L.es auteurs dramatiques
Pendant que tout contribuait à corrompre la langue et le goût, quelques auteurs dramatixjues essayaient de les défendi^e. On en a déjà nommé quelques-uns, comme Ducis et Collin d'Harleville. 11 convient d'ajouter à ces noms ceux de Marie-Joseph Chénier, né, comme son frère André, à Constantinople, en 1764, mort en 1811, qui a laissé de bonnes traductions en vers de \'(Xdipe roi et de l'Œdipe à Colone, de Sophocle, de VArt poétique dHorace, un travail inachevé sur la littérature française, et quelques tragédies, Cliarles IX (en 1789j, Henri VIII, h Mort de Calas, et Caîus G-racchus (en 1792), dont les circonstances surtout firent le succès; — de Lemerciei-, dont Y Agamemnon est\^i seule tragédie de mérite; — de Luce deLancival, né en Picardie, en 1764, mort en 1810, quia laissé une pièce véritablement homérique, au jugement de M. Villemain, son élève, dans sa tragédie d'Hector; — d'Andrieux, né à Strasbourg, en 1759, mort à Paris, en 1833, à qui l'on doit une bonne comédie, les Étourdis ou le Mort suppOié, des contes, des epîtres et des poésies fugitives pleines de grâce et d abandon; — de Picard, né en 1769, mort en 1828, qui a écrit en vers les comédies de Médiocre et rampant, du Mari ambitieux, des Amis de collège, et, en prose, le Contrat d'union, la Petite ville et les Marionnettes.
Sous la Restauration , une nouvelle école se montra. Victor Hugo, déjà célèbre comme poète lyrique, leva l'étendard du romantisme dans la préface de son drame de Cromwell, en. 1827, et, en même temps que lui, d'autres auteurs crurent pouvoir fondre en un seul genre, qu'ils croyaient être celui de Shakespeare, la tragédie et la comédie, pour en faire le drame moderne, plus ou moins élevé selon qu'il prenait ses sujets dans l'histoire ou dans la vie commune. Cela nous valut, entre autres, les drames interminables d'Alexandre Dumas père, qui se donnait le tort d'abandonner le roman, où il réussissait mieux. Mais le pubUc français goûtait peu ces innovations, malgré le bruit qu'elles faisaient et l'engouement passager créé par la cabale et par l'esprit de parti, et il applaudissait les
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tragédies de Casimir Delavigne, les Vêpres Siciliennes, Louis XI, les Enfants d' Edouard , une Famille auternps de Luther, la Fille du Cid, pièces qui ne sont pas sans défaut, mais qui renferment de grandes beautés, et que le bon goût peut avouer. — Delavigne, né au Havre, en 1794, mort en 1843, a aussi écrit deux bonnes comédies, les Comédiens et l'École des vieillards ; il avait commencé par un Dithyrambe sur la naissance du roi de Rome, et avait attiré l'attention par ses Messéniennes , espèces d'élégies-cantates sur les malheurs de la patrie. Il ne faut point parler de sa Parisienne, pauvre imitation de la Marseillaise, destinée à glorifier la révolution de Juillet. Parmi les belles tragédies de cette période doivent être encore citées les Machabées d'Alexandre Guiraud, \3i Jeanne d'Arc (en 1825) , la Clyîemnestre et le Saùl de Soumet.
On était dégoûté des drames romantiques, lorsque Ponsard, né en 1814, mort en 1867, fit sa première tragédie, Lucrèce, qui signalait une réaction contre les excès du romantisme, mais que l'auteur ne soutint pas, quoiqu'il ait encore produit quelques tragédies estimables, et une comédie meilleure que les autres, l'Honneur et l'Argent. Ne parlons pas de Galilée, dernière de ses tragédies, dont le but n'était autre que d'attaquer l'Église catholique.
Les noms qui ont le plus brillé au théâtre dans ces derniers temps sont, outre les précédents, ceux de Scribe, né en 1791, mort en 1861 , qui a porté le vaudeville au degré de perfection relative propre à ce genre médiocre ; — d'Alfred de Musset, né en 1810, mort en 1857, qui a laissé des Proverbes finement écrits, en même temps que tant de tristes pages où de bons vers sont gâtés par un sensualisme grossier et par un honteux matérialisme ; — d'Emile Augier, à qui ses comédies ont ouvert les portes de l'Académie , et qui a le tort de chercher trop souvent dans le scandale un succès qu'il pourrait atteindre autrement; — d'Alexandre Dumas fils^, qui s'est fait dans ses comédies, comme la Dame aux camélias, le peintre d'un monde dont les triomphes sont une honte pour notre civilisation, et qui, entré dans une meilleure voie, cherche à donner à la comédie une influence morale qui paraît au-dessus des forces de ce genre de littérature, etc. Parler ici de l'opéra contemporain serait empiéter sur le domaine de la musiriue ;
parler des féeries et de tous ces drames qui s'adressent plutôt aux yeux qu'à l'esprit, serait s'occuper d'un genre qui n'appartient plus même à l'art et qui n'est qu'un signe trop évident d'une déplorable décadence intellectuelle et morale.
Les poètes de l'empire.
Les autres genres de poésie eurent à l'époque impériale quelques représentants d'un vrai mérite. A leur tète se présente de FontaneSj né à Niort, en 1731, mort en 1821 , qui s'était distingué par son courage au temps de la Terreur, qui devint le grand-maître de l'université fondée par Napoléon, et qui, écrivain élégant en prose, a laissé des poésies non moins élégamment et purement écrites. Son poëme de la Forêt de Navarre est un magnifique tableau de la nature; son Èpître à Ducis est d'un style vigoureux et animé; sa traduction de l'Essai sur l'homme de Pope montre un versificateur habile ; ses poèmes sur le Jour des morts , Sur les Livres saints, sur la Chartreuse de Paris, ses Stances à M. de Chateaubriand et son Retour d'un exilé sont dignes d'un poète chaudement patriote et sincèrement chrétien; la dernière œuvre, où brillent la verve et l'indignation poétiques, fut en même temps une bonne action, car elle ne contribua pas peu à la restauration des tombes royales de Saint-Denis.
Berchoux, né en 1765 , mort en 1839, était bien éloigné du spiritualisme chrétien de Fontanes : sa Guerre des Dieux de l'Opéi^a, en six chants, son Voltaire, ou le. Triomphe de la philosophie moderne, en huit chants; son Art politique, en quatre chants, son Elégie sur les Grecs et les RomairiS, sont plutôt d'un païen que d'un chrétien, et sa Gastronomie, en quatre chants, son meilleur ouvrage, publié en 1801, ne s'élève pas au-dessus de la poésie épicurienne; il a du reste fait preuve, dans la Gastronomie, d'une grande richesse d'imagination, et plusieurs de ses vers sont devenus des adages.
Michaud, né à Bourg en Bresse, vers 1767, est surtout connu par son Histoire des croisades, qui réhabilitait ces glorieuses entreprises, quoiqu'il n'en saisît pas encore assez complètement l'esprit; comme poète, il a écrit un poëme touchant, U F r intemps d'un proscrit , dans lequel, obligé de s'exiler dans les montagnes du Jura pour échapper aux proscriptions qui
menaçaient les amis de la monarchie, il chante son exil, les vertus de ses hôtes, et la paix et la tranquillité des hameaux. Millevoye, né à Abbeville, en 1782, mort en 1816, s'est un peu essayé dans tous les genres, mais n'a bien réussi que dans l'élégie à la façon de Catulle et de Tibulle. Trop ami des doctrines d'Épieure, mais doué d'une àme sensible, il aime à chanter le plaisir, mais il s'émeut à la vue de tout ce qui rappelle la douleur, et chante avec attendrissement une demeure abandonnée, un bois détruit, une feuille qui tombe, un oiseau qui souffre.
MouvcUe école poétique.
Avec la Restauration commença une véritable renaissance de la vie littéraire. Sous l'influence de la littérature anglaise et de la littérature allemande, la littérature française entra dans des voies nouvelles où elle se régénéra, et il se forma deux écoles opposées, celle des classiques, qui voulaient conserver les anciennes règles et prétendaient marcher sur les traces de Racine et de Voltaire, et celle des romantiques, ennemis des règles, ennemis des conventions, grands amateurs du moyen âge et contempteurs de la fade mythologie que la Renaissance avait remise en honneur. Il y eut des excès de part et d'autre, mais de la lutte sortit une poésie rajeunie qui pouvait enfanter un nouveau siècle littéraire, par l'heureuse fusion des règles classiques avec des idées moins surannées et plus conformes au génie d'un peuple élevé dans le christianisme.
Lesdeuxnoms les plus brillants, avec celui de Chateaubriand, dont le Génie du Christianisme avait déjà commencé la réforme, furent dès l'abord et restèrent dans la suite ceux d'Alphonse de Lamartine (né à Mâcon, en 1790, mort en 1869) et de Victor Hugo (né à Besançon, en 1802) : le premier, plus classique et doué d'une harmonie douce et rêveuse; le second, plus hardi, plus novateur, plus rude, mais aussi véritablement poète. Tout le monde lut avec enthousiasme, aussitôt qu'elles parurent, les ravissantes et harmonieuses élégiesde Lamartine, auxquelles il donnait le nom de Méditatiom -poétiques (en 1820); tout le monde admira les Odes (en 1822) et les Ballades (en 1824) de Victor Hugo, et la critique ne savait à qui de ces deux jeunes et déjà illustres rivaux elle devait donner le prix. Malheureusement ils ne restèrent pas longtemps à cette hauteur
Sous le gonvernement de Juillet, la muse de Victor Hugo s'ahaissa de plus en plus vers la réhabilitation du laid et du faux. Après avoir chanté la royauté et l'aroir exaltée dans des vers magnifiques, il l'avilissait dans ses drames. le Roi s'ajnuse, etc. ; après avoir écrit des odes catholiques, il écrivait le roman de IÇùtre-Bame de Paris ; enfin, il se laissait créer paii' de France à la veille d'une révolution qu'il devait glorifier en outrageant la royauté deux fois encensée et reniée par lui, et il descendait plus bai encore dans ses derniers romans, les Misérables, etc., dans ses satires politiques et dans ses Chansojis des rues et des bois, aboutissement fatal et honteux d'un talent qui n'était plus inspiré que par la haine, par le sensualisme et par l'irréhgion. La muse de Lamartine se tint toujours dans des régions plus élevées, mais bien au-dessous des sommets qu'elle avait tout d'abord atteints. L'auteur des Méditatiois poétiques et des Harmonies poétiques , venues quelque temps après, était chrétien, au moins d'intention , malgré le vague panthéistique de ses aspirations. Deux poèmes établis sur une base fausse, Jocelyn et la Chute d'un ange, signalèrent la disparition du poète chrétien: puis il se lança dans la politique, devint député, brilla parmi les plus brillants orateurs , mêlant beaucoup d'idées fausses à de généreux sentiments, à la fois chevaleresque et révolutionnaire, et il publia, à la veille de 1848, l'Histoire des Girondins, qui ne contribua pas peu à la chute du trône de Juillet, en diminuant l'horreur de la révolution et en poétisant la figure des personnages les plus dangereux de nos troubles politiques. On sait le rôle politique qu'il joua pendant la révolution de 1848. Le poète, désabusé, se retira de la vie publique; puis, pour payer ses dettes, il se remit au travail avec un courage qui l'honorait, mais en produisant coup sur coup des œu^Tes qui se ressentaient à la fois de cette rapidité et de la fatigue de cette belle intelligence.
A côté des deux grands poètes en paraissaient d'autres qui n'étaient point sans mérite. Alexandre Guiraud (né en 1788, mort en 1847^, qui avait donné la tragédie des Machabées (en 1822), écrivait la touchante élégie du Petit Savoyard (en i 824), à laquelle succédèrent des romans chrétiens, une Philosophie catholique de l'histoire, et, à la fin, le poème du Cloître de Yillemartin. Alexandre Soumet (né en 1786, mort en 1^43), qui
avait écrit la délicieuse" élégie la Pauvre pie (en 1814), et la tragédie de Jeanne d'Arc (en 1825), ne reculait pas devant la composition de deux poëmes à forme épique, la Divine épopée (en 1840), et Jeanne d'Arc, celui-ci, beau sujet national très-bien traité, celui-là, sujet qui repose malheureusement sur une hérésie, la rédemption des damnés^, mais qui a fourni de beaux vers à l'auteur. Baour-Lormian (né en 1770, mert en 1854), célèbre dès 1801 par une traduction en vers des Poésies d'Ossian, et devenu aveugle, donnait une belle traduction envers du livre [de Job. Déranger (né en 1780, mort en 1857) exerçait une grande influence, plus souvent pour le mal que pour le bien, par ses chansons épicuriennes et politiques , que le bon goût doit repousser aussi bien que la morale, malgré les éclairs de poésie, de patriotisme et de bon sens qui y brillent çà et là. Alfred de Vigny (mort en 1864) faisait goûler ses vers, que distingue une forme pure et savante , mais devait surtout sa célébrité à son roman de Cinq-Mars.
Il faut nommer encore le vicomte d'Arlincourt (mort en 1856), poète romancier; M™^^ Tastu et Desbordes-Valmore (morte en 1 859), auteurs, celle-ci surtout, de poésies remarquables par une sensibilité pleine de délicatesse; M™' Emile de Girardin (Delphine Gay , morte en 1855), auteur de poésies, de romans et de drames; Viennet (né en 1777, mort en 1868), auteur de divers poëmes, même d'un poème épique, laFranciade, qui ne put trouver de lecteurs, et de Fables, la plupart politiques, où l'on rencontre des traits bien réussis ; Auguste Barbier (né à Paris, en 1805), dont les ïambes rappellent les généreuses indignations de Juvénal; Barthélémy (né à Marseille, en 1796) et Méry (mort en 1866), deux poètes qui travaillaient ensemble et qui montraient un véritable talent, mais qui abusaient de leur extrême facilité.
Des poètes franchement chrétiens chantaient à côté de ceux là, comme Jean Reboul (mort en 1864), boulanger de Nîmet,, auteur d'une petite élégie que tout le monde sait par cœur, VAnge et l'Enfant, et d'un poème épique, le Dernier jour , qu» renferme de sérieuses beautés; et Edouard Turquety (mort en 1863), poète lyrique qui a souvent rencontré la grande inspiration en ramenant la poésie à sa véritable mission.
5 VIIÎ. - Les prosateubs français du Dix-niiTiÈME siècle.
Époque impériale.
Les premières années du dix-neuvième siècle furent signalées par un sérieux retour vers la religion. Le vicomte de Chateaubriand, né à Saint-Malo, en I7C8, mort en 1848, contribua magnifiquement à ce mouvement par la publication de son Génie du Christianisme (en 1802). Engagé d'abord dans la carrière militaire, il prit ensuite le goût des voyages. Au commencement de la Révolution, il visita l'Amérique, revint en 1792 pour faire partie de l'armée de Condé, fut blessé au siège de Thionville, et passa en Angleterre, où il composa son Essai sur les révolutions, ouvrage assez faible, mais qui faisait pressentir un bon écrivain. A son retour en France, en 1600, il collabora avec Fontanes à la rédaction du Mercure, et publia son roman d'Atala et René, souvenir de son voyage en Amérique, et qui n'était qu'un morceau détaché du Génie du Christianisme. Ce dernier ouvrage, qui venait tout à coup, au milieu d'une littérature décrépite et d'une société sceptique et athée, montrer tout ce qu'il y a de beau, de grand et de poétique dans le christianisme, excita un enthousiasme universel : il marquait une ère nouvelle et l'enfantement d'une nouvelle école littéraire. L'assassinat du duc d'Enghien sépara Chateaubriand du premier consul, qui l'avait nommé secrétaire d'ambassade à Rome; il quitta de nouveau la France, et parcourut la Grèce, l'Asie mineure, la Palestine et l'Egypte, d'où il rapporta deux de ses plus beaux ouvrages, les Martyrs (en 1809), épopée en prose, destinée à montrer la supériorité du christianisme sur le paganisme, et où l'on trouve d'admirables pages, et Vltinéraire de Paris à Jérusalem, description poétique du voyage qu'il venait de faire. La jeunesse s'attacha dès lors au grand écrivain, dont la prose s'élevait aux plus beaux effets de la versification; l'école romantique fut fondée. Chateaubriand avait produit ses chefs-d'œuvre : devenu homme politique sous la Restauration , il se distingua comme orateur et comme publiciste; ses brochures de Bonaparte et les Bourbons, de la Monarchie selon la Charte, sur la Liberté de la presse et sur les Censures, ses Lettres à un pair de France produisirent un grand
effet lorsqu'elles parurent. Il montrait en même temps de sérieuses qualités d'historien dans sa Vie du duc de Berri et dans son livre sur les Stuarts ; mais ses Études historiques, ouvrage dans lequel il prétendait résumer à la façon de Bossuet les derniers temps de l'empire d'Occident, et son analyse de l'histoire de France, où l'on rencontre de brillants morceaux, n'ont pas donné ce qu'on pouvait attendre de leur auteiu*. Son dernier ouvrage, les Mémoires d'Outre-Tombe, auraient pu fournir, sous forme autobiographique, une très-instructive histoire contemporaine ; la forme littéraire en est très-belle, en effet, mais le lecteur se fatigue de la préoccupation constante que montre récrivain de sa propre personne, de son influence et de sa gloire.
M°^* de Staël, fille du ministre Necker, née à Paris, en 1766, morte en 18i7, ne s'inspirait pas aux mêmes sources que Chateaubriand : protestante, et nourrie dans les préjugés de cette génération dont Necker avait si bien représenté les aspirations mal définies, elle s'était arrêtée à la monarchie constitutionnelle de l'Assemblée nationale, et se trouva, grâce à son talent d'écrivain, le centre de l'opposition libérale qui commença sous le consulat, traversa l'empire et devint dominante sous la Restauration. Elle poussa Benjamin Constant, né à Lausanne, en 1767, mort en 1830, et protestant comme elle, à faire dans le tribunat une opposition qui irrita vivement le premier consul. Exilée par Bonaparte à quarante lieues de Paris (en 1802), elle |uiita la France, et publia son livre sur V Allemagne (en 1810), ouvrage qui fourmillait d'allusions contre l'empire, mais qui révélait à la France tout un monde littéraire et intellectuel qu'elle ne connaissait pas. Elle avait commencé par des Lettres qui avaient pour objet de faire l'apologie des doctrines de Rousseau ; au temps de la Révolution, son épître en vers au Malheur, et sa Défense de la reine firent autant d'honneur à son courage qu'à son talent d'écrivain; De/p/iine^ roman publié en 1802, est inspirée par un vague épicuréisme, qui ne voit rien au delà de cette vie; Corinne, publiée en 1807, et plus élevée que Delphine, quoiqu'elle ne soit irréprochable ni au point de vue de la religion ni au point de vue de la morale, est une brillante étude de la vie littéraire et artistique de l'Italie. Son dernier ouvrage, qui ne parut qu'après sa mort, les Considéra-
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Uons sur la Révolution française, est écrit avec une grande vigueur de sentiment et de style, et contient des aperçus exacts à côté d'autres où l'amour filial et la haine qu'elle avait conçue contre l'empire ont un peu égaré son jugement.
A la même époque, Auger, né à Paris, en 1772, mort par le suicide, en 1829, se distinguait comme biographe, annotateur, commentateur et éditeur érudit et plein de goût; il écrivit successivement dans la Décade philosophique, dans le Journal de l'Empire, dans le Mercure de France, et fut l'un des fondateurs de i3i Société des Bonnes-Lettres. Il fut aussi poëte à ses heures, comme Victorien Fabre, né en 1785, mort en 1831, à qui l'on doit des épîtres, des élégies, d'autres petits poèmes, mais qui se distingua principalement par des discours académiques [Éloges de Boileau, de Corneille, de La Bruyère, de Montaigne, de Montesquieu), et par son Tableau littéraire du X\1IP siècle, que l'Académie couronna en 1810. Charles Nodier, né à Besançon, en 1780, mort en 1844, se montra, comme M™« de Staël très-hostile à l'empire, ce qui lui valut la persécution et l'exil comme elle, il donna à ses ouvrages une empreinte de mélan colle qui devenait à la mode; devenu bibUothécaire de l'Arsenal sous la Restauration, il écrivit un grand nombre de romans, les uns bizarres, les autres licencieux, quelques-uns plus honnêtes : mais il a surtout bien mérité de la littérature par ses travaux de grammairien, de philologue, de biographe et de critique.
De llaistre et de Bonald.
Deux grands philosophes et pubUcistes catholiques s'élevaient au-dessus de ces écrivains et formaient avec Chateaubriand comme un triumvirat intellectuel, qui donnait, même au simple point de vue littéraire, la supériorité au christianisme sur ses ennemis : c'étaient le comte Joseph de Maistre et le vicomte de Bonald.
Joseph de Maistre, né à Chambéry, en 1753, d'une famille d'origine française, passa une grande partie de sa vie à la cour de Russie, en qualité de ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne ; il revint dans son pays en 1 81 7, et mourut en 1 821 . Comme écrivain, il montra que notre langue était aussi habilement maniée en Savoie à la fin du dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième, qu'elle l'avait été autrefois
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par saint François de Sales; comme philosophe, il fit preuve d'ui>e impitoyable logique contre l'erreur j comme polémiste, il n'eut pas d'égal et n'a pas été surpassé; nul n'a porté de plus rudes coups au matérialisme, au gallicanisme et aux doctrines révolutionnaires. Ses Considérations sur la Révolution française, publiées en 1796, annonçaient déjà un maître; son livre du Pape, en 1819, est une magnifique glorification du rôle de la papauté et une puissante démonstration de la suprême autorité des pontifes romains; son Histoire de l'Église gallicane complète l'ouvrage précédent. Il a fait justice des déclamations de Voltaire dans ses Lettres sur l'inquisition espagnole ; peut-être s'est-il montré trop sévère dans son Examen de la philosophie de Bacon, publié après sa mort; mais la raison, la foi et le bon goût ne peuvent qu'admirer ses Soirées de Saint- Pétersbourg, ouvrage aussi publié après sa mort, et où il s'élève aux plus hautes considérations sur la conduite de la Providence dans les affaires de ce monde. Le comte de Maistre a trouvé bien des ennemis et suscité bien des fureurs; c'est un de ces génies puissants qui prennent l'erreur corps à corps, et qui ne peuvent qu'être détestés de ceux qui aiment le mensonge. On a publié dans ces dernières années des Mémoires, des Opuscules et une Correspondance diplomatique de Joseph de Maistre, qui prouvent l'étendue et la profondeur de ses vues; ses Lettres le montrent sous un jour peu connu, dans l'intimité de sa famille, et font admirer avec quelle facilité il mêle les considérations les plus sérieuses et les plus hautes à la simplicité et à l'abandon de l'amitié.
On ne peut le séparer de son frère, Xavier de Maistre, né aussi à Chambéry, en 1764, et mort en 1852, en Russie, où il s'était fixé depuis 1817. Ce n'est plus un philosophe ni un polémiste, mais c'est un écrivain charmant, qui ne manque pas de philosophie, et dont on lira toujours le Voyage autour de ma chambre (publié en 1794), le Lépreux de la cité d'Aoste (en 181 1), le Prisonnier du Caucase (en 1815), et la Jeune Sibérienne (en 1817).
Le vicomte de Bonald, né près de Milhau, dans le Rouergue (Aveyron), émigré sous la Terreur, l'un des rédacteurs du Mercure de France, député et poète sous la Restauration, mort dans la retraite en i840, est un philosophe aussi profond que de
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Maistre, un écrivain moins T)riîlant, mais distingué, et que l'Académie française s'honora d'appeler dans son sein (en 1816). Ses principales œuvres sont : une Théorie du pouvoir politique et religieux, publiée en 1796; la Législation primitive, publiée en 1802; des Recherches philosophiques, publiées en 1818, et ses discours à la Chambre pour obtenir l'abolition du divorce.
A l'école de Joseph de Maistre et de Bonald se rattache l'abbé. de la Mennais, né à Saint-Malo, en 1782, mort en 1834, qui avait déjà vivement combattu le gallicanisme sous l'empire, et qui acquit tout à coup une éclatante renommée d'écrivain et de polémiste religieux par la publication de son Essai sur l'Indifférence en matière de religion (de 1817 à 1823). Mais les esprits clairvoyants s'inquiétaient dès lors de certaines doctrines du prêtre breton et de certaines tendances de son esprit. Ces doctrines et ces tendances, qui n'avaient pas le contrepoids de l'humilité et d'une filiale obéissance à l'Église, amenèrent une lamentable chute, et le grand apologiste du catholicisme finit par se précipiter dans les plus monstrueux systèmes de philosophie, dans tous les excès d'une démocratie sans règle et sans frein. L'école catholique, dont les plus brillants représentants s'étaient groupés autour de lui, fut principalement continuée par l'abbé Gerbet (mort évêque de Perpignan, en 1864), par Lacordaire, par Montalembert, etc., pendant que Ballanche ( mort en 1 847 ) essayait de concilier le dogme chrétien avec des idées philosophiques plus ou moins hasardées, et que la philosophie profane aboutissait au désespoir avec Jouffroy (mort en 1842), se tenait dans une réserve plus ou moins habile et prudente avec Cousin (mort en 1867), Saisset (mort en 1864), Damiron (mort en 1862) etc., pour se déclarer franchement contre le christianisme avec M. Edgar Quinet et un trop grand nombre d'élèves de l'Université, prôneurs de la liberté de pensée. Ce n'est pas ici le lieu de s'occuper de philosophie; ces noms ne sont cités qu'à cause du caractère littéraire de leurs écrits , surtout ceux de Cousin, dont on a une très-éloquente traduction de Platon, un beau livre, non exempt de panthéisme, sur le Vrai, le Beau, et le Bien , et des notices intéressantes sur plusieurs des femmes célèbres du dix-septième siècle.
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Les historiens.
L'un des mérites du dix-neuvieme siècle serad'avoir mieux compris l'histoire que plusieurs des siècles précédents^ et surtout que le dix-huitième siècle; les rudes leçons des révolutions, les patientes recherches des érudits, un plus sérieux recours aux sources contemporaines, et, dans les meilleurs historiens, un grand amour de la vérité, ont contribué à cet heureux résultat. Ici, les noms dignes d'être cités se pressent; il faut plus que jamais se borner.
Les premiers qui se présentent sont ceux de Daunou ( né en 1761 , mort en 1840), ancien oratorien, professeur au Collège de France, qui a laissé vingt volumes in-octavo sous le titre de Cours d'études historiques; -— de Fauriel (mort en 1844), auteur d'une Histoire de la Gaule méridionale sous les conquérants germains ; — du cardinal de Bausset (né à Pondichéry, en 1748, mort en 1824) , à qui l'on doit une Histoire de Fénelon et une Histoire de Bossuet, toutes deux très-intéressantes, mais écrites , surtout la seconde, dans un esprit galHcan ; — de Simonde de Sismondi ( né à Genève, en 1 776, mort en 1842), qui a laissé deux grands ouvrages, une Histoire des républiques italiennes , et une Histoire des Français ^, où il montre une grande érudition; mais il est incorrect et froid, et ses sentiments démocratiques le rendent injuste à l'égard de la royauté et du clergé; — de Ginguené (né à Rennes, en 1748, mort en 1815, imbu des mêmes principes que Sismondi, et à qui l'on doit une Histoire littéraire de l'Italie ; — de Daru ( né à Montpellier, en 1767, mort en 1829), qui a laissé une Histoire de Venise, remarquable par l'érudition et par le style, mais malheureusement gâtée par l'esprit philosophique du dix-huitième siècle, et un poëme didactique en six chants sur l'Astronomie; ~ de Lévesque (né à Paris, en 1736, mort en 1812). dont l'Histoire de Russie a l'honneur d'être classique dans ce pays, et qui a laissé en outre une traduction estimée de Thucidide, et des Études sur l'histoire ancienne et l'histoire grecque.
Avec la Restauration commença une nouvelle génération d'historiens. Alors, et sous le gouvernement de Juillet parurent : M. Guizot. (né à Nîmes, en 1787), auteur d'Etudes sur la civilisation en France et en Europe, dans lesquelles il rend plus
d'un témoignage favorable au catholicisme; écrivain correct, élégant, mais un peu froid; homme d'État et philosophe, qui cherche la vérité et qui la trouverait plus souvent s'il se débarrassait davantage de ses préjugés protestants et se fiait moins à la puissance de sa propre raison; — M. Michelet (né à Paris, en 1798) , qui après avoir traité sérieusement l'histoire et avoir rendu plus d'une fois justice au catholicisme dans les premiers volumes de son Histoire de France, s'est tout à coup changé en pamphlétaire et en romancier visionnaire; — de Barante (né àRiom, en 1782, mort en 1866), qui a écrit l'Histoire des ducs de Bourgogne en narrateur fidèle, évitant avec soin tout esprit de système, et laissant, trop peut-être, au lecteur le soin de tirer la conclusion des faits; on lui doit aussi une bonne Histoire de la Convention et du Directoire .
— Augustin Thierry (né à Blois, en 1793, mort en 1836), qui écrivit sous la Restauration l'Histoire de la conquête de l'Angleterre par les yormands, et qui mit, en 1840, le comble à sa réputation par la pubUcation de ses Récits mérovingiens; historien érudit, bon écrivain, mais conservant de son éducation des préjugés contre la religion, qu'il eut le bonheur de connaître avant de mourir; — M. Amédée Thierry, frère du précédent (né en 1797), qui a publié une bonne Histoire de la Gaule sous l'administration romaine, et plus tard une Histoire d'Attila et de ses successeurs, que suivent depuis quelques années d'autres études sur les [premiers temps du Bas-Empire;
— M. Henri Martin (né à Saint-Quentin, en 1810) auteur d'une Histoire de France couronnée par l'Académie, ce qui ne l'empêche pas d'être déparée par des préjugés surannés contre le catholicisme, par un grand nombre d'inexactitudes historiques, et par un esprit philosophique et démocratique qiii en font un ouvrage aussi défectueux que dangereux; — M. Louis Blanc, écrivain démocrate et socialiste, qui a fait plus d'une révélation importante sur les sociétés secrètes et sur la révolution dans son Histoire de dix ans {de 1830 à 1840);
— M. Thiers (né à Marseille, en 1797), qui s'est fait d'abord connaître sous la Restauration par une Histoire de la révolution française, empreinte d'un esprit révolutionnaire et républicain, et bien différente sous ce rapport de l'Histoire de la révolution française que venait de pubUer Charles Lacretelle
(mort en 1855); plus tard, quand les loisirs de la politique lui en donnèrent le temps, dans les dernières années du règne de Louis-Philippe et sous le second empire, M. Thiers publia l'Histoire du consulat et de V empire, ouvrage où l'on sent plus de maturité , mais où l'on peut signaler encore la trace de bien des préjugés et une trop légère connaissance de ce qu'est l'Église catholique; — M. Mortimer-Ternaux, qui a entrepris une Histoire de la Convention, véritable monument d'érudition et d'honnêteté historique ; etc., etc.
Les historiens qu'on vient de nommer se sont placés en dehors du catholicisme, les uns par hostilité, les autres par indifférence. A côté d'eux il y a une école d'historiens catholiques, dont les travaux ne sont ni moins estimables ni moins brillants. Parmi eux doivent être nommés, après Chateaubriand et Michaud, M. Laurentie (né le 21 janvier 1794), auteur d'une Histoire de France et d'une Histoire de l'empire roinain, remarquables par la justesse des vues et la fermeté des principes de l'historien; — M. de Champagny, qui a écrit d'excellentes études sur les premiers siècles de l'ère chrétienne en montrant la supériorité de la civilisation chrétienne sur la civilisation païenne; — M. de Montalembert (né à Londres, en 4810, mort en 1870) , auteur d'une Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie, qui devint bientôt populaire, et que ne fera pas oublier la belle Histoire des moines d Occident, publiée dans ces dernières années; — l'abbé Rohrbacher( né en 1789, mort en 1856), écrivain érudit et orthodoxe, mais parfois incorrect, et dont l'Histoire universelle de VÈglise a heureusement remplacé celle de Fleury; — Audin (né à Lyon, en 1790, mort en 1851 ), qui a porté de rudes coups au protestantisme et rectifié bien des erreurs historiques en écrivant l'Histoire de Luther, l'Histoire de Calvin, l'Histoire de Henri VHI, et l'Histoire de Léon X; — J.'B. de Saint-Victor (né au Cap-Français, île de Saint-Domingue, en 1772, mort en 1858), auteur d'un Tableau historique de Paris , qui a presque les proportions d'une histoire de France, et d'Études sur l'histoire universelle, dans lesquelles il s'attache spécialement à montrer l'origine et la nature du pouvoir dans les sociétés; — Picot (mort en 1841 ), fondateur du journal l'Ami de la religion et du roi, et dont les Mémoires pour servir a l'histoire ecclésiastique jouissent d'une réputation
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méritée d'exactitude ; — le chevalier Artaud de Montor ( né en 1772, mort en 1849) , auteur d'une Vie de Pie VU, d'une Vie de Léon XII et d'une Histoire des Pontifes romains , qui peuvent fournir d'excellentes armes à la défense de l'Église et des papes; — M. de Falloux (né à Angers, en 1811 ), qui a commencé sa réputation en publiant une Histoire de Louis XVI et une Histoire de saint Pie V; — Dom Pitra, aujourd'hui cardinal (né en 1812), et dont la Vie de saijit Léger et les autres œuvres d'érudition ont brillamment inauguré les travaux des Bénédictins français; — Dyom Guéranger (né au Mans, en 1806), qui s'est attaché, dans plusieurs de ses travaux à réfuter les erreurs de certains historiens contemporains ; — le P. Lacordaire, dominicain (né en 1802, mort en 1861), que la Vie de saint Dominique permet de ranger parmi les historiens; — Frédéric Ozanam (né àMilan, en 1813, mort en 1833), auteur d'un ouvrage remarquable sur Dante et les philosophes catholiques au Xm^ siècle et d'Études germaniques qui ont éclairé d'une vive lumière les origines de l'histoire des Francs; — enfin, le savant abbé Gorini (mort en 1858) , simple curé de campagne, qui a redressé avec une science sûre et une parfaite modération les erreurs des historiens les plus célèbres.
Les roniancters.
Pendant que l'histoire faisait ces remarquables progrès , le roman dit historique la défigurait trop souvent, quand il n'allait pas fouiller dans la vie ordinaire , dont il ne faisait guère ressortir que les vices. Tantôt il cherchait à amuser; quelquefois il avait des prétentions morales et philosophiques ; souvent il n'était qu'une arme de guerre aux mains des passions politiques ou irréligieuses; presque toujours il était dangereux et malfaisant, et il devint l'une des plus puissantes causes de la démorahsation générale, lorsqu'il eut envahi le feuilleton des journaux, qui était autrefois consacré à des causeries littéraires, scientifiques ou artistiques.
Le nombre des romanciers qui ont joui d'une certaine célébrité depuis le premier empire est effrayant. Parmi les noms à citer, on retrouve ceux de Victor Hugo , d'Alfred de Vigny, de Scribe, etc.; mais les romanciers les plus féconds, parmi ceux qui peuvent être nommés , sont Honoré de Balzac ( né
en 4799, mort en ISoO), écrivain inégal et incorrect, et qui s'est plu à peindre les plus mauvais côtés de la nature humaine; — Eugène Sue (né en 1801, mort en 1837), qui sem bla avoir pris à tâche de réhabiliter le vice et de déshonore la vertu dans les Mystères de Varis (en 1842), et dans le Juif errant (en 1844); — Georges Sand (née en 1804), femme écrivain, le premier peut-être de nos romanciers, mais dontlef doctrines immorales et irréligieuses gâtent, à peu d'exception près, les plus belles productions; — Alexandre Dumas pèr i (né à Villers-Cotterets, en 1803, mort en 1870), homme d'un esprit inépuisable, qui a cultivé tous les genres, le drame, la poésie', l'histoire, mais qui a rencontré ses plus beaux succès dans le roman, sans se préoccuper beaucoup, malheureusement, de respecter l'histoire et de se donner le temps de penser; — Frédéric SouHé (né en 1800, mort en 1847), qui s'est plu dans la peinture des passions les plus violentes et des scènes les plus hideuses; — Jules Sandeau (né à Aubusson, en 1816), écrivain plus correct et qui respecte davantage ses lecteurs et les convenances; — Mérimée (né à Paris, en 1803), plutôt conteur que romancier, et dont les œuvres s'adressent aux esprits déhcats plutôt qu'à la foule dont les romans font les délices; — Edmond About, conteur spirituel, mais sans principes, et qui ne respecte pas plus la religion que la vérité. Des écrivains catholiques ont essayé de réagir contre les mauvais romans par des romans honnêtes et rehgieux; d'heureuses tentatives ont eu Heu; une nouvelle, intitulée Corhin et d'Aubecourt, par M. Louis Veuillot, a montré que le célèbre polémiste aurait pu créer chez nous le roman chrétien.
Les orateurs.
Pour nommer tous les orateurs qui ont brillé en France depuis la Restauration, il faudrait citer presque tous les hommes politiques de ce temps, un grand nombre d'avocats, la plupart des évêques et un grand nombre d'ecclésiastiques. L'éloquence s'est déployée merveilleusement dans la chaire avecles Frayssinous (mort en 4842), le créateur des Conférenœs sur la religion; les Mac-Carthy, Irlandais de naissance (mort en 4833); les Dufètre, mort évêque de Nêvers; les Ravignan , qui avait quitté le barreau pour entrer dans I.i
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Compagnie de oésus; les Lacordaire, dont les Confà'ences attiraient la jeunesse en foule au pied de la chaire de Notre-Dame de Paris ; le P. Félix, digne successeur des Lacordaire et des Ravignan; l'abbé Besson, dont la province apprécie justement les conférences; monseigneur Pie, évêque de Poitiers; monseigneur Dupanloup, évêque d'Orléans, etc., etc., et, pour citer deux grands orateurs étrangers qui parlent en français, monseigneur Mermillod, l'apôtre de Genève , et monseigneur Dechamps, archevêque de Malines. Dans la tribune politique que de noms! ceux de Serre, de Villèle, du général Foy, de Martignac, de Royer-CoUard, de Chateaubriand, de Bonald, de Dupin, sous la Restauration; ceux de Berryer, de Thiers, de Dupin encore, de Guizot, d'Odilon Barrot, de Dufaure, de Sauzet, de Montalembert , de Billaud, de Lamartine, d'Arago, de Yillemain, de Rouher, de Falloux, etc., sous le gouvernement de Juillet et sous le second empire ! Et le barreau n'est pas moins brillant avec les Berryer, les Dupin, les Dufaure, les Paillet, les Baroche, les Jules Favre, les Marie, les Chaix-d' Est- Ange, les Lachaud, etc.
Les chaires du haut enseignement, qui avaient entendu les leçons éloquentes des Guizot, des Cousin et des Yillemain, ont été ensuite occupées par AIM. Saint-Marc-Girardin , Nisard, Géruzez, l'abbé Bautain, Lenormant, Ozanam, Patin, et une foule d'autres professeurs distingués, dont plusieurs, comme Yillemain, Géruzez, Nisard et Patin excellaient <dans la critique littéraire, cultivée d'ailleurs dans les journaux ou dans les livres par Sainte-Beuve, par Jules Janin par M. de Pontmartin, par Nettement, etc., etc. On doit ici recommander plus particulièrement les belles leçons de littérature de Yillemain, et l'Histoire littéraire de la Restauration et du gouvernement de Juillet par Nettement. La presse aussi avait, sinon ses voix, au moins ses plumes éloquentes : il suffira de citer encore les noms des Emile de Girardin et des Louis Yeuillot.
Il faut s'arrêter. Le mouvement littéraire, en France, si brillant sous la Restauration, remarquable encore dans les années qui suivirent, semblait s'éteindre sous le second empire , où les esprits se tournaient vers les sciences positives , pendant que la foule se précipitait dans le culte des jouissances sensuelles. Le réveil a été terrible : il est trop prouvé
HISTOIRE Ul LA LITTÉRATURE FRANÇAISE. 487
maintenant qu'une civilisation toute matérielle est sans force pour résister à ses ennemis du dehors et du dedans; c'est l'esprit qui vivifie la masse ^ et si le culte des belles-lettres ne suffit pas pour le salut des nations, il n'en est pas moins Yrai qu'il en fait l'ornement, en même temps qu'il empêche les âmes de perdre le goût du vrai et du beau et de s'abîmer dans les hontes de la corruption.