‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 55 sur 62 · PAM D M D · texte numérisé non relu

PAM D M D

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dans ses bords, et ne suit pas son lit, mais s’en fait un à lui-même. Les Catilinaires et les Verrines de Cicéron sont de ce genre.

Voyez pour modèle de ce style, à l’article de lexorde, l’exorde de la première Catilinaire. Voyez aussi, à l’article de la péroraison, celle de Poraison funèbre du grand Condé par Bossuet.

*X Du Sublime. Le sublime proprement dit est tout ce qui excite la surprise et lPadmiration: tel est ce trait de Moyse: Dieu dit: Lumière, sois, et lumière fut.

Le sublime peut naître de quatre sources, des images, des pensées, des sentiments, et des expressions.

f 1°: Toute image, qui représente avec des couleurs vives et fortes un grand objet, une grande action, produit la première espèce de sublime.

ft Ces sortes d'images se rencontrent fréquemment

dans la Ste. Écriture, surtout dans les pseaumes et les écrits des prophètes.

David veut-il peindre avec quelle facilité Dieu excite et calme la tempête? Il s’exprime ainsi : “ Il parle; les vents accourent, les flots et la ‘ mer s'élèvent. Il change Paquilon en Zéphir, ‘ et les flots se taisent.”

Le prophète Habacuc parle ainsi de la grandeur et de la puissance de Dieu: “ La mort “ marche devant l'éternel ; d’un regard il me- “ sure l’univers, dissipe les nations, réduit en

“ poudre les montagnes ; les collines s’abaissent ‘ sous ses pas.” (C. 3. v. 5.)

Ce n’est pas avec moins d'enthousiasme que [le prophète Nahum dépeint aux Ninivites ce Dieu terrible dans ses vengeances: ‘“ Le Sei- ‘ gneur est porté sur les vents ; les orages le “ précédent ; il marche sur les nues, gourmande ‘la mer, et ses eaux disparaissent. [Il souffle “le ravage et la désolation sur les collines, ‘ ébranle les montagnes jusque dans leurs fon- ‘ dements ; la terre frémit devant lui; tous ses ‘ habitans sont saisis d’effroi.” (C. 1. v. 3, 4, 5.)

Le portrait du cheval dans Job présente un sublime continu d’inages : % Est-ce vous qui ‘ donnerez au cheval sa force, qui lui ferez ‘ pousser ces hennissements qu’on entend de si “loin? Est-ce vous qui le ferez bondir comme ‘ les sauterelles ? Le souffle de ses narines ré- “ pand la terreur. Il frappe du pied la terre ; il ‘ S'élance avec audace: il court au devant des ‘ hommes armés. Il méprise la peur, il brave ‘ les épées. Les flèches sifllent autour de lui ; “le fer des lances et des dards le frappe de ses éclairs : 1] écume, 1} frémit, il dévore la ‘ terre ; il n’est point effrayé du bruit des tromse pettes. Lorsqu'on sonne la charge, il dit: “allons. De loin, il sent l’approche des guerriers, il entend la voix des chefs et les cris “ confus des armées.” (C. 39.)

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Yon. Des maxines fortes, hardies, vraies, et noblement exprimées forment le sublime de pensées, 8 Bossuet, pour exprimer l’état de la religion dans le monde à Pépoque de la naissance du Messie, dit: “Tout étoit Dieu excepté Dieu ‘“ même ; et le monde que Dieu avoit fait pour ‘ manifester sa puissance, sembloit être devenu “ un temple didoles.”

Le morceau suivant de Racine renferme toutà-l4 fois et le subliune d’hnages, et le sublime de pensées :

Que peuvent contre Dieu tous les rois de la terre ? En vain ils s’uuiroient pour lui faire la guerre :

Pour dissiper leur liwue, il n’a qu’à se montrer ;

[l parle, et dans la poudre il les fait tous rentrer.

Au seul son de sa voix, la mer fuit, le cicl tremble : Il voit conime un néant tout l’univers ensemble ;

Et les foibles mortels, vains ‘oucts du trépas,

Sont tous devant ses yeux cotmine s'ils n’étotent pas.

3%. Le sublime de sentiment consiste dans un sentiment généreux qui saisit, qui étonne par sa grandeur, dans une fierté héroïque, dans un de ces tralts singuliers qui caractérisent une âme élevée au dessus du vulgaire par le mépris de la mort et du danger, par une fermeté toujours égale dans les divers événements de la vie, et par l’affranchissement de tout ce qui marque quelque foiblesse.*

\ On vient annoncer au vieil Horace que deux de ses fils ont été tués, et que le troisième a pris la fuite. Il est indigné de cette lâcheté : on lui

demande : Que vouliez-vous qu’il fi it contre trois ? Qu'il mourüt, répond-il.

‘Alexandre demande à Porus, vaincu et prisonnier, comment il veut qu’on le traite : En roi, répond le monarque indien.

Le même Alexandre, invité à acquiescer aux offres de Darius par le plus grand de ses capitaines qui lui dit : Pour moi, j’accepterois ces offres, si jétois Alexandre, répond fièrement : Et moi aussi, sè j'étois Purménion.

Que crains-tu ? dit César à son pilote effrayé, tu portes César. Quid times ? Cœsarem vehis.

Voilà du sublime de sentiment.

£ 4 Le sublime de paroles et d'expressions est proprement ce qu’on doit appeler le style sublime. C’est celui qui par la vivacité, l’énergie et la noblesse de l'expression sait répandre un caractère de sublimité sur des images, des pensées et des sentiments qui par eux-mêmes n’auroient rien de sublime. Car de même que les idées et les sentinents les plus sublimes peuvent être rendus dans le style le plus simple, de même aussi les choses simples et communes peuvent être ennoblies par la beauté de lexpression.

à Par ex : dans ces vers de Racine :

J'ai vu l’impie adoré sur la terre ;

Pareil au cèdre, cachoit dans les cieux Son front audacieux :

Il sembloit à son gré gouverner le tonnerre, Fouloit aux pieds ses ennemis vaincus :

Je n’ai fait que passer, il n’étoit déjà plus.

trois ?

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er AUX s Capi-

offres,

Et moi

ffrayé,

vehis.

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COURS DE RHI-TORIQUE 237

% Les cinq premiers sont du style sublime sans être tous sublimes pour la pensée ; et Le dernier est sublime par la pensée, sans être du style ÿ | sublime. k | \ Les quatre vers suivants renferment un exem- | ple des quatre espèces de sublime. Le grand prêtre Joïada, averti par son ami Abner des

dangers dont 1l est menacé, lui répond sans s’émouvoir :

Celui qui met un frein à la fureur des flots Suit aussi des méchants arrêter les compiots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte,

Je crains Dieu, cher Abner, et n’ai point d’autre crainte.

g Le sublime d'image se trouve dans le premier vers, le sublime de pensée dans le second, 'e sublime de sentiment dans les deux derniers, et le sublime d'expression dans tous les quatre. Observations. Des trois espèces de style dont nous venons de parler, le sublime est sans doute le plus digne d’estime ; c’est celui qui produit les plus grands effets ; c’est à ce style qu’il faut appliquer le mot de Cicéron: ‘ une éloquence, qui ‘ ne remplit pas les auditeurs d’admiration, ne ‘ mérite pas d’être appelée éloquence. ?

o Mais si cette espèce est la plus excellente, il ne s’en suit pas qu’elle suffise. La loi suprême de tout l’art de bien dire est, que le style soil conforme à la nature du sujet que l’on traite ; et par conséquent celui-là seul sera digne du nom

d’orateur qui saura s’élever et s’abaisser avec sa matière. Dans les grands sujets tout n’est pas grand ; ct quelquefois dans les plus petits, il se trouve des circonstances qui demandent de l’ornement, de la force, et de Pélévation. Souvent, dans un même discours, il faut employer non gzulement les trois espèces de style, mais encore toutes leurs différentes nuances : car il en est des styles comme des couleurs de la peinture et des tons de la musique, qui admettent des gradations et des nuances à infini. L’habileté de Partiste est de savoir les combiner si heureusement qu’il en résulte tout Peffet qu’il désire. Ainsi Porateur, pour atteindre son but, doit posséder tous les styles, et savoir les manier et les varier selon les besoins de la matière et des circonstances : variare orationcm magnoperè oportebit, dit Cicéron ; et la raison qu’il en donne, c’est que, en toutes choses, lPuniformité est la mère de la satiété: nüm omnibus in rebus similitudo satietalis est mater :

5 Nous terminons ici les trois parties de la Rhétorique que nous avions entrepris de traiter, savoir Pinvention, la disposition et Pélocution. Il reste une quatrième partie, nécessaire seulement pour savoir débiter un discours: c’est laction. Nous en parlerons brièvement, pour la satisfaction de ceux qui désireroient en avoir quelque connoissance.

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