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L.es trois âg>es de la poésie g-recqne

La poésie grecque peut se diviser en trois époques principales ou âges : les temps anciens, l'âge d'or et la décadence. Les temps anciens s'étendent depuis les origines de la littérature grecque, dont il ne reste que des souvenirs, quelques

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fragments et quelques noms, comme ceux d'Orphée et de Linus, jusqu'aux deux grands poètes de cette période, Homère et Hésiode. L'âge d'or, qui ne s'étend pas à plus de deux siècles, est celui où fleurirent Anacréon, Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane, poètes lyriques ou dramatiques, et une foule d'autres poètes moins connus, ou dont il nous reste peu de chose, mais qui avaient un véritable mérite. L'époque de la décadence, qui s'étend depuis Alexandre le Grand jusqu'à l'ère chrétienne, ne présente, au milieu d'une foule d'autres, que trois noms vraiment remarquables, ceux deMénandre, de Théocrite et d'Apollonius de Rhodes.

Homère.

Homère est le plus grand poète de l'antiquité; ïl serait le premier si l'inspiration divine n'avait fait des chants sublimes des prophètes, des psaumes de David, du livre de Job, des œuvres que nulle littérature n'égalera jamais. On ne sait rien de certain sur la vie de ce grand poète : sept villes se disputaient l'honneur de lui avoir donné naissance; Smyrne, en Asie Mineure , paraît avoir fait valoir des droits supérieurs aux autres. Il vivait vers le dixième ou ie neuvième siècle avant Jésus-Christ. On dit que, devenu aveugle dans sa vieillesse , il allait de bourgade en bourgade, de ville en ville, chantant des fragments de ses poèmes et charmant ses auditeurs, comme le faisaient alors les rhapsodes , espèce de poètes chanteurs, dont le nom indique qu'ils récitaient des morceaux de ^ésie. Quelques-uns ont prétendu qu'Homère n'a pas existé; que son nom, qui signifie aveugle, ne soit pas le vrai nom de celui qui a légué à la postérité deux chefs-d'œuvre immortels, il n'en est pas moins certain qu'un même génie a produit ces chefs-d'œuvre et leur a donné l'unité qui les distingue, quand même il serait vrai qu'il n'eût pas tout composé, et qu'il eût fait entrer dans son plan de vastes fragments déjà chantés par les rhapsodes.

On a d'Homère deux grandes épopées : VUiade et VOdyssée.

L'Iliade , qui tire son nom de la guerre de Troie ou Ilion , dont elle raconte un épisode, se compose de 24 chants. Le sujet en est la colère d'Achffîe, àes cdôses cî âcs conséquen-

oes. Achille, offensé par Agamemnon, le chef de toute l'armée grecque, se retire dans sa tente; lui absent, les Grecs n'éprouvent plus guère que des défaites. On supplie Achille de reprendre ses armes, il résiste, et les défaites se multiplient, jusqu'à ce que, furieux de la mort de Patrocle, son ami, qu'Hector, le principal héros des Troyens, a tué, il revient aux combats pour le venger, tue Hector et fait de magnifiques funérailles à son ami. De charmants épisodes, de vives descriptions de combats, l'intervention des dieux, dont les uns favorisent les Grecs, les autres les Troyens, ne laissent pas un moment l'intérêt s'affaiblir. On est entraîné avec le poëte, qui montre, avec la plus riche imagination, une connaissance parfaite des lieux qu'il décrit, des traditions de son pays et de la science de son temps.

L Odyssée, du nom d'Ulysse (en grec OdysseiLs), qui en est le héros, se compose également de 24 chants. C'est le récit des aventures d'Ulysse depuis la prise de Troie jusqu'à son retour dans Ithaque, où il délivre son palais des hommes qui dilapidaient sa fortune et qui prétendaient à la main de sa femme Pénélope; c'est en même temps la louange de la prudence et du courage. Le voyage de Télémaque, qui va à la recherche de son père, le séjour d'Ulysse dans l'île de Calypso, et plus tard dans l'île de Gircé, l'histoire du cyclope Polyphème, la lutte contre les prétendants , forment des récits qui touchent tour à tour par leur simplicité et par leur grandeur.

Les anciens attribuaient encore à Homère un poëme satirique, le Margitès, qui a donné naissance à la comédie; plusieurs poëmes historiques, des hymnes à différents dieux. On lui a aussi attribué la Batrachomyomachie ou le Combat des rats et des grenouilles, agréable parodie de ses grands poëmes, où l'on imite sa manière et son style; il est probable que ce petit poëme est postérieur à l'ère chrétienne.

Hésiode.

Contemporain d'Homère, ou peut-être d'un siècle postérieur à lui, Hésiode est le premier grand poëte didactique de la Grèce. On ne connaît pas mieux sa vie que celle d'Homère. Son père, forcé par la misère, avait quitté Cumes et s'étai/

établi dans la Béotie, dans le petit bourg d'Ascra, d'oi'i le poète a tii'é le surnom d'Ascréen.

On a d'Hésiode deux grands poëmes ; Les Travaux et les Jours et la Théogonie, et un fragment d'épopée connu sous le titre de Bouclier d'Hercule. Les Travaux et les Jours contiennent des préceptes sur l'éducation, l'agriculture, les travaux de chaque saison, la construction des vaisseaux et la navigation. Au commencement du poëme, la fable de Pandore avec sa boîte, qui renferme tous les maux et où il ne reste que l'espérance , rappelle la tradition altérée de la chute primitive . Elle est suivie de la description des quatre âges du monde , représentés par l'or, l'argent, l'airain et le fer. La Théogonie, nomenclature assez aride des dieux et des déesses, contient une remarquable description du combat des dieux et des Titans. Le Bouclier d'Hercule n'est qu'un fragment du combat de ce héros avec Lycorus.

Anacréon.

Après un intervalle de plusieurs siècles, pendant lesquels la poésie semble s'éteindre, de nouveaux et nombreux poètes paraissent tout à coup vers le milieu du sixième siècle , pour se succéder jusque vers l'époque d'Alexandre le Grand. Ce sont d'abord des poètes IjTiques, comme Alcée, qui donne son nom à une espèce de vers; Sapho, la muse de la Grèce; Archiloque, qui accable ses ennemis de traits mordants; Tyrtée, l'Athénien, qui anime par ses chants guerriers lesLacédémoniens dans leurs guerres contre les Messéniens, etc. Il ne reste que de rares fragments de ces poètes, de plusieurs même que quelques vers. On a conservé des œuvres plus considérables d'Anacréon, né àTéos, en lonie, vers l'an 559 avant J.-C, mort en 474, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Anacréon est le chantre du plaisir; il a composé des hymnes, des élégies, des épigrammes, mais son nom rappelle surtout les odes ou chansons dans lesquelles il célèbre les plaisirs, les ris et le -sin, avec une légèreté, une grâce, un enjouement qui n'ont pas été surpassés. Malheureusement, toutes «es grâces ne sont le plus souvent employées qu'à glorifier les plus dégi^adantes passions; c'est la corruption élégante, que toute âme honnête ne repousse pas avec moins d'horreur que l'autre.

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Pindare.

Le prince des poètes lyriques de la Grèce et de toute l'antiquité païenne est Pindare, né à Thèbes, en 520 avant J.-C, mort en 440 . Le nom seul de Pindare rappelle l'enthousiasme lyrique, les grandes images, les métaphores hardies, les fortes pensées, les généreuses maximes. Pindare célébrait particulièrement les vainqueurs dans les différents jeux publics de la Grèce ; c'est pourquoi ses différents poèmes ont été classés sous ces titres : Chants olympiques, Victoires pythiques. Victoires néméennes et Victoires isthmiques. Les héros qu'il avait à chanter ne se prêtaient pas toujours à l'enthousiasme; alors il se rejetait sur leurs aïeux, sur leur patrie et allait chercher jusque dans l'Olympe les sujets de ses chants. La Grèce, transportée d'admiration, lui éleva de son vivant une statue 011 il était représenté le front ceint d'un diadème, ayant un livre sur les genoux et une lyre à la main. On sait que dans le sac de Thèbes Alexandre ordonna d'épargner la maison

de Pindare.

^ Eschyle.

La Grèce luttait héroïquement contre la Perse, et cette lutte gigantesque, en exaltant les âmes , faisait éclore les chefs-d'œuvre de la poésie. Eschyle, le père de la tragédie grecque, né à Eleusis, près d'Athènes, en 525 avant l'ère chrétienne , avait combattu à Marathon, à Salamine et à Platée avant de composer ses tragédies. Jusqu'à lui, les représentations théâtrales n'étaient que des farces grossières, où la comédie se mêlait à la tragédie; l'art n'existait pas, et les compagnons de Thespis n'étaient que des acteurs barbouillés de lie. Eschyle inventa l'appareil théâtral, les décorations, les costumes des acteurs, les hautes chaussures ou cothurnes, qui rehaussaient leur taille , les masques, qui grandissaient leur visage, etc.

Des soixante ou quatre-vingts tragédies qu'il a composées, il n'en reste que sept : Promèthée enchaîné, les Sept chefs devant Thèbes , les Perses, Agamemnon , les Choéphores , les Euménides, les Suppliantes ou les Banaîdes. Le principal ressort qu'il fait mouvoir est la terreur; il manque de sensibilité. Vaincu par Sophocle dans les dernières années de sa carrière

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dramatique, il en conçut un tel chagrin, qu'il se retira en Sicile, où il mourut, la tête brisée, dit-on, par une tortue qu'un aigle laissa tomber sur lui pendant qu'il dormait en plein air.

S^phoele.

Né à Colone, bourg voisin d'Athènes, en 498 avant J.-C, vingt-sept ans après Eschyle, Sophocle perfectionna la tragédie qu'Eschyle avait créée. Tout en conservant une tragique grandeur à ses héros, il leur donna des proportions plus humaines; il sut parler à la sensibilité et tirer des larmes des spectateurs, au lieu de se borner à les effrayer, et, par son style harmonieui, par sa douceur et son aménité, mérita d'être surnommé V Abeille attique.

Sophocle commença dès l'âge de vingt ans à composer des tragédies; il en écrivit jusqu'à sa mort, qui arriva dans la quatre-vingt-neuvième année de son âge. De ses 123 ou 1 30 pièces dramatiques, sept seulement sont parvenues jusqu'à nous ; Ajaa: furieux, Electre, (Edipe roi, Antigone, les Trachiniennes, Philoctète et (Edipe à Colone. On rapporte que ses enfants, fatigués d'attendre sa succession, demandèrent à en jouir en prétendant qu'il était tombé en enfance. Pour toute réponse, Sophocle lut à ses juges un fragment de son (Edipe à Colone, qu'il venait d'achever. Les juges, frappés d'admiration, rejetèrent la demande des enfants ingrats, et le grand poëte fut reconduit chez lui en triomphe.

Euripide.

Euripide naquit dii-sept ans après Sophocle, en 481 avant J.-C., àSalamine, le jour même, dit-on, où les Grecs remportaient, vers l'entrée de l'Euripe, une victoire qui préparait celle de Salamine. Son père était un cabaretier, sa mère une marchande d'herbes à Athènes, circonstance qu'Aristophane n'a pas manqué de rappeler pour îe tourner en ridicule. Il prétendit disputer la palme de la tragédie à Sophocle, qu'il vainquit rarement, au Jugement des Athéniens; mais il mérita au moins d'être considéré comme le premier de ses rivaux. Euripide est remarquable par sa sensibilité , ce qui ne l'empêche pas de mettre dans la bouche de ses héros des sentences philosophiques; son style est harmonieux et doux.

moins ferme que celui de Sophocle ^ l'Homère de la tragédie. Malheureux dans les derniers temps de sa vie , il se retira en Macédoine, où il périt, dans la soixante-seizième année de sa Yie, assailli, dit-on, par une meute de chiens qui le mirent en pièces. Il avait écrit 120 drames; il ne nous en reste que 18, dont les principaux sont : Eécuhe, Oi^este, Médée^ les Phéniciennes , Eippolytef Iphigénie en Aulide et en Tauride, les Suppliantes, les Troyennes, Hercule furieux, Electre, Andromaque, etc. L'histoire rapporte qu'une foule d'Athéniens, condamnés aux carrières en Sicile après la malheureuse expédition entreprise pendant la guerre du Péloponnèse , durent leur liberté aux vers de ce poëte, qu'ils récitaient à leurs

vainqueurs.

Aristophane.

La comédie brillait en même temps que la tragédie; elle atteignit sa plus grande influence au temps de Périclès et pendant la guerre du Péloponnèse , avec Aristophane, né probablement à Athènes, et qui commença de se faire connaître dans la quatrième année de la guerre, en 427 avant J.-C. Les comédies d'Aristophane sont la peinture fidèle de la société athénienne; il faut convenir que si elles font honneur à l'esprit de ce peuple aimable et léger, elles donnent une triste idée de son caractère et de ses mœurs, que le poëte, du reste, flagelle sans pitié. Toutes les questions se trouvent traitées dans ces comédies : la paix et la guerre, la corruption des chefs, les turpitudes de toutes natures, les fautes même du peuple, les rivalités littéraires , les discussions philosophiques, tout est livré tour à tour à la malice des spectateurs, et les spectateurs, c'était le peuple tout entier.

On distingue deux époques et deux manières dans les comédies d'Aristophane. Dans la première époque, Aristophane mettait en scène même les personnes vivantes et les désignait par leur nom, comme il le fait, par exemple, pour le démagogue Cléon , dont les Athéniens avaient fait un général, et pour le philosophe Socrate , sur lequel il avait amassé tant de ridicule, qu'il a pu contribuer pour sa part à la condamnation de ce sage, quoique cette condamnation n'ait eu lieu que vingt ans après la rei)résentation des NuéeSj titre de la comédie où il le met en scène. C'est la même hardiesse et la

même verve qui se retrouve dans toutes les autres pièces, comme dans les Oiseaux, dans les Guêpes , dans les Grenouil^ les, etc., toutes pièces dont le titre vient des personnages qu'Aristophane amène dans les Chants de ses comédies, où il fait chanter des acteurs plus ou moins déguisés en nuées, en guêpes, en oiseaux ou en grenouilles. La comédie des Guêpes a donné à Racine l'idée de ses Plaideurs ; les Grenouilles ont pour objet principal la critique des tragédies d'Euripide, audessus de qui Aristophane place Sophocle.

On donne le nom de comédie ancienne aux drames où Aristophane mettait en scène les personnages vivants. Lorsque Athènes fut tombée sous le joug des trente tyrans, après la guerre du Péloponnèse, l'extrême licence du théâtre fut réprimée par des lois, et la satire ne put plus attaquer les personnes qu'au moyen d'allusions qui étaient d'ailleurs trèstransparentes. Ce fut la comédie moyenne, genre auquel appartient l'une des meilleures comédies d'Aristophane, Flutus, qui est une plaisante et vive réfutation du partage égal des biens ou du communisme.

llénandre.

Un siècle après Ailstophane, Ménandre, né à Athènes, en 342, mort en 290 avant J.-C, inventa ou du moins porta à sa perfection la comédie nouvelle, qui se borne à peindre les mœurs, les défauts et les ridicules, sans plus se livrer à aucune personnalité. Il profita pour cela des leçons de Théophraste, le plus ingénieux moraliste de la Grèce, et de l'étude des comédies du poète Alexis, qui se distinguait dans la moyenne comédie par sa gaieté vive et franche et par ses tours gracieux et malins. Ménandre composa plus de cent drames, et cependant il ne fut couronné que huit fois : l'intrigue et la cabale lui enlevèrent de son vivant une gloire qui ne fit que grandir après sa mort, et qui lui valut d'avoir, au théâtre d'Athènes, sa statue placée à côté de celles des trois grands tragiques. Malheureusement il ne reste guère de ce comique que des fragments et des titres de comédies. On ne le connaît vraiment que par les comédies de Térence, qui l'avait pris pour modèle, et qui a composé plusieurs de ses pièces en fondant

en une seule deux ou plusieurs comédies de Ménandre, ce qui lui fit donner le surnom de demi-Ménandre.

Théocrite.

Après Alexandre le Grand, ce n'est plus à Athènes, ni même en Grèce qu'il faut chercher la poésie; c'est en Sicile et surtout à Alexandrie, à la cour des Ptolémées; et, comme il arrive aux époques de civilisation raffinée, c'est principalement la poésie pastorale et descriptive qui est cultivée , plutôt que la grande poésie des grands siècles littéraires.

Le prince et le père de la poésie pastorale chez les Grecs est Théocrite, né à Syracuse, vers 290 avant l'ère chrétienne, et appelé à la cour d'Alexandrie par le roi Ptolémée Philadelphe , qui se plaisait à s'entourer de littérateurs et de savants. On a de lui trente poèmes d'une assez grande étendue qui portent le nom à' Idylles, et vingt-trois morceaux moins considérables désignés sous le nom d'Èpigrammes. Parmi les idylles, une dizaine seulement méritent le nom à'églogues et appartiennent véritablement au genre pastoral, à ces Muses de Sicile que Virgile devait plus tard invoquer dans ses JBucoliques. Rien de plus gracieux que le langage qu'il prête à ses bergers, rien de plus épique parfois que le ton qu'il prend pour chanter des sujets plus élevés, rien de plus vif et de plus naturel que les dialogues qu'il introduit dans ses compositions. Mais , il faut le dire , la simplicité de ses héros dégénère plus d'une fois en grossièreté, et la muse païenne a souvent des accents que la muse chrétienne rejetterait avec horreur.

A côté de Théocrite, deux autres poètes se sont distingués dans la poésie pastorale : Bion etMoschus; mais il ont laissé des œuvres moins considérables, tant pour l'étendue que pour le mérite.

Apollonius de Rhodes.

La période de décadence de la littérature grecque n'a fourni qu'un poète épique, Apollonius, né à Alexandrie (vers 276 av. J.-C.), mais connu sous le nom d'Apollonius de Rhodes, parce que ce fut dans cette ville, oiiil enseigna l'éloquence, qu'il passa la plus brillante partie de sa vie. Il avait eu pour maître Calli-

maque, qui voulait le pousser vers les travaux d'érudition et de grammaire, et qui fit tout ce qu'il put pour lui nuire, lorsqu'il le vit préférer la poésie et la carrière d'Homère. Rappelé dans sa patrie, Apollonius succéda, sous Ptolémée Épiphane, à Ératosthène comme inspecteur de la fameuse bibliothèque d'Alexandrie.

Il avait mis en vers ses recherches historiques sur les antiquités de Naucratis, d'Alexandrie, de Cnide, de Rhodes; ces vers sont perdus ; si c'est une perte pour l'histoire, ce n'en est probablement pas une pour la poésie. C'est un poëme épique qui a conservé le nom d'Apollonius de Rhodes. Ce poëme, intitulé les Argonautiques, est l'histoire de l'expédition des Argonautes, sous la conduite de Jason, à la conquête de la toison d'or, en Colchide. Il se divise en quatre chants. L'imitateur d'Homère est du reste loin d'égaler son modèle : la chaleur et l'élévation manquent aux Jrgonautiques; poëme sans défaut, dit Longin, si l'on ne fait attention qu'à l'observation des règles, mais qui est constamment médiocre, dit à son tour Quintilien. Les poètes contemporains d'Apollonius ne s'élevaient pas plus haut : le talent restait, le génie avait disparu^

§ II. — Les hist griefs «becs.

Il y avait des siècles que Moïse avait écrit cette divine histoire qu'on appelle la Genèse, et qu'avaient été composés ces autres admirables livres, Josué, les Juges, les Rois, Ruth, lorsque l'histoire profane commença à produire ses chefs-d'œuvre chez les Grecs. Les chroniqueurs et les historiens se multiplièrent chez ce peuple, naturellement ami des longs récits; mais, dans le nombre, cinq noms méritent d'être connus à cause de la perfection particulière des œuvres auxquelles ils s'attachent : ce sont les noms d'Hérodote, de Thucydide, de Xénophon, de Polybe et de Plutarque.

Hérodote.

Hérodote, qu'on a surnommé le père de l'histoire, parce qu'il est, en effet, le premier des historiens profanes qui ait élevé la chronique à la dignité historique, naquit à Halicarnasse, en 484 avant l'ère chrétienne. Après s'être pénétré des

HISTOIRE i)E LA LITTÉRATURE GRECQUE. 353

récits poétiques qui conservaient les vieilles traditions de la Grèce jusqu'aux temps qui ont suivi de plus près la guerre de Troie, il conçut le projet de reprendre ces récits au début des temps historiques, et de continuer ainsi d'exposer jusqu'à son temps le tableau de cette grande lutte entre l'Europe et l'Asie, commencée à la guerre de Troie, et reprise avec les guerres médiques, dont les conquêtes d'Alexandre devaient être plus tard le couronnement et la fin. Pour arriver à son but, il visita toute la Grèce, l'Épire, la Macédoine, la Thrace, étudiant les pays, les peuples, les religions et recueillant partout les traditions encore vivantes dans la mémoire des hommes; puis il passa en Egypte, où il consulta les prêtres de Memphis et de Thèbes, en Libye, dans la Cyrénaïque, à Tyr, à Babylone, dans la Colchide et la Scythie, et il vit si bien tout par lui-même, il l'a raconté avec tant de bonne foi et de véracité, que les découvertes récentes viennent de jour en jour confirmer celles de ses assertions qu'on avait mises en doute dans les derniers siècles. Là même où ses récits sont fabuleux, on lui doit cette justice de remarquer qu'illes donne comme tels, ou qu'au moins il les rapporte tels qu'on les lui a faits à lui-même.

Ce fut en 456 avant l'ère chrétienne, devant la Grèce assemblée à Olympie, qu'il lut la première partie de son histoire ; les applaudissements enthousiastes qui accueiUirent cette lecture l'encouragèrent à poursuivre son œuvre, dont il lut la dernière partie à Athènes, en 444, à la fête des Panathénées. Cette histoire se divise en neuf livres, à chacun desquels on a donné pour titre le nom d'une des neuf Muses. Pour raconter les guerres médiques jusqu'à la défaite d(? Platée et de Mycale, l'historien se trouve amené à tracer rapidement l'histoire des Égyptiens, des Babyloniens, des Perses et des Grecs, et c'est ainsi que ses neuf livres contiennent toute l'histoire connue de son temps. Tout a été dit sur la douceur de son style, sur le charme de ses récits. Hérodote a fait pour la prose grecque ce qu'Homère avait fait pour la poésie.

Thucydide.

Un jeune Athénien, âgé de quinze ans, assistait à la lecture

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faite par Hérodote à Olympie, et versait des larmes d'émulation à la vue du triomphe du grand historien. Hérodote, qui l'apprit, prédit que cet enfant irait loin. Thucydide, né en 471 avant l'ère chrétienne, justifia la prédiction. Ayant] pris une part active à la guerre du Péloponnèse, pendant laquelle les Athéniens lui confièrent le commandement d'une flotte dans la mer Egée, mais le bannirent ensuite à cause d'un insuccès, il résolut d'écrire dans son exil l'histoii^e de cette guerre, qui avait suivi de si près les grandes luttes racontées par Hérodote. Plus sévère que son émule, il renonça à la forme épique, suivit rigoureusement l'ordre chronologique, et s'attacha principalement à étudier dans leurs conséquences les causes des événements, qu'il fait ressortir au moyen de nombreux et énergiques discours placés dans la bouche des principaux personnages. On lui reproche une certaine rudesse de style, une concision qui dégénère parfois en obscurité; mais on admire son énergie et la profondeur politique de ses harangues, que Démosthène ne craignit pas de copier jusqu'à dix fois pour se les a-pproprier. L'une de ces harangues, qui est célèbre dans les classes, est l'éloge funèbre prononcé par Periclès des guerriers morts pour la défense de la patrie, éloge dans lequel il se trouve un excellent parallèle entre le caractère des Athéniens et celui des Lacédémoniens.

'X.énopbon.

Né vers l'an 445 avant l'ère vulgaire, Xénophon se distingua à la fois comme philosophe, comme historien, comme guerrier et comme homme d'État. Disciple du philosophe Socrale. il écrivit ses Apomnémata ou Entretie)is mémorables, dialogues dans lesquels il fait intervenir Socrate et le justifie de toutes les accusations portées contre lui. Homme d'État, ou plutôt écrivain politique, il composa îa Cyroprdie ou Éducation dt Cyrus, espèce de roman historique où l'histoire plus ou moins fictive et arrangée du fameux Cyrus lui sert de cadre pour exposer ses doctrines politiques, et dans lequel, entre autres choses, il prête aux anciens Perses des usages et des mœurs qui ressemblent beaucoup plus à ceux de Sparte qu'à ceux de la Perse elle-même. Guerrier et l'un des chefs chargés de ramener dans leur patrie ces Dix mille Grecs dont il a immorta-

lise le courage et les exploits, il écrivit VAnahase (retour ou retraite), qui est l'histoire de l'expédition de Cyrus le Jeune et de la retraite des Dix mille, et dans laquelle on trouve, avec des récits pleins d'intérêt, de curieuses notions sur la géographie des contrées parcourues par les Grecs et de précieux documents pour l'art militaire. Enfin , comme historien proprement dit, Xénophon, mis par la famille de Thucydide en possession des manuscrits laissés par cet historien, qui n'avait pas eu le temps d'achever son ouvrage, les publia et poursuivit le travail de son prédécesseur jusqu'à la bataille de Mantinée. Ce nouveau travail, auquel il donna le titre à' Helléniques , ou Choses des Grecs , comprend un espace de quarante-huit ans ; il n'a pas la valeur de celui qu'il continuait, mais se distingue par l'ordre des récits et la rapidité de la narration.

Les anciens ont surnommé Xénophon l'Abeille af tique, surnom qu'il a parfaitement mérité par la noblesse , l'élégance et la grâce de son style. Gicéron a dit que Xénophon est plus doux que le miel, et que les Muses elles-mêmes ont parlé par sa bouche ; Quintilien, enchérissant encore sur cet éloge, écrit : « tes Grâces semblent avoir pétri son langage et la persuasion s'être assise sur ses lèvres. »

Platon et Arîstote*

Nous devons placer ici le nom de deux hommes qui appartiennent plutôt à l'histoire de la philosophie qu'à celle de la littérature; mais l'un, Platon, disciple de Socrate comme Xénophon, doit être cité à cause de la perfection de son style et de la poésie qui brille dans ses écrits; l'autre, Aristote, disciple de Platon, à cause de son génie universel, qui l'a conduit à s'occuper, entre autres choses , de la Poétique et de la Rhétorique.

Platon naquit à Athènes en 429 ou en 430 avant l'ère chrétienne. Après avoir suivi les leçons de Socrate pendant huit ou neuf ans^ il suivit celles d'Euclide à Mégare, puis il passa dans la Grande-Grèce, où il se familiarisa avec les doctrines pythagoriciennes, et alla en Egypte, où les prêtres l'initièrent aux traditions orientales et où il eut peut-être connaissance des doctrines judaïques. De retour à Athènes, il fonda une nouvelle école de philosophie, qu'on appela Y Académie, du nom du. jardin où elle se trouvait. Il prit un peu plus tard une certaine

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part aux événemeats de la Sicile , en cherchant à convertir Denys le Jeune à ses théories et à le réconcilier avec Dion. Il mourut à Athènes en 348 ou 347 avant Jésus-Christ. On a de lui des Dialogues , un roman pliilosophico-politique intitulé la République et un traité des Lois en douze livres. Ses Dialogues les plus célèbres sont le Phèdre, le Gorgias, le Phédon, le Banquet, le premier et le deuxième Alcibiade, V Apologie de Sacrale et Criton, Comme philosophe, Platon a défendu l'immortalité de l'âme et sa spiritualité, en mêlant à cette doctrine l'erreur pjnhagoricienne de la métempsycose, et il s'élève souvent à une sublimité qui l'a fait appeler le divin. C'est à lui qu'on doit cette belle définition : le beau est la splendeur du vrai. Saint Augustin pensait que les livres de Moïse ne lui avaient pas été complètement inconnus ; Clément d'Alexandrie a dit que sa philosophie avait été pour les Grecs une préparation à l'Évangile, et Joseph de Maistre a remarqué qu'on « le trouve toujours le premier sur la route de toutes les grandes vérités «.Mais l'erreur philosophique et morale se mêle souvent à ces vérités; il tombait dans le panthéisme en regardant la matière comme éternelle. Il a, dans sa République, vanté le communisme le plus immoral, et plus d'un passage de ses Dialogues montre que les vices les plus infâmes avaient en lui un apologiste. Comme écrivain, nul ne l'a surpassé parmi les Grecs : il fut l'Homère de la prose , et beaucoup de ses pages brillent des plus grandes beautés poétiques.

Aristote, qui fut surnommé le prince des philosophes , naquit à Stagire, en Macédoine, 384 ans avant l'ère chrétienne ^ et mourut en 322. Il se rendit, jeune encore , à Athènes, où il resta vingt ans , suivant les leçons de Platon et exerçant son esprit sur toutes les connaissances du temps. Appelé plus tard à devenir le précepteur d'Alexandre le Grand, il fut mis à même, par les conquêtes de cet illustre disciple, d'amasser les matériaux de son Histoire des animaux. De retour à Athènes, vers 331, il fonda une école de philosophie qui reçut le nom de Lycée, du gymnase dans lequel il donnait ses leçons en se promenant, ce qui fit aussi appeler ses disciples péripatéticiens (du grec péripatein , se promener). Après la mort d'Alexandrf il fut obligé de quitter Athènes et se réfugia à Chalcis, dans TEubée, où il mourut. Le génie d' Aristote était universel :

il possédait toutes les sciences de son temps, et fit faire à plusieurs, particulièrement à la logique, des progrès qui n'ont pas été dépassés. 11 appliquait à tout son esprit d'analyse et de classification méthodique, et il le faisait avec une exactitude si rigoureuse, qu'il resta, pendant toute l'antiquité et jusqu'aux dernières limites du moyen âge, la première autorité dans la science du raisonnement. On a de lui , outre son Histoire des animaux, une Politique qui mérite encore d'être étudiée, une Logique, qu'il appelle Organon, où il pose les bases inébranlables et les lois du raisonnement, une Poétique, dont les règles ont été reproduites dans presque tous les cours de littérature, et une Rhétorique, où les principes de l'art de persuader sont admirablement établis.

Aristote et Platon sont restés, parmi les philosophes de l'antiquité, les deux représentants les plus élevés de la métaphysique et de la diaiectique ; c'est entre eux deux, au point de vue de la raison, que se sont trouvés partagés les plus grands théologiens du moyen âge.

Polybe.

Les trois grands historiens de la Grèce, Hérodote, Thucydide et Xénophon, appartiennent au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, à ce grand siècle littéraire qui a reçu le nom de siècle de Périclès , parce que ce célèbre Athénien eut la gloire de vivre avec la plupart des poètes et des prosateurs qui l'illustrèrent , et d'encourager les lettres en même temps que les arts , pendant qu'il était à la tête du gouvernement d'Athènes. Il faut franchir deux siècles pour retrouver un historien digne de ce nom dans Polybe, né à Mégapolis, en 205 avant J.-C* Polybe a écrit une Histoire générale renfermant les événements accomplis en Italie , en Sicile , en Grèce, en Afrique et dans les autres pays du monde en rapport avec les Romaiis, de l'an 220 à l'an 167 avant l'ère chrétienne , c'est-à-dire pendant un espace de 53 ans. Cette histoire était divisée en quarante livres, dont il ne reste malheureusement que les cinq premiers dans leur entier, avec des fragments assez considérables des douze suivants. Un ra-

pide résumé de l'histoire romaine, l'histoire détaillée de la deuxième guerre punique, puis l'histoire de la Macédoine, de la S\Tie, de l'Egypte, de la Grèce pendant et après cette guerre, tels sont les principaux sujets traités dans ces livres. Historien philosophe, Polybe se plaît à rechercher la cause des événements ; il met au-dessus des agitations humaines la Providence, qui les fait concourir à ses desseins, et, frappé des accroissements de la puissance romaine, il pressent la vaste unité que Rome allait matériellement établir et que le christianisme devait réaliser moralement.

Polybe avait été l'un des otages envoyés à Rome après la défaite de la ligue Achéenne. Il entra en relations avec Scipion, le vainqueur de Carthage et de Numance, et puisa sans doute dans ses entretiens avec ce grand homm>d une partie des vues élevées qui distinguent son Histoire générale. Il est fâcheux que le style de l'ouvTage ne réponde pas à cette élévation : Polybe est froid et lent dans ses narrations ; il mérite d'être étudié par le philosophe, par l'historien et par l'homme de guerre; il n'a pas le talent de charmer le vulgaire des lecteurs.

Plutarque.

Api'ès Polybe, on peut encore citer Denys d'Halicarnasse, qui pubUa, l'an 7 avant l'ère chrétienne, sous le tite d'A?itiquités romaines, une histoire des premiers siècles de Rome, au moyen de laquelle on a pu souvent contrôler et réduire à leur juste valeur les récits trop peu impartiaux des historiens romains ; et Diodore de Sicile, son contemporain, qui passa une grande partie de sa vie en Egypte, et qui écrivit l'histoire de ce pays en se servant, comme Hérodote et plus qu'Hérodote, des documents conservés par les prêtres dans les temples, ce qui ne rend pas toujours ses récits plus croyables. Mais on n'arrive à un autre historien vraiment célèbre et même populaire qu'avec Plutarque, né à Chéronée, en Béotie, l'an oO de l'ère chrétienne. Appelé à Rome pour la négociation d'affaires dont ses concitoyens l'avaient chargé, il s'y fît connaître en donnant des leçons publiques d'éloquence et de philosophie; il revint ensuite dans sa patrie, où il mourut, dans un âge fort avancé, exerçant les fonctions de poète d'Apollon (vers 140).

HISTOIRE DE LA UTTERATURE GRECQUE. 3o9

On distingue dans lesœavres de Plutarque les Vies parallèles etles Œuvres morales. Ces dernières se font remarquer par une philosophie douce et pleine de bon sens ; les citations et les anecdotes qui y sont semées en rendent la lecture agréable. Il s'y trouve mêlé des études historiques,, qui offrent un grand intérêt, comme le traité Sur la fortune des Romains et les deux discours Sur la fortune et la valeur d'Alexandre, dans lesquels le philosophe de Chéronée expose l'influence sociale des conquêtes d'Alexandre et explique les étonnantes victoires des Romains. Mais Plutarque est surtout connu par ses Vies parallèles, ainsi appelées parce qu'il prend successivement un des grands hommes de la Grèce et un de Rome, comme Aleœandre et César, et qu'après avoir étudié ces hommes dans le cours de leur vie, en s' attachant plutôt à leur caractère et à leur vie intime, qu'à la description des batailles et au récit des victoires, il termine par une étude où il les met en parallèle pour juger leur mérite respectif et pour apprécier le rôle qu'ils ont joué. On trouve dans ces Vies une multitude de particularités curieuses sur les hommes et sur les institutions de l'antiquité, particularités que Plutarque seul nous fait connaître, ce qui rend encore son ouvrage plus précieux et plus attrayant.

Le style de Plutarque est simple et abondant; mais il se ressent du mauvais goût de son temps; des allusions obscures, des locutions vicieuses le rendent parfois difficile à entendre, mais le fond est toujours charmant et instructif, et c'est par là qu'il vit. Au seizième siècle, une traduction de Plutarque faite par Amyot l'a popularisé en France; et le mérite de cette traduction est tel, qu'il semble que la langue française de cette époque soit seule capable de rendi'e la simpliciH;é pleine de bonhomie de l'historien grec.

Après Plutarque, la langue grecque ne produisit plus guère que des chroniqueurs, que l'historien est heureux de rencontrer, mais avec qui le littérateur n'a rien à voir; c'est avec eux principalement qu'on a pu reconstituer dans son ensemble et ses détails l'histoire de ce Bas-Empire, dont le nom seul indique la décadence générale de la race grecque.

5 lil- — Les oratburs grecs.

Les orateurs af tiques.

tes Grecs étaient essentiellement amoureui de la parole;

à Athènes particulièrement, c'étaient les orateurs qui se rendaient les maîtres de la multitude; c'était par l'éloquence qu'ils arrivaient à la direction des affaires publiques et aux premières charges de l'État. Les questions les plus importantes se traitaient dans la place publique, l'Agora, au miUeu du peuple assemblé et appelé à les trancher par ses suffrages. Aussi est-ce à Athènes que l'éloquence prit son plus grand développement.

Sans parler de Périclès, dont il ne nous reste rien, à moins que VÉloge funèbre des guerriers que Thucydide met dans sa bouche ne soit réellement de lui, on compte dix orateurs attiques plus célèbres et que les Grecs estimaient par-dessus les autres : Antiphon, Andocide, Lysias, Isocrate, Isée, Lycurgue, Hypéride, Dinarque, Eschineet Démosthène. On pourrait y joindre l'austère Phocion, qui se distinguait surtout par sa logique et par son énergique concision. Tous étaient estimés pour la pureté de leur style et le charme de leur langage ; Isocrate affectait même une douceur et une noble harmonie qui était un commencement de décadence; on estime surtout son Éloge d'Évagoras et son Panégyrique d'Athènes. Au milieu de tous, s'élevaient Eschine et principalement Démosthène, le prince des orateurs de la Grèce.

Démosthène.

Démosthène (né vers 381, mort en 322 av. J.-C.) fut le plus redoutable et le plus infatigable adversaire de Philippe de Macédoine. Il n'était pas né orateur, si l'on en juge par la diffifulté de prononciation dont il était affligé et par les défauts (îe tenue et de geste qui le firent siffler lorsqu'il parut pour la l-remière fois à la tribune. Mais le travail le transforma : pour 62 former la voix et se fortifier la poitrine , il s'exerça à prononcer de longues périodes au bord de la mer, au milieu du Iruit des flots et en se mettant des cailloux dans la bouche; il étudia ses gestes, se rendit maître de son action, et lors-

qu'il reparut à la tribune, à l'âge de vmgt-cinq ans, les Athéniens saluèrent en lui l'un de leurs premiers orateurs.

On doit signaler parmi les œuvres oratoires de Démosthène deux discours contre Leptine , qui proposait d'imposer à tout Athénien l'obligation d'accepter les magistratures onéreuses; onze harangues contre la politique du roi de Macédoine, connues, les premières, sous le nom de Fhilippiques, les secondes, sous le nom d' Olynthiennes , parce qu'elles furent prononcées à l'occasion de la ville d'Olynthe , dont Philippe voulait s'emparer; enfin, le discours sur la Couronne, qui es* son chef-d'œuvre. Pendant que Démosthène combattait la politique de Philippe, d'autres orateurs, gagnés par l'or de ce roi, comme Eschine, la soutenaient avec plus ou moins d'habileté ; Démosthène poussait à la guerre, afin d'arrêter le conquérant dès ses premiers pas; les autres recommandaient la paix, comme le moyen de ne pas l'irriter et de ne pas attirer ses armes sur Athènes. Le patriotisme et la bonne politique étaient du côté de Démosthène, l'égoïsme et la peur du côté de ses adversaires. Quand on écouta enfin Démosthène, il était trop tard, et la bataille de Chéronée, où il eut le malheur de ne pas montrer autant de courage qu'il avait déployé d'éloquence , parut donner tort au grand orateur.

Ce fut pourtant Démosthène qui fut chargé de prononcer l'éloge funèbre des guerriers morts dans la bataille; mais Eschine guettait l'occasion de le supplanter. Ctésiphon ayant provoqué un décret par lequel une couronne d'or était décernée à Démosthène en récompense de ses services, Eschine attaqua le décret comme illégal , parce que Démosthène n'avait pas encore rendu les comptes de son administration , et comme faux, parce que Démosthène ne méritait pas la couronne. Démosthène défendit le décret de Ctésiphon; ce fut une magnifique justification de toute sa politique; Eschine, accablé sous les coups de ce terrible jouteur, fut vaincu, et, selon la loi, n'ayant pas obtenu la cinquième partie des suffrages, il fut exilé.

Le caractère de Démosthène n'était pas à la hauteur de son éloquence. Il fut soupçonné de n'avoir pas toujours repoussé les présents de Philippe. Après son triomphe sur Eschine, il fut accusé de s'être laissé corrompre par l'argent d'Harpalus,

CUtBS ABRÉGÉ DE LUTtl'.U. ;^j

36i COURS DE LITTÉRATURE.

gouverneur macédonien, qui redoutait la colère d'Alexandre, à cause de ses concussions et de ses rapines. Condamné à la prison, il s'échappa, recouvra la faveur des Athéniens, et les poussa, après la mort d'Alexandre, dans une nouvelle ligue contre les Macédoniens. Antipater, qui vainquit la ligue, força les Athéniens à le condamner à mort. Démosthène n'eut pas le courage d'attendre l'exécution de la sentence; il mit fin à sa vie par le poison. Grand orateur, citoyen plein de patriotisme, il manqua à sa gloire la réputation d'une intacte probité et le courage de supporter l'adversité.

Eschine.

Ëschine (né vers 389, mort vers 314 av. J.-G.) n'avait pas une éloquence aussi vigoureuse, une logique aussi pressante que son rival, et l'histoire lui reproche une vénalité qui surpassa certainement celle de Démosthène; mais il ne manquait ni de talent ni de cette véhémence qui exerce une si grande action sur les multitudes. Accusé de prévarication après une ambassade dont il avait été chargé auprès de Phihppe avec Démosthène, il se tourna contre Timarque, l'un de ses accusateurs, avec tant de \igueur et d'éloquence, et dévoila si vivement les turpitudes de sa vie, que Timarque se pendit de honte, sans attendre l'issue du procès.

Exilé après le procès de la Couronne, il se retira à Rhodes, où il ouvrit une école d'éloquence. A sa première leçon, il lut le discours qu'il avait prononcé contre Ctésiphon et contre Démosthène, et fut applaudi avec enthousiasme. Mais, à la lecture du discours de Démosthène, l'enthousiasme ne connut plus de bornes : « Qu'auriez-vous donc fait, dit Eschine, si vous a^iez entendu la terrible bête elle-même? » Mot qui fait l'éloge de Démosthène et qui honore Eschine.

Après la mort de ces deux grands orateurs, la Grèce ne produisit plus que d'habiles phraseurs et des rhéteurs plus ou moins élégants; il n'y avait plus de liberté, il ne pouvait plus V avoir de véritable éloquerice, et c'est à peine si depuis l'ère chrétienne on peut signaler dans la Grèce païenne trois noms dignes de mémoire : celui du rhéteur Longin (né vers 210), ministre de Zénobie, qui était peut-être chrétien, et qui a écrit de très-belles pages dans son Traité du Sublime; celui de Lu-

cien (2^ siècle), philosophe sceptique et satirique, mais élégant qui riait des vices de son temps sans songer à les corriger, qui se moquait des dieux dans ses Dialogues des dieux, et qui a laissé un modèle de fine raillerie dans ses Bialogups des morts, devenus classiques; enfin, celui du rhéteur Libanius (mort vers 390), dont la plus grande gloire est d'avoir été le maître de saint Jean Chrysostome.

S IV. — Les Pères db l'Église grecque.

L'éloquence sacrée.

L'éloquence reparut chez les Grecs avec la liberté chrétienne, et sous les divines inspirations d'une religion qui allait renouveler le monde. De nouvelles sources s'ouvrirent à la fois pour la littérature et pour l'art, avec les merveilleux trésors de l'Écriture sainte, les célestes vérités et la sublime morale de l'Évangile, et l'on vit successivement paraître les apologistes, pour défendre le christianisme contre ses ennemis , contre les persécuteurs et contre les hérétiques , et les orateurs, qui se mirent à en développer et en expliquer la doctrine dans les assemblées des fidèles.

Saint Justin.

Saint Justin, né à Sichem, ancienne capitale de la Samarie au commencement du deuxième siècle, était fils de parents païens et païen lui-même. Après avoir cherché la vérité dans toutes les écoles de philosophie , il eut le bonheur de rencontrer un vieillard qui lui conseilla de lire les saintes Écritures. Il y trouva ce qu'il cherchait, et ne songea plus dès lors qu'à faire connaître aux païens cette vérité qu'il avait trouvée, et qu'à défendre les chrétiens contre les calomnies dont on les chargeait. Son Exhortation aux gentils démontra les faussetés et les absurdités du polythéisme; son Dialogue avec Tryphon combattit les Juifs, qui refusaient de voir en Jésus-Christ l%ccompUssement des prophéties; ses deux Apologies de la religion chrétienne le montrèrent non moins grand orateur que vigoureux logicien. Dans la première, qui est son chef-d'œuvre, et qui frappa vivement l'esprit de l'empereur Antonin, il établit d'abord le droit des clirétiens à se défendre : puis li

:^6i COURS DE LITTÉRATURE.

démontre successivement la pureté de la morale qu'ils pratiquent, la vérité des dogmes qu'ils croient , et la fausseté des calomnies accumulées contre eux. Dans la seconde, qui parut vers l'an 166, à l'occasion de la conversion d'une dame romaine dénoncée par son propre mari, il revient plus brièvement sur les mêmes points, et s'attache spécialement à réfuter les calomnies.

Saint Justin eut le bonheur et la gloire de confesser, par le martyre, en 167 , la foi qu'il avait si éloquemment défendue.

Saint Irénée.

Au moment où il disparaissait , l'Église de Lyon , dans les Gaules, admirait les écrits et les vertus de saint Irénée, Grec d'origine et disciple de saint Polycarpe, qui avait vécu avec saint Jean l'Évangéliste. On a de lui un admirable récit du martjTe des chrétiens de Vienne et de Lyon , parmi lesquels se trouvait la courageuse vierge Blandine, et un Traité contre les hérésies, qui est une œuvre capitale et l'un des plus remarquables monuments de la foi de l'Église aux premiers siècles. Ce traité est divisé en cinq li\Tes : dans le premier, saint Irénée exphque les systèmes des hérétiques de son temps, qui se rapportent tous plus ou moins au gnosticisme ; dans le second, il les réfute par le bon sens et la raison; dans le troisième, par la doctrine des apôtres; dans le quatrième, par les paroles mêmes de Jésus-Christ; le cinquième contient l'explication orthodoxe de quelques passages de saint Paul, dont les hérétiques abusaient. Saint Irénée reçut la couronne du martyre en 202.

Clément d'Alexandrie.

Pendant que saint Irénée brillait en occident, l'école chrétienne d'Alexandrie, fondée par saint Pantène (en 179), était dirigée par le successeur de ce saint. Clément d'Alexandrie, qui s'était converti dans sa jeunesse, et qui attirait à Jésus-Christ les païens par les charmes de son éloquence et la puissance de ses raisonnements. Pour Clément d'Alexandrie , la philosophie ancienne avait été une espèce de préparation à l'Évangile : les Juifs avaient eu la loi . la Grèce la philosophie. C'est cette féconde et grande idée qu'il développe dans son Exhor-

tationaux gentils, dans son Pédagogue et dans ses Strorn,ates. L'Exhortation aux gentils est la réfutation directe du paganisme; le Pédagogue est un traité de morale; les Stromates , mot qui signifie couvertures ou tapisseries, sont une espèce de recueil, où malheureusement l'ordre manque, mais où l'on trouve un trésor inépuisable de science et d'érudition. C'est au moyen d'un passage des Stromates qu'on a pu, dans notre siècle , arriver à déchiffrer les hiéroglyphes. Clément mourut en 217.

Orlg-ène,

Le plus illustre disciple de Clément d'Alexandrie fut Origène, fils de saint Léonide, mort martyr, en 202, la même année que saint Irénée. Élevé par un tel père, Origène fit de rapides progrès dans la piété et dans la science chrétienne. Souvent Léonide, lors qu'il était encore enfant, s'approchait de lui pendant son sommeil, et lui découvrant la poitrine, la baisait avec respect comme le temple de l'Esprit- Saint. Origène profita de ses leçons ; à dix-huit ans , il était déjà tellement renommé par son éloquence et par son érudition, qu'on le chargea de la direction de l'école d'Alexandrie. Des milliers de disciples vinrent bientôt se grouper autour de sa chaire. Les soins de l'enseignement ne l'empêchèrent pas d'écrire de nombreux ouvrages, dont les plus importants sont un Traité contre Celse, le livre Des Principes et des études sur la Bible. Le Traité contre Celse, philosophe païen, est une apologie complète et irréfutable du christianisme. Le livre Des Principes avait pour but de coordonner les principales parties de la foi catholique et de leur donner une explication scientifique; mais dans ce livre Origène échoua sur plusieurs points, et tomba dans des erreurs qui donnèrent naissance à la secte des origénistes. Les travaux d'Origène sur la Bible sont tes uns des études critiques sur le texte primitif et sur les traductions, les autres des commentaires ou explications. On connaît sous le nom d'Hexaples le volume dans I equel il a rangé sur six colonnes parallèles le texte hébreu, en caractères hébraïques, le même texte en caractères grecs, la version dite d'Aquila, celle de Symmaque, celle des Septante et celle de Théodotien. Il mourut en 253.

366 COURS DE UTTÊRATURE.

Saint Alhanase.

Lorsque le temps des persécutions fut passé, ce furent les grandes hérésies qui attaquèrent l'Église ; alors parurent les grands docteurs, qui poursuivirent l'erreur dans tous ses subterfuges et qui vengèrent la véritté. L'un des premiers et des plus illustres fut saint Athanase, qui n'étant encore que simple diacre d'Alexandrie , brilla comme une des plus vives lumières de l'Église au concile de Nicée, et qui mérita par ses écrits et son éloquence toute la haine et les persécutions des ariens. Les œuvres de saint Athanase se composent principalement de travaux théologiques, de travaux historiques et de lettres; il a écrit une Vie de saint Antoine , deux livres sur les décrets du concile de JSicée et sur les opinions de saint Denis d'Alexandrie, qui vivait au siècle précédent, une Histoire de l'arianisme, et un livre traitant de ce qui s'est passé aux synodes de Rimini et de Séleucie. Ses lettres montrent en lui une flexibilité de génie qui fait vivement regretter la perte du plus grand nombre. Il mourut en 373.

Saint Basile.

Saint Basile, né en 3^9, à Césarée en Cappadoce, dont il devait devenir l'évêque, continua la lutte de saint Athanase contre l'arianisme. Le savant Photius (1) appréciait ainsi son éloquence, quelques siècles plus tard : « Quiconque aspire à devenir un orateur accompU n'aura besoin ni de Platon ni de Démosthène, s'il prend Basile pour modèle 11 n'y a point d'écrivain dont la diction soit plus pure, plus belle, plus énergique, ni qui pense avec plus de force et de solidité. Il réunit tout ce qui persuade et tout ce qui convainc et charme l'esprit; son style, toujours naturel, coule avec la mème.facilité qu'un ruisseau qui sort de sa source. »

Le savant et saint évêque de Césarée a prononcé un grand nombre d'homélies, qui sont comme autant de traités ^ contre les ariens, les sabelliens et les anoméens; rien ne surpasse en beauté celles qu'il adressa à son peuple sur l'œuvre des six jours, et qu'on désigne à cause de cela sous le nom d'Hexawîéï'on ; rien de plus touchant que ses homélies; enfin, l'orateur

(1) Le même que l'auteur du déplorable schisme des Grecs.

trouve une source inépuisable de richesses dans ses œuvres morales et ascétiques et dans ses lettres. Il mourut en 379.

Saint Grég'oire de IVazianze.

Les noms de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze sont inséparables dans l'histoire littéraire , comme le furent ces deux saints, dont l'amitié avait commencé dès leurs premières années, alors qu'à Athènes ils suivaient, en même temps que le futur apostat Julien , les leçons des mêmes maîtres, partageaient les mêmes études et s'encourageaient mutuellement à la vertu. Il y a toutefois plus d'austérité dans la manière de saint Basile, plus d'enjouement et de grâce dans celle de saint Grégoire, qui cultivait la poésie aussi bien que l'éloquence, et qui s'appliqua, sous la persécution de Julien, à remplacer par des poèmes chrétiens ceux des anciens dont l'étude venait d'être interdite aux disciples du Christ. Ses discours contre Julien l'Apostat rappellent l'énergie des Philippiques de Démosthène et des Catilinaires de Cicéron. Appelé sous Théodose le Grand au siège de Constantinople, il fit entendre des discours si élevés et si profonds sur les mystères du christianisme, qu'il mérita d'être surnommé le Théologien. Dans ses dernières années, il quitta le siège de Constantinople, et passa le reste de ses jours dans une paisible retraite, près de Nazianze, où il était né, en 328. Comme poëte, on peut dire qu'il a créé le genre des méditations rehgieuses ; comme orateur, il a laissé d'éloquentes homélies et de magnifiques Oraisons funèbres. Ses lettres témoignent d'une sensibilité de cœur qui le font aimer encore davantage. Il mourut vers 389.

Saint Jean Chrysostouie.

Saint Jean, surnommé Chrysostome, ou Bouche d'Or, à cause des charmes de son éloquence, naquit à Antioche, vers l'an 344. Chrétiennement élevé par sa mère, il suivit les leçons oratoires de Libanius, le plus illustre rhéteur de ce temps, qui était païen, mais qui ne craignait pas de proclamer la supériorité de son disciple sur les autres et sur lui-même, tout en regrettant qu'il se consacrât à défendre le christianisme , au lieu de se livrer au culte des Muses et des dieux de la Grèce. « Je lui aurais laissé mon école, disait-il encore sur son lit

de mort, si les chrétiens ne nous i eussent sacrilégement ravi. » Libanius était un honnête païen, dont l'esprit resta toujours malheureusement fermé aux beautés et aux sublimes vérités de la foi; mais il ne cessa d'aimer son disciple, et l'on peut dire que le dernier des rhéteurs de la Grèce païenne eut la gloire de léguer au monde le plus complet des grands orateurs de k Grèce chrétienne.

Élevé au sacerdoce par saint Flavien, évêque d'Antioche, saint Jean Chrysostome devint la consolation et l'espoir de cette ville, tombée dans la disgrâce de l'empereur Théodose, Il ranima par ses homélies le courage des habitants d'Antioche pendant que Flavien allait implorer leur grâce auprès de l'empereur avec un admirable discours, qu'on attribue à son éloquent prêtre et qui est bien digne de lui. Quelques années plus tard, l'empereur Arcadius l'appela au siège de Constantinople, en a08. Placé sur ce grand théâtre, Chrysostome montra autant de zèle que d'éloquence; il protégea contre les fureurs du peuple le ministre Eutrope, en faisant une vive peinture de la vanité des choses humaines et en faisant appel aux sentiments d'humanité et de miséricorde de ses auditeurs; il apaisa la colèare du Goth Gainas, qui se présentait aux portes de la viKe en demandant la tète des principaux officiers de l'empire ; mais il irrita les grands et surtout l'impératrice Eudoxie en attaquant sans ménagement, et avec une liberté tout évangélique, les vices et les scandales de la cour, et ce zèle lui valut deux fois les honneurs de l'exil. Il mourut dans son second exil, à Comane, dans le Pont, véritable confesseur et martyr de la foi et de la morale qu'il avait si éloquemment défendues dans les chaires d'Antioche et de Constantinople (en 407).

« La méthode oratoire de saint Chrysostome, dit Guillon, devint la règle du genre et le sceau de la vérité. Cet évangile, que l'orgueilleuse philosophie du siècle avait méconnu, fut jugé dès lors le code de la plus parfaite sagesse et la source des plus sublimes conceptions qui pussent s'offrir au génie. C'était là le dernier trophée qui manquât à la gloire du chris tianisme. Chrysostome fut donné au monde, et le paganisme fut vaincu à la tribune comme dans les temples. » Après saint ^ean Chrysostome, l'éloquence sacrée cessa.de s'élever à une

HISTOIRE DE LA LITTÉRATUEE GRFCQUE. 369

aussi grande hauteur ; il y eut encore de grands orateurs et d'éloquents écrivains, mais le siècle des Basile, des Grégoire et des Chrysostome ne fut pas égalé; non moins brillant et plus élevé que celui de Périclès, s'il n'a pas laissé de chefs-d'œuvre en autant de genre de littérature, il en a laissé dans l'art de la parole et dans la science théologique, qui devaient être l'objet des étud?s et de l'admiration des plus grands génies.

Fin de la littérafare gfrccqae.

La littérature grecque avait eu trois grands siècles : celui d'Homère, celui de Périclès et celui de Constantin et de Théodose le Grand. Ces trois magnifiques moissons parurent avoir épuisé le génie grec, qui ne produisit plus que des œuvres plus ou moins médiocres, des grammairiens occupés à étudier, souvent sans en comprendre les beautés , les chefsd'œuvre des siècles précédents, des historiens qui racontaient encore agréablement, mais qui ne savaient plus s'élever aux hautes conceptions de l'histoire, des chroniqueurs sans style ^ sans critique, des poètes sans inspiration, des romanciers qui rencontraient encore quelques pages gracieuses, mais qui ne respectaient pas toujours les lois de la morale. Sans les œuvres des Pères de l'Église du cinquième, du sixième, du septième et même du huitième siècle, il n'y aurait rien de remarquable dans cette littérature, qui acheva de s'éteindre avec le grand schisme , pour ne plus fournir que quelques chants nationaux pendant la servitude ottomane. De nos jours, un certain mouvement intellectuel s'est manifesté chez les Grecs affranchis et chez ceux qui restent encore sous la domination turque; mais ce ne sont jusqu'ici que des promesses : il faudra sans doute que les Grecs renoncent au schisme et reviennent à la seule et véritable Église pour retrouver les inspirations et le génie de leurs ancêtres.

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