ORES TE
« Qu'un crime égal au tien dans les enfers te plonge.
A ces mots, Oreste immole Clytemnestre; et dans la pièce suivante^ poursuivi des Euménides^ une des Furies l'interrogeant :
« Défends- toi , si tu peux : immolas-tu ta mère ?
■ Je rimmolai moi-même , et D'en &n nul myttère. « Déjà, c'est aroner ta chAte en ce combat.
OKXSTX.
■ Attendez à me voir wrtir de ce dAst.
■ DécUre-noiu comment ta mère (bt frappée.
OmBlTK.
■ Cette main dans m goi^e enfonça m<m épée.
■ Qai te le conseilla? quel poiiToir?qnel démon?
' L'ordre sacré d'an diea : j'en atteste Apollon. L'zvniviDE.
• Son oi^ane aniaït-il prescrit un panidde ?
a Je fut soumis au sort, et rien ne m'intimide.
L'zVKiviDE.
■ Le glaive hunûlieta l'o^neil de tes discours.
OBZSTK.
n Les mines paternels viendront à mon secours.
l'eumâkide.
• Invoqnea-tu les morts , meurtrier d'une mère ?
OKESTZ.
• Deux crimes dans la mienne ont forcé ma colèrC.
«Deux crimes? quels sont-ilt7pronve4es devant nonsi oazsT*.
1 Ensemble elle i-goi^ea mon père et son époux.
• Quel trait que ce dernier rers qui fait dun seul forfait deux crimes irrémissibles ! Convenez que des répliques si vives et si frappantes jettent sur le ton de ce tableau cette splendeur lu^bre qui dut le faire briller dans Athènes, conformément à la no- .blesse du cothurne : sans ces éclairs de génie, la sombre horreur en serait insupportable.
L'Oreste de Sophocle, adouci déjà par le goût délicat de ce poète , n'immole sa mère que derrière le théâtre; mais Electre, restée sur la scène, pleine du désir de venger les coups portés à son père , entend les gémissements de Glytemnestre expirante , et crie ,à son frère : « Frappe! redouble ! » élan de fureur qui -reporte sur le lieu tout ce que ce parricide a de terrible. Bientôt après, Egisthe, de retour, est frappé de la vue du corps sanglant de sa complice quon découvre à ses regards ; et c'est à lui qu Oreste prononce le même arrêt de mort qu'il adresse, dans la pièce d^Eschyle , à sa propre mère. La beauté du dialogue devient encore ici Tomement de cette effroyable situation.
Euripide, plus pathétique en ce point qu'il n'est terrible , écarte également de la vue le spectacle des deux meurtres, dont l'un est mis en récit dans la bouche d'Oreste, et l'autre est entendu, dans l'intérieur du palais, par les personnages du chœur, dont le trouble et Tépouvante le rendent présent à la pensée qu'il consterne.
Les modernes ont renchéri sur ces précautions. Ni rOreste, ni l'Electre, qu'ils reproduisent, ne conçoivent le projet d'assassiner Glytemnestre, et leur ven-
a7a COURS ANALYTIQUE
geance , ne tendant qu'à la mort d'Egisthe , n'excite qu'une terreur modérée dont la diminution est , selon mon avis, la seule cause du peu de succès qà-eut toujours ce dénouement sur notre scène. Ainsi notre habileté évite souvent le vice d'un excès, mais elle perd Toccasion même d'offrir une beauté. 11 ne s'agit pas d'éluder les difficidtés au théâtre, mais de les aborder vivement et de les vaincre ; ni de £ûre Iduer l'adresse de son art , mais d'en faire admirer la force et l'heureuse audace.
Dans la pièce de Voltaire , on entend les cris des victimes d'Oreste; et Fauteur, en corrigeant très-bien Fodieux de l'exclamation d'ime fille contre sa mère, substitue ces mots qui conservent l'esprit du texte grec :
« Il frappe Egisthe... achève , et sois inexorable !
« Venge-nous , venge-la ! tranche un nœud si conpable!
« Immole entre ses bras cet infâme assassin !
Mais Oreste^ déjà parricide involontaire, reparaît devant elle qui lui dit alors , pleine d'alarmes :
« Qu'avez -vous fait , cruel ?
ORESTC.
Elle a voulu sauver. . . .
« Et les frappant tous deux. ... je ne puis achever.