‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 37 sur 62 · DE L'ORNEMENT · texte numérisé non relu

DE L'ORNEMENT

Par ornement oratoire, on entend un tour de

phrase qui, par la manière dont il exprime la pensée, y ajoute de la force, de la noblesse, de la grâce ou du sentiment. C’est ce que l’on appelle en général figure de rhétorique. 1 Il y a des figures qui changent la signification propre des mots, et on les nomme tropes, mot grec qui veut dire changement. D’autres laissent aux mots leur signification propre, et elles conservent le nom générique de figures. Le style embelli de cette espèce d'ornement s’appelle style figuré.

ARTICLE PREMIER

Des Tropes.

Les tropes sont des figures qui transportent les mots de leur signification propre et naturelle à une autre qui lui est étrangère, de manière qu’il en résulte quelque beauté.

. Tous les mots inventés pour exprimer nos

idées ont une signification primitive, qu’on ape pelle sens propre. Ils en ont souvent une autre et même plusieurs autres détournées de la première, et qu’on appelle sens figuré. Par exemple: le mot chaleur a été institué primitivement pour signifier une propriété du feu ; le mot rayon, pour signifier un trait de lumière. Aïnsi quand on dit la chaleur du feu, les rayons du soleil, ces mots sont pris dans leur sens propre et primitif. Mais quand on dit /a chaleur du combat, un rayon d'espérance, leur signification n’est plus la même, et ils sont pris dans le sens figuré.

« Les rhéteurs ont cherché avec soin Porigine des tropes. Si l’on recueille ce qu’ils ont dit de mieux sur cette matière, on verra que leurs véritables causes furent d’abord la nécessité et Pindigence, ensuite la commodité et l’agrément, puis la délicatesse et le sentiment des bienséances, enfin la vivacité et Pardeur de Pimagination. En effet l’esprit humain se représente les choses sous tant de manières différentes, qu'il ne trouve point de termes pour les peindre sous toutes les formies. Les mots propres et ordinaires ne sont pas toujours justes; ils sont ou trop forts ou trop foibles. On ne sauroïit non plus parler des objets spirituels sans employer des images sensibles. De [à vient que l’on a dit: les mouvements de Pûme, la chaleur du sentiment, la pénétration de l'esprit, la rapidité de la pensée, le feu de la jeunesse, les glaces de la vieillesse,

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quoiqu'il n’y ait que des choses sensibles qui puissent se mouvoir, être chaudes, se pénétrer, être rapides, être glacées. Toutes ces opérations de l'esprit humain, impatient de se former un langage qui lui convint, n’ont d’abord été que des licences plus ou moins hardies. Peu-à-peu l’usage les a autorisées, et elles sont devenues de véritables beautés.

* L'avantage particulier des tropes est d’enrichir la langue, de fournir le moyen de varier le style d’une manière aussi satisfaisante pour l’esprit que pour oreille. Un historien, par exemple, en parlant d’une flotte, dira tantôt qu’elle étoit composée de vingt vaisseaux, tantôt qu’elle étoit de vingt voiles. Mais le trope donne de plus à l'expression une énergie qui tient quelquefois lieu d’un discours. Quand on dit d’un conquérant que c’est un foudre de guerre, l’image du foudre représente tout à la fois la force avec la quelle il subjugue les provinces, la rapidité de ses conquêtes, le bruit de sa renommée et de ses armes, et cela d’une manière bien plus énergique qu’un long détail.

À Les principaux tropes sont la métonymie, la synecdoque, l’antonomase, la catachrèse, la métaphore, et l’allécorie.

} Métonymie. Ce mot veut dire changement de nom. En effet ce trope a lieu dans le discours toutes les fois qu’on met le nom d’une chose pour celui d’une autre. À Il est d’un usage si fa-

milier qu’il n’y a personne qui ne s’en serve à tout moment et sans y penser. | Elle employe 1° L'auteur de la chose pour la chose même, comme quand on dit: lire Cicéron, Virgile, Massillon, Bourdaloue....pour les ouvrages de ces auteurs. Les poëtes mettent Vulcain pour le feu, Âars pour la guerre, Apollon pour les arts, Cerès pour les moissons, Bacchus pour le vin, Neptune pour la mer.

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