‹ Cours abrégé de littératureChapitre 27 sur 61 · GE>TIE ÉPIQUE ; — GENRE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

GE>TIE ÉPIQUE ; — GENRE DRAMATIQUE

S l*""^. — I«e g-enre lyrique*

Définilion et division.

La poésie lyrique est en général l'expression vive et animée de la pensée et du sentiment, que ces pensées et ces sentiments soient graves et sublimes, ou qu'ils soient simples et gracieux.

Le poème lyrique s'appelle ode (du grec ôdéy chant) ; le nom de lyrique lui vient de ce qu'on chantait autre-

fois Tode en s'accompagnant de la lyre , instrument à cordes en usage chez les Grecs.

La poésie lyrique a d'abord chanté Dieu, puis les héros et les grands hommes, les guerriers, les rois et les saints, enfin les grandes vérités religieuses, morales ou philosophiques, et les diverses émotions de l'âme, émotions passionnées ou sentiments gracieux et badins.

De là quatre principales espèces d'odes :

1" Vode sacrée, qu'on appelle, selon les circonstances, psaume, hymne ou cantique ;

2° Uode héroïque ou pindarique ;

3° L'ode morale ou philosophique ;

4° Uode badine ou anacréontique, appelée, selon les circonstances, chanson ou vaudeville.

A ces espèces se rattachent, selon leur caractère, le dithyrambe, la cantate et Vépithalame,

Qualités générales de l'ode.

L*ode se partage en un certain nombre de stances ou strophes, La mesure et le nombre des vers qui entrent dans les stances sont laissés à la volonté du poète ; mais le plus ordinairement la première stance ou strophe sert de règle à toutes les autres.

Boileau a indiqué, dans ces vers, les qualités générales de l'ode :

Vode , avec plus d'éclat et non moins d'énergie , Élevant jusqu'au ciel son vol ambitieux , Entretient dans ses vers commerce ave(f les dieux. Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière , Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière Mène Achille sanglant aux bords du Siraoïs , Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis, Tantôt, comme unejabeille ardente à son ouvrage. Elle s'en va de fleurs dépouiller le rivage : Elle peint les festins, les danses et les ris;..

Son style impétueux souvent marche au hasard ; Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.

Les caractères généraux de Pode sont : V enthousiasme, les débuts hardis, les écarts, les digressions et la brièveté.

!« V enthousiasme est une espèce d'inspiration divine, une exaltation produite par la vue ou la pensée de grandes choses, et qui affecte particulièrement certaines âmes, quoique toutes en soient susceptibles; l'enthousiasme poétique s'applique à tous les sentiments qui peuvent agiter vivement l'âme humaine, comme l'amour, la haine, la joie, la colère, l'admiration, etc.

Les grands poètes lyriques, David, qui avait de plus l'inspiration divine, Pindare, Racine, dans les chœurs d^Esther et d'Athalie, présentent de magnifiques traits de l'enthousiasme poétique.

2^ Quand le poète lyrique commence à chanter, il ne fait pour ainsi dire que céder à l'enthousiasme qui l'agite : de là la hardiesse de son début ; s'il est vraiment inspiré, cette hardiesse est naturelle ; s'il ne l'est pas, le poëte tombe dans l'emphase et vous laisse froid.

Comme on sent bien l'enthousiasme de l'inspiration dans ces débuts :

Cantemus Domino; gloriose enim magniflcatus est, eguum et ascensorem dejecit in mare. — Chantons un cantique au Seigneur -, car il a été magnifiquement glorieux , il a jeté dans la mer le cheval et le cavalier. ( Cantique de Moïse.)

Quam dilecta tahernacula tua, Domine virtutum! ConcupiscH et déficit anima mea in atria Domini. (Ps. 83.)

Qu'ih sont aimes , grand Dieu , tes tabernacles ! Qu'ils sont aimés et chéris de mon cœur !

Ecce quam bonum et quamjucundum habitare fj-atres in unum. Qu'il est bon, quil est doux pour des frères d'habiter ensemble! (Ps. 132.)

Magnificat anima mea Dominum. — Mon âme glorifie le Sa* gneur. '^Cantique de la sainte Vierge.)

Tout l'univers est plein de sa magnificence ; Qu'on l'adore , ce Dieu , qu'on l'invoque à jamais : Son empire a des temps précédé la naissance ; Chantons , publions ses bienfaits.

(Racine. )

3° L'enthousiasme produit les écarts, qu'on appelle aussi des sauts lyriques, c'est-à-dire que le poëte , ne pouvant exprimer toutes les idées qui assiègent en foule son esprit, choisit les plus frappantes et les rend comme elles se présentent, sans s'inquiéter de leurs rapports et des transitions. 11 n'y a donc là qu'un désordre apparent : le désordre est dans la forme, il n'est pas dans le fond. Moïse, par exemple, fait dire à Dieu : « Dixi, uhinamsunt? J'ai parlé, oti sont-ils donc?» La pensée com plète serait : « J'ai parlé à mes ennemis dans ma colère • une seule parole les a fait disparaître; vous qui êtes témoins de ma victoire, répondez : Où sont-ils? »

4° L'enthousiasme produit aussi les digressions ^ au moyen desquelles le poëte semble quelquefois se jeter à côté de son sujet, comme si une idée nouvelle le transportait tout à coup; mais il faut que cette nouvelle idée se rattache à l'idée fondamentale et contribue à la faire ressortir.

5" Les sentiments violents ne peuvent avoir une longue durée; il est impossible de se soutenir longtemps dans les hauteurs où l'enthousiasme vous transporte; c'est donc encore l'enthousiasme qui commande la brièveté.

Les caractères généraux qu'on vient d'énumérer ne s'appliquent pas d'ailleurs dans les mêmes proportions à toutes les odes : le début et la marche du poëme varient selon le sujet, la nature du sentiment , le degré de l'enthousiasme et les dispositions individuelles du poëte. Tantôt le sentiment ne se développe et ne s'élève que par degrés dans la contemplation de

l'objet, tantôt il se produit tout développé ot dans toute

sa force.

De l'ode sacrée, psanme, hymne, cantique.

Vode sacrée chante Dieu , ses perfections , ses bienfaits; elle célèbre les grandeurs de la religion.

L'ode sacrée prend divers noms : cantique^ lorsqu'il s'agit de certains morceaux lyriques de la Bible, destinés à célébrer des événements mémorables, ou à remercier Dieu de ses bienfaits et de sa protection ; — psaume (du grec psalmos, air joué avec un instrument à cordes), pour les cantiques de David et de quelques autres hommes inspirés dont les chants sont réunis dans un livre de la Bible qui porte ce nom ; — hymne (du grec hymnos , chant), quand il s'agit des odes consacrées dans la liturgie catholique à la louange de Dieu ou des saints; — cantique spirituel , ou simplement cantique , quand il s'agit des odes en langue vulgaire destinées également à chanter Dieu et les saints ou à inviter à la pratique de quelque vertu, etc.

On peut dire que la plus haute poésie se trouve dans les cantiques de la Bible et dans les psaumes :

L'enthousiasme habite aux rires du Jourdain.

Page 1