11 ® . av€c une partie de No. 2 ° .
4 ° . Le vert, «n mêlant trois parties de No. 8 ° . avec une partie de No. 2 ® .
5 ° . Le bleu, en mêlant trois parties de No. G ° . avec uiie partie de No. 7 ®. et l'on rend ce bleu limpide en y ajoutant une (partie de No. 5 ® .
fi°. L'indigo, en mêlant une {^rtie de No. 4 ° . avec uBe;paxtie de No. 10 ® .
7 ® . Le rouge du rubis, en ajoutant au vert une partie de No. 5 « .
8 ° . Le violet, en mêlant le rouge à l'indigo.
9 ° . Le blanc, en mêlant trois parties de ISo. 1 ® . avec une partie No. 2 ^ .
W ^ . Le noir, en mêlant trois parties de No. 9®. avec une partie de No. 4 ® ,, et l'on rend ce noir limpide en y ajoutant une partie de No. 5 ° .
Le mordant ne donne souvent la coulenr que par l'affinité qu'il a avec la matière dont on se sert pour cette fin. Dans certains cas, il effectue une décomposition totale de cette matière, et par là produit de nouvelles couleurs.
La lumière solaire décompose plusieurs substances par son action sur leurs principes élémentaires ; comme la ciguë, la digitale, le camphre, l'acide nitrique, l'acide iiydrocianique (prussique,) le gaz chlorine, le nitrate d'argent, &c. La plupart des oxides et des sels métalliques, sont de ce nombre, surtout ceux qui ont le mercure pour base; et dans toutes leurs décompositions, il se dégage toujours du gaz oxygène pur. Cependant, la question de savoir, si la lumière diffère du calorique, et si elle exerce sur les substances composées une action cbymique, est encore imparfaitement résolue ; mais le calorique l'accora pagne si généralement dans ses diverses émanations, que quelques cbymistes sont d'opinion que ces deux substances dépendent l'une de l'autre, et qu'il y a entr'elles une identité absolue. {§§)
{§§) Un médecin de ce quartier, ayant par parade ou pour sa commodité, rempli un certain nombre de bcëtes avec de l'onguent gris, les exposa à la vue sur une tablette près d'un poêle; mais il fut décomposé et en partie évasporé; de sorte que, quelque temps après, le médecin fut fort surpris de n'y plus trouver qu'un peu de sain-dou.^ flottant sur encore moins de mercure dans un état fluide et de crudité. Ce fait qui était une conséquence naturelle de l'opération du calorique, et de la lumière qui avait affaibli lattinité entre le mercure et l'oxygène qui, en s'en dégageant, avait laissé ce métal dans un état isolé et de pureté ; ce fait dis-je, qui eût été facile à expliquer par un médecin chymiste, était un phénomène pour celui qui n'avait su le prévoir. Cependant, ce même fait voir combien il est important, pour le médecin surtout, d'être chymiste pour l'économie, pour son plaisir et pour son honneur et pour s:i propre sûreté; car, à dire le moins, l'éviiporation niercurielle est toujours d'angcreu^e pour lei
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La lumière, comme tout le monde le sait, est très favorable à la végétation, et toutes les plantes la cherchent avec avidité, et s'inclinent toujours de son côté; mais elle agit de deux manères sur ces corps organiques, c'est-à-dire qu'elle en dégage le gazoxyigène et fait absorber le gaz acide carbonique avec abondance pendant le jour, tandisqu'au contraire, elle favorise l'absorbtion de l'oxigène et l'exhalaison de l'acide carbonique pendant la nuit, lorsqu'ils vivent, ce qui fait voir le danger de coucher dans des appartements petits, où il y a une certaine quantité de plantes, qui absorbent l'oxygène de l'air pendant la nuit, et privent les poumons de la quantité qui leur est nécessaire pour le support de la vie. Mais lorsque les plantes sont mortes, et dans un état de décomposition, il y a toujours une absorbtion plus ou moins considérable de l'oxygène de l'air, surtout lorsqu'elles sont exposées à la chaleur, à l'humidité et à la lumière du jour et un dégagement du gaz acide carbonique et de plusieurs autres gaz fétides et méphitique?, ce qui rend très malsains les endroits on il y a une grande quantité de plantes en décomposition.
Il paraît indubitable que, quand la lumière produit le dégagement de l'oxygène des plantes, des oxydes et des acides qui sont exposées à son action, elle entre en combinaison directe avec ce fluide élastique combiné, et qu'elle sollicite son émission, en fournissant assez de calorique pour augmenter son élasticité. Il paraît aussi que l'action de la lumière occasionne la décomposition d'une partie de l'eau de végétation des plantes vivantes ; qu'elle fixe et accumule l'hydrogène résultant de cette décomposition, pendant que, d'un autre côté, elle favorise ie dégagement de l'oxygène. Quelques chyraistes prétendent même que son influence détermine, dans quelques circonstances, la décomposition complète ou partielle du gaz acide carbonique des plantes, et que le carbone, ainsi fixé dans leur substai:ice contribue beaucoup à leur développement.
La lumière opère, sur les animaux, des effets non moins remar(]uables que sur les végétaux ; car, comme les plantes placées dans un lieu obscur perdent leur vigueur et leurs
personnes qui y sont exposées; d'où vient que celles qui se servent de l'onguent mercuriel pour quelqoe maladie cutanée, doivent, pendant ce temps-là, ne jamais se couvrir par-dessus la tête.
propriétés, sont pâles €t languissantes, deviennent insipides et étiolées ; de même les animaux, qui sont privés de la lumière sont blanchâtres, sans énergie, et se distingueat de ceux qui sont exposés à son influence par leurs couleur* qui sont toujours peu apparentes, et jamais, ou t*ès rarement brillantes.