SECTION SECONDE
Leçon Dix-Huitième.
Des terres alkalines ; la chaux, la baryte^ la stronfite et la magnésie.
Par terre, on entend vulgairement un sol cultivable composé de parties mixtes. L'agriculteur divise ordinairement les terres en principales, savoir, la terre glaise ou argilleuse, la terre calcaire &\.\a. terre grateleuse ou sablonneuse. Cependant, ces terres ne se trouvent jamais pures à un état isolé ; elles sont mêlées h d'autres terres, aux oxydes des métaux, surtout à ceux du fer, aux acides minéraux, &c.
La terre glaise sert de réceptable aux plantes et de véhi-
cule aux substances nutritives qu'elles absorbent au moyen de leurs racines fibreuses. La terre graveleuse sert à diviser la glaise qui sans elle est trop cohésive. La terre calcaire sert de stimulant aux organes assimilateurs des plantes, et d'absorbant des principes nutritifs qui leur sont essentiels. Autrement, les terres cultivables sont des substances mortes, et ne peuvent ni faire germer, ni contribuer â la végétation.
Mais les terres chymiques sont des substances sèches, inodores, pour la plupart insipides, peu ou point solubles dans l'eau, inaltérables au feu, non volatiles ni fusibles, et dont l'agrégation des particules forme des pierres solides, et quelques-unes précieuses. Cependant les pierres précieuses précieuses sont celles dont la valeur intrinsèque est la moindre.
lo. La chaux est très abondante dans la nature. Elle ferme la base de tous les rochers de pierres calcaires qui sont combinées avec l'acide carbonique, soit qu'ils soient primitifs, transitifs ou secondaires, depuis celles qui peuvent être polies, qu'en appelle marbre, jusqu'aux pierres â-chaux la plus rude. La chaux est la base du blanc d'Espagne, du plâtre de Paris, des couches de corail et des diverses coquilles qui en sont tous des carbonates, excepté le plâtre qui est un sulphate, très abondant dans la Nouvelle Ecosse. Combinée avec l'acide phosphorique, la chaux forme un phosphate dont consistent essentiellement les os des animaux.
Lorsque la pierre carbonate est chauffée, autant que l'est le fer pour être aisément travaillée sur l'enclume, l'acide carbonique est converti en gaz et s'échappe, et le résidu est la chaux vive, ce qui se pratique tous les jours, parmi nous, dans la confection de la chaux.
A l'état de pureté, la chaux est blanche, pulvérulente ; la saveur est urineiise, acre et caustique, elle verdit les couleurs bleues végétales, mais elle est infusible à l'action du plus grand feu.
Exposée à l'air, la chaux absorbe rapidement l'humidité et l'acide carbonique, prend l'aspect pulvérulenl, devient effervescente, et cesse d'être caustique.
La chaux est très; avide de carbone, d'eau et d'humidKc, d'où vient qu'on peut l'employer avec avantage dans l'agriculture, parce qu'elle attire sur la surface du sol, et met en contiguïté avec les plantes, ces principes nulrilifs, outre qu'elle leur est un simulant utile. En vertu de cette propriété
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<le la chaux d'attirer et d'absorber l'eau, on peut s'en servir encore avec avantage pour sécher et rendre j)lus combustible la poudre à-tirer. Pour cette fin on peut mélanger avec la poudre de la chaux vive, finement pulvcrisée, dans la proportion de trois huitièmes de la dernière à cinq de la première. Cette méthode peut améliorer beaucoup la poudre, en eflectuant une siccité plus parfaite.
La chaux entre dans la composition de plusieurs médicaments utiles. C'est par son intermède qu'on opère la décomposition du muriate d'ammoniaque par affinité élective, pour en dégager l'ammoniaque. M. Réray, médecin à Cattillon, dit avoir constaté, par expérience, que le muriate de chaux est un préservatif contre la petite vérole (picotte,) et il observe que cette même composition pourrait être employée avec succès contre la rougeole, en en tenant dans la chambre de l'enfant que l'on voudrait préserver de l'infection, &c. Mêlée avec le blanc d'œuf, on en forme un excellent lait dont on peut se servir pour opérer la cohésion des vaisseaux cassés, et dans maintes occasions différentes. L'eau de chaux se mêle quelquefois avec l'huile d'olive pour faire un Uniment, d'autre fois avec ua peu d'eau de vie, ou du lait frais, et s'administre ainsi avec succès dans quelques maladies de l'estomac, et dans celles qui sont accompagnées de vers. On se sert encore de i'eau de chaux pour faire le lavage noir pour certaines plaies, et dans une infinité d'autres circonstances difïèrenîes. L'eau de chaux est encore utile pour la conservation des œufs, en les y tenant iminersés.
Comme les alkalis dont nous avons déjà traité, la chaux pure est un composé d'une base qu'on appelle calcium, unie à l'oxygène. Cette base possède en commun avec les alkalis toutes les propriétés qui les caractérisent. Ainsi, comme les alkalis, la base de la chaux est soluble et a une grande affinité pour toutes les substances oléagineuses. C'est pourquoi on s'en sert quelquefois en conjonction avec la potasse pour faire du savon. (X.) Et comme une
(X.) La chaux mêlée avec la cendre augmente la force du lessis, et l'eau forte de chaux peut servir dans les mêmes cas que le lessis. A cette occasion, je remarquerai que les bois qui a été longtemps expose à l'eau, soit dans les cajeiix où à la pluie, ne font jamais d'aussi bonne cendre, et celle-ci jamais d'aussi bon lessis que celle que l'on obtient de bois ((ui n'a pas été expoîsé à l'action de l^eau qui absorbe
solution de potasse ou de perlasse est propre à neutraliser et efface les taches graisseuses qui se font accidentellement sur les linges et bardes et sur les meubles, de même la chaux peut être employée pour la même fin avec autant de succès. A l'état de carbonate, comme dans la craie ou le blanc d'Espagne, la chaux absorbe faiblement les substances oléagineuses. Ainsi, lorsque les feuilles de livres se trouvent tachées de suif de chandelle ou autre, ou d'huile ou de graisse, on peut les effacer entièrement au moyen de lu craie ou du marbre finement puvérisé. Pour cette fin, on met la feuille tachée entre deux feuillets de papier blanc que l'on recouvre de cette poudre des deux côîés, puis on repasse doucement, avec un fer chaud, les feuillets des deux côlés en dehors. Par ce moyen facile, la graisse se fond et la chaux l'absorbe à mesure. De pareilles taches sur les linges et hardes peuvent être effacées de la même manière.
2o. La magnésie forme une des parties constituantes de plusieurs minéraux, tels que le talc, Vasbeste, et généralement toutes les pierres saponaires. Elle forme la base du sel d'Epsom. Mais on obtient généralement cette terre alkalinè de l'eau de mer ou elle existe en abondance dans un état de muriate et de sulphate, dont on l'obtient an moyen de la perlasse, par affinité élective. Dans ce cas, il y a un échange de base, une double décomposition, et la formation du sulphate dépotasse, qui demeure en solution, tandis que le carbonate de magnésie se précipite. Le carbonate de magnésie, obtenu de cette manière, est celui des magasins dont on se sert en médecine. Mais il faut d'abord le séparer du sel marin avec lequel il se trouve mêlé dans l*eau de mer.
La magnésie pure est une substance pulvérulente, très blanche, d'une finesse et d'une légèreté extrême. Elle a peu de saveur, verdit les infusions bleues végétales, absorbe l'acide carbonique de l'air et devient effervescente. Exposée à l'action d'une vive chaleur, elle laisse dégager un
du bois un certain suc qui le nourrit et en fait la force principale, et tend à le conserver. De sorte que le bois qui a été exposé à l'eau devient beaucoup plus fragile et plus aisé à pourrir, ou à se décomposer, n'est jamais aussi bon pour le chauffage, et la cendre qui en provient est en partie destituée de cet ingrédient <]ui en fait la force principale, lorsqu'elle le contient en son entier.
peu d'eau, s'afiaisse, et acquiert la propriété de luire dans l'(jbscurité.
Oïl dégage l'acide carbonique et on obtient la magnésie pure en l'exposant à l'action d'une vive chaleur, jusqu'à ce qu'elle ne fasse plus d'efîèrvescence avec les autres acides.
Combinée avec l'acide sulphurique, la magnésie forme la base du sel d'Epsom, que l'Angleterre fournit depuis longtemps en abondance et dont l'usage est fréquent en médecine, surtout parce qu'étant réfrigèrent, on en reçoit un grand avantage dans le traitement des maladies inflammatoires.
Le carbonate de magnésie est recommandé dans la pratique de la médecine, coninie un stomachique opéritif, surtout dans les cas accompagnés de vents et d'acides dans l'estomac. Mais dans de pareils cas, la magnésie pure est préféi'able, parce cju'el le possède, à un plus haut degré, le pouvoir d'absorber ces substances injurieuses (jui sont les conséquences naturelles d'une mauvaise digestion, c'est-àdire que les aliments, au lieu d*ctre digérés par l'action trop faible et trop tardive de l'estomac, à l'aide de la chaleur et de l'humidité, y sont chymiquenient décomposés en leurs principes élémentaires. On administre la magnésie pure, ou à l'état de carbonate, seule ou mêlée avec quelques aromates agréables et toniques, tels que le cascarillo, le Colombo, le gingembre, &c,
3o. La baryte possède en commun avec la chaux beaucoup de propriétés qui caractérisent sa nature alkalinc. — Elle se combine avec les acides et forme des sels qui, à la seule exception du sulphate, sont des poisons mortels.
A l'état de sulphate, la baryte se trouve en grande quantité dans les Etats-Unis, et peut-être que la localité la plus considérable connue est celle qui se ti'ouve à Carlisle dans l'état de New-York.
Du sulphate natif, on obtient le carbonate de baryte, a" moyen de la perlasse (sub-carbonate dépotasse) par échange de base et d'acide. Et la baryte ayant une plus grande affinité pour tous les autres acides, surtout pour ceux du i règne minéral, que pour le carbonique, on peut, du carbonate de baryte, obtenir le sel que l'on désire, en offrant, à cette terre, un acide pour Icciucl clic a une plus grande affinité. Ainsi combiné avec l'acide bulphurique, elle forme le sulphate ; avec le iiitrit|ue, le nitrate ; et avec le muliatique, le muriate, Ovc. qui fait une i;xcellente épreuve
pour découvrir la présence de l'acide sulphurique dans quelques substances.
La baryte que l'on appelait autrefois ierre pesante, parce qu'elle l'est beaucoup, a une saveur acre, très caustique, est dissoluble dans l'eau et l'alcohol, et produit, en se dissolvant, une chaleur semblable à celle que fait naître l'extinction de la chaux ; elle verdit les couleurs bleues végétales, et dissoute dans l'alcohol, elle brûle avec une flamme jaune, et détruit avec beaucoup d'énergie, les substances animales. Dans ces diftérentes combinaisons, la baryte donne des productions chymiques qui sont inusitées dans la pratique de la médecine, mais on s'en sert dans les arts et en chymie, en une infinité de circonstances différentes.
4o. La strontite est une terre encore peu connue, mais on la trouve en abondance, à l'état de sulphate, dans une île du lac Erié. Son carbonate et ses autres sels peuvent être obtenus de la manière que le sont ceux de la baryte.
Quoique plusieurs des terres alkalines aient été considérées comme étant des substances simples ou élémentaires, il n'est pas moins certain qu'elles sont toutes composées, comme le sont les alkalis, de l'oxyji^ène et d'une base métallique particulière, unis dans des proportions que les expériences les plus délicates n'ont encore pu déterminer, parce que ces principes paraissent avoir entr'eux une puissance attractive, si considérable, que l'action du pouvoir de l'électricité galvanique n'a pu opérer que faiblement leur séparation .
Les bases obtenues de la décomposition des alkalis et des quatre terres alkalines, (dont nous venons de traiter) par l'action de l'électricité galvanique, ont été désignées, par le Chevalier H. Davy, sous les dénominations de potassivm, sndnim et ïithmvi pour les alkalis, et de ca/cium, magfiesùm, harunn et struntinm, pour les terres alkalines.
Pour les bases des autrep terres, non-aikalines, elles sont encore peu ou pas connues ; mais elles seront nommées, lorsqu'on les aura obtenues, silicimiu pour celle sépan'e de la silice ; aluminium, de raluiiùne ; ziicoiiium, tielazirrone ; ghjcitnn, de la glycine ; ytirùnn, de l^ttria ; et f/wr/- ?ii?i7n, de la thorina. E. Turner, m. d. les considère comme connues, et les désigne par ces noms.