TROISIÈME LEÇON
Influence de l'air atmosphérique et de ses vicissitudes sur la santé des hommes. — Des grands modificateurs atmosphériques. — Du rôle de Félectricité. — Les effets de la foudre. — Peut-on se soustraire aux influences électriques? — De la lumière. — Son action sur la constitution des êtres organisés. — Sa puissance sur la coloration de la peau. — Dangers d'une lumière intense, maladies qu'elle détermine. — Moyens de s'en préserver. — Action sur l'homme malade.
Les vicissitudes incessantes que subit l'atmosphère influent considérablement sur la santé des hommes, et Ton peut affirmer qu'elles sont une des causes les plus puissantes, peut-être la plus importante, parmi celles qui déterminent nos maladies. L'homme est soumis, pendant toute la durée de son existence, aux influences de la masse d'air dont il est entouré, et cet air a une telle action sur son organisation, que non-seulement il peut à chaque instant troubler sa santé, mais qu'il est également efficace pour la fortifier ou la rétablir.
Un auteur, qui ne manquait pas de mérite, a déjà dit : « Tel air, tel sang, » (Ramazzini, De coustitutione^ aimi
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1691 .) Ces quelques mots renferment une grande vérité et toute une théorie de la puissance de l'air sur la composition chimique du sang. En effet, le sang se présentant constamment au contact de Pair, dans les poumons, en reçoit de telles modifications, que lorsqu'il parcourt tous les vaisseaux de l'arbre circulatoire, il transmet en même temps aux différents organes les principes salutaires ou pernicieux que cet air renferme. L'étude de l'air atmosphérique, et des vicissitudes qu'il peut présenter, constitue donc l'une des parties les plus importantes de Thygiène.
Lorsqu'il est question de l'atmosphère, et de ses rapports avec la santé, la première pensée qui se présente naturellement est celle de sa température. Certes, cet élément joue un très-grand rôle dans la question qui nous occupe, mais il est loin d'être unique. En outre du calorique qu'il contient, l'air agit encore sur les êtres organisés par l'électricité, la lumière, l'humidité, par sa pression, et enfin par sa composition chimique. Ce sont ces différents modificateurs atmosphériques qui, parleur qualité, leur quantité, et la manière dont ils se composent, constituent ces grands changements annuels auxquels on donne le nom de saisons, et aussi ces vicissitudes qui ont tant d'empire sur la santé. Connaître l'influence de ces grands modificateurs, c'est connaître par conséquent celle des vicissitudes atmosphériques.
L'électricité^ répandue dans l'atmosphère, joue un rôle très-important sur les phénomènes de la vie. Souvent ses résultats passent inaperçus ; mais, dans d'autres circonstances, ses effets sont très-marqués ; c'est ainsi que dans
les temps d'orages, beaucoup de personnes, surtout celles qui ont un tempérament nervoso sanguin, éprouvent un malaise plus ou moins général, se plaignent du mal de tête, ressentent des douleurs dans les poignets et dans les autres articulations. Les malades voient leurs souifrances augmenter par la même cause, mais, par contre, beaucoup de maladies peuvent être améliorées ou guéries, en employant l'électricité que Ton développe par des moyens artificiels.
Tout le monde connaît les effets extraordinaires de la foudre, et l'on sait que les individus qui en sont frappés peuvent éprouver des choses très-dififérentes. L'électricité, ainsi accumulée, désorganise les corps vivants aussi bien que les corps inertes ; toutefois les premiers ne sont lésés dans leurs fonctions qu'en proportion de l'importance des organes endommagés. Quelquefois il n'en résulte qu'une déchirure de la peau, une brûlure plus ou moins étendue, mais si les centres nerveux sont atteints, la paralysie ou la mort en sont souvent la conséquence. On a vu des cas dans lesquels la foudre a perforé le crâne comme s'il l'eût été par un instrument aigu, et la lésion du cerveau était alors facile à vérifier; dans d'autres circonstances, les recherches les plus minutieuses n'amènent rucun résultat, on ne trouve aucune altération du tissu nerveux, et cependant la mort à été produite avec une rapidité extraordinaire. La modification qui s'opère dans les organes, pendant ce court moment, est encore inconnue; diverses théories ont été émises, mais aucune ne rend un compte suffisant de ce terrible phénomène. Est- il possible de se garantir dé l'action de l'électri-
cité? Non, c'est une influence occulte qui agit malgré nous sur notre organisation, et contre laquelle nous ne pouvons guère nous prémunir. Dans les circonstances ordinaires, cette influence passe, au reste, inaperçue et agit à notre insu ; il est même évident qu'elle est nécessaire ; mais lors des perturbations électriques de l'atmosphère, dans les temps d'orage, c'est une force qui nous opprime et à laquelle nous ne pouvons opposer aucune espèce de défense.
Le danger que nous fait courir la foudre peut être, jusqu'à un certain point, conjuré, et l'on a donné assez souvent le conseil d'éviter, pendant l'orage, de s'abriter sous les arbres élevés, au pied des grands édifices, et de s'éloigner des courants d'air pour que nous nous dispensions d'y revenir. Lorsque les accidents sont produits, et que la vie a cependant été épargnée, l'art médical peut, dans beaucoup de cas, secourir efficacement celui qui a été frappé. C'est ainsi que les congestions pulmonaires ou cérébrales sont guéries par des saignées et autres moyens appropriés, que les brûlures et les plaies sont pansées et soignées selon la méthode qui leur est applicable.
La bimière mérite une large part de notre attention , car elle a sur l'homme une puissance considérable. Il y aurait un ouvrage immense à faire, si l'on voulait traiter à fond de l'influence de la lumière sur notre organisation, et les conclusions physiologiques et philosophiques auxquelles on arriverait seraient du plus grand intérêt.
On peut affirmer que la lumière est indispensable à
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Texistence de fous les êtres organisés. Les plantes comme les animaux en ont le plus grand besoin, et c'est à peine si quelques mousses se rencontrent dans les cavités profondes où ne pénètrent pas les rayons lumineux. De même que les plantes qui sont soustraites à Faction de la lumière s'étiolent, se décolorent et dégénèrent; de même les hommes et les animaux, qui n'éprouvent pas cette influence bienfaisante dépérissent et deviennent rapidement malades. Les mineurs, les prisonniers enfermés dans les cachots, les ouvriers qui travaillent dans des endroits ténébreux portent sur leur visage le triste cachet de leur vie souterraine. C'est aussi pour la même cause qu'une partie des habitants les plus malheureux des grandes villes, logés dans des endroits obscurs, éclairés par de petites fenêtres qui s'ouvrent sur des cours étroites, sont blêmes, rachitiques, scrofuleux, et souvent phthisiques. Dans beaucoup de circonstances, il ne leur est pas possible de faire autrement, mais un grand nombre d'entre eux pourrait modifier les conditions hygiéniques dans lesquels il se trouve. Malheureusement l'avantage qui résulte de l'action de la lumière est encore ignoré par beaucoup d'êtres, auxquels il ne manque pas cependant une certaine intelligence. Les femmes du monde, elles-mêmes, habituées à faire du jour la nuit, et de la nuit le jour, conviendraient difficilement que la pâleur dont elles sont atteintes, que les migraines et les affections nerveuses qui les affligent, ne leur sont acquises que parce qu'elles évitent avec soin les rayons du soleil. En vain s'exposent-elles pendant les fêtes de nuit aux clartés de mille bougies étincelantes, la lumière ar-
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tificielle ne peut jamais remplacer la lumière naturelle, et leur peau molle et blanche, leurs chairs bouffies, sont la condamnation évidente de l'existence déraisonnable qu'elles mènent.
Ainsi d'une part, tous ceux qui, par profession ou par habitude, vivent dans des endroits mal éclairés, doivent faire tous leurs efforts pour améliorer leur situation, et se placer dans des conditions hygiéniques opposées. Les persuader de l'importance que l'on doit attacher à cette règle, leur faire comprendre qu'il y va de la santé et de la vie de leur famille et d'eux-mêmes, est un devoir pour tous les hommes que l'éducation ou l'intelligence ont mis à même de juger cette question.
D'autre part, les dames du grand monde, entraînées par le tourbillon des plaisirs, se couchant quand le plus grand nombre des gens laborieux se lève, et se levant dans un demi-jour, lorsque quelques heures seulement séparent encore le jour de la nuit, devraient êtreconvaincues que la santé est incompatible avec un pareil genre de vie. Qu'elles sachent bien que si elles mettent au monde des êtres chétifs et rabougris, la faute n'en est qu'à elles-mêmes, et que si la jeune génération des grandes villes tourne au crétinisme, elles seules en sont coupables.
Non seulement l'exposition aux rayons du soleil favorise la santé et assure Texistence, mais elle a sur l'or-^ gane de la vue et sur la peau une action très-importante. Ainsi que nous le disions tout à l'heure, les personnes qui sont habituellement privées des rayons du soleil ont line pâleur remarquable ; par conti'e, les habitants des
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campagnes, et surtout les moissonneurs, ainsi que fous ceux qui travaillent dans les champs, ont une coloration rouge et quelquefois basanée de la peau de la face, du cou et des mains. Plus on se rapproche de l'équateur, plus cette coloration est manifeste chez les différents peuples du globe jusqu'à ce que la couleur de la peau, après avoir passé par les différentes nuances qui s'éloignent du blanc, se présente tout à fait noire. Il est vrai que si dans quelques-unes de ces contrées qui sont inondées de lumière, les habitants ne sont pas complètement nègres, cela tient à ce que d'autres conditions atmosphériques viennent modifier l'influence du soleil ; telle est la présence de certains vents, le voisinage de la mer qui produit des courants d'air et une grande évaporation d'eau, l'ombrage des bois. On remarque, au contraire, que les habitants des grandes plaines découvertes sont parfaitement noirs.
Ce ne sont pas seulement les indigènes qui subissent l'influence de ce ciel lumineux, les Européens qui habitent longtemps ces contrées finissent par être très-fortement colorés, et nous en constatons la preuve évidente dans notre armée d'Afrique. Nous avons vu tout récemment un capitaine de cavalerie, auquel un séjour de douze années en Algérie a donné un teint si fortement basané que quatre années passées en France n'ont pu modifier encore la couleur de la peau ; il est vrai qu'il remplissait en Afrique les fonctions de capitaine instructeur, ce qui l'obligeait à être exposé chaque jour, pendant plusieurs heures, aux rayons du soleil. Une lumière excessive et dont l'intensité est toute
nouvelle pour celui qui la reçoit peut déterminer diverses maladies de !a peau. Le moindre de ces désordres est celle coloration partielle, connue sous le nom de taches de rousseur; les personnes à peau fine et blanche y sont particulièrement prédisposées. Ces taches sont persistantes, résistent aux diverses applications qui ont pour but de les détruire, et ne disparaissent qu'avec le temps et surtout le changement de saison.
Un autre accident assez commun chez les individus qui ne sont pas habitués aux rayons du soleil et qui s'y trouvent subitement exposés, est ce qu'on appelle vulgairement coup de soleil. C'est une inflammation de la peau qui est caractérisée par de la rougeur et du gonflement, et qui occupe ordinairement une surface plus ou moins considérable, laquelle tranche très-visiblement sur la peau saine. Cette maladie est évidemment produite par la lumière solaire, à laquelle une certaine portion de calorique unit son action pour la produire. Elle guérit d'elle-même en quelques jours et se termine par la chute de l'épiderme ; des lotions d'eau de sureau et des bains de pieds sinapisés favorisent la guérison.
Mais d'autres affections de la peau peuvent se produire par la même cause, des éruptions graves peuvent survenir, l'érysipèle de la face et du cuir chevelu se développer. Sous la même influence apparaissent encore divers accidents cérébraux très-sérieux : telles sont de vives douleurs de tête, des apoplexies, des inflammations cérébrales, des aliénations mentales, etc., etc. On voit même quelquefois la mort se produire instantanément, et chaque année ces événements se renouvellent,
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soit chez les moisonneurs, soit parmi les soldats qui font des marches forcées.
En présence de tous ces dangers, on ne doit pas négliger les moyens de s'en préserver. Le premier et le plus sûr est d'éviter l'exposition au soleil lorsque sa lumière est très- intense, et lorsque, dans nos contrées, il darde perpendiculairement ses rayons vers le milieu de la journée. Il est encore utile d'abriter la tête et les épaules, soit avec un large chapeau de paille, soit au moyen d'autres coiffures, ainsi que le font les Arabes et les autres peuples qui se trouvent dans les mêmes conditions. Les substances légères et poreuses doivent toujours être préférées afin que leur poids ne soit pas incommode, et parce que l'évaporation de la sueur est alors plus facile. Les couleurs claires, et surtout la couleur blanche, sont plus avantageuses que les autres; nous avons déjà signalé ce fait à propos de l'influence des climats. Enfin, lorsque la nécessité oblige un individu à modifier ses habitudes et à subir fréquemment l'action des rayons solaires, il doit avoir soin de s'y habituer graduellement, ne s'y exposant d'abord chaque jour que très-peu de temps, afin d'arriver sans danger à supporter cette influence et à braver les conséquences qui peuvent en résulter.
Mais puisque la lumière agit avec autant d'intensité sur l'homme sain, et qu'elle détermine si facilement l'inflammation des centres nerveux, n'est-il pas raisonnable de soustraire T homme malade à sa puissance? En effet, dans beaucoup de circonstances, non-seulement la lumière vive est malfaisante, mais la lumière diffuse, le
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jour lui-même est dangereux pour l'être soufîrant. C'est ainsi que dans la plupart des maladies cérébrales, dans les fièvres graves, dans les affections des yeux, on se trouve bien de placer les malades dans une demi-obscurité.
Influence de la lumière sur Torgane de la vue. — Lumière artificielle, éclataute ou insuffisante. — Lumière naturelle directe et lumière réfléchie, précautions à prendre. — De la température. — Moyens naturels de résistance à la chaleur et au froid. — Source principale de la chaleur du corps. — Mécanisme de la résistance aux températures extrêmes. — Moyens de lutter contre une température très-basse, dangers à éviter. —-Régime convenable dans une température élevée, soins importants. — Les enfants en présence des variations atmosphériques.
Examinons maintenant les dangers que fait courir, dans certains cas, la lumière à l'organe de la vue.
Ici l'action de cet agent est beaucoup plus énergique et cela se conçoit, puisqu'il est l'excitant naturel de l'œil. Aussi tandis que la lumière artificielle, ainsi que nous l'avons dit, ne produit aucun effet appréciable sur la peau, elle suffit au contraire pour agir avec énergie sur l'appareil de la vision. Les individus qui sont obligés de travailler à une lumière éclatante, comme les verriers, les fondeurs, etc., sont exposés à perdre la vue
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de très-bonne heure ; il en est de même de ceux qui fixent des objets très-petits à une vive lumière, tels que les horlogers, les joailliers, etc. Si ce genre de travail est trop persistant, si de nombreux moments de repos ne viennent pas le suspendre, des maladies graves des yeux peuvent en être la conséquence. Une foule de professions courent les dangers que nous venons de signaler : suivant M. Chevallier, la vue des compositeurs d'imprimerie finirait souvent par être compromise à cause du brillant des caractères neufs ; mais il est probable que dans ce cas l'excès du travail des yeux, et la nécessité de fixer pendant de longues journées, avec la plus grande attention, des objets très-petits, suffisent seuls pour altérer et user la vue.
Les personnes qui travaillent dans un jour insuffisant voient aussi leur vue s'affaiblir par un autre mécanisme. Celles qui sont obligées de fixer constamment des surfaces blanches qui reflètent la lumière, ou des corps complètement noirs qui l'absorbent et obligent les yeux à faire un effort, sont également dans de mauvaises conditions pour conserver longtemps l'intégrité de la vue. Mais un danger réel résulte toujours du passage rapide de l'obscurité ou même d'un jour terne à une lumière éclatante, et l'on sait que la lumière brillante de Téclair a quelquefois rendu immédiatement aveugles des individus dont les yeux étaient auparavant dans un état parfait d'intégrité.
Lorsque la lumière du soleil est très-intense, et lorsque les yeux sont obligés d'en soutenir l'éclat pendant un temps un peu long, ces organes peuvent éprouver
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de graves lésions dans leurs fonctions. La lumière reflétée aussi bien que celle qui arrive directement produisent le même résultat. Ainsi, l'on voit les surfaces blanches des murailles exposées au soleil, les plaines sablonneuses dans certains pays, et la lumière réfléchie par la neige déterminer la cécité. Lliistoire grecque nous apprend que, lors de la retraite de Xénophon , à travers les montagnes de r Arménie couvertes de neige, un grand nombre de ses soldats perdirent la vue, et les relations des voyageurs nous offrent beaucoup d'exemples analogues. Il est donc important, en pareil cas, de se prémunir contre le danger que nous signalons; le meilleur moyen d'y parvenir est d'interposer entre les yeux et les objets qu'ils doivent fixer, des verres légèrement colorés en vert ou en bleu, et ceux qui, par profession, sont fréquemment exposés à une vive lumière doivent employer constamment cette précaution,
La température tient, parmi les modifications atmosphériques, un rang aussi important que la lumière, et rétude de la première doit être d'autant mieux rapprochée de celle de la seconde, que dans beaucoup de circonstances, c'est par une action commune qu'elles agissent sur le corps de l'homme.
L'élévation de la température atmosphérique produit, comme on le sait, la sensation de la chaleur^ et de son abaissement résulte celle du froid. Toutefois, cette sensation est subordonnée à l'état de la chaleur naturelle du corps, à la constitution del'individu^ à l'âge, au sexe et même aux habitudes qu'il a contractées. Ainsi, les constitutions vigoureuses sont moins aisément influen-
céespar la température que les constitutions faibles; les enfants et les vieillards sont plus sensibles à son action que les adultes, et les femmes y sont plus impressionnables que les hommes.
L'habitude de vivre dans tel ou tel climat est une des causes les plus importantes qui permettent à l'homme de résister à la chaleur ou au froid auxquels il est habitué depuis longues années; ainsi tel degré qui semble brûlant pour les Européens, paraît naturel aux habitants du Sénégal. Mais il n'est pas besoin, au reste, d'aller chercher des exemples dans des climats lointains, car les vicissitudes atmosphériques, qui sont fréquentes sous notre ciel, nous font assez sentir que si nous passions tout à coup de la température du mois de janvier à celle qui règne habituellement en juin, nous aurions une trèsgrande peine à la supporter.
L'homme est doué par lui-même d'une certaine caloricité qui lui permet de résister aux variations extérieures. Cette caloricité intérieure, qui varie très-peu et qui est presque indépendante du milieu dans lequel il se trouve, porte la température du corps humain à environ 37 degrés centigrades; celle des enfants s'élève jusqu'à 39 degrés, tandis que chez les vieillards elle est plus basse que chez les adultes. La source principale de cette chaleur a son siège dans l'acte de la respiration, aussi la calorification est-elle toujours proportionnée à l'énergie des fonctions respiratoires ; on conçoit dès iors quelles sont les conditions qui permettent à l'homme de résister plus ou moins avantageusement à l'aciion da la chaleur et du froid.
On a vu des individus résister quelques instants dans des étuves sèches à une température de plus de cent degrés, et dans certaines contrées, le thermomètre atteint parfois près de quarante -cinq degrés centigrades qui sont très-bien supportés par les habitants. Cette résistance s'explique parfaitement par l'évaporation continuelle qui se fait à la peau et dans les canaux respiratoires, et l'on connaît en effet cette loi de la physique par laquelle l'eau ne peut se réduire en vapeur que par l'absorption d'une très-grande quantité de calorique. C'est donc par ce mécanisme que le corps est débarrassé du calorique extérieur qui vient l'opprimer.
La résistance au froid augmente en proportion de l'abaissement de la température, car le pouvoir calorifique ayant, ainsi que nous l'avons dit, sa source principale dans la respiration, cette fonction accroît son énergie et le poumon absorbe beaucoup plus d'air pendant l'hiver que pendant l'été. On a vu des navigateurs endurer des froids de près de cinquante degrés centigrades au-dessous de zéro. Mais lorsque l'homme est exposé à un froid considérable, il est obligé, pour résister à ce froid et exagérer les fonctions respiratoires, de multiplier ses mouvements et de ne pas se laisser aller au sommeil. C'est par suite d'une conduite opposée et sous l'influence de la fatigue que beaucoup de nos braves soldats ont péri pendant la retraite de Russie.
La manière dont sont disposés les vêtements, l'espèce de tissu qui les forme, ont, comme nous le verrons plus tard, une grande part dans les moyens de protection contre le froid; toutefois, ces ressources sont insuffl-
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santés et ne viennent qu'en seconde ligne après celles que nous avons indiquées et que l'individu puise dans sa propre organisation.
Ainsi que nous l'avons vu, l'homme possède en lui les moyens de résister aux températures extrêmes , il est puissant contre la chaleur et contre le froid, mais il se trouve presque sans défense en présence des variations brusques de l'atmosphère. En effet, la résistance a peine à s'organiser tout à coup, et l'organisme est pour ainsi dire surpris par la température nouvelle, de là la cause d'une foule de maladies.
Néanmoins, on peut, au moyen de certaines précautions, lutter avec avantage contre les vicissitudes qui nous occupent ici ; c'est ainsi que le régime alimentaire aune très-grande influence et modifie puissamment Faction de la température. Lorsqu'il s'agit de résister au froid, les repas doivent être plus copieux, les mets plus abondants ; les liqueurs stimulantes et alcooliques peuvent être prises en petite quantité et sont plus avantageuses pour calmer la soif que l'eau glacée ou la neige dont usent quelquefois les armées en campagne ou les voyageurs. Ces dernières substances enlèvent alors une portion du calorique qui doit être précieusement ménagée. Le repos est, ainsi que nous l'avons dit, la source d'un grave danger, et l'on doit résister au sommeil qui surprend et poursuit celui qui séjourne au milieu des glaces et des neiges. Il est également très-important de ne pas exposer à un feu vif telle portion du corps qui vient de souffrir d'un froid très-intense ; la chaleur doit être employée très-graduellement ; on a souvent vu la gangrène
survenir en suivant une conduite opposée. Il est même dangereux, après avoir subi un froid considérable, de séjourner dans une pièce très-cbaude, des douleurs vives des membres, des fourmillements, des congestions cérébrales et autres accidents peuvent en être la conséquence.
On peut lutter contre la chaleur en employant d'abord une partie des précautions indiquées précédemment contre la lumière excessive , puisque le mode d'action de ces deux agents a beaucoup d'analogie. Puis on oppose avec avantage à ses effets un régime peu substantiel, plutôt végétal qu'animal, en faisant usage de boissons légèrement acidulés, telles que des limonades au citron et évitant les alcooliques qui sont alors très-pernicieux. Le repos, pendant l'extrême chaleur du jour, modère la transpiration cutanée et empêche la déperdition des forces. Les boissons chaudes, en même temps qu'elles débiliteraient l'estomac, seraient fort peu agréables, mais il faut éviter avec le plus grand soin les boissons très-froides qui peuvent déterm.iner des inflammations internes de la plus grande gravité.
Lorsque l'on emploie le froid sous quelque forme que ce soit, soit intérieurement, soit extérieurement, dans le but de diminuer le calorique dont on est accablé, on doit le faire avec des précautions très-minutieuses, afin qu'il n'en résulte aucun accident. Il n'est personne qui ne connaisse le danger auquel nous expose un courant d'air froid pendant les chaleurs de l'été, ou celui qui peut résulter de l'ingestion d'un verre d'eau glacée. C'est donc une f lute grave contre les lois de l'hy-
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giène que d'abuser de ces glaces et sorbets dont beaucoup de gens sont si friands ; et si nous ne voyons pas plus de maladies en résulter, c'est parce que le plusgrand nombre de ceux qui en usent les prennent le soir, lorsque la température a déjà subi un abaissement trèsmarqué. Nous connaissons un médecin qui a toujours soin, pendant les chaleurs de Tété, d'exposer durant quelque temps au soleil Teau qu'il doit mélanger au vin pendant ses repas. Nous ne saurions trop louer et recommander cet exemple, et nous sommes convaincus que si la même prudence était plus générale, une foule de maladies ne se produiraient pas. Lors des terribles épidémies du choléra qui eurent lieu en 1832 et en 1849, un grand nombre de cas ont été produits pour avoir bravé les lois hygiéniques que nous citons ici.
Doit-on, d'après tout ce que nous avons dit du danger des variations subites de la température, élever les enfants ainsi que le font certains philosophes qui prétendent les endurcir contre les intempéries des saisons, en négligeant complètement les précautions que l'hygiène réclame ? Non assurément, les enfants d'une forte constitution ont seuls le privilège de survivre à ces habitudes presque sauvages, et dès lors il devient presque superflu de les endurcir contre la chaleur et le froid puisqu'ils sont bien organisés pour y résister. Quant aux faibles ils sont destinés à succomber par un pareil régime, aussi faut-il toujours prendre un moyen terme, ce qui est plus raisonnable. Il ne faut pas élever les enfants avec trop de précautions, lesquelles finiraient par les rendre très-impressionnables à l'action des modifications
atmosphériques, mais il est cependant très-important de les préserver contre les grandes variations de la température.
De rhumidité de Tatmosphère. — Effets de Tair humide et chaud. — Effets de Fair humide et froid. — Moyens de se soustraire à l'influence de la chaleur humide. — Moyens de combattre l'influence du froid humide. — Importance du mode de vêtement. — De l'usage de la flanelle. — De Falimentation dans les temps humides. — Forces musculaires et intelligence,
n Quant aux constitutioTis de rannée, a dit Hippocraf e, les temps secs sont, en général, plus salubres et causent moins de mortalités que les temps pluvieux. »
L'humidité de Fair a effectivement une influence considérable sur toutes nos fonctions, et elle peut être placée au premier rang parmi les modificateurs atmosphériques dont nous subissons constamment Tinfluence. L'air, quelque sec qu'il nous paraisse, contient toujours une certaine proportion de vapeur d'eau, ce qui est facilement démontré par les instruments nommés hygromètres, dont les physiciens se servent pour mesurer le degré d'humidité de l'atmosphère ; mais c'est surtout
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par sa combinaison avec le calorique que riiumidité a un puissant empire sur le jeu de nos organes, ce qui fait que Vi\\v humide et chaud a une action diiïérente de celle de l'air humide et froid.
Lorsque Vair est humide et chaud^ nous le supportons difficilement, il semble qu'il nous accable de son poids, tandis qu'en réalité nous sommes gênés par la vapeur aqueuse qui sature l'aï mo^phère, et qui par sa présence a diminué la quantilé d'air respirable. Lorsque Ton subit l'influence que nous signalons, l'oppression des forces s'étend aux diverses fonctions de l'organisme et produit la faiblesse et la lenteur de la circulation du sang, la diminution de l'appétit, une modification dans les digestions qui deviennent plus laborieuses; la force musc?i!aire est considérablement diminuée, les facultés intellectuelles elhS'iTiêmes sont affaiblies.
Des phénomènes qui peuvent s'apprécier, en quelque sorte matérielierfient, sont également produits par l'air humide et chaud ; ainsi, tandis que l'évaporation pulmonaire diminue, la sueur s'accumule à la surface de la peau, et sa vaporisation trouvant un obstacle incessant dans l'humidité qui l'environne, elle ruisselle et semble gonfler les tissus. En revanche la sécrétion des urines est activée, mais cette voie ne suffit pas à débarrasser l'organisme, et le poids du corps se trouve momentanément augmenté.
Vair humide et froid opprime aussi tous les actes fonctionnels de la vie, mais d'une façon un peu diff'érente que celle de l'air chaud et humide. Il déte^ineen outre une véritable souffrance, et la soustraction du calorique
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est beaucoup plus pénible par un temps humide que par un temps sec ; ainsi, telle personne qui n'est que légèrement incommodée par le froid à la température de un ou deux degrés centigrades au-dessus de zéro, éprouve une sensation pénible à sept ou huit degrés, lorsque l'atmosphère est saturée par l'humidité. Il semble que l'air humide se glissant entre les vêlements et la peau, va porter le froid sur toutes les régions du corps; le froid, comme on le dit alors, est pénétrant. Aussi estce sous l'empire des constitutions atmosphériques que nous signalons, que l'on voit surgir les rhumes, les catarrhes, les embarras gastriques, les rhumatismes et même les pleurésies et les inflammations du poumon, ainsi qu'une foule d'autres maladies.
De même que sous l'influence de l'air chaud et humide les fonctions digestives sont altérées, de même la circulation diminue d'activité et la respiration devient plus pénible , mais la force musculaire est moins aff'aissée, ce qui tient à ce que, dans le premier cas, elle subissait l'influence du calorique. L'intelligence ne semble pas notablement modifiée , une sorte de souff'rance causée par l'impression de l'air ambiant sur la peau pourrait tout au plus diminuer son énergie et son originalité individuelle.
L'action la plus facile à constater, la plus visible en quelque sorte , est l'absence de toute transpiraton de la peau. A peine cette membrane exerce-t-elle une perspiration très-faible et non apparente. L'évaporation pulmonaire est très-peu considérable, et ce sont encore les organes de la sécrétion urinaire qui sont chargés de suppléer au manque d'énergie des autres fonctions.
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Lorsque Von connaît l'action de Thumidité sur les fonctions de l'organisme, lorsque l'on peut se rendre compte de Taltéralion des forces opprimées par l'air chaud ou froid chargé de vapeurs humides, on possède déjà les moyens de combattre ces funestes effets; car s'il est trèsdifficile de se soustraire complètement à l'influence atmosphérique dans laquelle on vit, on peut au moins, à l'aide de certaines précautions, en atténuer considérablement les effets.
L'air que nous respirons dans nos habitations est susceptible de recevoir certaines modifications qui en changent la qualité. Ainsi lorsqu'il est chaud et humide on peut souvent établir des courants qui, au moyen du renouvellement continuel de l'air, font pénétrer dans les appartements une plus grande quantité d'air respirable ; dans un temps donné, on a été entouré d'une plus grande quantité de vapeur d'eau, mais les poumons ont pu absorber beaucoup plus d'oxygène. Il n'est pas nécessaire pour cela de se placer au miheu des courants d'air, ce serait, comme nous le verrons plus tard, une grave imprudence.
Mais au lieu d'avoir à déplacer un air humide et chaud, il s'agit souvent de remplacer un air froid et chargé d'humidité. Dans ce cas l'importance est encore plus grande, car c'est le dernier surtout qui est le plus fatal à l'organisme, et il est indispensable au jeu régulier des fonctions de ne pas subir trop longtemps son action débilitante. Nous pourrions, pour en rendre la preuve plus palpable, indiquer des contrées entières dont les habitants, sans cesse enveloppés d'un épais
brouillard, ont acquis une constitution spéciale, qui se transmet des parents aux enfants et de ceux-ci à leurs descendants, et les prédispose aux engorgements des viscères, à l'hydropisie, au scorbut, aux affections rhumatismales, catarrhalfs, etc. De cette modification complète en résultent nécessairement d'autres ; les formes extérieures perdent leur précision et leur élégance, et les qualités intellectuelles finissent par éprouver des changements très-appréciables.
Les grandes influences climatériques dont nous venons de parler ne s'exercent pas, il est vrai, à Toccasion des simples vicissitudes de l'atmosphère, et ne sont pas produites par l'air que nous respirons dans nos appartements, lorsque ces vicissitudes surviennent. Mais de ce que l'action est passagère, elle n'en est pas moins pernicieuse, et l'on doit s'efforcer de la combattre. Il faut donc, lorsque nous sommes entourés d'un air humide et froid, chauffer les pièces d'habitation jusqu'à ce que l'air y ait acquis une température modérée, afin que le calorique, en dilatant l'air ambiant, lui rende son élasticité et le dégage des vapeurs humides dont il est saturé. Le chauffage a en outre l'avantage, lorsqu'il est bien organisé, de faire un appel incessant à l'air extérieur et de renouveler ainsi l'air vicié par la respiration et les autres causes de son altération. Chauffer les appartements par un temps humide et froid est donc chose plus importante pour la santé que de les chauffer par un froid sec, lors même que la température serait beaucoup moins basse dans le premier cas que dans le second.
Après les précautions indiquées pour ropdifîer les
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qualités de l'air qui nous entoure, il est bon d'en mettre plusieurs autres en usage si l'on veut augmenter les chances que Ton a de se soustraire à l'action débilitante de riiumidité. La manière dont on est vêtu, par exemple, occu[>e le premier rang parmi les moyens préservatifs : c'est ainsi que les flanelles douces et molles, dont le tissu est très-iàch ^ sont excessivement précieuses pour couvrir la peau dans les temps froids et humides. Appliquées directement sur la membrane tégumentaire, elles y représentent pour le corps une seconde enveloppe, dont la présence protectrice le défend incessamment contre le froid humide, l'un de ses plus cruels ennemis. A l'abri de ce moelleux vêtement emprunté par le génie de l'homme aux dépouilles des animaux, la peau fonctionne avec plus de facilité , et si le tissu n'est pas trop serré !a transpiration cutanée s'exerce suffisamment pour équilibrer les autres fonctions et empêcher que certains appareils d'organes n'acquièrent une activité qui favorise leurs maladies. Tout le monde sait que les médecins trouvent dans beaucoup de cas un puissant auxiliaire dans l'usage de la flanelle, qui a m.ême fini par être désignée dans le commerce par le nom de flanelle de santé.
Doit-on employer le même moyen contre la chaleur humide, et est-il avantageux, comme on le croit assez généralement, de porter de la flanelle par les temps chauds et humides ?
Non, nous le déclarons ici hautement afin de combattre un préjugé qui s'est élevé à la hauteur d'une croyance hygiénique, la flanelle est plus nuisible qu'utile
COURS d'hygiène. 5i
lorsque l'atmosphère est chaude et saturée d'humidité. N'avons-îious pas dit au commencement de cette leçon que, dans les circonstances atmosphériques que nous signalons, la sueur s'agglomère sur la peau et qu'elle est empêchée de se vaporiser à cause de l'humidité de l'air qui l'enveloppe ? Eh bien, si à ce puissant obstacle vous en ajoutez un autre, si non-seulement voire corps est entouré d'air humide, mais si vous le mettez en contact avec un tissu qui sera bientôt non-seulement humide mais imprégné d'eau, comment voulez-vous que la peau se débarrasse de la couche d'eau qui la couvre ?
La flanelle, dira-t-on, absorbe riiumidité de la peau. Oui, el!e s'en empare et s'en sature, mais bientôt elle ne pourra plus ni la prendre ni la garder, et la sueur n'en raiseellera pas moins à la surface cutanée. Une pratique plus sage consiste à mettre au contact de la peau du linge sec et moelleux, et celui de coton est alors préférable; ce lioge permettra en partie la vaporisation du liquide, et si Ton a la précaution de le renouveler lorsqu'il est humide et d'essuyer la peau avec soin, on se trouvera dans les meilleures conditions possibles pour ne pas éprouver les fâcheux effets du froid et de l'humidité combinés.
Les fonctions digestives subissant dans les temps humides, quelle que soit la température, une notable oppression, on doit diminuer l'alimentation et choisir de préférence les aliments dont la digestion s'opère avec facilité. La nature sert, en cela, merveilleusement Torganisme, car si la faculté de digérer a perdu de sa puissance, Fappétit participe à cet abaissement d'énergie
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fonctionnelle et vient nous inviter à une modération salutaire.
Est-il bon dans les temps humides et froids de faire usage des alcooliques? Nous pensons que si certains tempéraments doivent en être très-sobres, que si personne même ne peut être juge dans sa propre cause et doit consulter le médecin qui lui donne habituellement des soins et sait ce qui convient à la constitution dont il est doué, beaucoup d'individus peuvent, contre cette sorte de vicissitude atmosphérique, user avec beaucoup de prudence et de modération des liqueurs alcooliques et du café noir. Sous leur influence stimulante, la circulation augmentera d'activité et les forces musculaires y gagneront.
Puisque la faiblesse musculaire est considérable lorsque l'atmosphère est chaude et humide, puisque les facultés intellectuelles sont même diminuées, il faut, si on le peut, diminuer aussi l'activité du travail physique et donner moins de labeur à l'intelligence ; mais nous sommes rarement à même de régler notre travail sur l'incertitude de l'atmosphère, elle servirait d'ailleurs trop souvent d'excuse à notre paresse, et les devoirs sociaux, ceux de la famille et de la profession, sont un stimulant assez puissant pour nous faire surmonter les obstacles que les influences extérieures apportent à rexercice de nos facultés. Dans d'autres régions, là où les conditions chmatériques sont peu variables et obligent les habitants à certain genre de vie, à certaines habitudes, les mœurs et les coutumes se moulent aux exigences du climat. En France, pays d'activité, d'ini-
tiative et d'intelligence, on est habitué de bonne heure à braver les vicissitudes atmosphériques et à déployer, chacun dans sa sphère, un courage et une énergie qui ne varient guère; mais on néglige trop souvent les précautions hygiéniques qui peuvent aider à surmonter les obstacles, et une foule de gens subissent les fâcheuses conséquences de l'humidité atmosphérique, tandis qu'il leur serait très-facile, ainsi que nous croyons l'avoir démontré, de s'y soustraire, au moins en grande partie.
SIXiÈiE LEGON.
De îa pression de l'atmosphère. — Diminution de la pression atmosphérique. — Mal des montagnes. — Effets de la diminution brusque du poids de l'atmosphère. — Augmentation de la pression atmosphérique. — Résultats de cette augmentation. — Préceptes hygiéniques dictés par ces études. — De la composition chimique de Fair. — Nécessité de respirer un air pur.
L'air atmosphérique est un corps pesant dont la pression influe sur les êtres organisés. Le poids de Fair a été parfaitement déterminé par les physiciens, qui oni calculé qu'à la température de 0 un litre d'air pèse un peu plus d'un gramme, de sorte que les couches d'air superposées qui forment l'atmosphère terrestre, dont la hauteur est évaluée à quinze ou seize lieues, sont une masse excessivement lourde pour le corps de l'homme. D'après les calculs, la pression atmosphérique que supporte un adulte équivaut à trente-trois mille six cents livres, et c'est celte pression qui es^- représentée sur le baromètre par une co'onne de mercure de soixante-quinze centimètres de hauteur.
COURS d'hygiène. 55 Beaucoup de personnes étrangères aux lois de la physique ne se doutent guère qu'elles portent un poids aussi considérable, et au premier abord, elles ne peuvent même pas en admettre la possibilité. C'est qu'aussi elles ne se rendent pas compte du mécanisme qui leur permet de résister à un pareil fardeau ; elles ne songent pas que la colonne d'air est distribuée d'une manière égale sur tous les points de la surface du corps, que les canaux respiratoires sont remplis d'air, et que des fluides élastiques et des liquides que l'air est impuissant à comprimer font équilibre à l'air extérieur.
La pression atmosphérique est loin d'être toujours même, car de nombreuses circonstances contribuent à lui faire éprouver des m.odificalions. La température exerce sur le poids de l'air une très-grande influence, et l'on conçoit que la chaleur, en dilatant l'air, le rende plus léger, tandis que le froid, en le condensant^ le rend beaucoup plus lourd; là est donc la cause ordinaire des variations du baromètre, et c'est ainsi que le jour, la nuit, les climais, les saisons, les vents, modifient la pesanteur atmosphérique. La profondeur souterraine à laquelle on descend ou la hauteur à laquelle on s'élève, soit en ballon, soit en gravissant les hautes montagnes, permettent aussi de constater une diminution ou une augmentation notables dans la hauteur barométrique.
Toutes ces variations sont excessivement intéressantes à étudier, un attrait très-puissant est attaché à l'examen de ces curieux phénomènes, mais i! nous importe surtout ici de connaître les effets de la diminution ou de
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raugmentation de la pression atmosphérique sur l'organisation de l'homme.
La diminiilion de la pression atmosphérique, lorsqu'elle est peu considérable ou lorsqu'elle s'opère graduellement, n'agit que très-peu sur l'organisme : ainsi, les personnes qui passent de la plaine sur une montagne peu élevée ou celles qui habitent ces montagnes n'en éprouvent aucun malaise. Au contraire, ces dernières sont vigoureuses et agiles, douées d'une belle carnation ; leur appétit, leurs digestions, leur respiration sont énergiques, elles sont courageuses et hardies. Lorsqu'il s'agit d'une montagne élevée, les effets ne sont pas les mêmes, mais les phénomènes, dit M. de Humboldt, sont bien dissemblables, suivant l'âge, la constitution, la finesse de la peau, les efforts antérieurs de force musculaire, etc., c'est ce qui fait que les différents rapports de ceux qui ont fait des ascensions très-élevées sur les montagnes sont souvent tout à fait en opposition. Cependant, tout le monde est d'accord pour reconnaître que le plus grand nombre de ceux qui atteignent le niveau des neiges perpétuelles, quelle que soit d'ailleurs la hauteur absolue de la montagne, éprouvent des phénomènes de malaise auxquels on donne le nom de mal des montagnes.
Cette indisposition est caractérisée par la perte de l'appétit, une soif vive, quelquefois des vomissements ; la respiration est gênée, laborieuse ; le voyageur éprouve des vertiges, des palpitations ; le visage est parfois cyanosé, le pouls est fréquent, le sang s'échappe facilement du nez et des gencives; le mal de tête est violent, le sommeil quelquefois irrésistible, la marche est très-pé-
COURS d'hygiène. 57 nible, et les jambes sont le siège de douleurs plus ou moins vives.
Tels sont les principaux symptômes du mal des montagnes auxquels on peut en ajouter beaucoup d'autres si l'on consulte tout ce qui a été publié sur les voyages de MM. Weber, de Humboldt, de Saussure, Bonpland, Lepileur, Martins, Boussingault, etc., etc. Nous ne ferons pas ici une description détaillée des diverses ascensions de ces expérimentateurs, de la hauteur des pics et des cimes qu'ils ont atteints et des phénomènes très-variés qui se sont nianisfestés, car la constitution individuelle de chacun d'eux explique la différence des effets ressentis. Il est évident, d'ailleurs, que la pression atmosphérique n'était pas seulement la cause de tous ces symptômes ; la raréfaction de l'air , l'abaissement de la température, la fatigue de la marche, sont autant d'éléments du problème.
Lorsque la pression atmosphérique diminue brusquement, les effets éprouvés sont beaucoup plus évidents, et quand cela arrive quelquefois par le fait des vicissitudes de l'atmosphère, il semble que l'on est accablé par le poids de l'air, tandis que le fardeau à supporter est en réalité moins considérable; il est positif que la pression atmosphérique qui est représentée dans le baromètre par une colonne de mercure de soixante-quinze centimètres de hauteur, est celle qui convient à notre organisation. Duhamel rapporte qu'un grand nombre de morts subites eurent lieu au mois de décembre 1747, le baromètre ayant baissé tout à coup de trente-cinq millimètres en deux jours.
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Les ascensions au moyen des aérostats ont souvent servi à étudier la question qui nous occupe, mais elles ne l'ont que médiocrement éclairée ; celle de MM. Gay- Lussac et Biot, dans laquelle ces deux savants s'élevèrent à une hauteur de près de sept mille mètres, la plus considérable que l'homme ait jamais atteinte, a eu plus de résultats pour la physique proprement dite que pour l'hygiène. Après avoir décrit l'accélération de la respiration et de la circulation qui s'était manifestée, le froid vif qu'il avait ressenti, M, Gay-Lussac ajoute : « J'étais loin d'éprouver un malaise assez désagréable pour m'engager à descendre. » Cependant il avait le gosier si aride qu'il lui était pénible d'avaler du pain, et le bois de ses instruments éclatait tant la sécheresse était considérable.
V augmentât ion de la pression atmosphérique doit nous fournir des effets très-différents de ceux que nous venons de passer en revue. On n'a pu toutefois étudier les phénomènes que par des moyens artificiels , car l'homme ne descend pas à des profondeurs assez considérables pour pouvoir en obtenir un résultat très-marqué ; on sait seulement que lors de l'élévation du baromètre, c'est-à-dire lorsque l'air devient en réalité plus lourd, on éprouve un sentiment de bien-etie, que les fonctions vitales s'exécutent mieux et que l'énergie des forces musculaires est augmentée.
L'appareil inventé par le docteur Juaod, et au moyen duquel on peut condenser l'air à plusieurs atmosphères, est venu apprendre aux physiologistes que lorsqu'on double la pression naturelle que supporte le corps de
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l'homme, on observe les phénomènes suivants : la respiration s'exécute avec une très-grande aisance, elle diminue de fréquence et la poitrine fait éprouver la sensation d'une chaleur agréable, le pouls est plein et fréquent, la digestion s'opère avec facilité, les mouvements sont plus faciles et plus énergiques, l'imagination est plus excitée et à tel point que du délire peut se manifester; enfin, l'organe de l'ouïe ressent profondément une sensation de compression qui est souvent incommode.
Une pression beaucoup plus considérable peut être supportée sans le moindre inconvénient : en 1847, notre savant et modeste ami le docteur Payerne fit fonctionner à Paris, près du pont Royal, l'ingénieux bateau sous-marin qu'il a inventé; nous assistions à cette expérience, et voici ce qui arriva à tous ceux qui étaient enfermés dans le bateau lorsqu'il fut plongé au fond de la Seine : M. Payerne, ayant jugé convenable de produire une compression telle de l'air intérieur, que la pression ordinaire de l'atmosphère était presque quadruplée, chacun ressentit une douleur plus ou moins vive dans les oreilles, la voix était nasonnée, et il semblait à celui qui l'écoutait qu'elle venait de loin. Lorsqu'il fut bien constaté que la respiration et la circulation étaient libres et faciles, que les mouvements avaient toute leur liberté et toute leur énergie, les personnes présentes devinrent plus hardies, l'une d'elles voulut siffler et ne put y parvenir, celles qui répétèrent cet essai eurent le même insuccès, cependant chacun but et mangea sans le moindre obstacle, et deux ouvriers fumèrent avec plus de
plaisir qu'à l'ordinaire ; quelques minutes après leur sortie du bateau sous-marin, tous étaient rendus à leurs sensations habituelles.
L'influence exercée sur l'organisation de l'homme par les variations rapides et considérables de la pression atmosphérique, n'est intéressante pour l'hygiène qu'autant qu'elle peut lui fournir d'utiles préceptes ; voyons donc ceux que doit dicter naturellement l'étude que nous venons de faire.
D'après les effets produits par la diminution de la pression atmosphérique, il est évident qu'il faut, autant que possible, éviter cette influence. Si Ton était obligé d'en subir les conséquences, il serait important de ne s'y exposer qu'avec de très-grandes précautions, c'est-àdire en mettant autant de temps que l'on pourrait en mettre à atteindre le heu élevé où l'on désire arriver. Les morts subites observées par Duhamel, les hémorrhagies nasales qui surviennent quelquefois sur les hautes montagnes, ainsi que les vertiges, les palpitations et les difficultés de respirer, nous enseignent à pratiquer la plus grande sobriété lors des vicissitudes atmosphériques caractérisées par une pression moins considérable de Tair. Tout écart de régime, toute secousse morale excitée par les passions, ajoutent leurs pernicieux eff'ets à ceux dont nous nous occupons ici. Nous comprenons encore que les personnes qui ont des aff'ections du poumon ou du cœur ou qui sont prédisposées à des maladies de ces organes, que celles dont l'organisation les expose aux congestions cérébrales, doivent éviter les voyages aérostatiques, le séjour dans les lieux très-élevés, et
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prendre beaucoup de précautions hygiéniques îors d'un abaissement subit de la colonne barométrique.
Les résultats de l'augmentation de la pression atmosphérique nous montrent au contraire que les localités qui présentent des conditions opposées, telles que les plaines, conviennent aux personnes dont nous venons de parler, et les expériences qui ont été faites par plusieurs médecins au moyen d'appareils qui condensent l'air, prouvent que l'on peut en obtenir de bons résultats pour diverses maladies ; effectivement, des succès remarquables ont été dus quelquefois à ces moyens.
La composition chimique de Vair^ comme on le conçoit facilement, a une très-grande influence sur la santé, et puisque l'air en agissant directement sur le sang lui communique ses qualités bonnes ou mauvaises, on conçoit très-bien que la qualité de l'air est aussi importante à noter que l'action des divers agents qui réagissent sur i'at-
L'air est composé d'oxygène, d'hydrogène et d azote, trois gaz qui, pris isolément, ne sont pas respirables, mais dont la réunion dans cerlaines proportions que pre«que tout le monde connaît, constitue l'air atmosphérique, c'est-à-dire, celui qui est propre à l'entrotien de la vie. La quantité relative de ces trois gaz peut subir des modifications importantes, mais ce qui n'est pas m.oins sérieux à considérer, c'est le mélange des diverses vapeurs et poussières qui peuvent communiquer à l'air des propriétés malfaisantes.
Rappelons donc ici que les personnes qui se trouvent,
par profession, dans la nécessité de respirer un air vicié
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doivent s'empresser a:issitôt qu'elles le peuvent d'emplir leurs poumons d'un air pur. Les individus qui séjournent dans les endroits où beaucoup de personnes se trouvent à la fois, ceux qui sont employés dans les usines qui produisent du gaz ou des poussières délétères, ceux qui surveillent ou exécutent des travaux destinés à assainir les localités insalubres, ceux qui donnent leurs soins aux malades, etc., etc., ne sauraient mieux employer leurs heures de repos qu'en respirant un air vif, pur et fréquemment renouvelé. Ils pourront au moins, par ce moyen, contrebalancer en partie l'influence à laquelle ils se trouvent soumis.
Au voisinage des marais , là où des matières végétales sont sans cesse en décomposition, l'air contient des miasmes très- dangereux que les procédés chimiques sont presque toujours impuissants à démontrer, mais qui n'en agissent pas moins d'une manière fâcheuse sur l'homme en produisant des fièvres intermittentes et autres maladies graves ; il est donc très -important d'éviter le voisinage des localités marécageuses ou de s'y soustraire de temps à autre lorsque l'on est dans l'impossibilité de l'abandonner. Dessécher ces localités humides, purifier l'air insalubre que respirent encore trop de malheureux, est une haute mission dont notre siècle a compris l'importance, et qui est l'objet de la sollicitude des gouvernements et des hommes véritablement philanthropes.