‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 38 sur 62 · L’eflet pour la cause, et la cause pour l’ef · texte numérisé non relu

L’eflet pour la cause, et la cause pour l’ef

fet: cette montagne n’a point d’ombres, c’est-àdire d'arbres qui donnent de lombre}: vivre de son travail, c’est-à-dire de ce qu’on gagne en travaillant. dj # 8 Le signe pour la chose signifiée : l’épée se prend pour la profession militaireyla robe pour la magistrature, le sceptre pour la royauté, la môûtre pour lépiscopat, la thiare pour la papauté, la pourpre romaine pour le cardinalat. Chez les romains les faisceaux se prenoient pour lautorité consulaire, Les aigles pour les armées. On dit Polivier pour la paix, Le laurier pour la victoire, la palme pour le martyre...

X”4 Le nom du lieu où une chose se fait pour la chose même : on dit, c’est un Sédangune Marseille, une Perse, une Indienne, pour dire une étoffe fabriquée à Sédan, à Marseille, en Perse, dans les Indes: c’est un Damas, pour un couteau, un sabre fait à Damas: boire le champagne, pour le vin fait en champagne.

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# 5° Le contenant pour le contenu: comme la table pour les metsk le vase pour la liqueur qu'il renferme ; il aime {a bouteille, pour il aime le vin; il avale la coupe écumante, c’est-à-dire la liqueur qui écume dans la coupe.

X°6° Le substantif pour ladjectif, et l'adjectif pour le substantif: comme dans ces vers,

Venger l'humble vertu de la richesse altière. À Rien n'est beau que le vrai, Le vrai seul est aimable.

Synecdoque. Ce mot veut dire compréhen-

sion, conception; parce que, par ce trope, on fait concevoir à l'esprit plus ou moins que le mot dont on se sert nc signifie dans le sens propre. La synecdoque, en un mot, met le plus pour le moins, ou le moins pour le plus ; elle étend ou restreint la signification des mots, ce qui donne lieu à mille beautés dans le discours.

“Elle prend 1° Le genre pour l’espèce, et l’espèce pour le genre : voilà un bel oiseau, disonsnous en montrant un perroquet A c’est le genre pour l'espèce : cet homme n’a pus de pain, pour cet homme manque des choses les plus nêcessaires à la vic; c’est l'espèce pour le genre.

2° La partie pour le tout, et le tout pour Ja partic: comme lorsqu'on dit, une tête si chère, pour une personne qui est si chère ;;autant de têtes, autant de sentiments, pour autant d'hommes autant de manières de penser: après quelques moissons, quelques étés, quelques hyvers, c’est-à-dire,

A ee pr é —

D ee AL de mé

Se ro hi pré lé

172 COURS DE RHETORIQUEF.

après quelques années ; cent voiles, ‘cui cent vaisseaux; cent feux, pour cent maisons : Voilà la partie pour le tout. Voici le tout pour la partie : nous disons en Français, un castor pour un chapeau fait de poils de castor. Virgile parle d’un bouclier fait de trois taureaux, c’est-à-dire de trois cuirs de taureaux.

X3: La matière dont une chose est faite pour la chose même: périr par le fer, c’est-à-dire, par Pépée\ Boileau, dans son ode sur la prise de Namur, a mis l’airain pout les canons.

Et par cent bouches horribles L'airain, sur ces monts terribles, Vomit le fer et la mort.

À 4% Un nombre pour un autre nombre ; comme lorsqu'on met le singulier pour le pluriel ; par exemple: Pennemi pour les ennemis, le Français pour les Français, P Espagnol pour les Espagnols : L’ennemi vient à nous, le Français est brave, P Espagnol est grave. Le pluriel pour le singulier, par exemple : les poërss feignent, les historiens racontent, les livres saints assurent, il est écrit dans les prophètes; quoiqu'il n’y ait qu’un poëte qui feigne, qu’un historien qui raconte, qu’un des livres saints qui assure, qu’un prophète qui ait écrit la chose dont on veut parler. Mous employé pour je a de la dignité : les rois ne parlent pas autrement dans leurs ordonnances, les gouverneurs dans leurs proclamations, les evé-

{ vaisn parartie :

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: singues histo- , il est t qu’un raconte, rophète Nous ne parces, les les evèê-

ques dans leurs mandements, les papes dans leurs décrets.

* 5% Un nombre certain pour un incertain: on dit communément, je l’ai vu dix fois, vingt fois, cent fois, pour dire plusieurs fois, ou souvent.

On voit par tous ces exemples que c’est toujours le plus pour le moins, ou le mins pour le plus.

On doit encore mettre au nombre des synecdoques les changements de temps et de personnes souvent emploiés par les poëtes et les orateurs, tels que le présent pour le passé, le subjonctif pour le futur, la seconde personne pour la troisième, et la troisième pour la seconde.

+-Antonomase. Ce mot signifie nom pour nom.

L’antonomase consiste à mettre un nom commun pour un nom propre, où un nom propre pour un nom commun. C’est ainsi que l’on dit, le philosophe pour Aristote, l’orateur d’Athènes pour Démosthène, le poëte Grec pour Homère, l’orateur Romain pour Cicéron, le poëte Romain pour Virgile.—Cest un Sardanapale, un Crésus, ux Titus, un N'éron, un Achille, un Thersite, au lieu de dire un voluplueux, un riche, un bon prince, un mauvais prince, un brave, un lâche.

ù Dans le premier cas, on veut faire entendre que la personne dont on parle excelle sur toutes celles qui peuvent être comprises sous le nom commun. Dans le second cas, on fait entendre

que celui dont on parle ressemble à ceux dont :

” — sé - .

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174 COURS DK RHETORIQUE.

le nom propre est célébre par quelque vice ow quelque vertu.

L’antonomase a surtout lieu dans le style noble. IL y a une sorte d’emphase à dire, le fléau de Dieu, le conquérant des Gaules, le destructeur de Carthage et de Numance, pour désigner Attila, César, et le second Scipion l’Africain ; et à se servir du nom de Cicéron et de Dérnosthène pour donner à entendre un grand orateur.

NM Catachrèse. Ce mot signifie abus, erlension, imitation. C’est un trope qui a lieu quand on dét-urne un mot de sa signification primitive pour lui en donner une autre qui y a quelaue rapport. Exemple : l’usage ordinaire est de clouer des fers sous les pieds des chevaux, ce qui s’appelle ferrer un cheval; mais si, au lieu de fer, on se sert d'argent, on dira toujours, les chevaux sont ferrés d'argent, et cela pour n’être pas obligé d'inventer un nouveau mot qui ne seroit pas entendu. à Dans cette circonstance, on donne plus d'extension au mot ferrer, on lui fait signifier garnir d'argent : c’est ce qu’on nomme calachrèse par abus, parce qu’on abuse, pour ainsi dire, des termes, en les transportant à une signification à laquelle ils semblent se refuser. C’est encore ainsi que l’on dit, aller à cheval sur un bâton, sur un âne...

9 Quand on dit Péclat du son, on étend le sens du mot éclat, qui appattient proprement aux choses qui frappent les yeux par une vive lu-

€ où

e nofléau strucsigner n; et sthène

ension, on dée pour apport.

er des appelle , On S IX sont : obligé pas €nne plus fier garrèse par ire, des cation à encore ton, sur

le sens ent aux vive lu-

mière, et non à celles qui frappent les oreilles par le bruit Quand Buffon a dit du chien qu’il voit de l’odorat, il a étendu le sens du mot voir, et c’est ce qu’on appelle catachrèses par extension. éEnfin, il y a des catachrèses par imitation. Elles ont lieu quand on donne à des choses, qui n’ont point encore reçu de noms, les noms de celles qui leur ressemblent le plus. Exemple : on a d’abord dit, les feuilles d’un arbre ; ensuite, par imitation, on a dit, une feuille de papier, une feuille d’or, d'argent, de carton. Le mot glace dans le sens propre signifie de Peau gelée. Par imitation, on emploie ce mot pour exprimer un verre poli, une glace de miroir, les glaces d’un ca- TOSSe......

Ÿ Métaphore. De tous les tropes, le plus fréquent, comme aussi le plus brillant et le plus agréable, est la métaphore. Ce mot signifie transport. Ainsi la mélaphore est une figure par la quelle on transporte la signification propre d’un mot à une autre signification qui ne lui convient qu’en vertu d’une comparaison qui est dans l’esprit.

*X La métaphore change le nonÿ d’un objét pour lui en donner un qui n’est pâs le sien, mais emprunté d’une chose qui lui ressemble. De là toute métaphore renferme une similitude ou une comparaison ; et c’est même à cette marque qu’on distingue ce trope des autres. Si je dis d'Achille, tel qu'un lion furieux s’élance sur tm

troupeau timide, tel Achille fondoit sur les troyens, c’est une comparaison. Mais si je dis, ce lion furieux s’élance, je fais une métaphore, qui n’est,

comme on voit, qu’une comparaison abrégée qui | rend l’image plus vive et son effet plus rapide. En un mot dans la métaphore, le rapport des 4

idées est dans Pesprit ; tandis que, dans la comparaison, le rapport est rendu sensible par les

termes.

Y Quelques métaphores expliquées donneront

une juste idée de toutesles autres. On dit qu’un

homme est bouillant de colère : en effet la co-

lère produit dans lame et dans le corps même

de celui qui sy livre un mouvement et une agi-

tation violente, qui ressemble beaucoup au bouil- É Jonnement d’une liqueur sur le feu. On dit de la même manière qu’un homme est enivré de gloire, consumé de chagrin, glacé d’effroi, embrâsé d'amour...

Comme une clef ouvre la porte d’un apparte-. Ë ment et nous en donne l’entrée, de même il y a des connoissances préliminaires qui ouvrent, pour: ainsi dire, l’entrée aux sciences plus profondes ; ces connoissances ou principes sont appelés clef par métaphore ; la grammaire est la clef des sciences ; la logique est la clef de la philosophie. É C’est encore en ce sens que l’on dit d’une ville À fortifiée qui est sur une frontière, qu’elle est la clef du royaume.

« On dit le feu de la jeunesse, parceque la viva-

>ront w’un

CO= ême agl-

ouillit de ré de brâsé

Jarte--

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pour

des ; s clef s sCIphie.

ville est la

viva-

eité de cet âge rappelle celle du feu. On dit de même les glaces de la vieillesse, dont les effets ont quelque chose de semblable à ceux du froid. On dit la fleur de l’âge, le printemps de la vie, le poids des années, l’uveuglement de l’esprit, la dureté du cœur, le torrent des passions, etc.....Ces métaphores, et mille autres pareilles plaisent à l’esprit, et charment Pimagination par le rapprochement de deux idées dont l’une embellit toujours autre.

® Quand les métaphores se succédent et se soutiennent avec les mêmes images dans un discours un peu étendu, il se forme un autre trops qu’on n’appelle plus métaphore, mais allégorie. X Alégorie. L’allégorie, sermo quo aliud dicitur, aliud significatur, n’est qu’une métaphore continuée, ou une suite de métaphores par les quelles on dit une chose, pour en sigüifier une autre. Dans l’ailégorie les mots présentent continuellement deux sens, Pun propre et l’autre figuré. à Fléehier, parlant d’une jeune princesse, s'exprime ainsi: cette jeune plante, ainsi arrosée des eaux du eiel, ne fut pas longtemps sans porter du Jruit : au lieu de dire, cette jeune princesse, ainsi prévenue des grûces du ciel, ne fut pas long temps sans prahiquer des actions de vertu.

+ On fait quelquefois des ouvrages entièrement allégoriques. Telle est une pièce charmante de Madame Deshoulières, que nous citerons ici comme un modèle parfait dans ce genre.

Dans ces prés fleuris Qu'’arrose la seine, Cherchez qui vous mène, Mes chères brebis,

J'ai fait, pour vous rendie Le destin plus doux,

Ce qu’on peut attendre D'uns amitié tendre ; Mais son long courroux Détruit, expoisonne J'ous mss soins pour vous, Et vous abandonne

Aux fureurs des loups.

Seriez-vous leur proie, Atnable troupeau ?

Vous de ce hameau L'houueur et la joie :

Vous qui, wras et beau, Me donniez suns cesse, Bur l'heibette épaisse, Un plaisir nouveau!

Que je vous regrette !

Mais ii faut céder ;

Sans chien, sans houlette, Puis-je vous garder!

L’injuste fortuno

Me les a ravis :

En vain j'importune

Le cie! par mes ciis ;

Il rit do ines craintes,

Et sourd à ines plaintes, Ffouleite, ni chien,

Il me rend rien.

Puissiez-rons contentes Et sans mon secours, Passer d’heureux jours,

% Tout ce discours, dans

B:cbis innocentes, B:cbts mes amours!

Que Pan vous défendo; Hélas! ille sait, Je ne lui demande Que ce seul bienfuit.

Oui, brebis chéries, Qu'avec tant de soin J'ai toujours nourrics, Je prends à témoin Ces bois, ces prairies, Que ai les faveurs Du Dieu des pasteurs Vous gardent d’outrases, Et vous font avoir Du matin au soir De ras paturages, J'en conservera, Tant que je vivrai, La douce mémoire :

Et que mes chansons La mille façons Porteront sa cloire, Du rivage heureux Où vif et pompeux L’astre qni mesuie Les nuits et les Jours Commencant son cours Rend à la nature Toute sa parure, Jusqu'en ces climats Cù, sans doute las D'éclaiier la monde, va chez Thétis tailumer dans l'onde Ses feux armortis.

le sens litiéral, paroit

do;

ns

do

pa roit

s’entendre d’une bergère qui se plaint à ses brebis de ce qu’elle ne peut plus les conduire dans

de gras paturages, qui gémit de ne pouvoir plus

les défendre, parce qu’elle a perdu son chien et sa houlette, et qui recommande ses chères brebis au Dieu Pan, auquel elle promet toute sa reconnoissance, s’il daigne les protéger. Mais ce sens, tout vrai qu’il paroît, n’est pas celui que Madame Deshoulières avoit dans l'esprit. Les besoins de ses enfants auxquels elle ne peut procurer des établissements dans le monde ; la perte de son mari qui étoit l'appui et le soutien de sa famille ; les faveurs et les bienfaits du Roi Louis XIV qu’elle sollicite, et à qui elle promet en retour, une reconnoissance éternelle, voilà ce qui occupoit son âme attendrie.

# Les énigmes, les proverbes, les fables, les contes sont de vraies allégories. Ce sont autant de manières différentes de cacher la vérité sous une enveloppe qui la laisse apercevoir, lembellit, ou lui ôte ce qu’elle peut avoir de dur et d’austère.

Nous observerons ici que les métaphores, pour être bonnes, doivent être justes, naturelles et nobles ; en conséquence il faut qu’elles n’aient rien de faux, de trop hardi, ou de trop bas. Dire, par exemple, en parlant d’un orateur, que c’est un torrent qui enflamme tous les cœurs, seroit présenter une image discordante. Appeller les ruines d’un bâtiment, le cadavre d’une maison, seroit pas-

180 COURS DE RHETORIQUE. h

ser les bornes de la liberté. Mais dire, en parlant du déluge, que Dieu lava bien alors la tête à son image, où encore l'appeler avec T'ertullien la lessive du genre humain, naturæ generale lixivium, c’est tomber dans la bassesse, Quañd donc on fait usage des tropes, il faut éviter avec soin F d’en abuser. ils sont la richesse du langage, ils peuvent aussi le dénaturer. C’est pourquoi les rhéteurs conseillent de n’employer les tropes que pour exprimer ce que l’on ne pourroit rendre qu’imparfaitement avec des termes ordinaires ; et lorsqu’on est obligé de s’en servir, ils veulent qu’ils soient clairs, faciles à saisir, proportionnés à l’idée qu’ils doivent réveiller, et conformes au bel usage de la langue. Quand on dit, par exemple, que les mauvaises compagnies sont Pécueil de la jeunesse, on est entendu sans peine : mais si l’on disoit que les mauvaises compagnies : sont les syrtes de la jeunesse, cette métaphore ù seroit trop recherchée, et on ne pourroit en demêler le sens qu'après s’être rappelé que les syrtes sont des bancs de sable fort dangereux situés près de PAfrique. De même, le bel usage permet qu’on dise, une flotie de cent voiles, un village de cent feux ; mais l’on se rendroit ridicule si Pon disoit, une flotte de cent gouvernails, un village de cent cuisines.

+ Il est encore des métaphores, justes lailleurs et énergiques, qui offrent des images qui, sous quelques rapporis, pourroient déplaire aux bons

a ns sh mr LE TE Te

par- L tête à tullien œivium, nc on C soin

ngage, pourquoi s tropes

rendre naires ; veulent portionnformes dit, par es sont s peine :

pagnies staphore t en deque les reux Siel usage im village le si Pon illage de

l’ailleurs jui, SOUS aux bons

esprits, alors on y ajoute un correctif qui leur serve comme de passe-port : s’il est permis de s'exprimer ainsi; si je l’ose dire; pour ainsi dire ; pour parler de la sorte ; en quelque manière....Maie ces correctifs ne conviennent qu’à la prose ; encore y seroient-ils d’un fort mauvais goût, sils servoient à excuser des métaphores inadmissibles.

ARTICLE PREMIER

Des Figures.

: Les figures proprement dites sont des tours qui ajoutent au discours quelque beauté sans changer la signification des termes. On les divise en figures de mois et en figures de pensées.

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