COURS
PHElVilÈRE LEOQN
Définition de Fliygiène. — Définition de la santé. — Pourquoi rhygiène est peu pratiquée. — Constitution physique et morale de rhomme. — Recherche des véritables conditions de la santé. — Impossibililé d'une formule générale. — Influence de l'éducation sur le caractère et le bien-être des hommes.
L'hygiène est cette partie de la médecine qui fait connaître les conditions de la santé et les moyens de la conserver.
La santé est le résultat naturel de l'intégrité des fonctions que les organes sont appelés à remplir et le produit de l'harmonie de ces mêmes fonctions.
Il n'y a donc pas de science plus utile à l'homme que
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la connaissance de l'hygiène, puisque la santé est reconnue par tous pour être le plus précieux des biens, et l'on ne saurait trop répandre, dans l'intérêt de tous les hommes, les connaissances hygiéniques qui sont si précieuses et si indispensables.
Pourquoi l'homme qui possède non-seulement, comme tous les animaux, l'instinct de sa propre conservation, mais qui jouit en outre de la raison, et qui a la puissance d'analyser tous ses actes et d'en tirer des conséquences, pourquoi cet être raisonnable pratique-t-il si peu les lois de l'hygiène, dont l'application contribuerait puissamment à prolonger son existence ? Dans beaucoup de circonstances, l'hygiène n'est pas pratiquée parce que l'intérêt du moment, les passions, l'espoir d'échapper à un danger éloigné et une foule d'autres choses viennent s'y opposer ; mais trop souvent encore on agit contre les préceptes de l'hygiène simplement parce qu'on les ignore. Les personnes qui se trouvent dans ce dernier cas, loin d'être à blâmer sont réellement à plaindre, aussi doit-on s'empresser de les éclairer. Persuadé de l'importance de cette mission, nous publions ce cours d'hygiène populaire dans l'intérêt des masses, et si notre faible voix ne peut faire tout le bien que nous voudrions répandre, elle contribuera au moins, pour sa petite part, à propager un enseignement utile, à détruire les préjugés et peut-être à stimuler le zèle de ceux qui seront plus forts ou plus habiles que nous.
Commençons par jeter un regard sur la constitution de l'homme, puisque l'hygiène tout entière a pour but la protection incessante de cette constitution.
L'homme a été doué cVune organisation admirable, dont lui seul est en possession dans toute la création. Tandis que les animaux ne peuvent vivre, selon l'espèce à laquelle ils appartiennent, que dans une certaine zône; l'homme, au contraire, parcourt toutes les latitudes, visite tous les climats, se fixe pendant un temps plus ou moins long dans les régions les moins accessibles aux êtres organisés et a à son service mille ressources pour lutter contre les causes de destruction qui viennent le menacer. Il peut, en outre, résister aux plus grandes fatigues et a surtout le privilège de combiner ses moments d'activité et de repos de telle manière qu'un état succédant à l'autre, les difficultés les plus considérables peuvent être vaincues par lui. Ses organes digestifs lui permettent de s'approprier les substances les plus dissemblables : les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons, les animaux articulés, les mollusques, presque toutes les classes du règne animal sont mises à contribution pour former la nourriture habituelle de l'homme. Les végétaux de toute nature viennent aussi augmenter son butin, car, depuis le champignon jusqu'aux fruits des plus grands arbres, partout il trouve une ample provision d'aUments. Les fécules de toute sorte qu'il transforme de cent manières différentes, le sucre, les huiles, les liquides fermentescibles, tout vient contribuer à son <jien-être et augmenter la variété de sa nourriture.
Toutes ces facultés dont l'homme est en possession, celle de supporter les températures les plus variées, de vaincre les fatigues les plus grandes et de se nourrir des produits les plus opposés ne sont pas les seules dont il
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jouisse. L'homme a encore à son service autre chose que les êtres organisés, sa puissante constitution s'assimile au besoin une foule de substances appartenant au règne minéral, et les poisons les plus \iolents, eux-mcmes, habilement dosés et employés, viennent contribuer à vaincre la maladie et à rétablir l'équilibre momentanément interrompu...
De l'examen de la constitution physique de l'homme, si l'on passe à celui de sa constitution morale, on n'est pas moins émerveillé des facultés diverses dont elle est douée et de la puissance qui lui a été octroyée par le Créateur. Ce sont cette puissance et ces aptitudes multiples, plus encore que l'organisation physique, qui font la force de l'homme, et c'est au moyen de son intelligence qu'il règne en maître absolu sur ce qui l'entoure. Faire le récit de tout ce que l'homme a accompli depuis quelques siècles seulement, par la seule force de sa puissance morale, serait chose impossible ici : il faudrait le suivre dans les entrailles de la terre et dans les profondeurs des eaux, le suivre encore dans les airs et énumérer tous les prodiges obtenus par la vapeur et les autres moyens puissants qu'il a su trouver et assujettir à la loi de sa volonté. Nous le verrions transmettre sa pensée d'un bout du monde à l'autre avec la rapidité de réclair, arrêter le rayon de lumière au passage pour lui faire tracer une image. Que dis-je? il nous faudrait passer en revue tous les grands problèmes qui ont été résolus par la science, tous les beaux travaux de la littérature et de la philosophie, ce qui nous entraînerait trop loin de notre but.
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Cependant le physique et le moral de l'homme ont entre eux une telle liaison que nous ne pouvions passer complètement le dernier sous silence ; on sait, qu'à part quelques exceptions, l'esprit perd sa vigueur dans un corps malade, et que l'altération du moral agit généralement d'une manière défavorable sur le physique.
Il ne suffit pas pour l'homme d'avoir été doté d'une constitution physique et morale de premier ordre, il faut qu'il sache conserver ces avantages et rester dans cet heureux équilibre qu'on appelle la santé. La première chose que nous ayons à faire est donc la recherche des véritables conditions de la safité.
Etre né de parents sains et forts est la première condition pour être doué d'une bonne constitution, et, par conséquent, avoir plus de chance de conserver sa santé. Il est presque impossible que des parents malsains, rachitiques et faibles puissent donner le jour à des êtres pleins d'énergie et de vigueur ; les constitutions sont héréditaires et les fautes même des parents viennent peser douloureusement sur leurs descendants et atteindre un certain nombre de générations. Remarquons en passant qu'il naît de là une obligation impérieuse pour l'homme de veiller sur sa conduite et d'observer scrupuleusement l'hygiène s'il ne veut pas être le bourreau de ses propres enfants.
Celui qui malheureusement est né faible a beaucoup plus de précautions à prendre que celui qui est venu au monde dans des conditions opposées, et Hippocrate a très-bien signalé cette différence lorsqu'il a dit : « Selon moi, les constitutions qui se ressentent promptement ^t
fortement de leurs écarts sont plus faibles que les autres ; le faible est celui qui se rapproche le plus du malade ; et le malade est encore plus faible, aussi doit il souffrir plus que tout autre des fautes du régime (1). »
Cette différence dans la constitution native indique donc qu'il y a aussi des différences très-grandes dans les moyens de conserver sa santé, et il est impossible de donner une formule hygiénique qui soit convenable pour tout le monde. Autant il est absurde de prescrire les mêmes médicaments, et à des doses semblables, à tous les malades atteints de la même maladie, autant il serait ridicule de faire une prescription identique pour tous ceux qui veulent conserver leur santé.
Chacun a donc à prendre en considération, non-seulement la force dont il est doué naturellement, mais encore ce que sa constitution a perdu ou gagné depuis sa naissance. Il doit aussi considérer l'âge auquel il est arrivé, le sexe auquel il appartient, et enfln certaines particularités d'organisation auxquelles la science a donné le nom d'idiosyncrasies , Il est évident que l'enfant nouveau-né a besoin d'autres soins que l'adulte, et que celui-ci ne doit pas se soumettre à toutes les précautions qui sont indispensables au vieillard. La femme réclame des soins hygiéniques tout à fait spéciaux, et pour donner une idée de certaines idiosyncrasies qui méritent une attention particulière, on peut citer, par exemple, les personnes qui ne peuvent respirer telle ou telle odeur
(1) Hippocrate, trad. Littré, TraUé de Vancienne médecine^ tome i, pageb97.
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sans subir Tacte du vomissement ou sans avoir une défaillance , Rousseau, qui ne pouvait entendre le son d'une cornemuse sans éprouver une incontinence d'urine, et d'autres faits tout aussi extraordinaires.
Mais nous n'avons pas à étudier toutes ces exceptions, nous voulions seulement les signaler à propos des conditions indispensables de la santé. Disons vite que l'homme qui se porte bien doit manger avec appétit et digérer sans le plus petit malaise, que sa respiration doit être calme, large et facile, que les battements de son cœur, à moins qu'il ne cherche à les apprécier par le tact, doivent passer inaperçus pour lui, que sa démarche doit être assurée, régulière et aisée, son sommeil réparateur, que tous les organes des sens doivent jouir de tous leurs privilèges, son intelligence être nette et précise, enfin que toutes les fonctions doivent être dans un état d'intégrité complet et dans une parfaite harmonie ainsi que nous le disions en commençant. Telles sont les véritables conditions de la santé.
Peu d'hommes possèdent au grand complet tous les attributs de la santé , mais beaucoup ont reçu en partage la presque totalité de ces avantages ; cependant , bien peu de personnes savent conserver leur santé, et tandis qu'elles cachent avec soin les trésors et les richesses de convention qu'elles possèdent, de peur qu'ils ne leur soient dérobés, elles négligent la santé, ce bien inestimable dont elles ne connaissent tout le prix que lorsqu'elles l'ont perdu, quelquefois sans retour.
Le manque d'éducation conduit trop souvent à l'inobservance des lois de l'hygiène et à la perte de la
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santé, aussi tous les cœurs généreux tendent-ils sans cesse à répandre les lumière? dans ces intelligences qui sont restées à un très-faible degré de développement faute du stimulant indispensable. Il est évident que celui qui est en possession d'une instruction solide, laquelle a été instituée sur de larges bases, connaîtra presque toujours les dangers qui entourent son organisation et qui tendent à la détériorer ; il ne pourra pécher par ignorance et trouvera encore dans le perfectionnement de son éducation première une ressource contre le désœuvrement et un délassement pour ses fatigues. L'éducation religieuse, surtout, vient aider puissamment à pratiquer l'hygiène, car l'homme qui est habitué de bonne heure à se faire une loi de la morale devient nécessairement vertueux, et l'hygiène nous enseigne à chaque pas à pratiquer la vertu.
Il n'est pas possible de se livrer complètement aux soins de Tliygiène sans être vertueux, aussi le genre d'éducation que nous signalons, en influant sur le caractère des hommes contribue-t-il puissamment à leur bonheur. Que de raisons pour enseigner, étudier et pratiquer l'hygiène, et combien d'hommes qui appliquent sans réflexion et dans un but mercantile, l'adjectif hygiénique à la première chose venue, deviendraient circonspects si tout le monde était bien pénétré de la valeur de l'hygiène! Et puisque pratiquer l'hygiène c'est pratiquer la vertu, l'enseignement de cette science devient une espèce de sacerdoce que l'on ne doit aborder qu'avec respect et timidité.
DEUKlÈiE LEÇOl^.
Influence des climats sur l'organisation de Thomme.— Nécessité de la connaître. — Division des climats. — Effets produits par un changement de climat. — Acclimatement dans les pays chauds. — Acclimatement dans les pays froids. — Acclimatement dans les pays tempérés.
Nous avons vu que l'homme a été doué, entre autres privilèges, de la faculté de pouvoir habiter les régions les plus opposées ; mais ce don, il ne peut en jouir qu'à une condition, celle d'employer toutes les ressources de son génie pour lutter contre les causes de destruction qui sont inhérentes à tel ou tel climat. Il est donc important de connaître l'influence des climats sur l'organisation de l'homme, et par conséquent les principales conditions que l'on doit remplir pour parvenir à l'acclimatement.
Les personnes qui doivent habiter constamment la même locaUté, qui sont, pour ainsi dire, fixées au sol, auraient tort de penser que ces questions doivent les trouver indifférentes, car cesser d'habiter un lieu où l'on
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a vécu longtemps, pour séjourner dans un autre, même voisin, est déjà une chose sérieuse ; puis en étudiant les influences climatériques on connaît bientôt celles que déterminent les vicissitudes atmosphéiiques ; et quelle est l'organisation qui ne subit pas les effets des grandes variations de l'atmosphère?
Les géographes avaient autrefois divisé l'espace qui s'étend de l'équateur au pôle en trente climats, mais ces divisions, calculées d'après la longueur des jours comparée à celle des nuits sont beaucoup trop minutieuses et trop compliquées pour l'étude de l'hygiène ; il est préférable d'employer la marche généralement adoptée et de diviser les climats en chmats chauds , climats tempérés et climats froids.
Chacun de ces trois climats influe d'une manière différente sur l'homme sain et sur l'homme malade ; nonseulement certaines maladies sont plus communes dans un climat que dans l'autre, mais elles y revêtissent un cachet particulier, une marche différente. Les habitants du climat chaud sont faciles à reconnaître de ceux du climat froid, et ceux-ci des individus qui habitent un climat tempéré, car les conditions dans lesquelles ils vivent ont modifié profondément leur organisation. Mais c'est surtout sur les personnes qui quittent tout à coup leur climat habituel pour un autre qui est tout différent que l'influence est manifeste et mérite toute l'attention de rhygiéniste, afin que le nouveau venu apprenne à changer son régime et ses habitudes et à mettre son genre de vie en harmonie avec la nouvelle région qu'il vient habiter.
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L'espèce humaine est disséminée sur !e globe depuis le 60« degré sud jusqu'au 70^ degré nord. L'homme vit passagèrement à des hauteurs considérables ou à une très-grande profondeur au-dessous du sol, et il habite des hauteurs dont quelques-unes atteignent jusqu'à plus de 4,100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cependant s'il se déplace à une grande distance, soit en avançant vers réquateur, soit en se rapprochant du pôle, il est généralement destiné à une fin prématurée^ s'il ne prend pas les précautions nécessaires à sa conservation. L'homme qui change de climat est appelé à vivre d'une autre vie, des modifications immenses vont s'opérer dans ses fonctions, et il est important que ces changements surviennent graduellement, et que de nouvelles habitudes sociales viennent s'y conformer, sans quoi il lui serait difficile d'échapper à la maladie et à la mort. Voyons d'abord ce qu'il convient de faire pour s'acclimater dans les pays chauds.
V acclimatement dans les pays chauds est beaucoup plus facile pour les habitants des pays tempérés que pour ceux des pays froids, cela se conçoit aisément. C'est pourquoi il est sage, lorsqu'on doit habiter un climat très-chaud, de passer quelque temps dans l'Europe méridionale; puis d'arranger le voyage de telle façon que l'arrivée au lieu de destination coïncide avec le commencement de la saison tempérée ; de cette manière on aura devant soi plusieurs mois, pendant lesquels l'acclimatement sera plus aisé. Il est bien entendu qu'au moment du départ la santé devra être très-bonne et que le voyageur doit être doué d'une excellente cons-
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titution, non détériorée par une maladie récente.
Après le débarquement il faut s'occuper immédiatement des conditions hygiéniques que réclame ce nouveau climat. L'habitation doit d'abord occuper l'attention : sa meilleure situation est dans un lieu sec, éloigné des endroits marécageux et abrité autant que possible contre l'ardeur des rayons solaires. L'exposition au vent du nord est généralement préférée, mais on ne peut donner de conseils précis à ce sujet, car selon le pays que Ton habite, le vent qui souffle de tel ou tel côté est plus ou m.oins favorable à la santé ; il faut en cela consulter l'expérience des habitants et se conformer à leurs usages.
Le vêtement doit être en rapport avec celui que Ton porte dans les pays chauds. C'est avec raison que les méridionaux se couvrent la tête, les uns avec de larges turbans, les autres avec d'amples chapeaux de paille, c'est un bon moyen de préserver la tête de l'action directe du soleil. Les larges vêtements, dont le burnous des Arabes est en quelque sorte le type, sont non-seulement les plus commodes mais les plus hygiéniques; au moyen de cette ampleur, aucune constriction n'est exercée sur les parties superficielles du corps, et le sang contenu dans les veines n'éprouve aucun obstacle à son libre cours; puis l'air circulant constamment près de la peau diminue sa chaleur et favorise l'évaporation qui se fait à sa surface. Les étoffes de couleur blanche doivent être usitées de préférence, à cause de la propriété bien connue qu*elles ont de repousser, en partie, les rayons du soleil, et d'absorber moins de calorique que colles de
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couleur foncée. Il vaut mieux qu'elles soient tissées en laine fine et légère ou en coton que d'être en toile de fil, la température de la peau n'en sera que plus uniforme et à l'abri des brusques variations atmosphériques. L'absence de la cravate, et une bonne ceinture de flanelle appliquée directement sur l'abdomen sont deux excellentes choses. La cravate favorise les congestions cérébrales, et la ceinture de laine préserve les organes contenus dans le ventre contre les changements de température, si pernicieux dans ces climats. Il vaut mieux toutefois que la ceinture soit appHquée sur la peau que d'entourer le pantalon, comme on le voit chez les orientaux.
La nourriture de l'homme nouvellement arrivé dans les pays chauds doit être beaucoup moins substantielle que celle dont nous usons dans nos climats. Le sang de l'habitant des pays tempérés est beaucoup plus riche que celui de l'indigène des climats chauds, ses forces sont beaucoup plus grandes, et s'il ne modère pas son régime, il est exposé à contracter des maladies inflammatoires du foie ou des intestins qui ont souvent une très -grande gravité. Il faut donc qu'il se nourrisse principalement de légumes dans les premiers temps de son séjour , auxquels il ajoutera quelquefois des viandes blanches, des œufs frais, du poisson ; c'est seulement plus tard que les substances alimentaires pourront être choisies dans une autre catégorie. Les liqueurs alcooliques doivent être sévèrement proscrites, et c'est une grave erreur des Européens que celle qui consiste à croire que les liqueurs fortes réparent les forces et remédient à l'affliiblissement provoqué par l'abondance des sueurs. Aux spiri-
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tueux, il vaut mieux préférer, pour les gens non acclimatés, les limonades légères, le kit coupé et. toutes les boissons délayantes. Ils peuvent encore user avec modération des fruits agréables qui naissent dans les pays chauds, tels que les pastèques, les ananas, les oranges, les grenades, etc. Nous disons en quantité modérée, car il est d'observation que ceux qui en abusent contractent des maladies graves des organes digestifs. On a souvent vu les militaires nouvellement débarqués dans ces climats se jeter avec voracité sur les oranges, qui sont là à si bas prix, et devenir victimes de leur imprudence.
Quant aux habitudes^ elles doivent être toutes différentes de celles suivies dans notre pays; ainsi, les Européens qui méprisent l'indolence des habitants des climats chauds, et qui continuent à se mouvoir avec activité pendant la chaleur du jour, ne tardent pas à devenir malades. Il faut, de toute nécessité, se renfermer pendant les heures où le soleil est très-vif, et ne pas chercher à braver ses rayons ; le repos, pris dans un endroit frais, répare les forces et est très-salutaire. Il en est de même du sommeil de la nuit, qui est très-important pour les nouveaux venus ; ils doivent coucher sur des lits de crin ou de feuillage desséché, ou encore dans des espèces de hamacs à la manière anglaise. Le sommeil est favorisé par des bains froids pris le soir, lesquels enlèvent au corps une portion de son calorique et lui donnent ce bien-être qui dispose à la somnolence. Enfin celui qui habite nouvellement un pays chaud doit éviter avec soin toute espèce d'excès ; jamais il ne doit oublier que les nouvelles conditions dans lesquelles il se trouve le tien-
COURS d'hygièine. 23 nent constamment sur la limite de la maladie, et qu'il dépend presque toujours de sa sagesse de pouvoir l'éviter.
U acclimatement dans les pays froids est en quelque sorte plus facile, il est d'ailleurs plus favorable à la santé. Dans le nord on acquiert plus de force, l'appétit est plus actif, les digestions s'opèrent mieux, les fonctions des organes respiratoires s'exécutent plus amplement, et stimulé par un air plus pur le sang augmente en richesse et en vitalité, tout l'organisme entin s'équilibre d'une façon plus solide. On sait que c'est dans les pays froids où s'observent les plus nombreux exemples de longévité.
Le passage des pays chauds dans les pays froids, ou même des pays tempérés dans les derniers, nécessite certaines précautions et un régime particulier qu'il ne faut pas négliger. Ainsi que nous l'avons dit à propos de l'acclimatement des pays chauds, il est important d'arriver dans la saison la plus favorable, c'est-à-dire à l'époque où commence le printemps dans le pays où l'on va habiter. Si le voyageur était prédisposé aux maladies des poumons, et particulièrement à la phthisie pulmonaire, il devrait s'abstenir et ne pas quitter son pays. Quant aux soins hygiéniques à employer, les uns sont indiqués par le simple bon sens, les autres sont nécessairement différents de ceux que nous avons formulés pour le climat opposé, et il est évident que l'habitation et le costume devront être en harmonie avec ce qui est généralement préféré dans la nouvelle localité que Ton habite.
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La nourriture ne doit pas être immédiatement modifiée, il faut que celui qui clierclie à s'acclimater résiste à l'appétit qui ne tarde pas à se manifester, qu'il se nourrisse de préférence avec des aliments végétaux ou autres peu nutritifs jusqu'à ce qu'un plus long séjour lui permette de modifier son régime et de le mettre en harmonie avec celui des indigènes. S'il négligeait ces soins indispensables, sa santé pourrait en souffrir cruellement.
Les précautions contre le froid devront être prises de diverses façons. Une douce température devra régner dans l'habitation, et à Tusage des vêtements chauds et suffisamment épais il sera bon d'ajouter celui des bains de vapeur; il est nécessaire que la peau, qui était habituée à fonctionner avec activité, soit de temps à autre le siège d'une transpiration abondante. Enfin l'acclimatement dans un pays froid est généralement chose assez simple, puisqu'il est plus facile de se préserver contre l'abaissement de la température que de lutter avec avantage contre son élévation.
V acclimatement dans les pays tempérés ne peut offrir de règles particulières; elles rentrent nécessairement dans celles que nous avons indiquées pour les températures extrêmes, car le climat tempéré devient le pays chaud de l'habitant du Nord comme il est le pays froid de celui qui quitte les régions équatoriales ; ils ont donc, l'un et l'autre, à suivre les préceptes que nous avons tracés.
Telle est l'influence des climats sur l'organisation de rhomme, influence que nous avons examiaée d'une ma-
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nière générale, cav il nous resterait encore à envisager dans chaque climat, celles qui résultent du voisinage des eaux courantes ou des eaux stagnantes, celles qui sont inhérentes au sol que l'on habite et celles qui sont relatives à la hauteur de la localité au-dessus ou au-dessous du niveau de la mer, etc. Ces recherches nous entraîneraient trop loin, et nous obligeraient à une foule de détails qui nous éloigneraient de notre but.
Mais quelles que soient les précautions hygiéniques dont celui qui change de climat doit être entouré, il ne faut pas oublier de le préserver de la nostalgie, c'est-àdire de cette tristesse, de ce mal du pays, comme on l'appelle, qui enveloppe souvent si cruellenfent celui qui est loin de sa patrie et qui le prédispose aux maladies les plus graves. Contre un pareil mal, on le sent bien, il n'y a que les influences morales qui puissent lutter et avoir quelque chance de triomphe.