‹ Cours abrégé de rhéthorique, à l'usage du Collége [sic] de Montréal [microforme]Chapitre 56 sur 62 · DE L'ACTION · texte numérisé non relu

DE L'ACTION

L'action est l’éloquence du corps. Les anciens ne croyoient pas que sans elle on pût être éloquent. Je ne fais pas difficulté d’avancer, dit Quintilien, qu’un discours médiocre, qui sera soutenu de toutes les forces et de tous les agréments de l'action, fera plus d'effet que le plus beau discours qui en sera dénué.

Démosthène, interrogé qu’elle étoit la première partie de lorateur, répondit que c’étoit l’action ; et comme on lui demandoit quelle étoit la seconde et la troisième, il répondit toujours, Paction, jusqu’à ce qu’on eut cessé de le questionner; donnant à entendre que, selon lui, ce n’étoit pas seulement la plus considérable,

mais que c’étoit tout. Cicéron pensoit de la même manièc: sans l’action, dit-il, le plus

grand orateur n’est rien; avec elle, Porateur le plus médiocre est souvent le plus grand.

Or Paction a trois parties: La prononciation ou la voix, le geste et la mémoire.

Q Q .] 9 1°: La prononciation. Il n’est rien de plus ordinaire que d’entendre, dans la société, des homines qui prononcent mal; c’est un défaut U choquant qui fait qu’on demande d'eux, comme le remarque Quintilien, s'ils sont Grecs ou bar-

bares : mais que diroit-on d’un orateur qui ne sauroit pas l’éviter? Comme le but de tout homme qui parle en public est d’être pleinement et distinctement éntendu de tous ceux qui Pécoutent, il faut d’abord que sa prononciation soit claire et distincte, c’est-à-dire qu’il fasse entendre toutes les syllabes des mots, qu’il les prononce suivant leur véritable quantité, d’une manière nette, pleine, facile et coulante, qu’il appuie sur les finales et empêche qu’elles ne soient.perdues pour les auditeurs, sans néanmoins faire sonner les voyelles et les consonnes qui doivent rester muettes.

En second lieu, il faut que lorateur ait une prononciation réglée et bienséante.

La prononciation sera réglée si, sans être nl trop haute, ni trop basse, ni trop rapide, ni trop lente, elle est aisée, c’est-à-dire si elle est rapide sans précipilation, modérée sans lenteur. Trop haute, elle fatigue, déchire les oreilles, et dégé- nère presque toujours en enrouement. Trop basse, les paroles s’embairassent, se confondent, et ne portent aux auditeurs que des sons vagues et dénués de sens. Trop rapide, elle ne laisse point le temps de saisir ce que dit l’orateur et d’en être touché. Trop lente, elle montre la peine que l’on a à trouver ce que Pon veut dire, et fait baïîller ceux qui entendent.

Elle sera bienséante, si les inflexions, les tons de la voix s’accordent toujours avec les choses à

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exprimer, avec les sentiments dont l’orateur veut paroître animé, et qu’il cherche à exciter dans les autres. Or pour que les tons et les inflexions de la voix soient toujours d'accord avec les choses à exprimer, avec les sentiments dont lPorateur veut paroitre animé et qu’il cherche à exciter dans les autres, il faut nécessairement qu’il soit plein de son sujet, Alors, comme sa voix n’est plus que linterprète fidèle de son âme, elle prend naturellement tous les tons, toutes les inflexions propres à peindre les objets dont son cœur est rempli. Etre plein de son sujet, sentir ce que l’on dit, voilà, selon tous les maitres, le grand principe de la déclamation oratoire. Sous tous les points de vue, le cœur est le siège de l’éloquence : pectus est quod disertos facit.

2° Le Geste. Le geste est l'expression des pensées par les mouvements du corps. Les anciens l’avoient porté à une perfection incroyable : chez eux il exprimoit presque autant que la parole. On voit le fameux Roscius, dont parle Cicéron dans son oraison pro Archià, défier ce grand orateur de rendre ses pensées par le langage ordinaire avec plus de justesse et de rapidité que lui avec le seul secours du geste.

Si on se borne à le considérer dans l’orateur, le geste est l’accompagnement naturel de l’organe de la voix, et comprend toutes les attitudes et les mouvements du corps propres à faire mieux

sentir la force d’une pensée. Néanmoins ses

principaux instruments sont la têle, le visage, les yeux, les bras, et les mains.

Comme la tête occupe le premier rang entre les parties du corps, elle Poccupe aussi dans le geste. On doit la tenir droite et dans une assiette naturelle. Baissée, elle donne un air bas; haute, un air d’orgueil et de suffisance ; penchée, elle annonce l’indolence ; roide et immobile, elle marque je ne sais quoi de féroce. Les divers mouvements de tête, pourvu qu’ils ne soient point trop multipliés, expriment merveilleusement les différentes passions. Elevée, elle admire ; tournée vers la gauche ou vers la droite, elle craint, elle s’indigne, elle refuse, ellé rejette, elle méprise ; médiocrement inclinée, elle compatit, elle prie, elle conjure, elle sollicite ; ferme et immobile, elle affirme, elle exhorte, elle confond.

Le visage, qui est la partie dominante de la tête, exprime, dit Cicéron, toute sorte de mouvements et de passions : sunt în ore omnia. Il menace, il caresse, il supplie, il est triste, il est gai, il est fier, il est hurable, il témoigne aux uns de l'amitié, aux autres de laversion. Il fait entendre une infinité de choses, et souvent il en dit plus que n’en pourroit dire le discours le plus éloquent.

Les yeux peignent aussi d’une manière admirable les différentes passions de l’âme. Vifs dans la joie, ils se couvrent comme d’un nuage

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dans la tristesse ; ardents et pleins de feu dans la colère, ils sont terribles dans la menace, sombres dans la fureur, impétueux dans lPindignation, sévères dans les reproches, égarés dans la frayeur, élevés dans l’admiration, baissés et comme obscurcis dans la honte. Ajoutez que la nature leur a donné les larmes, ces fidèles interprètes de nos sentiments, qui s'ouvrent impétueusement un passage dans la douleur, et coulent doucement dans la joie. Les tenir fermés est une chose si ridicule, qu’elle ne mérite pas d’étre observée, dit Quintilien.

F ‘ativement aux gestes des bras et des mains, not: ssulement ils doivent être naturels, c’est-àdire conformes aux sentiments de l’âme ; mai de plus, ils doivent être conformes aux inflexions de la voix, et répondre aux mouvements du visage ct des yeux.

On distingue trois sortes de gestes faits avec les mains : les uns sont indicatifs et désignent le temps, le nombre, la quantité, les lieux, les personnes....Les autres sont imitatifs et font connoître par des signes pittoresques les personnes ou les choses. Les derniers sont affectifs et expriment les passions et affections de l'âme. Dans l'expression de ces différents gestes, le goût et le décence doivent sans cesse guider l’orateur. Qu’il évite avec soin les défauts nombreux dans les quels l’abus du geste fait tomber si facilement. Qu'il se souvienne 1° Que les mains

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