‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 4 sur 62 · SA DEFINITION.......SA FIN.......SON OBJET.......SA DIVISION · texte numérisé non relu

SA DEFINITION.......SA FIN.......SON OBJET.......SA DIVISION

Le nom de Rhétorique vient d’un mot Grec, qui signifie primitivement couler, et par extension parler, parceque plus un homme a de facilité à parler, plus la bouche ressemble à une source. Le mot Français Rhélorique est substantitif, mais en Latin Rhetorica est un adjectif dont le substantif est ars.

La Rhétorique est l’art de bien dire. Les Latins disoient ars dicendi; ils n’ajoutoient pas benè, parceque dicendi en renferme le sens ; mais en Français si nous disions simplement Part de parler, nous ne dirions pas tout ce que signifie ars dicendi. Or, bien dire, c’est parler de manière à se faire écouter, et à persuader ce que l’on dit. Pour atteindre ce but, il faut se servir des meilleurs pensées, et les revêtir des expressions les plus convenables. Mais les premiers soins de lorateur doivent être pour la pensée. C’est elle qui fait l’âme et le fondement du discours, dont les expressions ne sont que le vêtement et la parure. Celui qui pensera bien sur la matière qwil traite, qui aura saisi le vrai, qui mettra dans son

raisonnement de la justesse et de la solidité, qui y joindra la force et la douceur du sentiment selon que la sujet exige, pourvu que son expression se fasse entendre quand même elle ne seroit ni choisie, ni même tout à fait correcte, celui-là parviendra à persuader ; ce qui est la fin que se propose l’éloquence. Au contraire les plus beaux mots, les plus beaux tours de phrases, s’ils sont vides de pensées, se réduisent à un vain bruit qui ne mérite que la dérision et le mépris.

Bien penser, dit Horace, est la source et le principe de bien dire :

Scribendi rectè sapcre est et principium et fons.—.Art. poél.

I faut commencer par avoir dans Pesprit une idée nette, juste, et précise, et l'expression suivra d'elle-même.

Ce que l’on concoit bien s'énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément.

BoiLeau, Art, poét.

Cependant, quoique les premiers soins doivent être pour la pensée, ce n’est pas à dire pour cela qu’on doive négliger lexpression. Si vous blessez l'oreille par des sons désagréables, l'âme sera mal disposée à recevoir ce que vous lui présentez.

vs ve se .,....... La plus noble pensée Ne peut plaire à l'esprit, si l'oreille est blessée. —Jbid,

Une expression vicieuse, un langage embouil-

Lt

qui lé, bas et abject altère le mérite des choses, et nent ce qui est mal dit passe souvent pour mal pensé., )res- La beauté de l'expression doit donc accompagner eroit la beauté de la pensée pour faire un discours ui-Lèà parfait.

e se Comme l’art de bien dire étend à tous les eaux sujets qu’un orateur peut traiter, l’objet de la Rhésont torique est immense, et suppose dans lorateur de bruit grandes connoissances. Il doit d’abord bien con-

noitre les richesses de sa langue ; mais comme il

et le ne suffit pas de se procurer un certain agrément,

une certaine volubilité de paroles, il doit se nour-

rir lesprit, et se remplir le cœur de ce qu’il y a L. poél. +. de plus élevé dans les sciences humaines, et s’en faire un fond également agréable, abondant et varié, Il faut surtout qu’il étudie le cœur humain; qu’il connoisse ses penchants et ses foiblesses, ses perfections et ses ressources ; qu’il possède la logique, la morale, la métaphysique, l'histoire ancienne et moderne, le droit divin et poëz. humain ; enfin qu’il fasse une étude particulière des lois, des usages, des coutumes, et des interêts

une uivra

ME de sa patrie, sil se livre à l’éloquence du barbless reau ; ou qu’il approfondisse PEcriture Sainte, . les conciles, et les pères, sil s’adonne à Pélo- Ne quence de la chaire. |

Un esprit ainsi cultivé et enrichi ne pourra être

stérile : il trouvera aisément ce qu’il doit dire

bid. $ sur chaque matière ; et c’est la première chose bouil- è :

que doit faire l’orateur lorsqu'il veut traiter un sujet, inventer.

Les matériaux qu'il aura trouvés et amassés ont besoin d’être rangés et disposés suivant le plan qui leur convient entre eux, et qui sera le plus capable de faire un bon effet; et c’est la seconde fonction de lorateur, disposer.

Enfin il doit revêtir d'expressions convenables ‘ les choses qui auront été trouvées et arrangées ; et c’est [à le troisième devoir de lorateur, énoncer.

Ces trois opérations de lorateur forment la division de la Rhétorique en trois parties qui sont : Pinvention, la disposition, et l’élocution.

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