‹ Cours analytique de littérature génerale: tel qu'il a été professé a l'Athénée de Paris (volume 3)Chapitre 16 sur 20 · COVIELLE · texte numérisé non relu

COVIELLE

«Mais enfin elle est capricieuse autant que personne du «mopde..

CLiONTE.

' « Oui , elle est capricieuse , j'en demeare d'accord : mais « tout sied bien aux belles ! on soufïre tout des belles !

CoVIELLE.

« Puisque cela va comme ça , je vgis bien que vous avez « envie de Taimer toiigpurs..

Cléonte. ..

«Moi, j'aimerais mieux mourir;- et je vais la^hair autant « que .je l'ai aimée. ^

COTIELLE.

« Le moyen , si vous la trouvez si parfaite !

Cleonte.

: « C'est en . quoi ma vengeatice sera plus éclatante ; en « quoi je veux faire mieux voir la force de mon cœur à la «haïr, à la quitter, toute belle, toute pleine d'attraits ^ « toute aimable que je la trouve. »

A peine a-t-il dit ces mots que sa maîtresse ar* rive; et Jà commence un risible combat de reproches entre deux cœurs qui n'ont rien à sereprochèi';: querelle charmante quaniment les évolutions d une fuite réciproque de la part de deux amants qui ne tendent qu^à se rapprocher Fun de l'autre. L objet gracieux et gai de cette scène de dépit, trois fois reproduit par le talent de Tauteur , fut trois fois diversifié par son génie enjoué qui toujours à su le rendre agréable et nouveaiK

Concluons que pour se conformer aux qualités de la comédie, les passions ainsi ^ue les caractères doivent s y produire par le ridicule , et qu'il ne faut pas les y pousser trop au sérieux et moins encore jusqu^au pathétique. On ne doit jamais oublier que Thalie est une muse railleuse.

La condition des mœurs est indispensable au genre 9* ^^«''*' et à la plupart de ses espèces^ vu la nécessité d'y établir les vraisemblances. Elle consiste en trois choses, dans l'exacte obseryalion, i"* Des opinions- et des coutumes du- pays où se passe Taotion. a** Des

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penchants et des habitudes cotiformes au caractère et à rage des acteurs. 3** Des caractères de profession. lia vieille comédie n'étant qu une parodie outrée , et ^on une imitation fidèle, on ne peut dire que proprement elle peignit les mœurs. La moyenne comédie, en attaquant plus directement les mœurs que les personnes , ne les présentait aussi que sous Femblême des allégories ; et si nous en jugeons par le Plutus , seul exemple complet qui nous en reste, elle n'en était pas Timage exacte, La comédie moderne (ut la seule comédie de mœurs. Les poètes latins reproduisirent .ses formes sans y rien changer, et n'offrirent aux spectateurs romains que les intrigues des marchands, des esclaves, et des fripons d'Athènes et de Syracuse. Cependant la singularité des usages étrangers blessait par-fois le goût du nouveau public : les explications que nécessitaient ces usages embarrassaient la marche des drames : faute de ces explications on était mal entendu; le besoin de se faire mieux comprendre et de plaire davantage, força Plante et Térence, si non à secouer le joug en représentant les mœurs de leur prapre nation , du moins à le soulever un peu , en assortissant leurs intrigues et les sentiments de leurs dialogues aux idées et aux usages de Rome. Le savant abbé Dubos remarque le bon effet qui résulta de ces altérations des premiers modèles quii imprimèrent aui^ copies une sorte d'originalité , et qui rendirent les sujets plus familiers à la multitude : il appuie son assertion du suffrage recommandable d'{lorace,qui louait en son tempt la comédie latine de commencer à représenter des

personnages romains. Les Latins en usaient alors à l'égard des Grecs et des Siciliens comme Molière et Regnard à Tégard des Latins. Les pièces de V Etourdi^ des Fourberies de Scapin , des Ménechmes , sont intriguées à rimitation des leurs ; mais modifiées dans leurs détails sur nos convenances et nos coutumes : leurs acteurs sont les nôtres ; mais ils ont d autres noms , d autres habits et d'autres sentiments. La conformité ne se retrouTe que dans le fonds d'invention et dans le tissu de la fable. Ces changements, conseillés par le goût, adaptent très -bien les sujets empruntés à Tesprit national qui les repousserait sans ces correc* tions nécessaires. La rapidité des succès du genre comique en Espagne provint de leur penchant à né représenter que les mœurs de leur pays, théâtre des hasards multipliés et des passions enflammées. Le goût d'imiter les anciens fut la cause de la lenteur des progrès de ce genre, en Italie, et borna la carrière de la comédie en ce pays : le seul pas que firent les Italiens dans la peinture des mœurs ne les conduisit d'abord qu'à représenter les diverses professions sous les figures emblématiques du Docteur y de Pantalon ^ de Scapin , de Scaramouche , et de Gilles y qu^on vit reparaître sur tous leurs théâtres , et qui fermèrent l'entrée à quantité d'autres personnages moins fictiA dont ils eussent tiré plus de ressources. S'ils eussent profité des leçons de leur fameux Machiavel dani l'art de la comédie comme ils profitèrent de ses leçons de politique, ils en auraient appris les mystères dani sa Mandragore; pièce obscène , mais parfaitement con* struite et pleine d'une exacte observation des choses

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.et des caractères. Cet ouvrage, sous le rapport lie l'art, mérite toute sorte de louanges. Nous aurons lieu d'en parler plus amplement. Il suffit à notre, sujet de faire ici remarquer le personnage d'un moine .confesseur , tracé de la main d'un makre en Fart de la satire , rôle très*hardi pour son époque , et véritable modèle pour ceux qui , jaloux de traiter les mœurs ; cherchent à les saisir dans les caractères de> profes- Des eanct^res ^Jon. Cette brauchc de la comédie est une des^plus

fournis par '

1m profeMions. fructucuscs daus Ics sujcts nationaux : il en est sorti quantité de rôles nobles et bouffons , tels que lesmé* decins de Molière , les procureurs de Boursault , le Dandin et Tintimé de Racine, le Turcaret de le Sage, le Métromanfe et le Francaleu de Piron. Citerai -je le philosophe , les maîtres d'armes , de chant , et de danse, dont la querelle est suscitée par les travers de profession dans la pièce du Bourgeois^GentU^homme ? Citerai-je les principaux traits dAraminte, de Trissotin, et de Vadius, où le comique durant cinq actes, ne rejaillit que du métier d'érudit et de Tétat d auteur? "Vanterai-je les ressources de gaité que le Sage puisa> dans les prétentions des maltotiers? Arrêtons-nous aux Plaideurs et à la Métromaniey'f^msqûLnne fois nous trouvons de si beaux exemples hors de Molière/ ne fût-ce que pour encourager à glaner encore dans mi champ qu'il semble avoir .entièrement moissonné. Ktpproeiie. j^ mauic dc îuffer et de consumer sa vie et ses biens

ments de la ^ * ^O

^Z^^^Ja^ tn procédures , infectait la ville d'Athènes à l'époque

pk^n. ^^ parurent les Guêpes d'Aristophane ; un vieux juge,

entêté de la folie de dicter des sentences , se lève

chaque nuit avant laube^ pour aller siéger au tribunaK

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Son fils inquiet de ses extravagances , l'enferme cbasst lui ; mais le magistrat Philocléon s échappe en fréné» tique par toutes les issues : on ne le captive un peu qu'en lui persuadant d'exercer sa judicature en sa maison au sujet du vol d'un fromage, vol dont vienneiit détre accusés deux chiens. Le rapport entre les Guêpes et les Plaideurs est éYident : le Philocléon est notre Dandin , se sauvant par-dessus les toits et k travers les soupiraux dé sa cave pour revoler au barreau; le fonds du sujet est le même; le dialogue et les plaisanteries sont d'un autre goût , parce que les mœurs sont changées : le procès intenté aux deux chiens pour un fromage, vaut mieux dans Aristophaûe^ que celui qu'on intente au chien ^ dans Racine, pour un chapon extorqué ; car, Brumoy l'observe tfèi^ bien, cette facétie , emblématique âanaTauteur grec/ faisait allusion à la corruption d'un chef qui se laissa tenter par un tadeau qu'il emporta de Sicile ; les deux chien^ figuraient deux plaideurs- acharnés, très* connus de leur temps. Au contraire le larron du chapon n'a -rien' de fictif, et son larcin est réel dtos la pièce de l'imitateur firançaîs; ce quiifait dégénérai* cette invention en bas comique!, elt lui dte une grande part de son sel épigrammatique et mordant. La pièce des Guêpes contient une foulé de détails obscurs pout nous , mais qui devaient paraître fort piquants aux Athéniens, dont ils . excitaient le rire par une contï«i nuellè allusion aux abus de leurs tribunaux. La pièoe tics/^/aû/^ttrs étincelle de traits d autant plus brillants <[u'on est. plus instruit des coutumes et du langage du Palais c l^sprit de Racine s égale en cet^e, pièce à

ajo COURS ANALYTIQUE

tout ce que l'attiâeisme pût avoir de finesse et de vi- Tacite : mais Tintérét de cette jolie satire n est point général, parce qu*il est tiré seulement des mœurs d*une profession dont peu de personnes ont étudié les pratiques et dont le langage est ignoré de la multitude ; lorsque le temps ayra changé les usages et ridiôme de notre barreau, cette pièce critique deviendra moins intelligible : à lavenlr, elle éprouvera le sort de celle des Guêpes. Ses portraits ne ressembleront plus ,. ou plutôt n auront plus de mo^ dèles qui les fassent reconnaître et apprécier* Les caractères de profession , quoique nécessaires à la peinture des moeurs, n'ont pour la plupart qu'un moment , tandis que ceux du cœur de Phomme ne s'effacent jamais. C'est pourquoi lavis donné par l'avocat Patelin , dans la petite pièce de ce nom , au berger ^^/i«/!^, restera toujours plaisant malgré l'an* cienneté de l'ouvrage : il lui conseille, pour se disculper devant le juge d'avoir tué les moutons de son maître , non de dire y comme il fait , qu'il les voulait guérir de la clavelée , mais de feindre le stiipide et de ne répondre que par des bêlements : le pâtre interrogé se met à bêler et se tire d'affaire. L'avocat ensuite lui demande de le payer d un tel service , et le malin Agnelet £aiit alors la bête et ne le gratifie qu'en lui bêlant au nez : moralité risiblement applicable aux fourbes qui, enseignant à éluder la justice, en sont punis par ceux qu'ils ont instruits à l'éluder envers eux. Cette scène piquante, due aux mœurs de profession ^ sera toujours bien comprise et très - ap* plandie^ parce qu'en outre, ell^ sort du cœur humain,

DE LITTÉRATURE. a^i

et quelle renferme une leçon universellement intelligible. Tous les peuples auront des misanthropes, et leur langage sera rétemelle satire des nœurs perverses de la société ; mais tous n'auront point des Métro« mânes.

Cependant le caractère de r£mp}Tëe dans la Mi* u^'^t^ tromanie est un des plus propres à la scène entre a^^H^. tous ceux dont te ridicule est pris dans les mœurs de profession ; son élévation d'idéeà , sa noblesse d*ame , son désintéressement , son enthousiasme , lui prêtent une beauté thé&trale admirable. Le ridicule imprimé à ses ^hautes qualités convient parfaitement au genre comique. Observez qu'il n'est point au« dessus des faiblesses et des cupidités humaines par vertu ni par sagesse, mais par une préoccupation de vanité poétique qui l'enlève k tous les soins de l'am» bition et de la fortune. Il ne doit son espèce de grandeur qu'à sa folie , et son courage contre les coups du sort échoue puérilement contre une épigramma qui le fait pâlir et quelques sifflets qui le 'font trem* bler. Rien n'est plus risible que ce travers de placer son repos dans les chances que court le bel-esprit, et de mettre à la durée de ses yets plus d^portance qu'à celle de sa vie* Telles sont pourtant les mœurs des poètes dont le Métromane est l'image. Les veilles qu'il consacre à mesiiurer des syllabes et à rassembler des rimes, sàn amour pour la muse de Quimper, sa confusion de la rjetrouver en M. de Francaleu , la fureur commune de ces deux rimeurs pour jouer et composer des drames, leur maison transformée en théâtre , la fille du logis métamorphosée en pre«

mièq^ amoureuse, sa soubrette en bergère du Lignou, et> leurs amis en acteurs de fades pastorales; ces tragédies à lire., .<^tte mort de Bucéphale à terminer, ces drames à répéter, cet embarras perpétuel de co-' médiens ambulants , enfin tout ce conflit d'extravagances caractérise , on ne peut plus btirlesquement, les folles mœurs-, des gens entêtés du démon de la poésie.' Aussi hu Métromanie de Piron est-elle un chefd'oeuvre sous le rapport de la. condition des. mœurs, comparable à la pièce des Femmes Suivantes; autant que Turcaret de Lesage me parait digne d'être. c€unpa]:é aux beaux. jaçtQs du Bourgeois ^Gentil' homme ^ auquç^l il rassemble par le choix <ie quelques personnages.

. .Fabre-d'E^antine , auteur de P Intrigue Epistoiaire^ a tiré des inœurs de profession le personnage original^ de FoMgère, peintre d'histoire ^ portrait moins beau , mais aussi vrai que le Métromane ; celui -ci qu'on pourrait nommer le Pictomane , a toutes les .manies d'un artiste qui ne rêve que sa gloire, et iiè songe nullement au reste. S'il ne. ressemble, pas aux opu-: lents Rubens, il a du. moins l'avantage de ressembler au Dominiquio, qui* vécut pauvre et tout à son art ^ et qui, toujours délaissé ^ peignait i disaLit" il ^ pour le seul honneur de la peinture. Fougère n'a d'autre appartement que son atelier , d'au^lares xneubles que ses tableaux et son chevalet; les huissiers viennent chez lui faire une saisie dont il s'inquiète peu, car il ne se soucie que dç terminer ses ébauches. Son talent lui fait otibtier sa misère. La comédie corrige titilement de tels originaux de leur trop d'insoUciànde

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d^un bien être qu ils sacrifient à leur beau déliré et à leur indépendance imaginaire : cette lé^n- n'est bonne que pour la médiocrité, qui s'abuse pai^ ses chimériques espérances , et non pour le talent ^upë«i rieur qui réalise ses pensées par de duraMes monu^ ments. Peut - être que Thalie serait plus sage *, si eHe respectait dans les artistes une innocente folié 'qui leur cache les maux réels et les console de tout. Heureux cet égarement des forces de Fesprit ' qui nous retire du présent et nous transporte en idée dans l'ayenir !

On ne saurait trop étudier les comédies que fat citées pour apprendre combien Tobservation des mœurs accroît la traisemblance daiis les ouvrages scéniques ; étude d autant plus utile que Tintérét né résulte que du yraisemblable. Je ne dirai qu'un mot sur la condition, de l'intebAt ; 1^ préceptes énoncés '<»* ^^«'•■* précédemment foot sentir que Tîntérét de la comédie ne doit tenir qu à Tattention qu elle attire sur 1^ ca* ractères ou sur les mœurs, dans telle de se^ espèces^ •t quà la curiosité des incidents de la iable^ dans les pièces dHntrigues. Jamais il ne &ut q<fe l-'lnférêt de compassion y in[terviéîdine. C'est trahir et fausset les règles du gèntè que d'imiter en cela DestoucheS| Lanoue , et sur -tout Lachaussée. Le seul reproche adressé justement au Dùsipateur atteint le pathétique de son dénouement , qni ''tourne à la pitié» Les remords' de la Coquette Corrigea attristent son cinquième acte ^ trop* rempli dès laitues de son désespoir : le succès de la Goupernante et de -la plupart des prétendues //. i8

comédies du même auteur appartient au drame larmoyant.

Voltaire , dont le subtil esprit n'atteignit jamaia le génie du comique de situation y ne nous ofFrit dans Naninc qu'une preuve de son impuissance. L'élégance da Boissjr, toujours sérieuse et fleurie , renferma la eomédiç dans les cercles de nos salons , et Vintérét de ses figures n^est point asse« étendu. Le fard^ de ï)ora|, les mignardisea de Mariyaux, quelque condamnables qu'ils soient I défigurent moins Thalie que ne le font les pleurs. La gaité libre et sjÀrituelle des pièces de Danoourt, bien préférable en sa naïveté ^ attache plus l'intérêt des connaisseurs à ses moindres &oéties qu'à ces drames incertains qui ne font ni bien pleurer ni bien rire. On se plait aux mcsurs, aux ca?^ lactères, aux ridicules d.e ses Bourgeoises de Qualité 9 de son Chewdier à laMode, de ses IVoisCousinâSy et d# sa Maispn de Campagne; ses paysans ec ses villageoises acciiîent Tintérât qu'on prend toujours à Ift "irérité d^s ressemblances. C'est le seul qui convienne i la .comédie* C'est une erreur trop accréditée aun jç^ird'hiil que d'en exiger un autre dans ce genre ,^ pour sa plus grande perfection y puisque l'intérêt de i^os cbe&*d'œuvre comiques-ne résulte que d^un vif. enchaînement de situations divertissantes, de l'opposinon des portraits bien tracés, et de la conforpnité du dialogue avec les mœurs du temps , et des caractères ridicules* N'y cherchons donc point la condition, de l'intérêt dans le pathétique, mais daHs le simple con» cours des qualités que nous venons de déduire.

DE LITTERATURE. uyS

SECONDE PARTIE

VINT-tJNlÈM-B SÈÀNGt:.

Sut rexpositipn , sur le nœud dç PmtriguÇf et

sur les péripétie .

BS8IB0Afl,

ttmn^

Jx ne suis point aujourdlim OKVhmémd; yt suisiui autre que inoi|UU persOiinag^pMudoiiyimertY^fet éJj^SS!^ en moi le coiyphéa cle h irouincidee comëdièEto^èm ^ IS!!^ le poète comique qui m'enToiej0uer ion iflb pour TOUS saluer, et poi^r you| p«dep par tnaboudie. J'ai à VOUS expliquer fin son nom l!i(r|fmnent du nget^ si vous ayei rjudulgenee 4e m'âe^uter: que tous en semble? j- dtes-TOus &torablei|ieQt dispcbé»^ cm ne réces-Tous pasr?you$ y Gomenlevt efa bien^si» lence ! PréteMnoi dpno i^et^tt^n ^ eft si ToreFreilles sont bi^ii onTOftes, et vos eipril^ san» distmcMsi ^ TOU4 Qomprendrez cç ipsAi^ffsufi^ Je me piépiinr eiw oore k TOUS demaild^ une aiRtre |^çé$ V^riiitien» drai- je de tous inoostinfiiift; si je la soUieité? VMis n^y iigrë^ .point: ob t d^ qu-une cbose netirùna f^tt fiss , TOUS iirei Iliumeu» aussi' Ti've et la bmgne aii$si prompte ^0 les anciaiis Gi^ees pkmr exprima Tos rcdhi. Je TOiidrais que ohaeunr dr tous ^ assis; à

nyfi COURS ANALYTIQUE

« Taise , ou debout dans un endroit commode , rangé « le plus possible autour de moi , se fut approché des « premiers bancs pour m épargner la fatigue de crier « trop haut, et Imconvénient d^étourdir ceux qui les «r occupent, en m efforçant de porter ma voix jus* « qu^aux derniers recoins de la salle. Si quelqu'un ne « se soucie guères de mes paroles , qu'il se lèye poli- « ment , et cède sa pla6e à quelque autre plus curieux « d'y siéger , et de m'enténdré; G^est merveille lorsque « dans les assemblées quelques auditeurs ne font pas « du bruit par leurs mouyements sur leurs chaises ^ « par leur toux , par leurs ronflements , et s'ils ne « fironcent point le sourcil , ou ne jasent point entre «eux, on ne monmirem pas avec malignité. Que tous « restent donc en repotf, soit ceux qui ressèntîïaient «la 'fùîn <m la* soif, soif «efeftx IpA ' s^ sbnt Mssasiés ^ ayant fl^àrriver ici.; je présumé que les J^ltis produits ii.auiobt' priS' léUï repas : le jeûné prolongé rend le «toôrps in^uietr et l'esprit ag^é ; nout ne youlc^ns pas «.qu'on soit si ^gilant à nous troublté^, et'à Hods re* « prendre. Gehx qui seraient néanmoins restés à j^Àn «. se repaîtron^ de nos - fables; car il e^^ {ilaisatit de «Ibs 'punir d'avoir si foDenlent perdh le bbire et le «manger pour l'atàoto^ d'elles. Il ne convient qu'à « ce^ox qui se sont "Ineff repus , et qvA ont grftsséfhent «.«wtnincâllé j de nous accorder leur loisir tranquille. é<Geui*là peut -être s'abstiendront de «dormir. Qu'ils «chassent de leurs ^pensées le- soin de leurs affaires, sle 'souvenir de leurs dettes; c'eftt le temps du délas- « sèment , etles saisiibs des créanciers tie les'vUendront « pas poursuivre euMce lieu. lies alcyons eniigne de

K paix ont fait leur nid. parmi nous. Empédbes sur» « tout que les belles ne se mettent trop en yue aux «premières places, de peur quon ne soit distrait « par leur jeunesse et par leurs grâces. Mesdames^ « regardez en silence, approuvez ou blâmez en «i- « lence, riez même en. silence , abstenez^ous, pour ne « point gêner les hommes attentifs , d élever les sons « perçants de vos jolies voix, d,e chuchoter à l'oreille « de vos voisins^ et. remettez à l'heure duretourenvos « maisons le soin de. conférer sur vos tendres intérêts; « enfiQ demeurez muettes, s'il se.peut. Grâce aux dieux, « tout est bien réglé: que personne n'oublie ces re- * commandations ; retiendrez - vous cela ? Bon ! c*est «assest; chut! Paix là; plus de train! Maintenant -je « dois vous saluer, oh ! mes honnêtes auditeurs , qui « honorez tant la. foi dans les engagements , et que la « fidélité n'honore pas moins. Quand je dirai la vérités i|i témoignez*le*moi clairement, afin que je reconnaisse » à vos suffrages combien vous m'êtes équitables. J'^s* f time sages ceux qui prisent le vin vieux, et qui à son « égal apprécient les vieilles comédies : or, puisque « les ouvi^ages d^ vieux temps, et les vieux iMms mots «vous plaisent, il est juste que vous goûtiez aussi « bien les vieilles fables. En efifet les nouvelles 00* « médies qu'on voit se produire n'ont gUères plus de «valeur que la &usse monnaie; mais depuis qu'un « bruit populaire noiû apprend que vous vous piquez « d'étudier les intrigues de Plaute , je me suis offert à « vos regards pour vous en révéler l'origine , et vous f dire, ce q^n'il doit i Diphile ou Démàphtle en celle-ci ^ f à PIiilémoD m œUe^ 1 àSIénaudre dans telle pièce»

j^ COURS AJÎALYTIQGE

«à Spicb^roie dans telle autre; mais si tous ne de- « nroKjpastle savoir, si tous fidtes du tumulte , si tous il iTOUlipiomenex , A tous obligez de rang et de siège , « tandis ^ue je .parle , il est inutile que je m^épuise les «.poulmons à tous instruire; et si tous ouTrez et « fienmK les ^portes pour rentrer ou sortir p^ inter- «itecraUs , tous perdrez le fil de mes discours, et ne «l^ooTant le ressaisir , tous n'aurez plus le droit ni « de me louer , ni de me critiquer. Autrement ypus « jdisqueiiiez de juger de nous aussi peu sensément que « ce TÎeux ëcrÎTain , notre ennemi , qui nous réduit « par ses méchantes attaques à défendre nos œuvres « jsn de longs prologues , ou nous sommes contraints « à le r^Eiftt^ pour tous devenir' agréablei ; et tous «t nûsonoeriez aussi mal que nos vieux adTersaires, qui f tournent toutes nos paroles du mauTais sens , et qui 5 censurei^ <oe que nous disons de meilleur. Ne leur « resseoiblez pas; si vous aimez la justice , ne la tra- « hisser yaimi : elle est profitable aux hommes. Songez •t quil /est plus facile aux bons d'obtenir des dieux « t6ut.ee fpiih demandent 'qu^aux médiants le pardon «e de'Ienr. «iniquité. Du reste, TiTez en toutes proqpé- «lifeés, .gén;vjeniez bien vos £utiilles, et enrichissez- «TOUS conune de côutunle ^ par la sage économie « publique iet privée : c est ce que je vous souhaite. Il «me suffit : portezovoiis bien. »

Tel était, -messieurs, le ton Cinulier et le peu de révérence des poètes latins i l'égard dik parterre qu'ils avaient accoutumé dans leurs prologues aux libertés 4e leur esprit. Cet «njouenumi iiûkin^it par avance }a ^té de leurs dramei, et , lés présentant au publie

assemblé comme un jeu dont Uâ se dii^yostieiit à rire sans façon, désarmait ainsi la riguetir et la pesante grayité de leurs juges. L'imitation de leurs prologues, dont TOUS venez d'entendre un essai, n'est composée que des propres phrases extraites de Plante et de Térence. Les prologues du premier sont Ti£i et gais, et pleins de fortes interpellations aux spectateurs, i là manière athénienne : ceux du second sont plus réservés, plus froids, et presque attristés, par le cha* grin que lui causaient les critiques de son temips, et les morsures d*un vieux fréron de son siècle, dont il se plaint dans XÂndrienne et dans le Phôrmion : il nous a tù son nom, de peur^ j'inyagine, d'en être ac* compagne et de le tirer de loubli, d'où ses méchancetés ne Font pas fait sortir. Nos poètes auraient àtk finement imiter sa leçon, et non celle de l'irascible Voltaire, qui, moins avisé dans son Ecossaise, a trop illustré le nom du nouvisau Zoïte. Plante , en toutes ses pièces , plus énei^que , plus verveux , plus enjoué que Térence , ne laisse pas même apercevois la moindre sensibilité aux blessures des jaloux; il sent des obstacles, il se joue avec la àiultitude, et ne semble occupé que de divertir ses auditenrs, de dérider se$ juges , et de bien éclaircir son sujet. Ce dernier {>oint nous importée considérer , puisque nous devons tt^âtet la règte de l'exposition.

Les prologues de Plante, qui la contiennent près* que entièrement , font une partie intégrante de M» comédies : ceux de Térence n^ semblent que de^ boi^ d'œuvre qu'il eût pu supprimer , puisque ses intrigués s'expliquent d*éUeii«Biiéines ;41 n6 les^ ajouta , jie pense,

II* &kaix.

L'MpocitiAa*

aSo COURS ANALYTIQUE

que pour obéir à T^i^age qui prescrivait ces préambules, Ses fables ne commencent pourtant à se développer que dans, le dialogue de sa première scène , ainsi ^que dans nps modernes draiâes; et jamais nul pers^Goinagé de.Térence ne rompt le fil ^e Taction , en adressant la parole au public durant le cours de l'acte.. Cette régularité , favorable àTillusion, servit d exemple àM. Audbieux, qui nous a offert, dans sa comédie intitulée le Trésor^ Timitation.la plus parfaite et la plus élégamment écrite de Fexposition des Aelelphes. C'est sur «tout par cette qualité , jointe à celle d un style élégant et pur , que Térence régénéra é^^f^^f ^^ modèles deJa haute comédie. Plaute , au contraire, d« Plaute. gjir^^ encore le désordre et la licence de la comédie ancienne : il use de prologues explicatif pour exposer ses fabl^ : il ne Içs jette quelquefois qu au travers de • Tintrigue, subsidiairement au dialogue des acteurs: c'est ainsi que , dans son Miles - GloriosuSy le valet ^ Palestrion intervient au second acte en personnage de pî^lc^ue^ et pour aider Fintelligence du sujet , déploie le fil de Tavant et arrière •scène, et se remet, après ce discours , dans le costume et l'attitude du rôle quil représente. Souvent Plaute interrompt la suite des choses, et sçs acteurs adressent la parole au public; 4é£aLut qui nous serait inU^rable , mais qu'il bât supporter par la vivacité de ses saillies^ et qu'il couvre IBB semant par* tout le sel à pleines mains. Au sui-plus , son imagination varie de cent manières ces mêmes «xposés préliminaires : et la gaîté préparatoire qui les anime, leur â^nce, m quelcpidfois leur élévation, donneraient Ojccasioa de: regretter l^ur absence, et

DE LITTÉRATURE. a8i

d'accuser une plus sévère régularité qui les eût retranchés.Tant il est vrai que lart de plaire et d*atnuser prévaut sur tontes les autres règles du goût ! Nous| verrons plus d^un exemple de pareilles infractions justement applaudies chez nos grands maîtres , dont le génie fait exception quand il veut; tantôt le prologue s oflre dans Plaute sons son vrai nom , et vient révéler de quel poète grec ou. sicilien est emprunté le drame qu'il annonce ; il intercède le public pour le nouveau traducteur , pour la troupe des comédiens qui jouent, pour le rôle qu*il prendra lui-même sous un autre masque dans la pièce. Il enseigne le secret de prévenir les cabales , et nous apprend que les auteurs et les acteurs romains distribuaient dans la salle, comme les nôtres , des billets achetés pour se faire applaudir ou siffler tour-à«>tonr. Tantôt. il se montre sous la forme et les attributs de Mercure, et préparant les spectateurs à voir les dieux de la tragédie paraître dans une comédie, il confond les dogmesde nos ignorants aristarques, qui réprouvent le mélange du triste et du plaisant, comme une innovation moderne', et qui, s'ils avaient bien lu Plaute , sauraient que les anciens avaient un genre tragi- comique; témoin ces vers du prologue que je cite :

« Faciam ui commista su trago-comœdia ?

« Nam me perpétua facere ut sa comœdia , fuReffes quo veniant et Di^ non par arbitror.

Et^par la raison qu'un valet joue son rôle dans la pièce m Amphitryon^

« Wa&am ktme , proinde ut dêxi, trago^cwiœdiam.

aSa COURS ANALYTIQUE

« Je ferai de cdle-ci, comme je l'ai dit, une tiagi-co- « médie.

. Ces paroles sont expresses , et je les joins aux précédentes, dont le sens pourrait n'être qu'ironique, et oonséquemmeut aj^uyer le blâme du genre, et non Festime que les anciens en ayaient. On s'apercevra que je n'accumule les témoignages que pour mieux combattre les préventions et les erreurs propagées ; car tandis que l'on m'impute d'être systématique en littérature , sur la foi de quelques attestations capricieuses ou vagues , moi je n'affirme rien que les preuves en main.

L'imitation charmante que Molière a faite du monologue de Mercure dans son prologue dialogué entre ce même dieu et la Nuit , nous fait assez connaître ce qu'une telle fiction a de piquant, et ce que l'esprit de notre poëte a de supérieur, pour qu'il soit superflu d'entrer dans les détails à ce sujet Continuons de remarquer la diversité des prologues de Plante ; j'omets celui des BacchideSy où Silène se présente grotesquement monté sur son âne, parce que des savants commentateurs ont cru celui-ci supposé : mais je distinguerai l'essor de la haute imagination du comique latin dans le prologue du Rudens , où parait Arcture , première étoile de la constellation de l'ourse, personnage trèsbien adopté au sujet, selon les idées des anciens, puisqu'il annonce la tempête élevée sur la mer par son influence, pour faire uaufrager des corsaires, ravisseurs d'une jeune fille, objet principal de l'intrigue qui se prépare sur le rivage choisi pour lieu de la scèue. Ailleurs ce ne sont plus des dieux^ ni des vtf*

lets qui exposent rayant-soèiie et le ^ujet de la pièce , mais des personnages allégoriques à la manière d'Aristophane j tels que ces deux ci :

« Suis-moi , ma fille , il est temps de remplir ta foncHon. . « -^ Je TOUS suis ; mais je ne samnds djre à quel dessein.

«-^▲ivéte ici:hét quels sont ces foyers ?Entre-là tout « anssitât Maintenant de peur que quelqu*un d*entre vous « ne s'égfse, je youk mettrai dans la bonne voie en peu de « mots, si vous me promettez le prix de ce secours. Premié- « rement donc je vous dirai qui je suis , et qui est celle qui « s'introduit là. Pour moi, d'abord Plante m'a donné le nom « de Prodigalité ; il voulut que celle-ci (ùt ma fille, et se nom* « mit Pauvreté, Apprenez pourquoi mon ordre la pousse à «c pénétrer là-dedans : prétez-moi vos oreilles attentives, tan- « dis que je vous parlerai. Un certain adolescent qui babite « en cette maison, à l'aide de mon luxe , a dissipé tout son « patrimoine : c'est poarqocn , voyant qu'il ne lui reste rien « pour subvenir à mes dépenses , je lui ai donné ma fille , « afin qu'il terminât ses années avec elle. Toutefois n'attendez «pas de moi l'aigument de cette intrigue : voici des vieil- « lards qui viennent et qui vous en développeront l'objet : « le nom de cette fable est en grec le Trésor, Pbilemon Ta « écrite , et Plaote l'a traduite en style barbare. Plautus « vortit barbare.

ïlxpression remarquable dun auteur latin ^ où l'on juge,^ar ce qu'il dit de sa propre langue si admirée en nos jours , combien en son temps il appréciait audessus d'elle la ricbe élégance de la langue d'Aristophane.

Il nous reste des comédies de Piaute sans prologues, soit qu'il s^exemptàt quelquefois d'en composer , «oit qu'on les aif perdus : ce sont ces pièces dans lesquelles

nous devons étudier la condition dont nous ayonscommencé Texamen , celle de Texposition : il en est de trois espèces ; simple de faits , compliquée de faits , et enfin exposant les caractères , et non les faitSé^Pàrmi les ouvrages <le Plante qui en renferment des trois espèces toutes fort gaies, très-précises , et très-claires, je n'en trouve pas qui me selnble aussi jolie, aussi gracieuse , que celle de sa comédie intitulée CurcuUo; son élégance est exquise, à quelques plaisanterïes pfès, q^i n^ s.eraient p^s de notre goût. L'exposition s^établit entre Phédrome et Ps^inure , son valet.

Palihuab.

« Où imaginerai-je que vous portez cette nuit vos paç au* « dehors , ainsi paré et a^ fastueusement vêtu , seigneur a Phédrome ? .

PHl^DaOXB.

« Où Vénus et son fils me commandent d'aller; où l'A- « mour me le conseille. Que la nuit soit à la moitié de sa « course, ou l'étoile dq soir à son premier lever, dès que , « selon mon pacte avec Tennemî , le jour pris est achevé , « il est temps de marcher où m'entraînent les dieux qt^ me

« sont contraires.

pÀLiKuas* «Mais, enfin — .

PHiDaOXE.

<t Enfin tu m'es importun. ^

PALINUaS.

«Mais cela n'est ni beau ni mémorable que vous vous

« serviez d'esclave à vous-même , et. vous éclairiez de votre

« flambeau.

PHin&Qxs.

- «Ne porté-je pas volontiers cette cire , ouvrage de^

« abeilles , pour of&ir ce qu'il y a de plus doux auxyçuxdg

« celle qui m'est plus douce que le miel même.

DE. LITTÉRATURE. a85-

« Ou ponmd-je donc prësumerque tous alliez ?

Ph^deomé.

« Insiste , je te le dirai , tu le sauras.

•0 Palinu^e.

« Si je vous en prie , que me répôndrez-vous ?

« Voici Tasyle d'Esculape.

PAXiXirUILE..

« Je le sais déjà depuis un an.

PHlÉDROMfE. :

« Là 9 est une porte voisine , feilnée très- étroitement. . . '«Je te salue! es-tu «n bon état , àtbèn porte, si étroite- « ment fermée ?

PALINUaB.

« Ne reveriez-7Yous p^s; qu^'hi^ la fièvre, tierce Ta qvit- « tée : ou qu'elle a mal soupe hier soir.

PHi.D&OME.

«Te railles-tu de mo^ ?

PàLIHUEE.

«Devenez -TOUS donc si insensé, que de vous enquérir ' «,dela santé de' cette porte?

PALiirnR,E.

« ,Ah ! par Hercule. ! elle m*a paru sî belle» si mystérieuse ! «elle ne me trahit par aucun langage: quand on l'ouvre» « elle se tait; quand ma maîtresse se glisse vers moi dans « Tombre clandestinemeiit, eUe se tait.

PHibàoHE.

« Serait-ce point que vous commettez, ou que Vous « entreprenez quelque attentat^ indigne de vous, et de votre « naissance , seigneur Phédrome ? N'auriez- vous pas tendu « des pièges à la pudeur de quelque fille chsfste , ou qui du « moins doive l*étre ?

«Non, de pertonne, et que Jqpkev fie me le permette «jamais.

« Je le souhaite 4e même : garantissea-voiis «d'aimer en « aucun temps ainsi- : quel que soit ce qyie tous aimez , « gardez que le public en ait connaissance , de peur que « cela ne vous déshonore : ayez soin de ne pas vous rendis « incapable de mëriter de bons témoignages ; et quand tous « aimez , aimez toujours en présence de témoins.

FmâsKOHS.

n Quel est ce propos f

PAXtUruas;

« Judicieux^ et peopre à tous fidre mardier dans le droit

« chemin.

PniiiaoïrÉ.

« Certain marchand d'esdares habite ici.

Palikukk.

«Personne n*empéche et ne prohibe Tachât que tous « ferez de ce qui est en vente publique^ si tous avez de « l'argent : personne ne défend qu'on se promène dans la « rotite commune à tous , si tous ne ûrayez pas de sentier « derrière les fossés ou dans les enclos ; si tous vous ah* «stenez de femmes mariées, de teuyes, de vierges, et de « toutes jeunes filles libres , aimez qui bon vous semble.

PsinAOHfc.

« C'est là le séjour de ce marchand>

PALIHUaX.

« Que celieu soit maudit t

PHXDEOMX.

. « Pourquoi ?

Palxïcvxx.

« Parce qu'il favorise le commerce le plus vicient.

PHiDEOXE.

« Comme tn prends le haut ton.

Palikv&e.

« Aussi haut qu'il convient.

PninaoHB.

« £h I si tu te taisais plutôt !

« Vous m'avea ordonné de m'expliquer ainsi toujours.

Ph^deoxe.

« Msda non en ce moment; j'avais donc commence de te « dire. . . Il possède une jeune fille.

Pa|.ihueb.

« Ce marchand qui demeure, en ce lieu ?

Ph^deome.

« Oui 9 retiens donc bien cela.

PAXilVUES.

« Oh ! je n'appréhende plus que rien m'échappe.

Phébeome.

« Que tu es un odieux railleur I II vent en faire iwe cour- « tisanne , et elle est ^rise de moi ; je ne veux pourtant pae « qu'elle soit l'objet d'un trafic.

PALiirirmB.

« Et par quelle raison ?

• PniDEoss^

« Parce que j'en fend mon propre bien, et qàe je Taime « autant que j'en suis aimé.

Pai«ihue«.

« C'est tm mal qu'un. amour clandestin , il est toujours «( préjucticiable.

pHéDEOXE."

« Ten pense ce que tu en dis.

« £st*elle déjà sous le joug amoureux f

a38 COURS ANALYTIQUE

« Elle a pltis de pudeur avec moi que n'en aurait ma aœur, « à moins que de m*accorder quelques baisers ne lui âte

« son innocence.

PALiHuac.

«Toutefois TOUS saves que la flamme suit de près la

« fumée : celle-ci ne brûle pas ; mais la flamme consume.

« Quiconque veut tirer la noix de sa coque rompt d*abord

« la coque, et qui veut se saisir d'une fille , tente un doux

« embrassement.

Phédeome.

« Cette fille est sage , et n'accorde de faveur à aucun

« amant.

PALinuas.

<i Je le croirais, si la sagesse pouvait résider chez cet en-

« tremetteur.

Ph inaoHE.

« Qu'ose»4u penser d'elle? Sitdt que l'occasion lui permet

« de s'élancer vers moi , dès qu'elle m'a donné un baiser ,

« elle s'enfuit , et cela , parce que son tyran est retenu ma-

«lade en son lit au fond de cette demeure d'Escnlape, ce

« qui me crucifie.

PALiirnAB.

« Qu'est-ce donc?

PnjiDEOME. ■'^

«Tantôt il exige pkmr.elle tiente mines d'argent, tantôt c im grand talent. Mais , quoi qu'il en soit, je ne pnii fien « conclure avec lui de bon, ni d'équitable.

Palihuee.

« Il n'est pas juste , non plus, que vous lui demandiez ce « qu'il ne connaît en aucune £içon.

PhAseoms.

« J'ai envoyé en Gaiit non panuûte chargé d'obtenir un

DE LITTÉRATURE. aSp

« emprunt d*argent de mon associé : s'il ne me rapporte « rien , je ne sais comment me retourner.

Palinurb.

• « Si vous saluez nos dieux , j'opine que ce doit être à

« droite. •

Phédrome.

« Maintenant tu vois les autels de Vénus devant le seuil «c de cette porte ; il me faut présenter à Vénus Toffrande « d*un 'premier festin.

Palincre.

« £t que poserez- vous devant elle en of&ande ?

Ph^drome.

« Que sais-je? moi, toi-même, et tous ceux qui m'en-

« tourent.

Pâlinure.

R Présumez-vous donc que Vénus accepte tout cela ?

Phiêdrome.

« Esclave , remets-moi cette cruche.

Palinurb.

« Pourquoi faire ?

PhiIdrome*

« Tu le sauras : ici loge une gouvernante , une vieille « gardienne , dont le nom signifie très-buveuse , et très- « avinée. {Mutibiba atque merobiba), ^

Ces jeux de mots sont fréquents dans Plaute, qui se plaît à ces consonnances de mêmes syllabes répétées. Molière, qui ne négligea aucun moyen de faire rire , s'est servi de celui-ci dans notre langue : on en peut prendre Fidée dans ce vers de Sganarelle :

« Oui , son mari , vous dis-je , et nmri très-marri ! //. 19

apo COURS ANALYTIQUE

Ce jeu de mots est une imitation de ceux du poëte latin. Molière et Regnard en ont plusieurs de cette espèce. Palinure continue en comparant la vieille entremetteuse dont lui parle son maître, à ces brocs où Ion a coutume de garder le vin de Chio.

PHiDR'OME.

«Dès que j'ai arrosé de vin le seuil de sa porte, cette «t vieille ivrognesse reconnaît à l'odeur qne je ne suis pas « loin, et aussitôt elle ouvre.

Palinure.

« Est-ce que vous faites porter ce broc plein de vin pour « elle ?

Pfl]éDR0M£.

« A moins que tu ne t'y opposes.

Palinure.

« Je m'y oppose , par Hercule ! je voudrais que celui qui « porte ce vin se tordit le cou ; car j'avais cru qu'on l'ap- « portait pour nous.

PHéOROHE.

« Suis-moi Palinure , jusqu'à cette entrée , afin de me

« seconder.

Palinure.

« D'accord , j'y consens.

Phiêdrome.

« Allons , réjouis-toi , 'abreuve toi , porte consacrée , bois , « bois, et deviens-moi volontairement propice.

Palinure.

« Lui faut-il aussi des olives , de la bouillie , des capes ?

Phj&drome^ « Attire vers moi ta gardienne*

Palinurx.

« Quelle frénésfto.Tous agite de répandre ainsi le vin !

Ph^dhome.

« Laisse : vois comme déjà s'ouvre cette porte à qui je « fais des libations : les gonds ne murmurent même pas.

Palinure.

« Oh ! quelle est agréable ! que ne lui appliquez-vous un

<t baiser !

Ph^drome.

« Tais-toi ; étouffons notre lumière et nos voix.

Où trouver une scène d*exposîtion plus joKe, plus précise et plus gaie ? A peine les deux interlocuteurs mit parlé que vpus êtes imformé de tout ce qui touche le priacipal personnage : et pourtant ils n ont Vaiv de se reneontrer et de s'entretenir que par hasard, et no^ par aucuu desseia de Vautour. Le valet de PhéttrcMnè put ignorer jusquà Tiofitant où souvire la scène, ce que son maître lui révèle par ses confideoceft : lew court dialogue instriitt le spectateur de Tanumir du jeune homçie , de ses moeurs , à» la situation de 6a maîtresse , du caractère du marchand qui U sttrveilié^ des vices 4? ^ vieille gouvernante > de l'envoi du parasite, mesaager de lamant, qui n attend qiie son retour de Carie pour être en état de payer k raoçon de celle qu'il aimfsr, afin de la racheter de l'esclavage. La foUe exaltation des diseouns i^ue Phédroine adresse à la porte fermée sur la belle; ses adorations ridi* cules , et $es libations de vin sur le seuil où il vient Vattendre d^ins la nuit , tout cela caractérise plaisamment la passion qui laveugle et qui rentraioe. Hien j

d'ailleurs , est-i] plus ordinaire , plus naturel aux personnes passionnées qiie d animer toutes les choses relatives à l'objet de leurs amours ?. Une lettre , des cheveux , un portrait, un vêlement, un meuble, ne leur disent-ils rien , ne leur rappellent-ils pas les circonstances qui les touchent? Ne s'cst-on pas surpris, ou n'a-t-on pas surpris les autres à leur adresser la parole, à leur donner des témoignages de transport f insensé \ enfin à les serrer tendrement sur leur cœur,

à les baiser même ? Il n'y a point là de charge, c'est le ridicule pris sur le fait: et Phédrome, interrogeant et saluant une porte close y agit comme la plupart des hommes qu'exaltent leurs sentiments jusqu'au délire.

On reconnaît à cette dernière invention lauteur qui fit parler Sosie à sa lanterne; ou plutôt' on sent que Plante avait dans son génie des rapports avec . Aristophane, qu'il imita dans ses idées comiques. En effet le dialogue du valet d'Amphitryon avec sa lanterne avait été devancé par celui de l'une des harangueuses d'Aristophane, en présence de sa lampe; ^lllT\m\^it l'Athénienne converse avec elle , la remercie des ser- ^hiSing^eusM* vices mystérieux qu'elle rend aux temples dans les dAnstop ane. gy^jn^jp^s dc uult ; cllc lui donuc des noms d'amie et de confidente ; elle la félicite d'avoir vu les charmes les plus secrets du beau sexe, d'assister à ses plaisirs les plus clandestins , d'édairer sans les trahir ses plus coupid)les mystères, et d'être un témoin propice aux furtives évasions des épouses et des filles dont sa seule lumière dirige et connaît les hasardeuses malices et les intrigues cachées. N'est-il pas présumable que Plaute avait lu cette plaisante exposition , ^ qu'il l'a

doublement imitée dans la scène de Sosie et dans celle de Phédrome. Molière , à qui les vieux auteurs étaient familiers., a poussé plus loin ce jeuvscénique, lorsque supposait devant Sosie la lanterne à la place d'Alcmène, il lui prête un rôle, et la fait interroger par le valet et lui répondre tour-à-tour; ce qui produit lexposition la plus originale du théâtre. Cet exemple n'est pas le seul qui se soit offert à nous en témoignage des emprunts utiles que les plus grands maîtres doivent aux richesses du comique grec ; et Ton voit qu'il faut souvent remonter jusqu'à lui pour trouj^er la source des plus divertissantes inventions de la comédie. Les détracteurs d'Aristophane céderont peut-être à des preuves si multipliées; je pense qu'ils l'eussent apprécié autant que je l'estime , s'ils avaient fait autant de recherches que moi dans les divers genres dramatiques.

La règle de l'exposition exige que tout ce qui s'est passé antérieurement à l'action soit révélé dans les premières scènes et que tout ce qui arrivera n'y soit pas expliqué , mais préparé et pressenti. Si le fait est simple , et qu'il ne doive pas amener d'intrigue compliquée , le sujet bien conçu s'expose de lui-même en peu de mots : tel est celui des Femmes suivantes de Molière , de son Ecole des maris , et du Mariageforcé*

Si le fait se complique de plusieurs faits accessoires et qu'il doive produire un embarras d'incidents , il faut , pour le bien exposer ^ attacher dans l'esprit du spectateur la tête de chaque fil tendu , afin qu'il puisse les suivre tous, très distinctement, et n'en pas perdre de vue un seul dans le vaste tissu des aventures. Tels

2g4 COURS ANA.LYTIQUE

sont les sujets de l'Etourdi' de Molière, de son Ecoh des femmes^ de son Ai^rcy et de ses Fourberies de Seapint Leurs f)remiers aôtes sont des chefs-d'œuvre d'exposition , où non -seulement les faits sont claire* ment présentes, mais les caractères établis d'avance, et tous les ressorts disposés pour le jeu de la maehine.

Si la pièce, dénuée de toute intrigue de faits ^ n'a besoin que de Pexposition des caractères , on les doit tracer de scène en scène dans le premier acte , bù tous les personnages qui paraîtront doivent être annoncés , afin que le spectateur les connaissant bien , s'intéresse à préjuger de leurs discours, et ne se trompe point sur leurs sentiments : telle est Texcellente exposition du Misanthrope y et celle du Malade maginaire. Celle-ci possède une qualité théâtrale extrêmement rare ; c'est que le sujet s'y expose en action dès le lever de la toile et d'un bout à Vautre de Facte. Tons les sujets ne coinportent pas cet avantage, d; tous les talents ne sont pas capables d'en profiter, lorsqu'il leur est offeit. Molière , digne émiile des anèiens, est peut-être le seul auteur moderne qui sache vivement comme eux entrer dû premier pas dans i(fn sujet, et l'exposer par le ridicule agissant. Cest le plus bel effort de Fart. Son effet éclate éminem- Inetot dans l'exposition du Tartufe : mais j'en reserve l'examen tout entier à un autre dessein , et l'instant n'est pas venu de l'analyser.

Les plus savants dogmatîstes conviennent que les meilleures<comédies sont celles qui ont un grand avantscène^ c'est-à-dire dont le sujet se prend en un mo-

Le nœud de

DE LITTÉRATURE. agS

ment peu éloigné de son dénouement imprévu, e ne commence pas sous les yeux du spectateur. S'il s'engage en sa présence, ses premiers mouvements languissent et n'attacbent point assez; s'il commence trop tôt, la suke de Taction, trop précipitée dans les vingpK[uatre heures, p^i^ sa vraisemblance; s'ilcom** mence trop tard , après les faits antérieurs, leur ei« plicatkm nécessaire embarrasse les actes de trop de détails muisibles au jeu facile , et à l'édat de l'intrigue. Ce fue j'aî dit de l'exposition tragique esc applicable à cette règle dansla comédie, les parties constituantes du drame étant les mêmes dans les deux genres.

Il en e^ ain^i de la condition de l'intrigue ou du NûOBun proprement dit. Je n i^uterai rien à la défi» intrigue. nition e^ aux préceptes que j'en ai domo^s touchant la tragédie. Le no^ud est le point centrai de l'intérêt, où chaque £1 d'une action , ou de plusi^^irs actions qui marchent ensemble, vient se mêler, se croisa, et se serrer ai^ec force , pour se détendre et se dé. brouiller inopinément ensuite. Les comédies dont le nçei^d est trop faible, ou qui n'-eo ont point , ne sent que des coiiversatioAS plus on moins agnéables sur un sujet donné : mais elles ne sauraient attacher long-temps : une certaine langueur résulte de leur mcudque de ressort et de rjiiniformxté de leurs scènes, qu'on ne doit pas même appder dinmatiques , puis«> qu';elles sont sans actiop , et puisqu'on n'y peut dis* tinguer le milieu de la fable de son exposition , qui promettiiit une intrigue que l'on n'y trouve point. L^ pièces ^isodiques , ou à tinoîr , sont les seules qui.'Se puÂlseot pisaer d'wi nmud jpnncipal ; aussi est*

ngé COURS ANALYTIQUE

il rare que ces sortes .d'ouvrages comportent trois actes, et ne se bornent pas à un seul. Toutes les autres espèces veulent au moins un nœud : les comédies d'intrigues et les comédies mixtes en exigent plusieurs. Le sujet de la fable de Y Etourdi est très-simple , et les intrigues en sont très-compliquées. Ijélie est amoureux de Célie , esclave de Trufaldin. Il n a point d argent pour la lui acheter; son père veut le marier à une autre femme qui est la fille dun vieil ami de la famille : à ses obstacles se joint encore la présence d un rival riche et libre , dont la concurrence traverse le désir qu'il a de posséder Célie. Les ruses qu'imagine le fourbe Mascarille, valet de letourdi, pour servir les amours de son maître , et les maladresses de cet amant qui déconcertent ses menées et produbent mille contre-temps risibles , forment d acte en acte autant de nœuds qui sortent des incidents tirés du fonds de Taction et des caractères^ et qui tous coopèrent à resserrer le nœud principal , que lart dénoue vers la fin par des reconnaissances fortuites, à la manière des comédies latines dont celles de V Etourdi me semble une des plus fidèles imitations dans notre langue. La manière de former le lien de la fable , et de lier avec lui tous les nœuds secondaires qui peuvent en resserrer la complication , est la même dans toutes les fables espagnoles et italiennes, c'est-à-dire dans Tespèce des comédies d'intrigues, soit morale, soit facétieuse.

L'instant où le sujet de Y Amphitryon se noue est celui de Tentretien d'Alcmène avec son époux. L'acte et les scènes précédentes n'en sont que la prépara-

tion. Je cite cet exemple de préférence à tout autre , parce qu'il est le plus fort , .le plus marqué , le plus comique , et celui qui prouve le mieux combien la liberté du langage de notre ancienne comédie était éloignée de la pruderie de notre faux goût, si prompt à s'effaroucher du naturel et des mots propres , qui font le plus rire. Alcmène a cru passer innocemment une nuit entière dans les bras

de son mari que^ rettiplaça Jupiter en son lit conjug^] ; son époux revient , elle ^entretient ingénuement de son bonheur, Amphitryon étonné, saisi d effroi , après mille interrogations , exige qu elle s'explique de point en point sur une aventure quelle

ne conçoit pas.

Alcmèiie.

« Puisque vous demandez un récit de la chose, « Vous voulez dire donc que ce n'était pas vous.

Amphitryon.

« Pardonnez-moi ; mais j*ai certaine cause « Qui me fait demander ce récit entre nous.

Al G M ANS.

«Les soucis importants qui vous peuvent ' saisir « Vous ont~iIs fait si vite en perdre la mémoire ?

AMPHrr&YON.

« Peut-être ; mais enfiipvous me ferez plaisir « De m'en -dire toute Thistoire.

Alcmene.

« L'histoire n*est pas longue ; à vous je m'avançai

« Pleine d'une aimable surprise,

« Tendrement je vous embrassai , (t £t témoignai ma joie à plus d'une reprise.

agÔ COURS ANALYTIQUE

Amphitexok.

Ah ! d*un si doux accueil je me serais passé.

Alcxbne.

« Voas me fîtes d*abord ce présent d'importance , « Que du butin conquis vous m'aviez destiné.

« Votre coeur , avec véhémence , « M'étala de ses feux toute la violence , « Et les soins importuns qui l'avaient enchaîné , « L'aise de me revoir , les tourments de l'absence , « Tout le souci que son impatience « Pour le retour s'était donné ; « Et jamais votre amour , en pareille occurrence , « Ne me parut si tendre et si passionné !

Amphiteyok.

a Peut-on plus vivement se voir assassiné ?

Alcmàne.

ce Tous ces transports, toute cette tendresse , « Comme vous croyez bien , ne me déplaisaient pas ;

a Et, s'il faut que je le confesse , « Mon cœur 9 Amphitryon , y trouvait mille appas.

Amphitryon.

« Ensuite , s'il vous plait ?

Algxène.

« Nous nous entrecoupâmes « De mille questions qui pottvaiènt nous toucher. « On servit : tête-a-téte ensemble nous soupâmes , « Et, le soupe fini, nous nous fûmes coucher.

Amphit&ton.

« Ensemble !

Algmème.

« Assittément. Quelle est cette demande?

Amphit&yoit.

« Ah ! c*est ici le coup le plus cruel de tous , « Et dont à s*assnrer tremblait mon feu jaloux I

Algmène.

« D*où vous vient, à ce mot, une rougeur si grande ? « Ai-je fait quelque mal de coucher avec vous ?

Amphitryon.

« Non , ce n'était pas moi^ pour ma douleur sensible ; « Et qui dit qu'hier ici mes pas se sont portés ,

« Dît de toutes les faussetés

«c La fausseté la plus horrible.

Alcmeke.

«Amphitryon l

AMPHiraTOK.

« Peifide I

ALCXiNS.

ft Ah ! quel emportement !

Ahphitktow.

« Non , non , plus de douceur et plus de déférence , « Ce revers vieut à bout die toute ma constance ; « Et mon rxevLT ne respire en ve fatal moment, « £t que fureMr , et que vengeanoe !

AlGMilTE.

« De qui donc vous venger ? et quel manque de foi « Vous Fait ici me traiter dé coupable ?

Amphitbton.

« Je ne sais pas , maiis ce n'était pas moi , « Et c^est un désespoir qui de tout rend capable.

ALGMiNE.

« Allez , indigne éponx ! le Fait parle de soi ,

« Et Fimposture est effroyable 5 etc.

3oo COURS ANALYTIQUE

Je chercherais en vain un nœud plus évident que celui qui se renferme en cet exemple. A partir de-Ià , voici qu Amphitrion court à la recherche des causes du malheur qu*il subit. Voici qu^Alcmène Faccuse de supposer de vains prétextes pour rompre son hymen avec elle. Voici que les deux époux s agitent, se désolent , se courroucent de plus en plus, et le tout, sans que leur infortune tourne trop vers le pathétique ^ parce qu'elle roule sur un incident dont la malignité générale des spectateurs est enchne à se rire , et que tout cruel que soit ce mal fréquent, chacun des assistants s'en moque un peu , comme s'il en était à l'abri soi-même , ou qu'on ne f&t exposé au même sort que de la part des dieux de FOlympe.

Le nœud dans les comédies de caractères et de mœurs est plus simple et plus lâche que dans les pièces d'intrigues : mais il en faut un dans les unes et dans les autres. Celui du Misanthrope de Molière se forme doublement des poursuites en réparation du bel - esprit Qronte , dont la franchise d' Alceste blessa la vanité , et des confidences médisantes qu Alceste reçoit de la prude Arsinoé , dont la galanterie veut l'enlever à l'amour de CéUmène. Dans la vive explication qui s^ensuit, entre le Misanthrope et la coquette , réside toute la force de ce simple nœud. Le troisième acte de la comédie , intitulée impropredwSmëï" ment par Fabre-d'Eglantine , le Philinte de Molière d'Êgknti^e. coutieut l'uu dcs nœuds le plus dramatique et le plus puisant qui soit au théâtre. C'est à la beauté de cette condition si pleinement remplie dans la pièce, quelle est redevable de l'intérêt prolongé qui en ré-

Nœnd exeellent

DE LITTÉRATURE. 3oi

suite dans les deux derniers actes , et de la durée de son succès soutenu par lestime des vrais juges. Ce nœud éclatant est Teffet d^une péripétie par laquelle legoiste qui détourne Alceste de secourir un malheu* reux qu'on ruine, et qui lui refuse soii aide avec dureté, tout-à-coup est reconnu lui-même pour Fobjet infortuné de loppi'ession et de l'injustice qu Alceste brûlait de prévenir. Ce bel exemple nous conduit à lexamen de la condition des péripéties, ou changements de sort et de volonté dans les personnages.

' Il est quatre espèces de péripétlesdans le comique, '^* ^**"; ainsi que dans le tragique ; celles qui arrivent par «* >•»"«!«•«'« des reconnaissances , par des surprises, par des évé* nements imprévus , et par des changements de volontés. Elles font partie du nœud, et plus souvent du dénouement. Leur effet n'est jamais plus certain que dans les pièces dont lexposition est bonne , c'està-dire assez précise, assez claire, assez détaillée pour que le public averti de l'humeur des personnages et de leur situation , s'intéresse à les en voir changer , et saisisse promptement les révolutions qu'ils éprouvent. Citons la plus belle , selon moi , des péripéties effectuées par une reconnaissance : elle se trouve dans les Captifs de Plaute ,. dont je vais résumer le sujet en peu de mats. Le vieillard Hégion a perdu deux fils , l'un en bas âge, et Tautre que le hasard de la guerre a fait tomber prisonnier entre les mains de Tennemi ; il achette les * captifs dans l'espoir d'en échanger heureusement quelqu'un contre ce dernier enfant qu il cherche \ parmi les prisonniers qu'il pos-

3oa COURS ANALYTIQUE

sède , sont Philocrate et Tyndare ; le premier est le patron et le second son esclave. Tous deux convieD^ nent de passer Fun pour l'autre ; et par cette ruse le valet espère délivrer généreusement son maître : il persuade au vieil Hégion de lenvojer en qualité de messager veis celui qu'il nomme son propre père , en empruntant le nom de Policrate, afin de l'ex» horter à changer le fils d'Hégion qu'il possède contre sa propre personne, qui restera en otage au risque de sa vie jusqu'au retour de Tyndare , son esclave sup* posé. Il offre de plus une somme d'argent pour la rançon de ce valet y s'il s'échappe , et s'il ne remplit pas son message. Hégion convaineu da retrouver son fils garde le faux Philocrate en la personne du vrai Tyndare qui lui parle ; il députe le feiux Tyndara en celle du vrai Philocrate , qu'il envme sans méfiancje: Je ne connais point dans le théâtre latin de scène mieux conduite et d'adieux plus touchants que cet admirable morceau de lantiquité. Philocrate est donc Ubre par la noble supercherie et le dévouement de son esclave : Hégion se féUcite de la prochaine dé-* livrance de son fils : Tyndare se flatte de ne pas être oublié d'un maître pour qui sa tête s'expose en ce moment. Telle est la forte situation de la destinée des trois personnages. Mais un autre captif, Aristo«phoate, ami de Policrate , est amené dans cette mai« son , et soudain reconnaît le malheureux Tyndare en présence d'Hégion. L'esclave, pour se soustraire au supplice et à la mort, le suppose attaqué de démence et de finénéâe ; jeu prolongé très - pkisament , et mille fois imité par nos comiques. Aristophonte indigné

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d*étre ainsi traité de maniaque et de fou, proteste contre son aveuglement et conrainc enfin Hégion de la tromperie. Le resté de cette scène , aussi théâtrale que l'autre , se remplit des effets du changement de sort des acteurs : Hégion se courrouce de la fuite àtt noble captif qui lui enlève la certitude de revoir son fils : Tyndare est chargé de douloureuses entrave^ aux pieds , et condamné aux travaux des carrières. Cependant Philocrate revient de son message, ramène le prisonnier , fils d*Hégion , redemande son fidèle esclave et une seconde reconnaissance très-bien ménagée , selon la méthode des muses latines , produit une nouvelle péripétie en faveur du cotirâgeux Tyndare , qui revoit un ami dans son maître , et qui ^ retrouvant à-la-fois un père et un frère dans Hégion qui le menaçMt et dans son fils qu'on lui rend , recouvre comme par miracle de grands biens et la liberté dont sa condition semblait le priver à jamais; Je conseille auk disciples de l'art d'étudier la comédie des Captifs pour apprendre comment le plus enjoué, le plus bouffon des auteurs latins maniait délicate** ment et tempérait avec justesse le pathétique de rintrigue la plus noble et la plus intéressante.

Les jugements sans poids de La Harpe, sur les qualités de Plaute , me forcent encore à douter qu'il eût même pris la peine de lire certains auteurs dont il eût mieux fait de ne pas parler que de les traiter, je le répète , si superficiellement, ou aved tant de préventions irréfléchies. On remarquera qu'à l'exception de ses commentaires sur quelques tragédies de Racine et sur le théâtre de Voltaire , les principes

3o4 COURS ANALYTIQUE

eux-mêmes me contraignent par- tout à^ réfuter les

A déclamations de ce rhéteur.

Beaux

esempî^des • \^ Avurc dc Molièrc contient les deux plus fîrapsnrpriies et pautcs pcripctics etiectuees par les surprises et les eyenements ; la première , au second acte , entre Harpagon ^ qui voit en son fils le jeune emprunteur venant souscrire un prêt onéreux chez lui, et entre Cléante , à qui Ion présente en son propre père Tînfàme usurier qui lui vendait si cher son ruineux emprunt. Leur surprise mutuelle change inopinément la situation de quatre acteurs sur la scène. Ce sont là les coups magiques de Thalie. Le vol de la cassette d'Harpagon , événement imprévu qui cause le désespoir et les cris de lavare, en son admirable monologue , produit la seconde péripétie , puisque de cet événement résulte le pardon que Todieux père accorde à ses enfants , et le mariage de son fils avec la maîtresse qu il lui choisissait pour belle-mère.

Je pourrais citer nombre de pièces 'intriguées par des ressemblances , telles que les Ménechmes et XAm^ jphitrjotij et par des méprises, telles que le Militaire fanfaron de. Plante, où Ton voit une seule femme introduite sous lapparence de deux personnes ressemblantes, par leffet d*une communication entre deux logis , où elle passe tour-à-tour ; telles encore que la Maison a deux Portes , célèbre comédie espagnole, où Tamoureuse quon enlève de nuit par lune des issues, est ramenée par une autre rue dans le même domicile d'où son amant l'avait fait évader avec tant de danger et de peine ; hasard qui occasionne une multitude d'incidents les plus divertissants du

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inonde. A ces méprises par ressembrances de personnes et de lieux, il faut joindre les méprises de noms si fréquentes à la scène, et dont le meilleur exemple nous est offert dans V Ecole des Femmes , comédie exquise, et digne de servir d'autorité au génie, lorsquil lui £siut prendre la licence de s'écarter de la règle par la nécessité du sujet , ou de s'en créer une nouvelle qui sorte du fonds original de la faible. C'est en effet un axiome que tout œuvre dramatique doit présenter Un fait mis en action, et non en récit : néanmoins le sujet de H Ecole des Femmes ne se corn* pose que die narrations successives , qui nabsent tourà-tour d'une seule méprise de nom. Molière a bien soin dès son exposition ^ d appuyer sur cette circonstance , qui devient le fondement de tout; et même, en homme habile, il en tire une leçon morale trèsbien appliquée à la vanité puérile des surnoms et des titres.

« Je me réjouis fort, seigneur Amolpbe.... — Bon ! te Me vottlez-vous toujours appeler de ce nom ? « — Ah! malgré que j'en aie , il me vient à la. bouche, « £t jamais je ne songe à monsieur de la Souche^ « Qui diable vous a fait aussi vous aviser ^ « A quarante-deux ans , de vous débaptiser ^ « £t , d*un vieux tronc pourri de votre métairie , « Vous faire dans le i^nde un nom de seigneurie ? « — Outre que la maison par ce nom se connaît , « La Souche , plus qu'Amolphe , à mes oreilles plait. « — Quel abus de qii|||tter le vrai nom de ses pères , « Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimères ? 4k De la plupart des gens c'est la démangeaison; « Et , sans vous embrasser dans la comparaison , //. ao

/ 3o6 COURS ANALYTIQUE

« Je sais un paysan qu'on appelait Gros-Pierre ,

« Qui , n'ayant pour tout bien qu'un seul quartier de terre»

« Y fit , tout à Tentour , faire un fossé bourbeux ,

« £t de monsieur de l'Isle en prit le nom pompeux.

Ce ridicule était bon à draper sous le temps de Louis XIY y mais non sous le BÔtre , où les surnoms et les titres ne sont plus pour personne des qualifications de noblesse, mais de simples dénominations de places et d'emplois , auxqueb peut sans orgueil prétendre toute la roture. La diffëvence est telle que nos seigneurs ont aujourd'hui plus d'embarras que de satisfaction à nous entendre balbutier les surnoms de terres qui les qualifient, et dont quelques-uns rougissent avec une pudeur honnête et . tout-à-fait raisonnable. N'est- il pas étrange pourtant que tant d'hommes, illustres par leurs talents , que tant de braves, célèbres par leurs exploits , aient laissé tromper leur vanité jusqu'à permettre qu'on effaçât leur éclat personnel sous celui des faux titrçs et jusqu'à préférer les noms qu'on leur a faits aux noms qu'ils s'étaient faits eux-mêmes, dans les magistratures publiques et dans les aritiées ?

Cette diversité de noms que porte le jaloux Arnolphe jette dans l'erreur le jeune Horace , qui , se méprenant toujours sur le personnage auquel il vient raconter ses amours et ses progrès dans le logis de M. de la Souche, le désole par une confidence perpétuelle des tours qu'il lui j^e^ et le rend acteur passif dans toutes les actions que reproduisent ses récits, suivant, comme le dit l'auteur, la constitution de son sujet* L'inutilité des précautions que prend

Ârnolphe^ bien averti chaque fois, et toujours bien trompé de nouveau , multiplie dans cette pièce les plus amusantes péripéties occasionnées par les événements: jamais on n'imagina d'intrigue plus comique. La dernière espèce de péripétie qui. dépend des changements de volonté ne doit pas être confondue avec les effets des changements de caractères : ceux - ci sont défeçtueui^ dans la comédie, parce que les caractères humains ne changent point dans la nature qu'elle imite ; mais les yolontés des hommes varient ; et c'est là ce qu'il faut disc^n^^Nous avons critiqué le Démée des Adelpkes de Térence , et /a' Cofu^ttâ Cor^ rigée de Lanoue, selon ces principes : h^ coquette Célimène ne change point de caractère , non plus que le Misamthrope dans la pièce de ce nom ; aucun des rôles de Molière ne changent dans le cours, ni au dénouement de ses pièces , parce qu'il est trop fidèle à la vérité pour démentir ses caractères : mais son personnage de Dom - Juan , dans le Fesda de a'„lfe*ÎSÇ^tî« Pi^rr,^ , change de volonté au dernier acte. Ge gsrand chI!!î!li«nVdi exemple confirmera mieux que tout autre le précepte ^*^^*^ que je rappelle à la niémoira , et la^ distinction que j^y joins. Dom- Juan, riche, brave, séduisant, et espritfort , se neutre ajudacieusement tel qu'il est, prodigue aux dépens de se$ créanciers dont il se moque ^ duellislie insQlenl; dé)a souillé de plusieurs homicides, lligaine irréligieux , corrupteur effronté de toutes les femmea qui! rencontre, et de plus , téméraire ajtbée) aijijtant ennemi du ciel que de la terre , et ne croyant ni Dieu ni diaUe. Son caprice aveugle est sa suprém.i^ loi : il na d'autre code que les maximes du plaisir,

3o8 COURS ANALYTIQUE

de la débauche, et de Tinsouciance des maux que 5on dérèglement entraîne. Mais la haine unÎTerselIe est prête à l'accabler , mais le déshonneur de ses épouses trompées suscite contre lui le courroux des puissantes familles : mais l'ayersion publique lut enlève tout ami et le plonge dans un isolement qui le fatigue ; mais les dettes qui le pressent gênent toutes ses dépenses , depuis que la méfiance lui a fermé toutes les bourses ; insolvable et poursuivi , son père le déshérite en le maudissant. C'est pea de tant de périls ; on feint que l'ombre d'un mort , tué par sa main injustement, s'attache à ses traces, pour Tefirayer; image ingénieuse du remords secret qui contriste les plus scélérats^ en rappelant leur crime à leur pensée ! Cependant l'athée inébranlable ne se rend point, et se rit égstlemetït des obstacles qui le traversent, et de toute idée de repentir ou de conversion« Soudain la force des choses le réduit à songer aux ressources du mensonge et de l'imposture dont la nécessité lui impose enfin la contrainte. Sa volonté de tout railler et de tout braver, cède à ses nouvelles réflexions : il change alors , non de caractère impie et dissolu, mais d'intention , de langage, et de maintien. Cette grande péripétie est merveilleusement motivée dans la prose excellente de Molière, morceau d'éloquence en ce genre , digne de faire pressendr au public le génie qui devait créer le Tartufe ; morceau qui mérita le scrupule attentif de Thomas Corneille à le traduire presque mot pour mot dans ces vers que je me plais à vous citer , et que vous ne jugerez pas superflu de vous redire. Le valet Sganarelle croyait bonne-

DE LITTÉRATURE. Soj

ment son odieux mattre converti et prêt à rentrer dans la voie de la vertu: Dom-Juan développe ainsi les raisons de ses abjurations simulées.

« U n*e8t rien si commode, « Vois-tu? rhypocrisîe est un vicei la mode ; « £t quand de ses couleurs un vice est revêtu , « Sous l'appid de la mode il passe pour vertu. « Sur tout ce qu'à jouer il est de personnages , « Celui d'homme de bien a de grands avantages : « C'est un art grimacier dont les détoiurs flatteurs « Cachent sous un beau voile un amas d'imposteurs. « On a beau découvrir ce que c'est que faux zèle , « L'imposture est reçue y on ne peut rien contre elle. « Ija censure voudrait y mordre vainement.

« Contre tout autre vice on parle hautement, « Chacun a liberté d'en faire voir le piège ; « Mais pour l'hypocrisie , elle a son privilège , « Qui, sous le* masque adroit d'un visage emprunté , « Lui fait to\it entreprendre avec impunité.

« Flattant ceux du parti , plus qu'aucun redoutable , « On se fait d'un grand corps le membre inséparable. ^ C'est alors qu'on est sûr de ne succomber pas. « Quiconque en blesse l'un , les a tous sur les bras : « Et ceux môme qu'on sait que le ciel seul occupe , « Des singes de leurs mœurs sont l'ordinaire dupe. « A quoi que leur malice ait pu se dispenser, n Leur appui leur esit sûr , ils ont vu grimacer. « Ah ! combien j'en connais qui , par ce stratagème , « Après avoir vécu dans un désordre extrême , « S'armant du bouclier de lajreligion, « Ont rhabillé sans bruit leur dépravation , « Et pris droit , au milieu de tout ce que nous sommes , « D'être sous ce ^nanteau les plus méchants des hommes.

3io COURS ANALYTIQUE

« On ft beau les coimaitre et savoir ce qu'ils sont,

« Trouver lieu de scandale aux intrigues qu'ils ont ,

« Toujours même crédit. Un maintien doux , honnête ,

« Quelques roulements d'yeux, des baissements de tête ,

« Trois ou quatre soupirs mêlés dans un discours ,

« Sont pour tout rajuster d'un merveilleux secours..

a C'est soits un tel abri iqu'assurant mes affaires ,

« Je veux de mes censeurs duper les plus sévères.

« Je ne quitterai point mes pratiqués d'amour ,

« J*aurai soin seulement d'éviter le grand jour ^

« Et saturai, ne voyant en public que des prudes »

« Garder à pletit bruit mes douces habitudes.

a Si je suis découvert dans mes plaisirs secrets ,

« Tout le corps en chaleur prendra mes intérêts »

« Et, sans me remuer, je verrai la cabale

« Me mettre hautement à couvert du scandale.

a C'est là le vrai moyen d'oser impunément

«t Permettre à mes désirs un plein emportement,

« Des actions d'autmi je ferai le critique,

« Médirai saintemmit, et d'un ton pacifique ,

« Applaudissant à tout ce qui sera blâmé,

« Ne croirai que moi seul digne d'être estimé.

« S'il faut que d'intérêt quelque affairé se passe ,

« Fût-ce veuve, orphelin; point d'accord, point de grâce;

« Et ponr peu qu'on me choque ardent à me venger ,

« Jamais rien au pairdon ne pourra m'obliger.

« J'aurai tout doucement le zèle charitable

« De nourrir une haine îtrécohciliable ;

« Et quand on me viendra porter à la douceur,

« Des intérêts du ciel je fierai lé vengeur.

« Le prenant pour garant du soin de sa querelle,

<( J'appuierai de mon cœur la malice infidèle ;

<i Et, selon qu'on m'aura plu^ ou moins respecté,

« Je damnerai les gens de mon autorité.

DE LITTÉRATURE- îii.

« Cest ainsi que Ton peut , dans le siècle ou nous sommes , « Profiter sagement des faiblesses deîs hommes ; a £t qu'un esprit bien fait , s'il craint les mécontents, <t Se doit accommoder aux vices de son temps.

Voilà ce qu'on entendit soos le règne de madame de Maintenon ^ protectrice de la cagoterie. Voilà ce que je crus utile de vous relire sous le gouTemement impérial^ qui, disait-il , voulait nous raraenet,^ par les dei^oirs de la sainte religion , aux principes de lar morale monarchique.

Il ny a pas moyen de méconnaître Dom-Juan à ce langage. Sa méchanceté ne tourne point à la bonté : ses mœurs ne varient point, mais sa volonté seule. Il reste incrédule et impie, et le prouve d*aiitant mieux qu il feint la conversion et la piété. Jusque-là ce scélérat netait pas encore le phis redoutable de tous , mais depuis qu'il fait le dévot y il commettra tous les crimes impunément, et personne n'osera le lui reprocher, de peur d'attirer sur soi la ligiie infé« ressée de ses religieux défenseurs. Un athée découvert s'expose hardiment au danger de ses opinions scan* daleuses ; un hypocrite, au contraire, se dérobe au péril d'un athéisme caché qui s'arme avec pleine sécuri/é de toutes les foudres spirituelles pour écraser les objets de ses ressentiments. La dévotion n'est eiî de pareils hommes que le témoignage authentique de leur endurcissement. Cette péripétie du Festin de Pierre est Topposé de celle du Tartufe^ en ce que l'imposteur, dans cette autre pièce, lève le masque dès qu'on l'a pénétré ; et que , dans celle-ci ,4'athée prend la masque, afin qu'on ne le pénètre plus. Ce

3ia COURS ANALYTIQUE

changement de parti est le dernier coup de pinceau qui seul pouvait ajouter quelque nouvelle empreinte hideuse au visage de Fimpiété. C'était déterminer ses traits et rendre à tous les yeux l'hypocrisie la plus haïssable du monde, que d^en faire embrasser la sainte apparence par un si abominable athée , comme pour mettre le comble à ses scélératesses. Il n*est point de leçon théâtrale aussi vigoureuse ^ aussi philosophique : on ne s'étonne pas de Tavoir reçue du génie le plus vrai qui jamais ait profondément signalé son aversion et son mépris pour le faux, dans ' tous les genres d'imposture et de charlatanisme. On sent quelle importance acquiert la comédie lorsqu'elle obtient de si graves résultats , et que , donnant ainsi le signalement de la plus dangereuse espèce dç scélérats que la société doive attaquer ou fuir, elle vous fait dire, après VQUs avoir peint un menteur^ un faussaire , un escroc, un corrupteur, un meurtrier, un sacrilège, im impie déterminé; tous ces monstres peuvent étr^ réassemblés dans l'hypocrite.

DE LITTÉRATURE. 3i3

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SECONDE PARTIE

. VINGTDEUXIÈME SÉANCE.

Sur Tordre des actes ; sur celui des scènes capi^ taies; sur les deux espèces de dénouement ^ et mr la force comique.

BSSIBUH^f

A PRÈS Texamen des règles de la comédie qui en constituent spécialement la fabrication dramatique, telles que l'exposition , le nœud ou intrigue, et les péripéties , nous ne devons pas oublier de dire que de ces trois conditions les deux dernières ne s'appliquent point nécessairement à lespèce de comédies épisodiques nommées puces à tiroir y mais à toutes les autres. Notez bien ces différences , chaque fois que nous aurons lieu de les remarquer. Elle vous convaincront de Futilité du dénombrement des, conditions que je définis.

Celle de Tordre des actes dont je vais vous parler " ne porte aussi son application que sur quatre espèces de comédies; les pièces épisodiques n'ayant point d'intrigue principale , ni de péripéties , ni de dénoue* ment proprement dit, mais ne foribant qu'un tissu

r4* RàoLs.

L'ordre dt»

actes.

3i4 COURS ANALYTIQUE

de scènes partielles , qui aboutissent à une simple conclusion.

On peut se souvenir que lors de notre examen sur la distribution des actes de la tragédie, nous observâmes que la force dramatique de la fable devait se porter du premier acte au troisième , et du troisième au dernier ^ si la fable ne fournissait pas à un intérêt graduel qui s^accrût dans tous les actes; et qu*à défaut de Tordre établi ci-dessus, il fallait que le second acte fût plein et fort , et que le quatrième et le cinquième fussent prépondérants sur tous les autres. Mais dans la comédie en cinq actes, cest particulièrement au troisième qu'on doit développer tout Féclat et toute l'énergie de l'intrigue ou des caractères, ou de ces deux moyens réunis. Le troisième acte contient le nœud du sujet , exposé dans le premier , et préparé dans le second. Ces actes peuvent se remplir d'ornements et de jeux d'esprit qui disposent favorablement le spectateur. Mais l'intérêt comique étant moins puissant que celui de la tragédie , et la diction de Tbalie étant moins soutenue , moins imposante que celle de Melpomène , Faction et le langage tomberaient également en langueur si le jeu des ridicules et la force du nœud ne relevait la fable dès le troisième acte : c'est le plus décisif , et le plus important pour le succès en ce genre. Supposez au contraire que le second acte , our le nœud s'engage, excitât vivement Fint^rét et le rire ; cet effet précipité nuirait à la progression de la fable, sitôt qu'elle se rallentirait, et le talent aurait b^ soin de prodiges pour maintenir au même degré, du* rant les trois actes restants , Fémotion et Fenjouement

nE LITTERATURE. 3i5

du parterre. Dès qu'une fois on la bien fait rire , les choses dont il ne rit plus lui sont insipides ; le sérieux raisonnable le refroidit et l'attriste ; on est condamné à garder le même ton comique avec lui, sous peine de le détacher et de lui déplaire. Il faut donc mettre une prudente économie dans les moyens que Ion dispense d'abord , n'en être libéral qu'au troisième acte pour forcer les applaudissements, et ne les prodiguer que dans les péripéties résultantes, ou vers la catastrophe. Le troisième acte de la Métromanie brille du plus vif éclat par la scène capitale de l'Empyrée et de Baliveau : si Piron l'eût placée au second acte , sa vigueur d'esprit naturelle eût en vain créé tant de beautés imprévues, si bien liées les unes aux autres, et rehaussées par-tout d*un style original, piquant et correct. Il n'est pas douteux que son premier effet , obtenu trop tôt , n'eût mis son chef-d'œuvre en péril. -Molière, quoique si fécond, ménagea toujours ses ressources. On dirait que son génie , n'osant se fier à sa propre fertilité , n'employait les premiers actes de ses comédies qu'à la préparation des grandes choses qu'il promettait pout le troisième et pour le quatrième, où son comique porte toujours ses plus grands coups, avec un éclat qui rejaillit par- fois jusqu'au dénouement. Quel besoin de m'appesantir sur les exemples? Ne vous rappeler -vous pas les actes troisièmes de \ Ecole des Femmes y du Misanthrope^ des Femmes sa^ liantes y de X Avare ^ et du Tartufe^ Ce sont les plus frappants ; et leur beauté n'est point surpassée par celle des actes quatrièmes qui les rivalisent. Les Femme:: savantes , et U Misanthrope , entre ces chefs-

3i6 COURS ANALYTIQUE

d'œuvre , sont couronnés encore par des dénouementi irréprochables. Les habiles distributions de Molière dans les comédies en trois actes répondent à Tordre qu'il conserve dans celles qu'il divise en cinq. C'est au cœur^ c'est aux entrailles du sujet qu'il transporte toute sa vigueur et tout son feu; s par conséquent^ dans ce rang de comédies , le second acte devient le plus puissant et le plus riche; témoins, V Ecole des Maris ^ Amphitryon^ le Malade imaginaire ^ George^' Dandin , les Fourberies de Scapin , et Pourceaugnac^ Le même ordre relatif est observé dans les pièces en un seul acte , où les scènes du nœud sont les plus animées et les plus fortes de toutes. C'est ainsi que l'art , choisissant le point convenable où doit monter l'effet du drame à son plus haut deg^é, arrive au comble de ses qualités; et de-là^ planant sur le sujet, domine l'esprit des spectateurs dont il s'empare énergiqu^ment au milieu de la représentation y et qu'il ne cesse plus de remuer jusqu'à la fin , au gré des situations diverses de la fable. Les ouvrages du grand maître que nous offrons pour modèle supérieur , enseignent où les actes doivent se borner , et quel usage on doit faire de l'intervalle qui les sépare. On y voit que les personnages ne peuvent quitter la scène qu'au moment où des motifs nécessaires à la suite de l'action les appellent au dehors, et non lorsqu'^s n'auraient seulement plus rien à se dire. Chaque fin d'acte laissera donc, par leur disparution, lii çurio-r site publique en suspends sur quelque intérêt engagé dont elle attendra les résultats no^ve^ux dès qu'ik reparaîtront; les entre-actes par conséquent ne son(

point des lacunes , des vides ; maiâ un temps donné aux démarches dont le public ne peut être le témoin, ou dont le spectacle lui causerait quelque déplaisance . ou quelque ennui. , L'absence des acteurs nest pas moins employée que leur présence à la continuité de faction dans une comédie bien construite ; et la per* fection exige que sans cesse le parterre désire apprendre au commencement d*un acte ce qu'ils ont fait ou dit, depuis la fin de Facte passé, et que sa curiosité, chaque fois plus vive, ait de quoi se sentir complètement satisfaite.

La condition importante de Vordre des actes en- «5*»àoi*,

A . . . L'ordre d«

trame nécessairement la condition de Tordre des •«^»*scènes principales et secondaires. Le talent de faire les scènes, de les bien lier, et de les amener à leur place convenable ne s'acquiert que par Vétude ide la comédie moderne. Les anciens ignoraient ou négligeaient le soin de les enchaîner Tune à l'autre par des ressorts imperceptibles. Leurs acteurs en quittant le théâtre, le laissait fréquemment vide à ceux qui les venaient remplacer : nous avons vu que des personnages postiches , des suppléments de prologue, despa« rasites superflus, ou quelque autre espèce de bouffons, leur prêtaient matière aux remplissages qui déguisaient les lacunes de l'action sans cesse coupée ou suspendue. Ce défaut se perpétua chez les premiers comiques italiens qui, trop idolâtres de l'antiquité, ne firent d'abord que traduire servilement les fables grecques et latines , et qui poussèrent le scrupule jusqu'à ne pas moins imiter les £aiutes que les beautés qu'ils y admiraient religieusement. Ces irrégularités passèrent d^

3i8 COURS ANALYTIQUE

l'Italie chez les autres nations étrangères, où les drames, plus compliqués dUncidents et d'aventures romanesques, ne deyinrent 4u'un assemblage désor« donné de scènes sans lien et sans suite : Tordre théâtral ne s'établit qu'en France, et la liaison industrieuse des principales scènes du Menteur Aq Corneille et de celles des premières comédies de Molière , servit d'exemple aux auteurs, qui firent une règle de ce perfectionnement. On convint que les acteurs ne sortiraient plus sans avoir vu ceux qui leur devaient succéder , ou sans leur avoir parlé , afin que la pièce ne parût jamais s^nterrompre. On observa que s'ils se montraient successivement deux à deux, ou trois à trois , ou quatre à quatre , cette égalité de nombre en rendrait l'aspect trop luiiforme , et qu'il fallait le varier continuellement pour plaire aux yeux. On ne prodigua plus les monologues : on les employa rarement dans les expositions du sujet, La raison en est simple : rarement un homme est assez agité pour s'expliquer hautement ses propres pensées; il faut, en ce cas, qu'une passion, qu'une frénésie quelconque le mette hors de soi-même , et de tels transports ne peuvent naître en lui qu'au moment où l'action bien engagée acquiert toute sa chaleur. Tout monologue qui contient une explication froide , et non des sentiments très-vifs , manque de vraisemblance ; et cette condition théâtrale est la plus essentielle dans la bonne comédie , où le secret de l'art est de dissimuler l'art , si bien , que la représentation pisse pour la vérité même. Le monologue du Mercure de Plante pèche en tous points contre cette règle : celui du Sosie de Molière

DE LITTÉRATURE. iig

s y accommode parfaitement. Ce valet parait en scène au milieu de la nuit , doublement ému par sa poltronnerie et par Tintérét de sa mission ; il a cheminé seul dans les ténèbres ; la peur gui la saisi dans la route a troublé déjà sa cervelle, et l'effroi d'avoir oublié les ordres de son maître le contraint à tâcher de se les rappeler : il va paraître devant Âlcmène ; le rang de sa maîtresse lui impose un respect qui dérange encore ses idées , et le besoin de concerter en soi sa petite harangue le retient malgré lui-même au seuil de la porte du logis. N'eût-il que cette seule préoccupation, elle suffirait à rendre son monologue vraisemblable. Com? bien de personnes d^une plus Ubre condition et d'un esprit plus ferme que Sosie , à la seule approche de l'heure où quelque grand leur doit accorder une audience , ne s'intimident-elles pas aussi puérilement , et ne répètent-elles pas tout haut dis phrases inutilement arrangées qu'elles oublieront de redire en sa présence, ou qu'elles n'auront pas l'occasion de placer dans son oreille : les premiers mots de Sosie sont d'autant plus naturels qu'ils ne sont que le cri de son épouvante.

<i Qui va là ?... Hé !... ma peur à chaque pas 8*accroit. . . « Messieurs , ami de tout le monde.

« Ah 1 quelle audace sans seconde a De marcher à Theure qu*il est !

En le voyant si effrayé l'on n'est pas suipris de l'en* tendre se plaindre de la commission qu'il a reçue de son maître : les réflexions qui suivent ses plain^ tes sur le danger de son message viennent là comme il faut.

« Sosie , à quelle « Tes jours sont-Os assajéds ?

« Notre sort est beaoooap plus rode « elles les grands que chez les petits.

« Ils Teuleiit que pour eux tpat soit dans la nature

« Obligé de s'immoler.

« Jour et nnit , grêle, yent , péril , chaleur, froîdarc i « Dès qu'ils parlent, il faut yoler.

« Vingt ans d'assidu serrice « N'en obtiennent rien pour nous :

« Le moindre petit caprice « Nous attire leur courroux; « Cependant notre ame insensée « S'acharne au Tain honneur de demeurer près d'eux , « Et s'y Teut contenter de la £iusse pensée « Qu'ont tous les autres gens que nous sommes heurenl^ « Vers la retraite en vain la raison nous appelle , « En vain notrt dépit quelquefois y consent : « Leur vue a sur notre zèle K Un ascendant trop puissant , « Et la moindre ùvenr d'un coup-d'œil caressant « Nous rengage de pins belle.

Admirez comment Fauteur rattache les discours les plus simples de ses personnages aux vérités les plus générales , et en tourne le sens de manière à s'appliquer aussi* bien aux valets quaux courtisans, et aux autres hommes courbés sous le joug de toute es» pèce de domesticité. Ce langage leur est également convenable à tous. Bientôt Sosie aperçoit la maison où loge Alcmène : sa frayeur cède alors à l'embarras de lui faire un récit des victoires d'Amphitryon.

DE LITTÉRATURE. 3i^i

<t Pout jouer mon rôle sans peine « Je le yeox un peu repasser.

« Voici la chambre où j'entre en courrier que l'on mène; « Et cette lanterne est Alcmène « A qui je me dois adresser.

Supposition comique par laquelle Fingénieux monologue se varie en de triples interlocutions, où le messager qui raconte, où Alcmène qui interroge, où Sosie qui répond et s^applaudit à part de toutes les gentillesses de son esprit ^ forment un concours idéal de trois personnages représentés par une seule personne. Le plaisant ambassadeur achève ainsi d'instruire le public des détails du grand combat de son maître , en figurant sur sa main la carte du pays conquis; et tandis qu'il décrit les lieux qu'occupait le corps d*armée, un léger bruit qui 1 épouvante l'interrompt et lui fait terminer son soliloque par ce trait risible :

« . . . . Attendez : le corps d'armée a peur.

On ne peut offrir ce bon monologue pour modèle à suivre, car sa perfection est, je crois, inimitable, et ne tient pas moins aux singulières ciriX)ns^tances dû sujet, qu'à l'originalité du poète. Il en faut seulement déduire cet axiome , qu'on ne doit introduire nul personnage se parlant à soi seul , à moins que son extrême passion ne rende son transport théâtral. Ecoutez George-Dandin , acteur principal de l'une des comédies les mieux construites. Ses premiers discours vous exposeront fortement le sujet de la pièce par l'expression du vif chagrin de ce personnage. //. il

3a2 COURS ANALYTIQUE

« Ah ! qu'une femme demoiselle est une étrange affaire , «t et que mon mariage est une leçon bien parlante à tous les « paysans qui veulent s'élever au-dessus de leur condition , « et s'allier, comme j'ai fait , à la maison d'un gentil-homme ! « La noblesse de soi est bonne , c'est une chose considérable « assurément ; mais elle est accompagnée de tant de mauvai- « ses circonstances qu'il est très bon de ne s'y point frotter ; «je suis devenu là- dessus savant à mes dépens, et connais « le style des nobles , lorsqu'ils nous font , nous autres , en- « trer dans leur famille. L'alliance qu'ils font est petite avec « nos personnes , c'est notr^ bien seul qu'ils épousent ; et « j'aurais bien mieux fait, tout riche que je suis, de m'ai- « lier en bonne et franche paysannerie , que de prendre une « femme qui se tient au-dessus de moi , s'offense de porter « mon nom , et pense qu'avec tout mon bien je n'ai pas « assez acheté la qualité de son mari. George - Dandin I « George- Dandin ! vous avez fait une sottise la plus grande « du monde! Ma niaison m'est effroyable maintenant, et je « n'y rentre point sans y trouver quelque chagrin.

A ce peu de mots vous reconnaissez un homme malheureux : vous vous intéressez à lui d'autant plus qu'ils semblent lui être arrachés par la violence de son affliction : le sujet de ses peines vous est déjà révélé par les gémissements involontaires qui lui échappent sans témoins : et vous le plaindrez durant toute laction, parce que ce monologue, savamment placé f grave dans votre mémoire Timage de son malheur. Le fameux monologue qui termine le quatrième acte de Vjiwire confirme encore mieux le précepte que je vous retrace; il foumk de plus une réponse à deux observations qui sembleraient contredire nos règles théâtrales. En effet on remarquera d*abord

DE LITTÉRATURE. SaS

que la scène reste vide par la disparition des acteurs qui sortent au moment qu'Harpagon seul reparaît : mais considérez que le fil de Faction n'est peint rompu ; le public vient de voir la cassette vcAié entre les mains dés fuyards ; il sait qtie lavâre est allé vers cq trésor 9 il s'attend à sa rentrée; il est empressé de jouir du spectadé de sa fureur : il n'y a donc là nttlté suspension. Plante et Moliète se sont rivalii^és dans Cette àdfXiirable scène ait le désordre de Tesprît autorise l'avàré à dire tdutes les folies iriiaginàblés. Oh s'étonne ici que l'auteur fran^ai^ oùBKe lios bienséances'^ juâquà pousser son pér^onha^e à irrtérpréller leUi spectateurs à la rtianière des Gtçcà et des Latins. Msai qui vous a dît que lavàre s adre^âe arn parterre? N'ést*il pas en délire ? né cr6it-it' pals , eti ^àfistisâafht âa- ^V6^>re niain, avoir eiïlpoignfé celle de" ^on vbfeW,* lori^ii^it ne prend que la sîehtie? he se ^iiré-t-îl ^a^ én'vîronné de juges, de tfénioiris, de vafets^ dé séih^nlfés et de curieux rassemblés par Étiii désastre ? Sah^il oit^il est, ce qu'il fait, ce qu'il exprime, ce qtfil devient fc'éiît à ses propres visions qu'il parle , non atr public , et le hasard de sa situation exaltée par ïk démence aicquiert le plus grand comique de la présence des spectateurs , dont la réunion autour de lui , réalise idéalement lès chimères de son désespoir , qui se prend à tout ce qu'il croit entendre ou voir en sa questionnante frénésie.

Serait-il permis, en citant ce bel exemple, d'oublier ici de rendre hommage- au talent admirable de l'acteur GRAND-MiâNiL , qui' sut exceller , dans le rôle d'Harpagon, parla verve et la vérité frappante dé son débit , et qui rivalisa plus d-ulne fbts^ sur Te théâtre ^

Dovkie moaTemrat inyene des

capitalrt.

le naturel profond de Preyille , seul acteur qu'on nommait rinimitabU.

L ordre des scènes consiste à les ranger chacune de façon qu'elles concourent à réclaircissement du sujet , à sa marche toujours progressive, à son intérêt gradué, k la liaison des entrées et des sorties entre les personnages, et enfin à la variété du nombre d'ac* teurs qu'elles amènent dacte en acte jusqu'à la catastrophe. Outre ces nécessités , la comédie exige , ainsi que la tragédie , un arrangement mystérieux dans les scènes capitales auxquelles il faut donner la forme d'un tout partiel intégré dans le tout général qui le contient. C'est à la beauté des grandes scènes que tiennent les grands succès : il ne suffit pas à chacune d'avoir , comme on vous Ta dit , un commencement , un milieu , et une fin , si leur construction ne renferme encore le principe d'un double mouvement de passions ou d'intérêts , dont l'impulsion en un sens , cède enfin à une sorte de retour oscillatoire qui les repousse en un sens contraire. Yen vais citer quatre principaux exemples. La scène capitale du Dépit anioU' reux est la querelle d'Eraste et de Lucile en présence de Marinette et de Gros-Réné, qui les soutiennent chacun dans leur ressentiment. Eraste commence Tentretien en ces termes :

« Ne croyez pas, madame , « Que je revienne encor vous parler de ma flamme , « C^en est fiaut; je me venx guérir, et comiais bien « Ce que de votre cœur a possédé le mien.

€ Un courroux si constant pour l'ombre d'une offense « M'a trop bien éclairci de votre indifFàrence \

DE LITTERATURE. SaS

«c Et je dois vous montrer que les traits du mépris «c Sont sensibles sur-tout aux généreux esprits. « Je l'avouerai , mes yeux observaient danui les vôtres « Des charmes qu'ils n'ont point trouvés dans tous les autres.

Et il continue sur ce ton à lui peindre en expressions ravissantes l'amour quHl ressentait pour elle, et dont il jure de se dégager, quoiqua regret, et prévoyant même qu affranchi de son joug ,

« Il faudra se résoudre à n'aimer jamais rien ;

« Mais enfin , il n'importe ! et , puisque votre haine

A Chasse un cœur tant de fois que l'amour vous ramène,

(1 C'est la dernière ici des importunités

a Que vous aurez jamais de mes vœux rebutés.

« — Vous pouvez faire aux miens la grâce toute entière ,

« Monsieur, et m'épargner encor cette dernière.

« — £h bien , madame , eh bien ! ils seront satisfaits.

« Je romps avecque vous 9 et j'y romps pour jamais.

Voilà lexposition claire du sujet de la scène ; et le dessein des deux personnages est bien de se fuir tous deux pour ne plus se revoir. Eraste poursuit.

« Puisque vous le voulez , que je perde la vie « Lorsque de vous parler je reprendrai l'envie , « — Tant mieux. C'est m'obliger.

« — * Non , non , n'ayez pas peur « Que je feusse parole. . . .

Et il ajoute serment sur serment de ne plus revenir. « Soit : n'en parlons donc plus,

lui réplique aussitôt Lucile indignée. L'impulsion, comme on le voit, est bien donnée par les deux rôles en un sens tout pareil.

3a6 COURS ANALYTIQUE

« Oui, oui , n'en parlons plu&,

répond Eraste.

<K £t pour tianchei' ici tout propos superflus ,

« Et vous donner , ingrate , une preuve certaine

« Que je veux sans retour sortir de yotre chaîne ,

« Je ne veux rien garder qui puisse retracer

« Ce que de mon esprit il |ae faut effacer^

«( Voici votre portrait : il présente à msi vue

« Cent charmes merveilleux dont vous êtes pourvue ;

« Mais il cache sous eux cent défauts aussi grands j

« £t c'est un imposteur enfin que je vous rends.

Lucile à son tour lui rend un diamant qu'elle reçut en cadeau : un bracelet le suit , puis , une agate montée en cachet; enfin ils se font plaisamment restitution de tous les petits présents qu'ils s'étaient donnés : voilà bien l'intérêt engagé qui s'accroît, et le nœud de la scène qui se forme. C'est peu; l'amant dépité relit une lettre de sa maîtresse.

« Vous m'assuriez par-là d'agréer mon service : « C'est une fausseté digne de ce supplice.

Et il déchira l'écrit avec fureur. Lucile • de son côté, relit un billet d'Çr^te.

« Voilà qui m'assurait à jamais de vos feux ; «Et la main et la lettre ont menti toutes deux.

Et elle déchire aussi Técrit de son amant. Eà le nœud se resserre d'autant plus fortement, que tandis quiU contii^ueut à déchirer , tous deux, lettres sur lettresji^ le valet encourage l'un dans sa colère, et la suivante excite lautre dans la sienne.

DE LITTÉRATURE. Say

« Enfin Toilà le reste !

secrîe Lucîle,

f Et grâce au ciel ! c'est tout.

s'écrie Eraste ; ils se disent mutuellement adieu : c^en est fait après un si courageux effort de part et d'autre ; tous deux se vont séparer. Comment, se démêlera cette intrigue , et qui désormais changera leurs volontés si invariablement déterminées ? Ces amants ne sont-ils pas brouillés par mille outrages réciproques ? oui , autant que des amants se brouillent. Ecoutez le langage de leurs passions Stupéfaites.

a Ah Lucile l l^ucâle ! un cœur tel que le mien

« Se fera regretter , et je le sais fort bien.

« — Eraste , Eraste, un cœur fait eomme est fait le vôtre ,

« Se peut facilement réparer par un autre.

« — Non, non , cherchez par- tout, vous n'en aurez jamais

« De si passionné pour vous , je vous promets;

« Je ne dis pas cela pour vous rendre attendrie :

« Paurais tort d'en former encore quelque en?ie.

<c Mes plus ardents respects n'ont pu vous obliger ;

« Vous avez voulu rompre , il n*y faut plus songer :

« Mais personne, après moi, quoi qu'on vous fasse entendre,

« N'aura jamais pour vous de passion ^ tendre f

Voilà l'origine d'un changement de volonté , de cette péripétie de la scène que je compare au mouvement oscillatoire dont le retour succède à la première impulsion opposée* On va voir son effet dans ' les réponses adoucies de la sévère Lucile.

« Quand on aime les gens on les traite autrement ; « On £ût de leur personne un meilleur jugement

3a8 COURS ANALYTIQUE

« .«. Qaand on aime les gens , on peut par jalousie « Sur beaucoup d'apparence avoir Tame saisie : a Mais alors qu*on les aime , on ne peat , en effet , « Se résoudre à les perdre ; et vous , vous lavez fait.

Leurs reproches mutuels se tempèrent à mesure qu'ils sexpliquent leurs g^riefs : déjà loin d'être résolus à rompre ensemble , chacun de ces amants . rejette sur l'autre le tort de l'avoir projeté le premier.

« Mais , cruelle , c'est vous qui Tavez bien voulu. ^ « — Moi ! point du tout : c'est vous qui l'avez résolu. « — Moi ! je vous ai cru là faire un plaisir extrême. « — Point : vous avez voulu vous contenter vous-même.

Enfin Eraste convaincu de la tendresse de Lucile se précipite à ses genoux pour la fléchir et pour en obtenir le pardon de ses emportements.

« Consentez-y , madame ; une flamme si belle « Doit pour votre intérêt demeurer immortelle ; « Je le demande enfin , me l'accorderez-vous , « Ce pardon obligeant? — Reménez-moi chez nous.

Voilà le dénouement de la scène. Conclusion ordinaire à ces dépits des amoureux dont les jalousies et les colères n'ont jamais d'autres catastrophes que ces doux raccommodements. Nous retrouverons cette même scène trots fois traitée sur les mêmes principes par le même auteur , et trois fois rendue nouvelle.

Exemples La scèuc passionuéc du quatrième acte du Misan»

parfaits tires *■ . * ^ ^

. ^". thrope est construite avec un pareil artifice : les deux impulsions opposées, dont Tune la commence et

DE LITTÉRATURE. 3a^

Vautre la termine,* y contre-balanceat puissamment les sentiments d'Âlceste : il entre plein de fureur contre Célimène,il l'accable de noms odieux et doutrages, il offre à ses yeux la preuve de sa noire infidélité : sa coquette maîtresse ne daigne pas même s'en justifier ; la raison d'Alceste la convainc et la condamne ; mais son cœur plaide sa cause et la défend sitôt contre lui - même , qu'il tombe aveuglément à se$ pieds, lui pardonne, et se livre tout entier à ses ca* priées , en se démentant par des paroles où respirent l'exaltation et la plus tendre idolâtrie qui fût jamais dans le cœur d'un amant. Mesurez de quel poini Alceste partit au commencement , et quel intervalle il a franchi jusqu'au point où il arrive à la fin , vous jugerez l'étendue immense du talent de l'auteur. Cette belle scène s'expose par la colère , se lie et s'intrigue par l'amour , et se dénoue par la faiblesse naturelle aux passions véhémentes.

La même comédie contient encore une scène capitale entre Arsinoé etCélimène^où l'on retrouve le jeu des deux forces réagissantes, non tour -à- tour, mais l'une après l'autre ^ avec une égale puissance. La prude, dirigée par sa jalouse malignité, vient humilier Gélimène à qui elle rapporte tous les propos qu'elle entend dans les cercles du monde contre sa conduite légère et bruyamment scandaleuse.

ff Non que j*y croie aii fond rhonnêteté blessée : « Me préserve le ciel d'en avoir la pensée I « Mais aux ombres du crime on prête aisément foi , « £t ce n'est point assez de bien vivre pour soi ;

33o COURS ANALYTIQUE

« M adame, je vous croû l'ame trop raisonnable « Pour ne pas prendre bien cet avis profitable , ' « £t ne Tattribuer qu'aux mouvements secrets « D*an zèle qui m*attache à tous vos intérêts.

La coquette à son tour, empressée de lui rendre la pareille, réplique à la charitable Arsinoé, en Tavertissant du blâme qu'elle s'attire publiquement par ses dérèglements cachés qui contrastent avec ses réprimandes sévères et sa pruderie affectée : elle lui rend la confusion qu elle en avait reçue et la paye ainsi de la même monnaie, dans une répartie qu^elle termine par le même formulaire :

« Madame , je vous crois l'ame trop raisonnable « Pour ne pas prendre bien cet avis profitable , « Et ne l'attribuer qu'aux mouvements secrets « D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.

Le retour d*une impulsion sur lautre me paraît évident ici plus qu'en tout autre exemple : et Molière tire à-la-fois de ce double mouvement, le brillant jeu de cette scène capitale et la peinture accomplie de deux principaux caractères placés en opposition. Il faut pour bien ressentir tout le magique effet de ces combinaisons transcendantes avoir vu ce que leur donnait de ressort Fexécution vive et forte de Contât, actrice justement célèbre; ou voir aujourdliui ce que leur ajoute de grâce et d'éclat la finesse de mademoiselle Mars , qui la surpasse dans le rôle de Célimène, par l'enjouement spirituel et la décence élégante qui la distinguent toujours.

Tirons de lexoellente comédie des Femmes Sa^fontes

iîi-*-

DE LITTÉRATURE. 33i

la quatrième preuve du système que f analyse : on ne nous niera pas qu'en cettq pièce la scène de Tris» sotin et de Yadius ne soit capitale : décomposez-la , vous y apercevrez la même construction ; elle a , comme celles que j'ai citées, une exposition , un nœud , et un dénouement, ainsi qu'une comédie entière; de plus elle comporte cette impulsion donnée à qui succède Une réaction égale. Trissotin présente Yadius : les deux pédants, empressés de se congratuler , se louent avec une emphase qui s'exagère de moment en moment.

« Vos vers ont des beautés que n*ont point tous les autres ; «« — Les grâces et Vénus régnent dans tous les vôtres. « — Vous avez le ton libre et le beau choix des mots. « — On voit par-tout chez vous Tithos et le pathos. « — Nous avons vu chez vous des églogues d*au style « Qui passe en doux attraits Théocrite et Virgile. « — Vos odes ont un air noble , galant , et doux , « Qui laisse de bien loin votre Horace après vous.

Tous deux accumulent ainsi l'un sur l'autre les titres d'admiration , et bientôt après ;

« Si la Fiance pouvait conoaitre votre prix. . . .

« — ^ Si le siècle vendait justice aux beaux esprits. . . .

« — En caros^e doré vous i^Jiez par les rues^

« — On verrait le public vous dire^Sfsrdes.sILatues.

Mais Trissotin^ avant d'entendre une ballade que son confrère va lire , est curieux de l'interroger sur le sonnet dont il est l'auteur ; et Yadius , qui ne le goûte pas , le déclare mauvais. C'est là que se forme le nœud , d'où résulte la pronipte péripétie qu'éprouve

leur Tanité y dont le ton change aussitôt et passe du langage le plus apologétique à une réprocité d'injures les plus basses et les plus grossières.

« Vous donnez sottement vos qualités aux autres.

H — Fort impertinemment vous me jetez les vôtres-

« — Va , va , restituer tous les honteux larcins

« Que réclament sur toi les Grecs et les Latins.

« — Va , va-t*en faire amende honorable au Parnasse

m D'avoir fait à tes vers estropier Horace.

a — Souviens-toi de ton livre et de son peu de bruit.

« — £t toi de ton libraire à Thôpital réduit.

Admirons avec quel art Molière, par les deux mouvements contraires de cette scène capitale , révèle en un instant ce que ces méprisables rimeurs disent de leur faux mérite, quand ils ont intérêt à trafiquer de réputation afin d'éblouir leurs dupes, et ce qu'au fond ils pensent d eux-mêmes , dès que leur amourpropre blessé les irrite au point de s'avouer réciproquement leur sottise et leurs plagiats ridicules.

A ces quatre exemples je ne puis me dispenser de joindre celui de la scène exquise entre Strabon et Gléanthis , dans le Démocrite de Regnard : on ne saurait en indiquer une meilleure pour confirmer le précepte. L'entretien commence par la séduction et lamour des deux personnages qui se méconnaissent; il se termine par une reconnaissance conjugale , d où renaissent la discorde et Tancienne haine des deux époux, qui renouvellent les serments de se fuir à jamais comme des monstres. Cette scène frappante est une des plus originales de lauteur. J'insiste sur

cette théorie des scènes capitales et sur le principe des oscillations contraires dont le jeu les embellit. On conçoit, en efFet, que plus les premiers sentiments des personnages sont éloignés de ceux où la passioa les ramène , plus Féloquence dramatique doit seconder la combinaison du sujet , afin de les conduire insensiblement par toutes les transitions intermédiaires qui séparent les deux points extrêmes de lopposition des volontés. De-là naissent les beautés , les richesses , lampleur, et la consistance des scènes capitales , auxquelles sont particulièrement attachés les grands succès , et qui signalent bien mieux la verve et le génie des auteurs , que la régiUarité d^un plan tout entier, et rachètent cent fautes par Téclat dont elles couvrent les taches d un ouvrage. L art de bien filer les scènes capitales importe sur- tout aux pièces épisodiques, ou à tiroir, telles que les Fâcheux ou le Mercure- Galant : car en ces comédies chaque scène, renfermant un sujet détaché y doit former un , tout que Ton saisisse d'un cpup-dœil.

La condition du dénouement suit nécessairement «fi'^^»-»-

Le

celles de l'ordre des scènes et de Tordre des actes. Le <WnoMmeiit. dénouement comique est comme dans la tragédie la conclusion naturelle de tous les intérêts de la fable : mais il n'a point trois espèces , il n'en a que deux ; le dénouement heureux, et le dénouement mixte; car la catastrophe ne doit jamais être malheureuse dans la comédie : ceci bien entendu y nous désignons par dénouement heureux celui qui tourne simplement à la satisfaction du principal personnage ou du principal intérêt du spectateur ; et par dénouement

mixte, celui dont la double catastrophe produit le bonheur des personnages intéressants et la confusion*" des ridicules moqués , ou des vicieux risiblement punis. Ceux des deux espèces doivent s'effectuer par tine soudaine péripétie qui, plus forte et plus impre- Tue que les précédentes, surprenne, réjouisse, et contente l'esprit : elle n est bonne que si elle opère à-lafois la détermination du sort de tous les acteurs , de façon que le public n ait plus à rien désira:. Il faut que la catastrophe un peu pressentie arrive inopiné* ment, quelle sorte du fonds du sujet et résulte du jeu des propreâ ressorts de la fable ou des caractères; mais non qu'elle s'effectue par des moyens étrangers à l'action , ni par des secours tirés du de-» hors. La comédie est encore redevable à nos temps et à nos auteurs nationaux de ce perfectionnement : les hommes de l'art qui ont bien étudié le théâtre de Molière, loin de parts^er Tinjùstice du blâme qu'on attache à ses dénouements^ s'étonnent que dans la quantité de ses comédies il en ait fait un si grand nombre de bons : ceux de Y Ecole des Maris et du Sicilien y qui se ressemblent par les circonstances, quoique variés par son industrie , et celui de \ Amour Médecin^ sont des modèles pour la comédie d'intrigue ; ceux àa Misanthrope et des Femmes Sachantes j sont d'excellents exemples pour la comédie de caractères et de mœurs; ceux de F Avare et du Tartufe satisfont moins la régularité dans la comédie mixte. Mais s'ils sont défectueux quant à la conduite de l'action , comme je l'expliquerai , ils sont irréprochables quant aux convenances bien gardées des caractères :

n fe

ceux enfin du Malade Imaginaire «t du Mari - Sga^^ narelle^ autre malade imaginairô, du Mariage Forcé ^ de George^Dandin , et même de la farce de Pour^ ceaugnac, ne sauraient être meilleurs dans la comédie facétieuse : les pièces à tiroir n'exigent pas de dénouement formé , proprement dit : c'est un simple cadre que Ion retire lorsque l'on n'a plus de portraits à y mettre , et qu'il est rempli. Les vices des dénouements dans les autres pièces de Molière , que nous n avons point citées en ce lieu , ne peuvent lui être reprochés : la plupart ,ne sont que des imitations latines , espagnoles et italiennes : il puisa d*abord en ces sources, et les beautés qu'il en retira, ne furent point assez corrigées par son goût : peut-être aussi ne voulut -il pas dénaturer ses modèles et leur ôter leur forme originaire; ou peut-être encore le préjugé public et le pouvoir de l'habitude le contraignirent à conserver les dénouements usités dans la comédie latine, qui débrouillait ses intrigues par des récits , par des reconnaissances inattendues , par des coups du ciel et par des machines. Regnard , à qui nous devons les deux dénouements tressais du Joueur et du Z^gataire , essaya même après Molière , en cette dernière pièce , de réhabiliter l'ancien usage de Piaule , qui terminait ses drames par un compliment de sa troupe aux spectateurs. C'est ainsi que le Crispin de Renard adresse ces derniers mois au parterre :

(c Messieurs , j*ai, grâce a a ciel , mis ma barque à bon port. « En faveur des vivants je fais revivre un mort. « Je nomme à mes désirs un ample légataire , « J'acquiers quinze cents francs de rente viagère ^

« £t femme aa parrdessus ; mais ce D*est pas assez , « Je renonce à mon legs si vous n^applandissez.

Le ton de Crispin est plus poli et moins leste à legard des spectateurs français que ne lest celui^de certain coryphée du chœur de la Cassina à Tégard des Romains. Plaute lui fait dire sans façon , afin de trancher les détails d'un fait qui Tembarrasse à débrouilleri et dont il ne tirerait plus de comique ;

« Spectateurs , ce qui se passera là-dedans , nous allons « vous rapprendre. Cette Cassine se trouvera la fiUe du « voisin y et va se marier à Euthynicus , fils de notre maître. « Maintenant il est juste que vous nous accordiez vos bati tements de mains pour le salaire que nous méritons. Que « celui qui le fera puisse jouir de sa maîtresse comme il lui « plaît , en cachette de sa femme ; mais que celui qui ne « nous applaudira pas hautement , du plus fort qu'il pourra, «I trouve à la place de sa maîtresse un bouc infect en son lit.

Ne conseillons pas à nos poètes de prendre de semblables licences avec le public moderne ; ils s^apercevraient à leurs dépens que les légers Français n'enten-* dent pas encore raillerie comme les graves Romains. Nous ne tolérerions pas plus leurs prologues familiers que leurs burlesques compliments d adieu. La comédie est devenue chez nous une affaire si sérieuse, aux yeux des magistrats du parterre , qu'on n^oserait leur adresser le moindre petit mot qui déridât leur sévérité et dérangeât leurs austères bienséances. Tant pis pour la gaîté, mais tant mieux pour la dignité de nos doctes et pesants juges. Les folles bouffées de la joie et de l'esprit seraient capables de les déconcerter , et

désarmei^ient trop aisément la rigueur de leurs sentences ; il vaut mieux les respecter et s*y soumettre , dussions-nous perdre \2i force comique^ dont nous tie nous soucions plus , et à laquelle nous préférons la moralité^ vers laquelle penchent tous nos drames philosophiques , improprement nommés comédies.

Les conditions de la force' coifiouK et de la morI'» '^' ^■"**

^ La force

LiTB n'étaient pourtant pas incompatibles dans leà «»n"q««fables anciennes; elles s appuyaient Tune et Tautre, et recevaient un heureux relief de leur union théà- ,

traie. Ces deux conditions ne s'appliquèrent pas indispensablemetit à toutes les pièces du genre ^ mais elles contribuèrent aux succès de ses principales es^» pèces ; elles y mettaient en quelque sorte le sceau du vrai gétticw La plupart des ouvrages , et particulière*ment les plus modernes, n'ont point de force comique } quelques-uns se passent de moralité ; mais les plus beaux ^ considérez -les bien, tiennent leur lustre durable de ces deux qualités brillantes et rares. C'est pai^ la force comique sur-tout que prévalurent entre tous les poètes^ Aristophane, Plante, et Molière: on sait que Térence en manqua ; ses pièces , à cela près , sont régulières , élégamment dictées , correcte^ en leur^ sentiments, en leurs mceurs; mais la seule absence de X-à force comique décida sans doute le goût dés Romains à le ranger dans une classe inférieure, bien au-dessous du premier auteur èi Amphitryon et de XAifcire: Celuici, toujours animé , toujours plein de saillies, mettant par-tout ses acteurs en situation , poussant le ridicule jusqu'à l'extrême, combinant de mille manières le contraste et le jeu des masques, cachant la raison sous

le maintien ^e la bouffonnerie, et soulevant de scène en scène les transports et le rire d une folie dont le dé» bordement entraîne les juges les plus austères au gré de son caprice et des incidents de sa fable ; celui <- ci , dis- je, mérita lui seul, à l'égal d'Aristophane, d'être imité par le Ménandre français et par son successeur. Molière lui emprunta le Mascarille de V Etourdi^ piquant modèle en ce genre , rôle formé de l'as^eni'* blage des traits qui caractérisent tous les esclayes, tous les affranchis , tous les fourbes de Plante : s'il copia lli physionomie du Phormion de Térence, dans son Scapin , il en renforça la figure à la manière large et vigoureuse de Plante , prenant de l'un sa finesse , et de lautre sa vigueur. Regnard , à son tour, fit revivre ^ Ménechmes du poète latin , et trouva dans la foicétieuse comédie inûXvAée Mostellaria y\e fonds original de la fable du Retour imprévu qui, par-tout, ainsi que les Ménechmes , est fondée sur la force comique. Tant d'imitations de nos grands maîtres nous devraient avertir du profit que nous eussions retiré d'une lecture plus attentive de cet auteur, qu'ils ne dédaignèrent pas comme nous. Leurs emprunts ont appauvri cette mine féconde, mais ne l'ont pas épuisée; il reste encore des pièces intactes à ressaisii*. On se souvient du cas que faisait Cicéron des belles scènes de VEpi^ dicuSj où par les ruses d'un esclave de ce nonot une j.oueuse de luth est vendue à un vieillard qui croît avoir racheté sa fille en cette courtisanne, tandis qu'on lui a fait payer la rançon de la maîtresse de son fils. Cette plaisante scène, transportée dans ma comédie intitulée PlaïUe^ixdi p^ nioins frappé Içs connaisseurs

au thé&tre français , oh je TexpoMi , qu'elle n avait séduit leis juges les plus délicats de lancienpe Rome. Les autres parties de ÏEpîdicus^ que j*ai fondues e|i mon troisième acte , ont aussi^bien réussi que la plupart des scènes du Rudem , que je m'étais efforcé de joindre au tissu de ma fable principale. Ne négligeons point de fouiller ainsi dans les trésors où Mofière et R^[nard fouillaient eux- marnes, et ne nous fions pas à nos propres intentions, qiyand de tels exemples nous apprennent qu'ils enrichissaient leuis pièces des fruits de leurs profondes recherches.

Je m'abstiens de parler ici du Tartufe dont la con« texture entière contient tous les éléments de la force comique ; et mes remarques à ce sujet ne doivent pas anticiper sur l'étude spéciale que nous ferons de ce grand chef-d'œuvre. Assez d'autres exemples fourmillent dans les œuvres de son auteur. Mais tâchons de

prouver, avant tout^ ?^^i® ^® ^^ P^^ ^^ ^^^ ^ ^*^* percevoir des qualités dont Molière ^^t redevable au Satiriqtie Aristophane , de qui l'éloge en ma bouche parut un effet de mes préventions en faveur de C6 Grec et de mon goût particulier. La fameuse comédie des Nuées devint , pour Fauteur du Bourgeois'Gen* tmiutioa

* ^ ^ ^ de la comëdi^<

til^komme. un magasin de bonnes plaisanteries. Les àttNmie»,

' «^ * ^ (Uns celle du

premières leçons données par Socrate à Strépsiade ^ c,f°^j|;^offrent le modèle risible sur lequel furent calquées celles du maître de philosophie à M. Jourdain. L'un et l'autre bourgeois brûlent d^apprendre les hautes sciences, et s'émerveillent à chaque mot qu'ils entendent. Strépsiade jure par les dienx ; on lui enseigM qu^il n^7 a dans l'univers que les nué^ et le mouve-

34o COURS ANALYTIQUE

ment» Il croyait que Jupiter faisait pleuToir et tonner; on lui répond qu'il ny. a pas de pluie sans nuée, et que le bruit et les éclairs sont des effets de Fair et des tourbillons : ces choses - là le confondent! C'est ainsi que le maître de philosophie propose des explications sur la physique à M. Jourdain qui s'en étourdit et les rejette, en disant qu il y a trop de tintamare ladedans^ trop de brouillaminL Socrate veut apprendre à Strépsiade les mesures et le rhythme dactylique. Celui-ci croit qu'il parle du septier, du demi-septier, et des autres mesures du marché ; à Tégard des dactyles , il s'en sert depuis son bas âge , ainsi que M. Jourdain yâ/^ depuis quarante ans de la prose sans le sasfoir. Que veut donc savoir Strépsiade ? Conunent éviter les jours de lassignation au paiement de ses dett^s ; c est-à-dire , comment, se soustraire à Tépoque de la vieille et de la nouvelle lune ; M. Jourdain veut aussi qu'on lui apprenne y dans Valmanach , quand il y a de la lune et quand il n'jr en a point. Les éléments de grammaire que lui inculque si comiquement son pédagogue ) se rapportent encore identiquement aux principes exposés à Strépsiade , sur le coq et sur la poule, sur le masculin et le féminin , sur les singuliers et les pluriels. Les transports d'admiration au sujet de ces niaiseries sont pareils dans les deux personnages : Pli^e la science! Oh que cela est urai! La belle chose que de savoir quelque chose ! Ah ! que n^ai'je étudié plutôt pour savoir tout cela? Est^e quHl y a des choses aussi curieuses que celles-ci? Mêmes étonnements, mêmes expressions chez les auteurs grec et français \ même force comique en tous les deux. Peut-

DE LITTÉRATURE. 34i

être convaincrai -je mieux de la réalité de ces rappoits qu'on accusa d'être imaginaires, quand je les annopçai , en citant ici les propres paroles du judicieux Brumoj.

« Socrate ne pouvant rien tirer de plus du génie « grossier de son disciple , .désespère d'en : faire un « philosophe, et lui conseille d'amener son fils. en: sa « place. L'autre j consent ^ en disant que. sou &fi $iyait « de Tesprit étant enfant ; ce qu'il prouve ;au[ssi païvi$- « ment que le médecin Diafoirus.au sujet de son fils « Tbomas.; Molière a copié beaucoup d'endroits de « ;Cette comédie, t»

La conformité entre les deux poètes s'établit de^ plus en plus dans 1^ actes suivaqtS) où Strépsiade, possédé de l'esprit de l'école et de l'enthousiasme des Nuées , pousse son fils Philippe hors du logis. ^ ,

«Le sel comique de ç^te sccyoe.) ajpute le .père « Brumoy y est précbément le même que celui du « Bourgeois-Gentil-homme, qui yept instruire sa femme

< et sa servante des leçons qu'il af^çues de ses maîtres, «.la copie est* plus conforme.^ x^og mosurs ; mais e\^e

< .est moins vive que l'Oàri^inal ,dont Molière avait bien « étudié les traits. A la vérité y Strépsiade ne fait pas « ici un récit tranquille à son fils ^ comme le Bour- « geois-Gentil*bomme à madame Jourdain et à Nicole* « mais il parle dans le même goût avec' ^lus deviva- « cité; car, ayant là tête rempEe diés' grâiids mystères «qu'il croit avoir appris chez Socrate , il èiî c(it une «partie sans suite ni liaison" à son fils, en le c(thtrai- » gnant d'aller promptenient tenir sa place à la même « école. Philippe^' qui croit que son pèice içxtx^yâ^e,

34ft COURS ANALYTIQUE

«le regarde du inémé oiil que medame Jourdain fit « 0OQ mari e&harBftché en turc. Dès les premiers mats « le fils Jure par Jupiter; ce ferment choque le père» «qui lui dit que cela était bon autrefois» mais q«tl «n'y a plus de Jupiter.

«-^Qdf profère ces impiétés N^Diagoras^t CérqsiKHt qui sait calonler le smt d*ane puce.

•DuTéiste, il fyrodig^ae à son fils les noms de stnpide » de sot, de butor et de béte, sur le ton de M. Joiir«> dain , qui traite sa femme d'ignorante et de petit giénie^ L'identité devient évidente en ce (i^nier trait : Phi* lippe voit reparaître son père portant deux oiiéaiix éwr le poing ;

« Or ça , dis tin peu , 411^ pemes-tu qae je tièmle-là? « — Un coq. — D'accoid'; ' et ici ? — Un coq.

Instruit aux st^llicé^, il le lui nie, sur oe qu'MiA semblable déhomïéifttîon iie distingue point lé mâle de la femelle, en répondant par un même inol qui signifie en grec lé coq et la poule.

«< Ce sont âtmt t(ms deut la même chose? Que tu es niai •r avisé ! Ne vas pas i*épélei<-afllenrs 'cette sottise ! Désormais 4c appelle Tt&ned'nn aom de fein^le, et TaUtta dhosa tion « de mâle.

« -^ Soa^<e là les belles coanaissanots que vopsfenl c«i* A mgliées ces nouvjeaux Tit^Jis ?

. « -r^ Ah vraimenti ils m'en ont bien appris d'autres^ niais « ma vieillesse e^i^ caus^ que j*ai tout oublié à mesure que «i'ai îippyis. ■- ^

Voyons maintenant le Bourgeois-Gentil-bomme répétant sa leçon sur les voyelles avec sa servante:

« Sais-tu bien comme il £iut faire pour dire un uP — Com- « ment ? — Oui , qu*est-ce que tu fais quand tu dis un ir ? —

« Quoi ? — Dis un pen u pow voir. — Eh bien «.••-Qii'éit-ce « tu fais ? — Je dis k. — Oui, mais ^uand t«i dis « « qu*e9t-ee « que tu fais? — Je fais ce que vous me dites. — Ahl Té- « trange chose que d^avoir affaire à des bêtes!, Tu allonge^ « les lèvres en dehors , et approches la mâchoire d*en haut «de celle d*en bas; u. Vois -tu? je fais la moue, u. — « Ouï, cela est beau! ^ — C*est bien autre chose si vous aviez 9va ôy et dàf iia, etfay/a !

, En oes d«u3t fragments comparés , où voit qu a là ioroe oomique des choses Molière savait^ comme Aris^ tophane ^ joindre celle qui naît de la naïvêtë du dia^ logue; rien ii*eit plus sublime que le naturel de ces puérilités ridicules^ où S'abaissent à leur âge les bour^ geois.Strépsiaide et Jourdain , tout entêtés de)pai:«i]b^ manies.

La force comiqtie rejaillit souvent du toofond na^ iraiution

, , de la comëdie

turel et de la vérité même ; quekiuefbis elle part de '^' chevaUer,

* * *• (Uns celle du

la fiction la moins vraisemblable que puisse adopter Médecin maign Textravagance de Timâgination. Pat exemple, tm niari bat sa fenïme ; ^ti de certains ménagés, cela est' tout Simple : n^is^il est étrange que pour .lui faire rencfre les Coups dont elle. ne peut se venger soi-même , elle s^ingère de le faire passer pour, médeciix^ et de, persuader aux personnes quelle rencontre qu'il faut le bitonner pour le coptraindre à exercer son art sans rép^agoanee ;. voilà Je fondesleift ilikseiflé de la satire àxk Médecin fiialgre iuL Ailleurs , cheto* Aristophane , un tanneur ]^aphlago^ien mâlt^ite ses esclaves ; ceux-» ci forment le projet de faire supplanter leur rtisAïté pft¥.' ùti châA^dtier qu'ils foitieife à pt&ndté le gouvernement du lieu. 11 s agit de persuader à ce iMahant

qu'il est né pour ce grand emploi , et quil en a. le mérite , ainsi que Sganarelle possède le talent de diriger les malades : telle est la base allégorique et folle de la satire des Ches^alîers, Mettons les scènes capifalés en parallèle, afin de bien voir par quels côtés Aristophane ressemble à Molière. On bàtonne le fa«» gotier , et on lui promet un gain d'argent ; aussitôt il devient médecin , dit*il, sans avoir jamais eu dautrès licences. On arrache le charcutier de sa boutique « on le flatte de vendre et de dépenser à son gré tout ee^ qu'il voit ; soudain il se sent homme d'état , sans avoir jamais rien su que faire des andouilles. Voyons comment on s y prend pour gagner Fun et l'autre par de. comiques raisons, et par des louanges. ridl* cules. Valère et Lucas saluent Sganarelle avec de grands coups de chapeau , et Fabordant humblement s^irès bien des cérémonies,

«ç Motpsieur , il ne faut pas trouver étrange que nous ve« « niqns à vous ; les habiles gens sont toujours recherchés , « et nous sommes instruits de votre capacité, -r- Il est. vrai ^^ « monsieur , que je suis le premier homme do |îionJe pour <t faire des fagots.... Je les vends cent dix sous le cent....yoiis « pouvez en trouver autre part à moins.... Il y a fagots et « fagots ; mais pour ceux que je &is...l — Faut-il, monsieur, « qu'une personne comme vous s'amuse à ces grossières fbin- « tes, s'abaisse à* parler de la sorte? Qu'un homme si savant, « un fameux médecin , comme vous êtes , veuille se d^puiser « aux yeux du monde, et tenir enterrés les beaux talents « qu'il a ? .

« — Quoi donc? Que voulez-vous dire ? Ppur qui n>c preanez-vous? . ..

« -—Pour ce que vous êtes, pour un grand médecin. « -:— Médecin vousrméme : je ne le suis point; et je ne « l'ai jamais été.

On s'obstine à lui faire avouer le contraire : son étonnement et sa résistance le rendent de plus en plus risible : enfin une bastonnade le réduit à dire cf;. qu on veut^ et il s'écrie plaisamment ensuite;

«Ouais! serait-ce bien moi qui me tromperais? et se- « rai-je devenu médecin sans m'en être aperçu ?

Mot satirique du meilleur sel.. Passons à Touverture de la scène ^ecque. Démostbènes et Nicias se prosternent devant Âgoracrite qu'ils viennent d'invoquer;

« Qu'est-ce ? 'Pourquoi m'appelez-vous ? — • Afin que vous « sachiez comme vous êtes heureux et destiné aux grandes a choses.

Il ne sait ce que cela signifie: on l'oblige à metire bas ses chairs cuites, et à Quitter l'échoppé qu'il tenait dressée.

« Me voil4 : qu'y a-t.-il? — O le plu9 fortuné ! ô le plus <t riche! ô toi qui n'es rien aujourd'hui, tu seras demaiiT « puissant seigneur , et chef des trop heureux Athéniens.-:— « Que ne. me laissez-vous apprêter mes^ andouilles ^ et vendre « mes boudins fsircis? Pourquoi , vous moquez-vous de mon « commerce ? — Insensé ! que parles - tu de charcuteries ? « Tourne tes regards , vois-tu ce peuple innombrable ? — ft Très-clairement. — Eh bien ! tu en es le général , tu es le « prince de la place publique, et du Pyrée. Tu fouleras le « sénat sous les pieds ; tu destitueras les chefs; tu vaincras; ft tu posséderas les dépouilles des vaincus, et souillçvas 11* «brement tout le Prytanée de tes débauches* — Moi?—

« Affemds - toi donc ; maintenant contemple tous ces ob- «jets: monte sur ton étalage de «racisses : n'aperçois -tu « pas ces îles qui t'environnent ?

« Je les Tois. — £t ces ports, et ces navires chargés de « richesses? — Je les vois. — Comment ne t'estimerais -tu « pas par excellence ? Désormais tourne ton œil droit vers « la Carie , et ton ceil gauche du c6té de là Chalcédoine. — « Pour être fortuné , faut il que jedcrviennc louche ?— Non, (c mais tu seras nu^tre de vendre à ton profit tout cela ; car « tu deviendras, si l'on en croit l'oracle, le plus grand a homme de la république. — Expliquez-moi , je vous prie, « par quel traité, moi , qui ne suis qu'un marchand de bon-

< dins , je deviendrais un si gffmd seigneur ? -^ C'est par « cette laîsoB que tu es méchant^ téméraire, et de la lie de « la populace que tu es propre à faire un homme d'état. « — Moi, moi, misérable, je ne préjuge pas que l'on, « jne considère si éminemment. — Eh pourquoi dis-tu que « ton néant t'en rend indigne ? Tu me parais méditer quel-

< qne chose de bien.... Sors- tu d'une race bonne on maum "vaise ? — Moi, de la plus vile et de la pire de tontes, oui, « de par les dieux ! — O le plus favorisé des mortels ! que « de circonstances propres à t^élever au gouvernement de « l'état. — Mais, quoi? je n'ai appris aucun art, jjé né sais « rien qu'un peu lire; et qui pis est, je lis mal. — Cette « seule chose te nuira de savoir lire , ne fut-ce que très-mal, <c rél^t ne se soucie en rien d'hommes instruits lâ d'henir nêtes gens , il n'a besoin que de mauvais sujets et de « rustres. Ainsi ne dédaignes pas ce que les Volontés du ciel « te donnent.

On éclaircit le sens de Foracle au grossier Agoracrite qui y finissant par se laisser convaincre aussi4)ien ^e Sganarelle , étoDné d'être £ût docteur^ s'ëcrie avec }a même surprise:

« Vraiment ces àugares-lâ »« concernent dpié nm perce tonne. Maïs j'adfiiit% qiie de fâit.j*ftye été fofuté p<mr m*é> « n^T en sonverain du peapk !

Sg^narreUe ne 6'étonne pas moim de su prôpife tùé^ tamorphose.

(c Mais, messieurs, dites-moi ; ne vous trompez -vous pas « Tôus-mémes ? Est-il bien vrai que je «ois médecin ? — Sans « ddute. — ^ ÏDiâbié emporte si je le savais. »

On le lui affirme, on le Im prouve, on lui vante les cures qu'il a faites, on lui rappeUjç h, quantité de ses guérisons miraculeuses, . ainsi qu oa déroule devant Agoracrite la liste des oracles ^i^i le cçnfirmen^ dans l'opinion de sa dignité publique. Enfin,. moiH sieur, ajpute Yalère aux n^erveilles qu^U conte. fiu fagotier, ,. ...

« Vous aurez contentement avec nous, . et ydfùh-^faeftfÉ » ce que voi^s voi^U^a , en voua kiasAnt eotidwé^ #« ficus « prétendons vous mener.

« Je gagnerai, ce que je voudrai, -t— , Oui. — Ah ! je suis « médecin sans Côùtredit : je l'avais oublié ; mais je m*en • ressouviens.

La hiéme pefsua^îôn trioiâphe de rétonnètnent du charcutier; ettorscfuUl témoigne quelque embarras de Tusage qu'il fera de Tautorité :

« Ce n*est point une affaire , lui dit-on ; faites ce que vous « avez fait dans votre métier : entortillez , fourrez tbut en « sac, broyez et mêlez toutes choses; gagnez-vous le peuple « en le farcissant au gré de son appétit, en rëmmiellant par « des ragoûts de flatteries. D'ailleurs bien dei qmAitê&et-' » quises soni en VOuâ , trè»-propres à vùtis acquérir la mul-

« titude ; une éloquçnce grossièi^e, une industrie pernicieuse, « et rhabîtnde des friponneries du marché. Vous possédez » d'après cela , tout ce qui convient à gouverner une ville.

Ce paraUèlie n^est , on le voit , ni conjectural , ni forcé ; il saute aux yeux à la moindre inspection : l'eaiploi bouffon que les deux auteurs font de leur >Â^o« racrite et de leur Sganarelle dans le reste de leur ârame , ne conserve pas moins de conformité ; Vun fait de la politique comme l'autre fait de la médecine, à tort et à travers ; etchacun montre la tnéme impudence ensacharlàiannerie, sous la couronne du magistrat suprême, et sous le bonnet du docteur; la force comique éclate dans mille saillies de leur dialogue ; et résptitàtti(]ue à par-tout le sel vif et mordant dé cette repartie' dé Sganarelle à Léandre, qui vient pour l'intéresser à servir ses amours dans la maison de la feinte malade.

« Monsieur, il y a long- temps que je vous attends, et je

« viens implorer votre assistance. ^

L'Hippocrate lui saisit aussitôt la main.

Voilà un poulx qui est fort mauvais. — Je ne suis point « malade, monsieur, et ce n'es pas pour cela que je viens à a vous. — * Si vous n'êtes pas malade , que diable ne le dites «vous donc?

Le secret de la force comique est celui du génie ; c'est pourquoi Ton . ne saurait le découvrir entièrement, ni le réduire en principe absolu ; mais autant qu'il est possible de le pénétrer , on voit qu^il tient aux bonnes combinaisons de situations , et au soin de pousser l'expression du ridicule le plujs avant et le

b E LITTÉRATURE 34^

plus loin qu'on peut. Molière ne craint point d'outrer le naturel , en doublant et quatruplant la mesure des choses plaisantes, il va presque jusqu'à la charge , mais son bon goût l'arrête là ; et s'il ne se contente pas de faire redire symétriquement trois fois le même mot risibie à son personnage , mais quatre et cinq fois, son avare répétera cette même exclarnsLÛon^ sans dot! jusques derrière la toile du théâtre: son Géronte s'écriera jusqu'à satiété :

d Que diaMe allait-il faire dans cette galère ?

Et ces cris de la lésinerie deviendront pour jamais des proverbes dans toutes les bouches.

La plaisante scène du dénouement qui couronnç les facéties du Légataire deRegnard, offre le mêmei exemple ; et chaque fois que désormais les Crispins de la société craindront les dénégations de quelque im<^ bécille qui pût oublier ce qu'ils lui auront fait dir^ ou faire à son insu, ils lui répéteront, c'est yotre léthargie, La force comique s^trouve dans les mots chez Racine, qui eut tous les styles; chez Regnard, qui sut toujours être plaisant ; chez Dancpurt et Dufrény, qui dialoguèrent finement: mais la force comique de situations «et de caractères ne se trouve que chez Molière ; c'est là ce qui lui assure la palme dans son. genre; il n'est peut-être que deux pièces qui luttant de naturel avec les siennes ; la vieille comédie intitulée \ Avocat Patelin^ et le Turcarçt de Lesage. Dans l'une , M. Guillaume est volé d'une pièce de drap et de six-vingts moutons: il est invité à recevoir un

35o COURS ANALYTIQUE

remboursement de trois cents écus y et à manger une oye chez le débiteur. Il assigne son pâtre , et retrouve le voleur de son drap dans Tavocat de sa partie adverse : son esprit se trouble durant la plaidoirie , au point de confondre les deux affaires à chaque mot, contre l'habitude ordinaire des hommes qui , selon l'expression devenue proverbiale, reviennent toujours à leurs moutons. Le juge le condamne comme assassin du berger , qui dit qu'il est mort : il est force de donner ses moutons volés pour dot à sa lancée 9 de marier son propre fils, à la fille du voleur de son drap; de renoncer aux trois cents écus promis; de céder ses aunes de drap pour présent de noces ; eai mains , dit-il ^je tâterai de Pojre ! — Nous Pavons mangée hier^ lui répond l'avocat Patelin; et le tout se fait par l'entremise de la justice. C'est la force comique par excellence !

Dans Tautre comédie, le financier Turcaret, né laquais , et mangeant des millions avec une baronne de jeux publics, dupe elle-même d'un chevalier d'industrie; ce traitant, dis -je, confondu par sa femme , à laquelle il ne paye pas même sa pension, et par sa sœur revendeuse à la toilette , qu'il laisse dans Tindigence, 'présente en situation continuellement vive, un modèle de force comique: ce qui l'accomplit est le dernier mot de Frontin , valet de ces fripons qui se ruinent à l'envi , et qu'il a friponnes Cous ; 'voilk le règne de M. Turearet fini; le mien -wi

L^auteur , par ce seul trait ingénieux , offre l'image

DE LITTÉRATURE. 35i

de toute cette canaille intrigante, qui, devenant mil* lionnaire , s en *va , comme il le dit , /aire souche d*honnêtes gens dans le monde.

La franchise des caractères fournit à l'inépuisable Molière des ressources infinies ]pour remplir la condition si rare dont nous nous occupons ; c'est dans la bonhommie de Ghrysale , c'est dans .la naÏTeté de Martine , c'est dans la niaiserie indiscrète de Lucas , émissaire de la femme de George*Dandin , c'est dans la morgue brutale de monsieur et de madame Soten* Tille , c'est dMS l'ingénuité d'Agnès , dans l'absurde gravité des Diafoirus^ dans les rêveries des Paneraces, dans les manies de ses bourgeois, de ses précieuses^ de ses comtesses d'Escarbagnas , qu'il trouve le colotris, les contrastes , les contours saillants, dont nous admirons la vigueur. Il enchérit sur la force comique des situations du double Amphitryon et du double Sosie de Plante , en opposant à la scène où le chef thébain s'attriste d'apprendre qu'il s'approcha con|ugalement d'Alcmène , celle où son valet , maii de Cléanthis , se réjouit si fort de ne s'être pas trop approché de sa femme , et s'en applaudit par ces mots , lorsqu'elle s'en courrouce;

« Je n'aurais jaoïais cru que j'eusse été si sage.

Lee servantes hardies que Molière place si bien auprès des vieillards affaiblis, dont elles sont moins les domestiques soumises que les gouvernantes impé'» rieuses; les valets fourbes et insolents dont l'impertinence est autorisée par l'inconduite des jeunes maîtres qui les font servir à leurs dérèglements capricieux;

les dangers dune procédure par-devant les tribunaux, qu en faisant parier un si subtil escroc. Ce développement dans. sa bouche est aussi vrai que ^éàtral; puisqu en effet les grands coquins sont nécessairement aussi-bien versés que les jurisconsultes dans la connaissance des lois qu'ils éludent , et dans les rubriques des avocats qui les sauvent de la potence , des galères , ou des amendes. Concluons du souvenir, de tant d autres exemples qui nous resteraient à tirer du seul Plante et du seul Molière , que la force comique résulte de la combinaison dans le plan , et de la franchise dans le dialogue. L*esprit n'y suffit point, parce qu il ne dicte que des bons mots. Les essais de Voltaire Font prouvé mieux que tout^ jamais il ne sut combiner de ces situations telles, qu'une fois les personnages, mis en scène, devinssent plaisants par leur seuK rencontre, et que le jeu naturel de leurs ridiculesou de leurs vices dictât lui seul ce qti*Us doivent se dire pour exciter les éclats du rire le plus fort parmi les spectateurs. Ce secret de lart est spécialement renfermé dans toute la trame du Tartufe , dont j'omets de relever les éminentes beautés à Fappui de chaque règle que j'analyse, ayant médité , pour le complément de l'instruction , les moyens dç rendre un hommage plus éclatant à la perfection de Tœuvre inappréciable du poète philosophe dont s'est le plus distingué le génie.

t8* RàcLï.

L» moralité.

wSECONDE PARTIE

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