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Il réfote en ce livré une opinion énoncée en fayenr dun art tellement épuré a F heure qu*il est qu on ne loi TCHtplus rien de contraire aux bonnes mœurs: « il « faudra donc, dit-il expressément, que nous passions « pour honnêtes les impiétés et les infamies dont sont « pleines les comédies de Molière , ou qu'on ne yeniUe « pas ranger parmi les pièces d aujourdliui celles d'un « auteur qui a expiré , pour ainsi dire , à nos yeux , « et qui remplit encore à-présent tous les théâtres des « équivoques les plu^ grossières dont on ait jamais « infecté les oreilles des chrétiens. Songez seulement, (ajoute le théologien en s adressant aux disciples de St. Paul) , si vous oserez soutenir i la &ce du ciel, « des pièces où la vertu et la piété sont toujours ridi- « cules, la corruption toujours excusée et toujours « plaisante?
C'est peu que de traduire par ses mensonges les admirateurs de Molière devant le tribunal de Dieu, il le poursuit jusques dans la mémoire des hommes, en le qualifiant de rigoureux censeur des grands canons; mot qui trahit la peur que fit Molière aux ecclésiasti-
?ues. Celui-ci reprend : « La postérité saura, peut-être, la fin de ce poète - comédien qui , en jouant son «malade imaginaire, reçut la dernière atteinte de^la « maladie dont il mourut peu d'heures après , et passa « des plaisanteries du théâtre parmi lesquelleis il rendit « presque le dernier soupir, au tribunal de celui qui « dit: Malheur à vous qui riez, car vous pleurerez ! Quelle dureté fanatique en cette apostrophe ! quelle délectation cruelle à se retracer la mort d'i!in homme de génie qui expira , non sur la scène, mais dans les
bras de deux religieuses, sœurs de la charité ^ dont il avait toujours pris soin, qui furent inconsolables de sa perte, et qui se jetèrent en pleurant aux pieds des gens d'église pour en obtenir une sépulture refusée à leur bienfaiteur ! circonstance que Bénigne Bossuet omet insidieusement^ comme il retranche de toutes les annales , en historien fidèle et scrupuleux , tout ce qui contredit sa barbare orthodoxie. ( * ) Quel ton d^intolérance en cette doctrine ! quel appareil de rigueur ! quelle emphatique sévérité ! et , ce qui doit plus étonner en lui, que d'assertions calomnieuses à l'égard de la plus morale des comédies ! Héritiers de la chaire des apôtres, vous en saviez trop , vous ne fûtes ni hommes simples , ni assez pauvres d'esprit y pour êtfe gagnés ou séduits en aveugles ; mais vous vous êtes pris en vos pièges, et vendus par vos propres allusions en vous faisant à chacun Tapplication des traits de Timposteur démasqué. De quel droit damniez-vous le philosophe, comme impie , lorsqu'au contraire éclairant sa bonne intention, il fit en son drame s'écrier à Torgane de la piété véritable dont s'éloigne un imbécille ?
a Quoi ? parce qu*un fripon vous dupe avec audace « Sous le pompeux éclat d'une austère grimace , (t Vous voulez que par-tout on soit fait comme lui , « Et qu'aucun vrai dévot ne se trouve aujourd'hui ! «c Laissez aux libertins ces sottes conséquences.
Voyez pourtant que ce sont celles de Bourdaloue et du fameux Bossuet.
(*) Relises VHhtoire universelle et V Histoire des variations.
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m Déiaêlez la vertu d*avec ses apparences.
Et deux vers plua Imn,
(f Gardez -vous , s*îl se peut, d'honorer Timpostiire , « Mais au vrai zèle aussi n'allez pas faire injare ; « Et s'il vous faut tomber dans une extrémité « Péchez plutôt encor de cet autre côté.
Ces paroles ne laissent point de doute suf Imtes* tion de Tœuvre ; elles ne sont point ambi^és, et me semblent plus fraternelles que le l^uaga^ peu éyangélû{ue de Tévêque de Meauic.
Nous devons dire , à la gloire des bcMnmes sincèrement pieux , que le nom du vertueux Fénélon ne se trouve mêlé nulle part à ees scandaleux dél^a^ : soâ que ce prêtre doux et philanthrope fût averti par sa dignité pastorale qu*il ne convenait pas aux organes de la nipr^le divine de disputei: au théâtre la direoticMi de b morale humaine , soit plutôt qu'il sentît bien que sa foi réelle et charitable ne pouvait janaais être confondue avec Timposture. Aussi la constante bonté de f'éné}f>n y glorieusement compté dans les rangs des vrais philosophes^ lui valut la justice qu ils se plurent sans cesse à lui rendre en notre siècle.
La conclusion morale de la pièce confirme bien la pureté des vues de son sublime auteur; et Texamen du Tartufe , multiplié sous vingt-trois rapports différents, comme celui diAfhaliû souâ vingt-six , ne confirme pas moins la réalité de ce nombre de conditions théâtrales et la perfection du chef-d'œuvre dont elles ont fourni la plus complète analyse qu'il fût possible d en offrir.
Honneur à la mémoire du monarque dont la protection empêcha que le miracle d un beau génie fût étouffé dès sa naissance , et qui mérita , en en autorisant la publication , que Molière louât sans flatterie sa majesté vraiment royale, par le titre de Prince ennemi de la fraude. Il ne devait pas un moindre hommage à Louis XIV, qui lui permit de satiriser exemplairement la secte sacrée, la cabale œcuménique de l'hypocrisie, dans un tableau qui, représente en traits profonds , ineffaçables , une maladie universelle du cœur de rhomme. L'imposture est la plus fatale de toutes, puisqu'il est des abuseurs de nations comme il est des Qbuseurs de familles; et que la grande comédie du monde, où les gouvernés font si souvent le rôle de
1 aveugle Orgon, et les gouvernants celui de Tartufe, si ce nest celui de Don -Juan, ne se joue guères autrement que la comédie de Molière.